La ville de Taza a Ă©tĂ© la semaine derniĂšre la scĂšne dâun drame dâune violence inĂ©dite. Alors quâil se rendait Ă lâĂ©cole, un enfant de 12 ans a subi une attaque mortelle de la part dâun individu qui errait souffrant de maladie mentale, ce qui a causĂ© une profonde Ă©motion chez les habitants de la ville, encore sous le choc. Lâhomme a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© par les autoritĂ©s avant dâĂȘtre dĂ©fĂ©rĂ© devant le tribunal de premiĂšre instance, qui entamera son procĂšs au mois de novembre sur la base dâune expertise mĂ©dicale. Ce drame dâune violence inouĂŻe a suffi Ă lever le voile sur la rĂ©alitĂ© amĂšre que connaissent certaines de nos villes, dont Taza : les personnes atteintes de troubles mentaux se sont converties, dans une indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale, en individus sans abri et, souvent, sans suivi mĂ©dical, compliquant davantage la prĂ©vision de leur comportement en sociĂ©tĂ©.
Alors que beaucoup suivent le rythme effrĂ©nĂ© de leurs occupations quotidiennes, ces individus se retrouvent dans lâombre des regards stigmatisants, lĂ oĂč nul ne sâattarde, sauf quelques rares esprits magnanimes qui osent se rapprocher dâeux pour leur apporter de quoi manger de temps Ă autre, ou encore ces campagnes occasionnelles menĂ©es par les autoritĂ©s locales Ă lâorĂ©e de lâhiver pour les hĂ©berger. âCes mĂȘmes personnes sont par la suite relĂąchĂ©es dans la rue quand le climat s'adoucit et ça continue comme çaâ, tĂ©moignent des acteurs associatifs.
Pis encore, le phĂ©nomĂšne prend une ampleur inquiĂ©tante amplifiĂ©e par le transfert collectif de ces misĂ©rables dâune ville Ă une autre. «Outre les quelques personnes souffrant de troubles mentaux que nous connaissons localement, dâautres individus sont transfĂ©rĂ©s par les autoritĂ©s depuis dâautres villes, puis abandonnĂ©s de façon inhumaine dans la rue, sans vĂ©ritable prise en charge», observent plusieurs acteurs associatifs locaux, qui avouent se retrouver dans lâincapacitĂ© dâintervenir efficacement face Ă cette situation alarmante, alors mĂȘme que cette population ne cesse de croĂźtre.
La pression est dâautant plus forte que lâerrance croissante de personnes atteintes de troubles mentaux, sans suivi mĂ©dical et souvent sous l'emprise de substances addictives, reprĂ©sente dĂ©sormais, Ă bien des Ă©gards, un risque pour eux-mĂȘmes et pour la sĂ©curitĂ© publique. En tĂ©moignent les chiffres du ministĂšre de lâIntĂ©rieur, faisant Ă©tat de 475 affaires dâagression impliquant des personnes atteintes de troubles mentaux enregistrĂ©es en 2024, soit prĂšs du double des 246 cas recensĂ©s en 2023. Mais cela ne signifie pas pour autant que toute personne souffrant de maladie mentale reprĂ©sente un danger pour son entourage, particuliĂšrement en dehors de tout contexte dâaddiction, explique Dr Hachem Tyal, psychiatre, qui refuse tout amalgame entre maladie mentale et dangerositĂ©.
Quoiquâil en soit, cette population vulnĂ©rable, dĂ©munie face Ă la vie comme face Ă elle-mĂȘme, erre au jour le jour dans la rue, Ă lâexception de quelques rares personnes chanceuses ayant pu trouver un lit dans un centre psychiatrique ou de santĂ©, ou ĂȘtre prises en charge par leur famille aprĂšs identification par les autoritĂ©s locales.
Quand les besoins en prise en charge se heurtent à la réalité
Cette rĂ©alitĂ© nâest, selon Dr Hachem Tyal, que le reflet dâun systĂšme de santĂ© fragmentĂ©, incapable de rĂ©pondre aux besoins croissants en matiĂšre de prise en charge et de suivi mĂ©dical. âIl nâexiste pas aujourdâhui dans notre pays un protocole national intĂ©grĂ© permettant dâidentifier, dâorienter et de suivre durablement ces personnes, puis les intĂ©grer dans la sociĂ©tĂ©, malgrĂ© les avancĂ©es rĂ©alisĂ©es sur le plan lĂ©gislatifâ, tranche-t-il.
