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Nieuws 13 Dec 2025 6 min leestijd

La tragédie survenue à FÚs parviendra-t-elle à secouer les consciences ? Le drame de trop

La tragédie survenue à FÚs parviendra-t-elle à secouer les consciences ? Le drame de trop
La tragédie survenue à FÚs parviendra-t-elle à secouer les consciences ? Le drame de trop
Dans le calme trompeur d’un matin de dĂ©cembre, FĂšs s’est rĂ©veillĂ©e le souffle court. Le froid n’était pas seul Ă  peser sur l’air. C’était surtout le silence chargĂ© d’angoisse qui enveloppait le quartier de Bensouda, comme si les murs eux-mĂȘmes peinaient Ă  contenir le poids de la tragĂ©die. Sous les dĂ©combres d’un immeuble effondrĂ©, vingt-deux vies s’étaient Ă©teintes.

Parmi les victimes, plusieurs enfants, surpris dans l’innocence de leur quotidien, comme si rien ne pouvait annoncer que leur nuit se transformerait en silence irrĂ©versible. La joie d’hier s’était muĂ©e en deuil collectif, rĂ©vĂ©lant en un instant la vulnĂ©rabilitĂ© d’une politique censĂ©e protĂ©ger, mais qui s’était absentĂ©e trop longtemps. 

Rien, dans ce drame, n’a l’allure d’un accident isolĂ©. Tout, au contraire, pointe vers un enchaĂźnement ancien de failles structurelles, connues de tous et pourtant demeurĂ©es sans rĂ©ponse. Ce n’est pas la fatalitĂ© qui a scellĂ© le sort des victimes. C’est l’accumulation lente mais sĂ»re d’un laisser-faire institutionnel devenu presque banal, au point d’en oublier sa dangerositĂ©. Il aurait suffi qu’un fonctionnaire, un jour quelconque au cours des vingt derniĂšres annĂ©es, se rende sur place et constate que l’immeuble autorisĂ© pour deux Ă©tages en comptait dĂ©sormais quatre. Il aurait suffi qu’un procĂšs-verbal soit rĂ©digĂ©, transmis, suivi. Il aurait suffi que la loi fasse simplement son travail pour que ces vies soient aujourd’hui Ă©pargnĂ©es. Cette Ă©vidence, pourtant implacable, est ce qui rend la tragĂ©die si difficile Ă  supporter.

Les mois prĂ©cĂ©dents avaient dĂ©jĂ  envoyĂ© un signal d’alarme. En mai, l’effondrement d’un immeuble du quartier El Hassani, dans l’arrondissement des MĂ©rinides, avait emportĂ© dix personnes. Cette Ă©preuve, qui aurait dĂ» ĂȘtre un tournant, n’a donnĂ© naissance Ă  aucune politique concrĂšte, aucun plan de contrĂŽle systĂ©matique, aucune activation rĂ©elle des dispositifs prĂ©vus par la loi 100.12 relative aux bĂątiments menaçant ruine. Aucun recensement exhaustif n’a Ă©tĂ© lancĂ©, aucune commission technique n’a Ă©tĂ© opĂ©rationnalisĂ©e avec la rigueur requise, aucune base de donnĂ©es nationale n’a Ă©tĂ© constituĂ©e pour cartographier les constructions fragiles. A dĂ©faut d’action, la menace est restĂ©e entiĂšre, et ce qui devait ĂȘtre un avertissement s’est muĂ© en rĂ©pĂ©tition tragique.

Dans ce paysage, certaines dĂ©clarations officielles mĂ©ritent d’ĂȘtre interrogĂ©es Ă  la lumiĂšre des faits. A la suite du drame de mai, un membre du gouvernement avait expliquĂ© que huit familles avaient acceptĂ© l’évacuation d’un immeuble instable, tandis que cinq l’avaient refusĂ©e. L’argument semblait technique, presque administratif, mais il occultait la vĂ©ritable question : comment demander Ă  une famille modeste d’abandonner son logement sans lui offrir d’alternative viable ? Comment espĂ©rer qu’un foyer vivant dĂ©jĂ  dans la prĂ©caritĂ© choisisse l’errance plutĂŽt que le risque, quand aucune solution de relogement n’est prĂ©vue ? Ce refus n’était pas un caprice. Il rĂ©vĂ©lait une dĂ©tresse sociale que la politique publique refuse encore trop souvent de regarder en face. On ne devrait jamais mettre un citoyen devant ce choix impossible : risquer la mort sous un toit fissurĂ© ou affronter la nuit Ă  ciel ouvert.

