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Known as the Red City, Marrakech is a vibrant Moroccan destination nestled at the foot of the Atlas Mountains. Founded in 1062,...

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News 07 Dec 2025 6 min read

Interview avec Erige Sehiri : « Recevoir l’Étoile d’Or Ă  Marrakech, c’est une Ă©motion que je n’oublierai jamais »

Interview avec Erige Sehiri : « Recevoir l’Étoile d’Or Ă  Marrakech, c’est une Ă©motion que je n’oublierai jamais »
LaurĂ©ate de l’Étoile d’Or lors de la 22ᔉ Ă©dition du Festival international du film de Marrakech, Erige Sehiri signe avec Promis le ciel une Ɠuvre profondĂ©ment ancrĂ©e dans le rĂ©el, nourrie de recherches minutieuses et de trajectoires fĂ©minines rarement reprĂ©sentĂ©es Ă  l’écran. Entre fiction documentĂ©e, regard politique et quĂȘte d’authenticitĂ©, la rĂ©alisatrice franco-tunisienne revient sur la genĂšse de son film, l’émotion du public marocain et l’élan que lui offre cette distinction majeure. Interview.
Interview avec Erige Sehiri : « Recevoir l’Étoile d’Or Ă  Marrakech, c’est une Ă©motion que je n’oublierai jamais »
  • Ce double Prix - pour votre film et pour votre comĂ©dienne - ouvre sans doute un nouveau chapitre dans votre parcours : comment imaginez-vous l’aprĂšs-FIFM et l’impact que cette distinction pourrait avoir sur la vie du film ?

C’est un sentiment d’une immense beautĂ©. Un moment Ă  la fois incroyable et prĂ©cieux dans ma vie, et j’essaie vraiment de le vivre pleinement. Être ici, Ă  Marrakech, et recevoir un Prix aussi prestigieux, c’est quelque chose qu’on savoure dans l’instant.

J’ai dĂ» rentrer chez moi en plein milieu du festival pour retrouver mon fils ; puis on m’a appelĂ©e en urgence pour me dire qu’il fallait absolument revenir, qu’il y avait une possibilitĂ© de rĂ©compense. Je n’imaginais pas une seconde que ce serait l’Étoile d’Or. Je suis profondĂ©ment fiĂšre et heureuse pour toute mon Ă©quipe, et particuliĂšrement pour Debora Lobe Naney, qui a remportĂ© le Prix de la meilleure interprĂ©tation fĂ©minine. J’invite d’ailleurs le public Ă  dĂ©couvrir tous les films de la compĂ©tition, qui Ă©taient chacun remarquables.

Recevoir cette distinction d’un jury aussi exceptionnel est trĂšs Ă©mouvant, notamment en prĂ©sence de Payman Maadi, l’un des acteurs d’ Â« Une sĂ©paration Â» d’Asghar Farhadi, un film qui compte Ă©normĂ©ment pour moi. J’espĂšre que les spectateurs qui dĂ©couvriront « Promis le ciel Â» ressentiront la mĂȘme Ă©motion que celle vĂ©cue ici.

Je tiens aussi Ă  remercier le festival et les Ateliers de l’Atlas, qui m’ont offert l’opportunitĂ© d’amener ce projet jusque-lĂ . Merci au Maroc. Nous venons tout juste d’arriver
 et nous avons dĂ©jĂ  envie de revenir.
 
  • Qu’est-ce qui vous a guidĂ©e dans le choix de ces portraits fĂ©minins, et comment avez-vous trouvĂ© ces parcours qui sortent des reprĂ©sentations habituelles de la migration ?

J’avais envie de mettre en lumiĂšre les trajectoires de femmes migrantes, un sujet Ă©tonnamment absent de nos Ă©crans. On parle beaucoup de migration masculine - ces hommes qui quittent leur pays pour travailler et soutenir leur famille -, mais on oublie que, dans le Maghreb comme en Europe, de nombreuses femmes d’Afrique subsaharienne migrent elles aussi, parfois pour traverser la MĂ©diterranĂ©e, parfois pour trouver du travail.

Au cinĂ©ma, leurs histoires sont rares, souvent limitĂ©es Ă  des destins tragiques liĂ©s aux dangers du voyage, notamment dans le dĂ©sert du Sud. Je voulais explorer autre chose : des parcours moins visibles, parfois portĂ©s par des femmes diplĂŽmĂ©es, entrepreneures, ou encore cette femme pasteure qui a fondĂ© sa propre Ă©glise. Ces figures ouvrent une autre fenĂȘtre sur la migration, plus complexe, plus diverse, et plus proche des rĂ©alitĂ©s que nous ignorons trop souvent.

Interview avec Erige Sehiri : « Recevoir l’Étoile d’Or Ă  Marrakech, c’est une Ă©motion que je n’oublierai jamais »
  • Comment avez-vous dirigĂ© ce mĂ©lange d’acteurs professionnels et non professionnels pour conserver cette vĂ©ritĂ© tout en gardant la maĂźtrise d’une mise en scĂšne de fiction ?