Certes, le Maroc rĂ©serve un service intĂ©grĂ© de psychiatrie (20 Ă 40 lits) dans chaque centre hospitalier rĂ©gional ou provincial, des hĂŽpitaux rĂ©gionaux de psychiatrie (80 Ă 120 lits) ainsi que des hĂŽpitaux psychiatriques universitaires rĂ©partis sur plusieurs provinces. Toutefois, ces structures demeurent inĂ©galement rĂ©parties, saturĂ©es et visiblement incapables dâoffrir un service de santĂ© complet.
MĂȘme si un malade mental en crise rĂ©ussit Ă bĂ©nĂ©ficier dâune prise en charge mĂ©dicale, quoiquâelle soit ponctuelle, l'hospitalisation est souvent brĂšve, sans suivi aprĂšs la sortie, au vu de la pression croissante sur les centres hospitaliers et la saturation des lits, entraĂźnant des rechutes et un retour Ă lâerrance, particuliĂšrement quand il sâagit d'une famille en manque de moyens, tĂ©moigne Dr Hachem Tyal.
Cette mĂȘme absence de suivi coĂ»te cher aux familles, notamment les plus dĂ©munies des rĂ©gions Ă©loignĂ©es qui se procureront des mĂ©dicaments calmants pour leur proche en dehors de toute surveillance mĂ©dicale, au risque dâaggraver son Ă©tat. Chose qui nâaurait pas lieu si des Ă©quipes mĂ©dicosociales mobiles sont dĂ©ployĂ©es de façon ponctuelle par les services de santĂ© en vue de suivre lâĂ©tat de santĂ© des sortants et Ă©viter toute complication qui conduit gĂ©nĂ©ralement Ă lâerrance. âCâest un point crucial Ă amĂ©liorer si lâon veut sortir dâune logique dâabandon ou de danger prĂ©sumĂ©â, souligne notre interlocuteur sur un ton ferme.
Cependant, la construction de ce maillon du dispositif de suivi a une autre rĂ©alitĂ© tout aussi difficile liĂ©e aux ressources humaines. En effet, malgrĂ© lâĂ©volution du nombre de professionnels spĂ©cialisĂ©s en santĂ© mentale et psychique qui a atteint 3.230 en 2025, dont 319 mĂ©decins et 1.700 infirmiers dans le secteur public, il demeure insuffisant pour rĂ©pondre aux besoins de prise en charge et de suivi dans un pays oĂč 17% de la population souffrent de troubles mentaux, soit environ 6.260.816 habitants, selon le ministĂšre de la SantĂ©.
La société civile prédisposée à la collaboration post-crise
Les associations, sur lesquelles les familles comptent Ă©normĂ©ment pour partager la lourde tĂąche dâaccompagner un malade mental, se disent aujourdâhui Ă bout de souffle, faute de moyens. «Si nous disposons de centres nĂ©cessaires, nous aurions pu intervenir Ă plus grande Ă©chelle dans lâidentification des personnes souffrant de troubles mentaux, servir dâintermĂ©diaires pour solliciter lâaide des mĂ©decins, notamment du secteur privĂ©, et Ćuvrer Ă la rĂ©insertion des personnes en post-crise», explique Fouad Mekouar, de lâAssociation marocaine pour lâappui, le lien, lâinitiation des familles des personnes souffrant de troubles psychiques (AMALI).
