Lâart culinaire de la ville de Beni Mellal est trĂšs ancien. Dans son volumineux livre, Beni Mellal, citĂ© de Tadla-Azilal, Histoire et patrimoine, Dr Mustapha Ben Khalifa Arbouch a Ă©rigĂ© en piĂ©destal lâart culinaire mellali et des mets que les gens prĂ©paraient Ă Beni Mellal depuis des annĂ©es
Cependant, avec lâapparition des arts culinaires modernes, ces plats mellalis commencent Ă devenir Ă©vanescents. DâaprĂšs M. Arbouch, on distinguait Ă Beni Mellal 4 types de plats : ceux qui sont prĂ©parĂ©s par les pauvres, les mets des occasions (les fĂȘtes, les mariages, les anniversairesâŠ), lâart culinaire des familles riches et les boissons populaires. Concernant les anciens plats, on distingue «Badaz» qui est prĂ©parĂ© Ă partir de la farine du maĂŻs quâon met dans un couscoussier.
AprĂšs que la vapeur sâĂ©chappe complĂštement Ă travers le couscous pour la troisiĂšme fois, on le met dans un plat avec quelques lĂ©gumes et du lait quâon arrose avec de lâeau bouillante qui Ă©tait dans la marmite. Câest un plat trĂšs Ă©conomique qui ne demande pas de grandes dĂ©penses. Il y avait aussi «Rabaz» qui se prĂ©pare Ă partir des carottes et des courgettes rouges quâon cuit dans une marmite.
Ensuite, on coupe du pain sans levure en petits morceaux quâon trempe dans les lĂ©gumes et lâeau bouillante prĂ©parĂ©s. La prĂ©paration de ce plat nâexige ni viande ni dâautres Ă©normes dĂ©penses. A cette Ă©poque on nâachetait de la viande que pendant les souks hebdomadaires alors que les lĂ©gumes Ă©taient abondants car Beni Mellal est une rĂ©gion agricole. Le couscous est un mets connu par tous les Marocains. Chez les familles riches on le prĂ©pare avec de la viande, divers lĂ©gumes, une excellente farine, de lâhuile et du beurre ronce. Pour ce qui est des plats prĂ©parĂ©s Ă lâoccasion des fĂȘtes religieuses, des anniversaires, des mariages, des naissances⊠on distingue «Charchame» quâon prĂ©pare Ă lâoccasion de lâapparition des premiĂšres dents chez le nourrisson.
On met des grains de blĂ© dans de lâeau et aprĂšs les avoir Ă©pluchĂ©s on les met Ă bouillir dans une marmite avec du lait jusquâĂ ce que les grains deviennent gonflĂ©s et fissurĂ©s. Alors on les met dans un plat avec des Ćufs et des morceaux de bonbons quâon appelait «Fanid», et du beurre. Il y avait aussi Skhina ou la Dafina, câĂ©tait un plat traditionnel de la cuisine juive au Maghreb. Chez les familles riches, Ă cette Ă©poque, on avait le tagine quâon prĂ©parait avec des lĂ©gumes, de la viande, des Ă©pices et quâon mettait sur un feu doux surtout le soir du souk hebdomadaire oĂč tous les membres de la famille se rĂ©unissaient autour de la table Il a y a aussi «Tride», câest un plat copieux qui se prĂ©pare Ă partir de morceaux de pain trĂšs fins quâon met dans un plat et quâon arrose avec le bouillon de la viande des poules, les lentilles et les oignons, câest un met quâon mange Ă la main.
Les brochettes sont un autre plat apprĂ©ciĂ© par les Mellalis, on coupe de la viande en petits morceaux auxquels on ajoute lâoignon, les Ă©pices⊠et quâon laisse cuire au feu doux. En gĂ©nĂ©ral, on coupe les tripes du mouton ou de la vache, le cĆur et surtout le foie quâon entoure de morceaux de graisse et quâon mange avec du pain et des verres de thĂ©.
Au niveau des boissons populaires, il y avait surtout le thĂ© qui est prĂ©parĂ© Ă partir des grains de thĂ©, de la menthe ou de lâabsinthe⊠On distingue Ă Beni Mellal plusieurs sortes de menthes (Naanaa) : la menthe «lharcha baldia, naanaa lahrach labroujia et la menthe laabdi»⊠On peut aussi ajouter quelques herbes comme «mardadouch, louiza, fliou, timija»⊠pour reprendre le lexique des Mellalis. Tous ces plats, qui faisaient partie dâune belle Ă©poque oĂč lâart culinaire mellali avait connu son apogĂ©e, reprĂ©sentaient un patrimoine culinaire et culturel trĂšs cher aux habitants de Beni Mellal qui Ă©taient hospitaliers et bienveillants.