L’absence des Ă©lus locaux, dont les tĂ©lĂ©phones sont restĂ©s silencieux alors que les Ă©quipes de secours retiraient les corps un Ă  un, ajoute un symbole douloureux Ă  la scĂšne. Ce n’est pas l’absence protocolaire qui blesse, mais ce qu’elle rĂ©vĂšle : des reprĂ©sentants qui connaissent trop peu leur territoire, qui ne visitent pas assez leurs quartiers, qui n’assument pas pleinement la fonction premiĂšre qui leur a Ă©tĂ© confiĂ©e : surveiller, alerter, dĂ©fendre. Le drame de Bensouda n’est pas seulement celui d’un bĂątiment affaibli, c’est aussi celui d’un lien politique rompu.

Pendant ce temps, des voix citoyennes, dont celle de l’Observatoire marocain de protection des consommateurs, rappelaient depuis des annĂ©es l’urgence de mettre en Ɠuvre les dispositifs prĂ©vus par la loi : crĂ©ation des commissions techniques, Ă©tablissement de diagnostics, dĂ©cisions d’évacuation accompagnĂ©es de solutions concrĂštes, Ă©laboration de fiches techniques pour chaque immeuble. Ces demandes, si elles avaient Ă©tĂ© prises au sĂ©rieux, auraient permis d’avoir une visibilitĂ© prĂ©cise sur la santĂ© structurelle du parc immobilier. Elles auraient transformĂ© la prĂ©vention en politique publique plutĂŽt qu’en slogan circonstanciel. Mais entre le texte et l’application, un vide persistant continue de creuser sa place au milieu des prioritĂ©s nationales.

Le plus inquiĂ©tant est que la tragĂ©die de FĂšs n’est qu’un fragment visible d’un problĂšme beaucoup plus vaste. Dans de nombreuses villes du pays, des milliers de bĂątiments vieillissent dans un silence trompeur. Certains penchent dĂ©jĂ , d’autres se fissurent Ă  vue d’Ɠil, d’autres encore ont Ă©tĂ© surĂ©levĂ©s sans le moindre suivi technique. Si un projet national de mise Ă  jour, de cartographie et de traitement des constructions Ă  risque avait Ă©tĂ© lancĂ© Ă  temps, le Maroc aurait pu aujourd’hui se targuer d’une politique prĂ©ventive exemplaire. A la place, il se trouve dans une spirale oĂč chaque drame ressemble au prĂ©cĂ©dent, oĂč chaque dĂ©claration ressemble Ă  la suivante, et oĂč chaque promesse s’évapore dĂšs que les camĂ©ras se retirent.

Ce qui s’est produit Ă  Bensouda n’est pas la consĂ©quence brutale d’un soir de pluie, ni l’Ɠuvre d’un destin imprĂ©visible. C’est la somme de chaque rapport oubliĂ© dans un tiroir, chaque plainte ignorĂ©e, chaque visite de contrĂŽle jamais effectuĂ©e, chaque Ă©tage illĂ©gal tolĂ©rĂ© et chaque responsabilitĂ© diluĂ©e dans le confort de l’impunitĂ©. C’est la preuve que les responsabilitĂ©s qu’on repousse finissent par se rappeler Ă  nous sous la forme la plus violente. Et que lorsque les politiques tardent Ă  protĂ©ger, ce sont les citoyens qui paient le prix, parfois de leur propre vie.

Il est temps de sortir de cette logique d’aprĂšs-coup. ProtĂ©ger le droit Ă  la vie et au logement sĂ»r ne relĂšve pas du slogan ni de la compassion momentanĂ©e, mais d’une vision durable, d’un courage politique rĂ©el, d’une volontĂ© d’assumer pleinement le devoir de rendre des comptes. Le Maroc mĂ©rite une politique du logement qui ne se contente pas de rĂ©agir aux ruines, mais qui empĂȘche leur formation. Une politique qui n’attend pas les sirĂšnes des ambulances pour se rappeler des failles structurelles, mais qui anticipe, contrĂŽle et corrige.

Que restera-t-il de cette tragĂ©die si elle n’est suivie d’aucune rĂ©forme profonde ? Peut-ĂȘtre seulement cette vĂ©ritĂ© implacable : les questions qu’on Ă©vite de poser finissent toujours par revenir sous la forme d’un deuil collectif. Et les responsabilitĂ©s qu’on retarde deviennent, tĂŽt ou tard, des tragĂ©dies que rien ne pourra effacer.

Mehdi Ouassat

Dit artikel is als fragment overgenomen. De volledige versie wordt door het oorspronkelijke medium gepubliceerd.

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