Il rappelle lâexpĂ©rience de lâassociation au sein du centre mĂ©dico-psychosocial de la Fondation Mohammed V Ă Tit Melil oĂč des ateliers thĂ©rapeutiques Ă©taient ouverts aux patients durant le processus de stabilisation et de rĂ©tablissement pour leur permettre dâacquĂ©rir des compĂ©tences spĂ©cifiques, dans lâoptique de leur rĂ©intĂ©gration sociale et professionnelle. Cependant, ce centre comme beaucoup dâautres, destinĂ©s Ă aider les patients Ă retrouver une stabilitĂ©, a vite cessĂ© ses activitĂ©s en raison du manque de budget, laissant un vide Ă©norme dans la rĂ©gion, regrette notre interlocuteur, qui place, dĂ©sormais, son espoir dans le nouveau complexe rĂ©gional dâaccueil et de rĂ©habilitation psycho-sociale de MĂ©diouna, dont le coup dâenvoi des travaux a Ă©tĂ© donnĂ© dĂ©but octobre par SM le Roi.
Il a appelé, à cet égard, à accélérer la généralisation de ces structures de réhabilitation psychosociale et de formation dans les différentes régions du Royaume, à les placer sous la gestion de la société civile de façon à garantir leur pérennité, tout en assurant un contrÎle rigoureux.
De mĂȘme, il sâagit de gĂ©nĂ©raliser le dĂ©ploiement des programmes dâaccompagnement aux familles dont un proche souffre de maladie mentale, Ă lâimage du programme francophone âProfamilleâ visant Ă initier les familles aux troubles mentaux et Ă les outiller pour assurer une meilleure prise en charge familiale Ă la sortie de la crise. âMais lĂ aussi, le rĂŽle de lâĂ©quipe mĂ©dicale reste important pour suivre la situation du malade jusqu'au rĂ©tablissementâ, insiste lâacteur associatif.
Câest ainsi que se dessinent les contours dâun dispositif coordonnĂ©, associant les secteurs de la santĂ©, les collectivitĂ©s locales, les forces de lâordre et les associations, sans oublier la contribution du secteur privĂ©. Un modĂšle de collaboration sectorielle qui devrait inspirer la stratĂ©gie nationale de santĂ© mentale et psychique en cours dâĂ©laboration.
En attendant, les malades mentaux ne doivent plus nâĂȘtre lâobjet de dĂ©bat que si un drame survient. Ce phĂ©nomĂšne dure depuis des annĂ©es et renvoie Ă des insuffisances qui doivent interpeller systĂšme de santĂ©, sociĂ©tĂ© civile et famille. âSans une articulation entre ces diffĂ©rents acteurs, ces individus continueront dâĂȘtre laissĂ©s Ă eux-mĂȘmes dans lâespace public, au dĂ©triment de leur santĂ© et de la cohĂ©sion socialeâ, conclut Dr Tyal, optimiste.
Alors que beaucoup suivent le rythme effrĂ©nĂ© de leurs occupations quotidiennes, ces individus se retrouvent dans lâombre des regards stigmatisants, lĂ oĂč nul ne sâattarde, sauf quelques rares esprits magnanimes qui osent se rapprocher dâeux pour leur apporter de quoi manger de temps Ă autre, ou encore ces campagnes occasionnelles menĂ©es par les autoritĂ©s locales Ă lâorĂ©e de lâhiver pour les hĂ©berger. âCes mĂȘmes personnes sont par la suite relĂąchĂ©es dans la rue quand le climat s'adoucit et ça continue comme çaâ, tĂ©moignent des acteurs associatifs.
Pis encore, le phĂ©nomĂšne prend une ampleur inquiĂ©tante amplifiĂ©e par le transfert collectif de ces misĂ©rables dâune ville Ă une autre. «Outre les quelques personnes souffrant de troubles mentaux que nous connaissons localement, dâautres individus sont transfĂ©rĂ©s par les autoritĂ©s depuis dâautres villes, puis abandonnĂ©s de façon inhumaine dans la rue, sans vĂ©ritable prise en charge», observent plusieurs acteurs associatifs locaux, qui avouent se retrouver dans lâincapacitĂ© dâintervenir efficacement face Ă cette situation alarmante, alors mĂȘme que cette population ne cesse de croĂźtre.