On a parfois l’impression que « Promis le ciel Â»l mĂȘle documentaire et fiction, mais en rĂ©alitĂ© il s’agit d’une fiction extrĂȘmement documentĂ©e. Le travail de prĂ©paration a Ă©tĂ© si approfondi qu’on peut croire assister Ă  un documentaire. Cela tient aussi au casting : certains rĂŽles sont interprĂ©tĂ©s par des comĂ©diens professionnels, d’autres par des non-professionnels qui apportent une prĂ©sence trĂšs organique Ă  l’écran.

Ma dĂ©marche consiste toujours Ă  faire entrer un maximum de vie sur le plateau. Pour moi, l’essentiel ne rĂ©side pas dans l’exĂ©cution littĂ©rale du scĂ©nario, mais dans la maniĂšre dont chaque personnage habite ses moments, dĂ©voilant des fragments de sa rĂ©alitĂ©. Je suis profondĂ©ment attachĂ©e Ă  cette dimension authentique, Ă  ce rapport direct aux choses vraies. Oui, c’est une vĂ©ritable quĂȘte d’authenticitĂ©.
 
  • Comment parvenez-vous Ă  prĂ©server une cohĂ©rence narrative lorsque vous faites Ă©voluer le scĂ©nario sur le plateau, parfois trĂšs diffĂ©remment de sa version Ă©crite ?

J’ai effectivement travaillĂ© avec deux co-scĂ©naristes, mais chacune est intervenue Ă  un moment diffĂ©rent du processus. La premiĂšre, Malika Louati, m’a accompagnĂ©e dĂšs la phase de recherche : nous avons menĂ© ensemble un vaste travail d’enquĂȘte, accumulant rĂ©cits, tĂ©moignages et situations rĂ©elles. La seconde, Anna Ciennick, est arrivĂ©e plus tard, lorsque le projet avait dĂ©jĂ  une matiĂšre trĂšs dense. Comme je documente Ă©normĂ©ment, le rĂ©cit se retrouve vite chargĂ© d’histoires et de dĂ©tails ; il devient alors essentiel de le restructurer.

J’apprĂ©cie justement cette pluralitĂ© de regards. J’aime travailler de maniĂšre collective, et mes films reflĂštent cette approche : ce sont souvent des Ɠuvres chorales, oĂč plusieurs trajectoires coexistent. Chaque collaboratrice apporte une sensibilitĂ© diffĂ©rente, une maniĂšre singuliĂšre de penser un personnage ou une scĂšne. Et mĂȘme si le scĂ©nario passe par ces phases d’écriture partagĂ©e, je continue de le transformer au tournage - parce que la vie, les acteurs, le lieu apportent toujours quelque chose qui modifie le texte.

Interview avec Erige Sehiri : « Recevoir l’Étoile d’Or Ă  Marrakech, c’est une Ă©motion que je n’oublierai jamais »
  • La rĂ©action du public marocain, lors de la projection, vous conforte-t-elle dans l’idĂ©e que le cinĂ©ma peut agir comme un miroir sensible, capable de rĂ©vĂ©ler nos contradictions collectives et d’ouvrir un espace d’autocritique ?

La projection au festival a provoquĂ© une Ă©motion trĂšs forte. J’ai vu des spectateurs marocains bouleversĂ©s, des couples qui m’ont confiĂ© Ă  quel point ce sujet les touche intimement. Au Maroc, comme au Maghrib, nous faisons face aux mĂȘmes interrogations autour de la migration, et beaucoup m’ont parlĂ© de ce regard que nous portons sur « les Africains Â», comme si nous n’étions pas nous-mĂȘmes Africains. Cette prise de conscience les a Ă©branlĂ©s.

J’ai Ă©tĂ© profondĂ©ment touchĂ©e de les voir aussi Ă©mus. Parce qu’en rĂ©alitĂ©, nous partageons les mĂȘmes fragilitĂ©s, les mĂȘmes contradictions, la mĂȘme humanitĂ©. Nous migrons nous aussi, nous vivons Ă  l’étranger, et nous n’aimerions pas y ĂȘtre traitĂ©s de maniĂšre injuste. Pourtant, chez nous, il arrive que nous reproduisions ces comportements Ă  l’égard de ceux qui arrivent, particuliĂšrement lorsque leur couleur de peau diffĂšre de la nĂŽtre. Il me semble essentiel de se regarder honnĂȘtement, de questionner la maniĂšre dont nous accueillons l’autre, et d’admettre que cette rĂ©flexion nous concerne tous.
 
  • Cette volontĂ© de prĂ©server une dimension authentique oriente-t-elle dĂ©jĂ  votre prochain projet, ou avez-vous envie d’explorer une forme cinĂ©matographique totalement diffĂ©rente ?

Aujourd’hui, nous sommes submergĂ©s par un flot d’images, d’informations, de contenus publicitaires qui circulent en continu. Dans ce contexte saturĂ©, la quĂȘte d’authenticitĂ© me paraĂźt essentielle. Elle permet de redonner du sens, de la profondeur, de la vĂ©ritĂ© Ă  nos rĂ©cits. Pour moi, c’est presque une nĂ©cessitĂ© : revenir Ă  des histoires humaines, ancrĂ©es dans le rĂ©el, c’est offrir aux spectateurs un espace oĂč l’émotion n’est pas fabriquĂ©e, mais vĂ©cue.

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