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01 Oct 2026
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Lâindien, le troubadour et les autres⊠Sur la corniche de Mohammedia, les musiciens de rue font le show
Art amateur Ils sont cĂ©lĂšbres sans vraiment ĂȘtre connus! CĂ©lĂšbres, du moins, auprĂšs de ceux qui les ont croisĂ©s, le temps dâune promenade, et se sont laissĂ© surprendre par leur art. Sur la corniche de Mohammedia, les musiciens de rue animent, avec les moyens du bord mais dans les rĂšgles de leur art amateur, les longues soirĂ©es dâĂ©tĂ© de la ville des roses. Au dĂ©tour dâune balade le long de la corniche amĂ©nagĂ©e de Mohammedia, une chanson, des notes de guitare ou encore un karaokĂ© suffisent Ă crĂ©er lâattroupement. Des passants ralentissent le pas. Dâautres sâarrĂȘtent, filment, chantent et applaudissent. Une ambiance festive. Un plaisir partagĂ©. Le temps de quelques morceaux jouĂ©s au grĂ© de lâinspiration, la corniche se transforme en scĂšne Ă ciel ouvert. La mer et sa brise nocturne pour dĂ©cor. Les promeneurs pour public. Parmi ces artistes qui ont fait de la corniche leur scĂšne, Ahmed Bouimezgane attire particuliĂšrement lâattention. QuadragĂ©naire, ce natif de Khouribga est connu ici sous le nom de «Udit» ! Un surnom que lui ont donnĂ© ses amis en rĂ©fĂ©rence au cĂ©lĂšbre chanteur indien Udit Narayan, qui a prĂȘtĂ© sa voix Ă de nombreuses chansons interprĂ©tĂ©es Ă lâĂ©cran par Shahrukh Khan, tant ils trouvaient leurs voix proches. Lorsque «Udit», le Marocain, reprend en karaokĂ© les grands airs du cinĂ©ma indien, le temps semble suspendu. La magie opĂšre. «Bole Chudiyan» (Kabhi Khushi Kabhie Gham, 2001), «I Am a Disco Dancer» (Disco Dancer, 1982), «Tum Hi Ho» (Aashiqui 2, 2013), «Kuch Kuch Hota Hai» (chanson-titre du film, 1998), «Meri Mehbooba» (Pardes, 1997), «Humko Humise Chura Lo» (Mohabbatein, 2000)⊠autant de rĂ©fĂ©rences qui rĂ©veillent chez le public les souvenirs dâun cinĂ©ma indien qui a bercĂ© plusieurs gĂ©nĂ©rations. Pour complĂ©ter le spectacle, le chanteur mise Ă©galement sur lâapparence pour mieux plonger le public dans lâambiance, vĂȘtu dâune tenue indienne avec un bandeau rouge nouĂ© autour de la tĂȘte. Depuis quatre ans, «Udit» vient chanter durant lâĂ©tĂ© sur la corniche de Mohammedia, oĂč son rĂ©pertoire trouve un public parfois Ă©tonnamment connaisseur. Des promeneurs reprennent avec lui des chansons dont ils connaissent les mĂ©lodies, et parfois mĂȘme les paroles, par cĆur ! «Les Marocains ont grandi avec le cinĂ©ma indien et ils lâaiment», explique-t-il pour justifier ce choix artistique. Au fil de ses prestations, il dit avoir rencontrĂ© des spectateurs venus de diffĂ©rentes rĂ©gions du Royaume, des Marocains du monde, mais aussi des Indiens et des Pakistanais, surpris de lâentendre chanter dans leur langue. Une passion qui lâa mĂȘme conduit Ă New Delhi en Inde en 2018, oĂč il a participĂ© Ă un festival international de la chanson et chantĂ© en hindi devant un public indien. Pour lui, ces sonoritĂ©s venues de loin apportent leur petite touche Ă la corniche de Mohammedia, dont il entend, Ă sa maniĂšre, contribuer Ă lâanimation et Ă lâattractivitĂ©. Un peu plus loin sur la corniche, changement de dĂ©cor, de rĂ©pertoire⊠Et dâĂ©poque. Rachid Kabbaj, artiste, auteur et compositeur depuis 1980, a quelque chose du troubadour des temps modernes. Dâapparence sexagĂ©naire, ce natif de Sidi Slimane a grandi Ă Casablanca, oĂč il a appris la musique, avant de consacrer sa vie Ă son art. Il raconte avoir cĂŽtoyĂ© de nombreux artistes et jouĂ© aux cĂŽtĂ©s de groupes connus, tout en sillonnant le Royaume. DĂšs 1985, se souvient-il, il pratiquait dĂ©jĂ lâart de rue Ă Dakhla. Sur la corniche de Mohammedia, Rachid «le troubadour» se rĂ©invente chaque soir ! Un jour, il anime un karaokĂ© pour les enfants et les familles. Le lendemain, il chante du chaĂąbi. Un autre soir, il puise dans le rĂ©pertoire occidental ou retrouve les sonoritĂ©s mythiques de Nass El Ghiwane. Et chaque apparition sâaccompagne dâune tenue et dâune allure diffĂ©rentes, au point, sâamuse-t-il, que certains habituĂ©s ne le reconnaissent pas et lui demandent oĂč est passĂ© «lâartiste qui Ă©tait lĂ hier» ! Un jeu de mĂ©tamorphoses Ă lâimage de son rĂ©pertoire. Arabe, amazigh, rifain ou zayani, Rachid Kabbaj navigue entre les couleurs musicales du Maroc pluriel quâil aime tant et passe dâun instrument Ă lâautre avec la mĂȘme aisance. Sâil a choisi lâart de rue, insiste-t-il, câest avant tout parce quâil aime aller Ă la rencontre des gens, particuliĂšrement des enfants et des familles. Une dĂ©marche quâil rĂ©sume par une formule bien Ă lui : «la politique de proximitĂ© artistique» ! AprĂšs avoir parcouru le Maroc et chantĂ© dans nombre de ses villes, il dit avoir choisi la corniche de Mohammedia parce quâelle est, Ă ses yeux, «lâune des plus belles du Royaume». Un lieu oĂč se croisent, durant lâĂ©tĂ©, des visiteurs venus des quatre coins du pays. Et puis, il y a les autres artistes⊠Ici, un guitariste joue quelques accords face Ă la mer, entourĂ© dâun petit cercle de spectateurs. Plus loin, un autre revisite les inoubliables de la musique occidentale et invite les passants Ă reprendre avec lui un refrain familier⊠Au bout de la soirĂ©e, quelques piĂšces et billets viennent rĂ©compenser les prestations de ces artistes, glissĂ©s par un public gĂ©nĂ©reux. Un soutien qui compte, bien Ă©videmment, mais qui va de pair avec une autre forme de rĂ©compense : un applaudissement, une chanson reprise en chĆur ou simplement la reconnaissance de ceux qui sâarrĂȘtent pour les Ă©couter⊠Car pour un artiste, rien ne vaut lâamour du public.
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