La pression est dâautant plus forte que lâerrance croissante de personnes atteintes de troubles mentaux, sans suivi mĂ©dical et souvent sous l'emprise de substances addictives, reprĂ©sente dĂ©sormais, Ă bien des Ă©gards, un risque pour eux-mĂȘmes et pour la sĂ©curitĂ© publique. En tĂ©moignent les chiffres du ministĂšre de lâIntĂ©rieur, faisant Ă©tat de 475 affaires dâagression impliquant des personnes atteintes de troubles mentaux enregistrĂ©es en 2024, soit prĂšs du double des 246 cas recensĂ©s en 2023. Mais cela ne signifie pas pour autant que toute personne souffrant de maladie mentale reprĂ©sente un danger pour son entourage, particuliĂšrement en dehors de tout contexte dâaddiction, explique Dr Hachem Tyal, psychiatre, qui refuse tout amalgame entre maladie mentale et dangerositĂ©.
Quoiquâil en soit, cette population vulnĂ©rable, dĂ©munie face Ă la vie comme face Ă elle-mĂȘme, erre au jour le jour dans la rue, Ă lâexception de quelques rares personnes chanceuses ayant pu trouver un lit dans un centre psychiatrique ou de santĂ©, ou ĂȘtre prises en charge par leur famille aprĂšs identification par les autoritĂ©s locales.
Quand les besoins en prise en charge se heurtent à la réalité
Cette rĂ©alitĂ© nâest, selon Dr Hachem Tyal, que le reflet dâun systĂšme de santĂ© fragmentĂ©, incapable de rĂ©pondre aux besoins croissants en matiĂšre de prise en charge et de suivi mĂ©dical. âIl nâexiste pas aujourdâhui dans notre pays un protocole national intĂ©grĂ© permettant dâidentifier, dâorienter et de suivre durablement ces personnes, puis les intĂ©grer dans la sociĂ©tĂ©, malgrĂ© les avancĂ©es rĂ©alisĂ©es sur le plan lĂ©gislatifâ, tranche-t-il.
Certes, le Maroc rĂ©serve un service intĂ©grĂ© de psychiatrie (20 Ă 40 lits) dans chaque centre hospitalier rĂ©gional ou provincial, des hĂŽpitaux rĂ©gionaux de psychiatrie (80 Ă 120 lits) ainsi que des hĂŽpitaux psychiatriques universitaires rĂ©partis sur plusieurs provinces. Toutefois, ces structures demeurent inĂ©galement rĂ©parties, saturĂ©es et visiblement incapables dâoffrir un service de santĂ© complet.
MĂȘme si un malade mental en crise rĂ©ussit Ă bĂ©nĂ©ficier dâune prise en charge mĂ©dicale, quoiquâelle soit ponctuelle, l'hospitalisation est souvent brĂšve, sans suivi aprĂšs la sortie, au vu de la pression croissante sur les centres hospitaliers et la saturation des lits, entraĂźnant des rechutes et un retour Ă lâerrance, particuliĂšrement quand il sâagit d'une famille en manque de moyens, tĂ©moigne Dr Hachem Tyal.
Cette mĂȘme absence de suivi coĂ»te cher aux familles, notamment les plus dĂ©munies des rĂ©gions Ă©loignĂ©es qui se procureront des mĂ©dicaments calmants pour leur proche en dehors de toute surveillance mĂ©dicale, au risque dâaggraver son Ă©tat. Chose qui nâaurait pas lieu si des Ă©quipes mĂ©dicosociales mobiles sont dĂ©ployĂ©es de façon ponctuelle par les services de santĂ© en vue de suivre lâĂ©tat de santĂ© des sortants et Ă©viter toute complication qui conduit gĂ©nĂ©ralement Ă lâerrance. âCâest un point crucial Ă amĂ©liorer si lâon veut sortir dâune logique dâabandon ou de danger prĂ©sumĂ©â, souligne notre interlocuteur sur un ton ferme.
Cependant, la construction de ce maillon du dispositif de suivi a une autre rĂ©alitĂ© tout aussi difficile liĂ©e aux ressources humaines. En effet, malgrĂ© lâĂ©volution du nombre de professionnels spĂ©cialisĂ©s en santĂ© mentale et psychique qui a atteint 3.230 en 2025, dont 319 mĂ©decins et 1.700 infirmiers dans le secteur public, il demeure insuffisant pour rĂ©pondre aux besoins de prise en charge et de suivi dans un pays oĂč 17% de la population souffrent de troubles mentaux, soit environ 6.260.816 habitants, selon le ministĂšre de la SantĂ©.
La société civile prédisposée à la collaboration post-crise
Les associations, sur lesquelles les familles comptent Ă©normĂ©ment pour partager la lourde tĂąche dâaccompagner un malade mental, se disent aujourdâhui Ă bout de souffle, faute de moyens. «Si nous disposons de centres nĂ©cessaires, nous aurions pu intervenir Ă plus grande Ă©chelle dans lâidentification des personnes souffrant de troubles mentaux, servir dâintermĂ©diaires pour solliciter lâaide des mĂ©decins, notamment du secteur privĂ©, et Ćuvrer Ă la rĂ©insertion des personnes en post-crise», explique Fouad Mekouar, de lâAssociation marocaine pour lâappui, le lien, lâinitiation des familles des personnes souffrant de troubles psychiques (AMALI).
Il rappelle lâexpĂ©rience de lâassociation au sein du centre mĂ©dico-psychosocial de la Fondation Mohammed V Ă Tit Melil oĂč des ateliers thĂ©rapeutiques Ă©taient ouverts aux patients durant le processus de stabilisation et de rĂ©tablissement pour leur permettre dâacquĂ©rir des compĂ©tences spĂ©cifiques, dans lâoptique de leur rĂ©intĂ©gration sociale et professionnelle. Cependant, ce centre comme beaucoup dâautres, destinĂ©s Ă aider les patients Ă retrouver une stabilitĂ©, a vite cessĂ© ses activitĂ©s en raison du manque de budget, laissant un vide Ă©norme dans la rĂ©gion, regrette notre interlocuteur, qui place, dĂ©sormais, son espoir dans le nouveau complexe rĂ©gional dâaccueil et de rĂ©habilitation psycho-sociale de MĂ©diouna, dont le coup dâenvoi des travaux a Ă©tĂ© donnĂ© dĂ©but octobre par SM le Roi.
Il a appelé, à cet égard, à accélérer la généralisation de ces structures de réhabilitation psychosociale et de formation dans les différentes régions du Royaume, à les placer sous la gestion de la société civile de façon à garantir leur pérennité, tout en assurant un contrÎle rigoureux.
De mĂȘme, il sâagit de gĂ©nĂ©raliser le dĂ©ploiement des programmes dâaccompagnement aux familles dont un proche souffre de maladie mentale, Ă lâimage du programme francophone âProfamilleâ visant Ă initier les familles aux troubles mentaux et Ă les outiller pour assurer une meilleure prise en charge familiale Ă la sortie de la crise. âMais lĂ aussi, le rĂŽle de lâĂ©quipe mĂ©dicale reste important pour suivre la situation du malade jusqu'au rĂ©tablissementâ, insiste lâacteur associatif.
Câest ainsi que se dessinent les contours dâun dispositif coordonnĂ©, associant les secteurs de la santĂ©, les collectivitĂ©s locales, les forces de lâordre et les associations, sans oublier la contribution du secteur privĂ©. Un modĂšle de collaboration sectorielle qui devrait inspirer la stratĂ©gie nationale de santĂ© mentale et psychique en cours dâĂ©laboration.
En attendant, les malades mentaux ne doivent plus nâĂȘtre lâobjet de dĂ©bat que si un drame survient. Ce phĂ©nomĂšne dure depuis des annĂ©es et renvoie Ă des insuffisances qui doivent interpeller systĂšme de santĂ©, sociĂ©tĂ© civile et famille. âSans une articulation entre ces diffĂ©rents acteurs, ces individus continueront dâĂȘtre laissĂ©s Ă eux-mĂȘmes dans lâespace public, au dĂ©triment de leur santĂ© et de la cohĂ©sion socialeâ, conclut Dr Tyal, optimiste.
Trois questions au Dr Hachem Tyal : âHors addiction, il nâexiste pas de risque criminogĂšne intrinsĂšque aux troubles mentauxâ
- Quel est le potentiel criminel des personnes atteintes de troubles mentaux ?
Les recherches scientifiques ont montrĂ© que les personnes atteintes de troubles mentaux sont dix fois plus souvent victimes dâactes criminels quâauteurs. Hors addiction, il nâexiste pas de risque criminogĂšne intrinsĂšque aux troubles mentaux. Dans les pays industrialisĂ©s, les troubles mentaux graves ne sont responsables que dâenviron 0,16 homicide pour 100.000 habitants, soit entre un criminel sur 20 et un sur 50, selon les pays. Il est donc essentiel de refuser tout amalgame entre maladie mentale et criminalitĂ©, qui alimente la stigmatisation et retarde la prise en charge.
- Y a-t-il des signes qui permettent de distinguer une personne sans abri souffrant de troubles mentaux et nĂ©cessitant un internement dâune autre sans danger pour autrui ?
Tout d'abord, je tiens Ă rappeler que toutes les personnes vivant dans la rue ne souffrent pas de troubles mentaux. Ă lâinverse, une partie des personnes en errance souffre effectivement de troubles mentaux sĂ©vĂšres, souvent non traitĂ©s ou interrompus faute de suivi. Pour ce qui concerne votre question, il existe des signes cliniques nets qui permettent de faire la diffĂ©rence entre les deux, notamment une dĂ©sorganisation comportementale importante, discours dĂ©lirant manifeste, incohĂ©rence, agitation imprĂ©visible, refus total de soins, ou encore des comportements qui mettent clairement la personne ou autrui en danger. Cela dit, cette Ă©valuation doit ĂȘtre faite par un professionnel de santĂ© mentale, pas sur des impressions visuelles ou des jugements sociaux. Une personne en grande prĂ©caritĂ© peut avoir un discours confus sans prĂ©senter de pathologie aiguĂ«, tandis quâune personne dĂ©lirante peut paraĂźtre calme en surface mais vivre une angoisse dĂ©lirante intense. Le diagnostic repose donc sur une Ă©valuation clinique structurĂ©e, et idĂ©alement dans un cadre mĂ©dico-social organisĂ©.
- Quels types de troubles mentaux peuvent conduire Ă des comportements violents sâils ne sont pas traitĂ©s ?
Les troubles anxieux et dĂ©pressifs, majoritaires, ne sont pas associĂ©s Ă la violence. Les situations Ă risque concernent une minoritĂ© : psychoses aiguĂ«s dĂ©lirantes, Ă©pisodes maniaques sĂ©vĂšres ou certains troubles graves de la personnalitĂ©, souvent associĂ©s Ă une consommation de substances. Le risque diminue considĂ©rablement lorsquâun suivi psychiatrique rigoureux est assurĂ©. Quant au discours public, il se doit nĂ©cessairement d'ĂȘtre nuancĂ© : en effet, associer systĂ©matiquement maladie mentale et dangerositĂ© est non seulement faux, mais contre-productif. Cela Ă©loigne les patients des soins, alimente la peur sociale et freine la construction dâun systĂšme de santĂ© mentale inclusif et efficace.
âPrise en charge : Le privĂ© prĂȘt Ă soutenir la stratĂ©gie nationale de santĂ© mentale
Ă lâheure oĂč le ministĂšre de la SantĂ© sâattelle Ă lâĂ©laboration de la stratĂ©gie nationale en matiĂšre de santĂ© mentale et psychique, le secteur privĂ© se dit prĂȘt Ă jouer un rĂŽle important aux cĂŽtĂ©s du secteur public, en vue dâamĂ©liorer la couverture territoriale en matiĂšre de mĂ©decine psychiatrique et de combler les insuffisances persistantes dans ce domaine.
Selon le Dr Hachem Tyal, prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration nationale pour la santĂ© mentale, le rĂŽle du secteur privĂ© reste marginal, faute de cadre juridique et financier clair, alors quâil dispose dâune expertise clinique importante, dâune capacitĂ© dâinnovation et dâune souplesse organisationnelle lui permettant de contribuer Ă lâaccueil en hospitalisation aiguĂ« lorsque le secteur public est saturĂ©, au dĂ©veloppement de structures spĂ©cialisĂ©es (unitĂ©s de rĂ©habilitation, foyers thĂ©rapeutiques) et Ă la mise en place de partenariats publicâprivĂ© structurĂ©s. Il pourrait Ă©galement contribuer Ă la formation continue, Ă la recherche et Ă la prĂ©vention communautaire.
Selon le Dr Hachem Tyal, prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration nationale pour la santĂ© mentale, le rĂŽle du secteur privĂ© reste marginal, faute de cadre juridique et financier clair, alors quâil dispose dâune expertise clinique importante, dâune capacitĂ© dâinnovation et dâune souplesse organisationnelle lui permettant de contribuer Ă lâaccueil en hospitalisation aiguĂ« lorsque le secteur public est saturĂ©, au dĂ©veloppement de structures spĂ©cialisĂ©es (unitĂ©s de rĂ©habilitation, foyers thĂ©rapeutiques) et Ă la mise en place de partenariats publicâprivĂ© structurĂ©s. Il pourrait Ă©galement contribuer Ă la formation continue, Ă la recherche et Ă la prĂ©vention communautaire.
âRĂ©habilitation : Casablanca se dotera bientĂŽt dâun centre psychosocial
Le Maroc Ćuvre dans le cadre du plan stratĂ©gique national multisectoriel de santĂ© mentale 2030 pour la gĂ©nĂ©ralisation des centres psychosociaux dĂ©diĂ©s Ă lâaccompagnement des personnes atteintes de maladies mentales. Câest dans cette perspective que SM le Roi Mohammed VI a procĂ©dĂ©, dĂ©but octobre Ă la province de MĂ©diouna, au lancement des travaux de construction dâun Complexe rĂ©gional dâaccueil et de rĂ©habilitation psychosociale.
Ce projet qui sera rĂ©alisĂ© dans une durĂ©e de 24 mois, pour un investissement global de 300 millions de dirhams, se composera dâun Centre dâhĂ©bergement dâune capacitĂ© de 396 lits, dont 84 pour femmes, et dâun pavillon dĂ©diĂ© aux ateliers thĂ©rapeutiques et Ă la formation, abritant des salles de groupes de parole, du psychologue, du psychiatre, de sport, dâergothĂ©rapie et des espaces de loisirs.
Ce projet de la Fondation Mohammed V pour la SolidaritĂ© comprendra aussi un pĂŽle santĂ©, comportant des salles de psychoĂ©ducation et dâĂ©ducation thĂ©rapeutique, de consultation en mĂ©decine gĂ©nĂ©rale, de psychiatrie, de psychologie, de soins dentaires et dâobservation, un pavillon logistique (cuisine, rĂ©fectoire, buanderie), une ferme pĂ©dagogique, des terrains de sport, ainsi que des dĂ©pendances administratives. Il aura pour mission lâaccompagnement des patients durant le processus de stabilisation et de rĂ©tablissement par le biais de la remĂ©diation cognitive, de psychothĂ©rapies spĂ©cifiques et dâactivitĂ©s occupationnelles.
Ce projet qui sera rĂ©alisĂ© dans une durĂ©e de 24 mois, pour un investissement global de 300 millions de dirhams, se composera dâun Centre dâhĂ©bergement dâune capacitĂ© de 396 lits, dont 84 pour femmes, et dâun pavillon dĂ©diĂ© aux ateliers thĂ©rapeutiques et Ă la formation, abritant des salles de groupes de parole, du psychologue, du psychiatre, de sport, dâergothĂ©rapie et des espaces de loisirs.
Ce projet de la Fondation Mohammed V pour la SolidaritĂ© comprendra aussi un pĂŽle santĂ©, comportant des salles de psychoĂ©ducation et dâĂ©ducation thĂ©rapeutique, de consultation en mĂ©decine gĂ©nĂ©rale, de psychiatrie, de psychologie, de soins dentaires et dâobservation, un pavillon logistique (cuisine, rĂ©fectoire, buanderie), une ferme pĂ©dagogique, des terrains de sport, ainsi que des dĂ©pendances administratives. Il aura pour mission lâaccompagnement des patients durant le processus de stabilisation et de rĂ©tablissement par le biais de la remĂ©diation cognitive, de psychothĂ©rapies spĂ©cifiques et dâactivitĂ©s occupationnelles.
