LâĂ©migration des femmes de la rĂ©gion de Khouribga vers lâĂ©tranger a commencĂ© tardivement, lorsque lâĂ©migration marocaine est passĂ©e dâune migration temporaire Ă une migration permanente. Initialement les femmes accompagnaient leurs maris. Cette migration sâest fĂ©minisĂ©e grĂące au regroupement familial, suite au durcissement des politiques migratoires aprĂšs le premier choc pĂ©trolier de 1973.
Ces nouvelles politiques ont poussĂ© les Marocains Ă sâorienter vers le Sud de lâEurope, dâabord vers lâItalie, puis vers lâEspagne, oĂč les politiques migratoires Ă©taient encore souples. A partir des annĂ©es 1990, les femmes marocaines commencent Ă Ă©migrer seules, sans ĂȘtre accompagnĂ©es par le conjoint ou un parent. Ces derniĂšres annĂ©es, nous avons assistĂ© Ă la migration de retour des femmes. Cependant, la plupart des migrantes de retour ne sâinstallent pas dĂ©finitivement au Maroc, mais continuent Ă se rendre constamment au pays de destination. Elles effectuent des allers et retours entre le pays de dĂ©part et le pays de destination, leur migration entre dans la catĂ©gorie de la migration circulaire.
JusquâĂ prĂ©sent, la migration de retour a Ă©tĂ© peu Ă©tudiĂ©e par les chercheurs, bien que son impact dĂ©mographique et Ă©conomique puisse ĂȘtre important dans des pays tels que le Maroc. Ceci est certainement dĂ» Ă lâinsuffisance de donnĂ©es. Ainsi, malgrĂ© son importance, la migration internationale demeure un phĂ©nomĂšne assez peu Ă©tudiĂ© statistiquement au Maroc. Selon le recensement de 1994, les femmes constituent 40,82% de la migration de retour dont 58% sont mariĂ©es, 34,6% cĂ©libataires, 5,2% divorcĂ©es et 2,2% veuves.
Notre article a pour objet dâĂ©tudier la migration fĂ©minine marocaine issue de la province de Khouribga, en particulier des villes de Khouribga et dâOued-Zem, et dâidentifier et analyser les trajectoires, les expĂ©riences, les stratĂ©gies migratoires ainsi que lâimpact socioĂ©conomique sur cette province. Signalons que le retour des migrantes est difficile Ă repĂ©rer dans un Ă©chantillon de mĂ©nages en raison de leur faible nombre.
Le choix de cette zone est justifiĂ© par lâintĂ©gration des villes de Khouribga et dâOued-Zem dans le phĂ©nomĂšne migratoire, particuliĂšrement vers le Sud de lâEurope, en Italie et en Espagne. Ces deux villes ont des traits en commun en matiĂšre de migration et constituent des points de dĂ©part importants pour de nombreuses migrantes qui cherchent Ă atteindre ces destinations europĂ©ennes, attirĂ©es par les opportunitĂ©s Ă©conomiques et les rĂ©seaux communautaires Ă©tablis en Europe. Ces deux villes constituent un espace clĂ© pour comprendre les motivations et les trajectoires des migrantes. LâĂ©tude de cette zone nous a permis dâavoir un aperçu dĂ©taillĂ© du processus migratoire et des dĂ©fis associĂ©s Ă cette mobilitĂ© vers lâEurope.
Lâimportance historique des villes de Khouribga et dâOued-Zem est manifestĂ©e dans leur rĂŽle de bassins migratoires modernes, intĂ©grĂ©s dans les flux migratoires internationaux marocains depuis les annĂ©es 1970. Ce processus sâest intensifiĂ© au dĂ©but des annĂ©es 1990 et durant les annĂ©es 2000, en particulier en Italie et en Espagne, destinations qui ont attirĂ© un grand nombre de migrants originaires de ces villes dĂšs les annĂ©es 1980. De plus, au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, le retour des femmes migrantes Ă leur pays dâorigine a Ă©galement marquĂ© cette dynamique migratoire.
Les revenus gĂ©nĂ©rĂ©s par la migration internationale, notamment par le biais des transferts de fonds et en nature des femmes migrantes, jouent un rĂŽle crucial pour le dĂ©veloppement des villes de Khouribga et dâOued-Zem. Ces transferts constituent une source de dĂ©veloppement importante, ayant des rĂ©percussions socioĂ©conomiques significatives sur les familles des femmes migrantes.
Comment les femmes migrantes de retour peuvent-elles alors contribuer au dĂ©veloppement des villes de Khouribga et dâOued-Zem, et quels sont leurs impacts socioĂ©conomiques sur ces deux villes ?
Lâimpact de la migration fĂ©minine dans la rĂ©gion de Khouribga
Notre enquĂȘte rĂ©vĂšle que les destinations prĂ©fĂ©rĂ©es des migrantes des villes de Khouribga et dâOued-Zem sont lâItalie avec 62,5% et lâEspagne avec 37,5%. Les villes italiennes de Turin, Cuneo et Rome, ainsi que les villes espagnoles de Valence, Alicante et Madrid, ont attirĂ© ces femmes Ă partir des annĂ©es 1990. Elles prĂ©fĂšrent ces deux destinations en raison de leur proximitĂ© gĂ©ographique et des liens Ă©troits entre ces pays en termes de commerce, de culture et de politique, ainsi que pour des raisons familiales pour rejoindre le mari ou un membre de la famille ayant dĂ©jĂ migrĂ© en Italie et en Espagne.
Ces femmes adoptent diverses stratĂ©gies telles que : La stratĂ©gie de dĂ©part ; notre Ă©tude de terrain rĂ©vĂšle que pour la majoritĂ© des femmes, la dĂ©cision du dĂ©part est prise au niveau de la famille .La stratĂ©gie dâĂ©pargne, ces femmes thĂ©saurisent de lâargent en prĂ©vision des alĂ©as de la vie. Elles investissent lâargent Ă©pargnĂ© dans diffĂ©rents secteurs. La stratĂ©gie de retour, les femmes de retour Ă Khouribga et Ă Oued-Zem aspirent Ă un meilleur statut social Ă travers la rĂ©alisation de projets personnels. Elles investissent dans le secteur immobilier (stratĂ©gie financiĂšre) pour se prĂ©munir contre les alĂ©as de la vie et dans le secteur tertiaire pour faciliter leur rĂ©intĂ©gration sociale et Ă©conomique.
Les transferts de fonds
Les envois de fonds représentent une source de revenu cruciale pour leurs familles et améliorent leur niveau de vie. La majorité des migrantes interrogées, soit 62,50% et 70% à Khouribga et à Oued-Zem respectivement transfÚrent entre 1.000 et 2.000 DH par mois et 37,50% et 30% envoient entre 2.000 et 3.000 DH. Celles qui envoient occasionnellement peuvent parfois transférer des montants dépassant 10.000 DH.
Les migrantes interrogĂ©es envoient de lâargent Ă Khouribga et Ă Oued-Zem rĂ©guliĂšrement ou de temps en temps Ă la demande de leur famille restĂ©e au pays (pour lâachat de meubles, dâĂ©quipements pour la cuisine, pour des soins mĂ©dicaux, pour lâorganisation dâun mariage ou dâun baptĂȘme, pour un pĂšlerinage, etc.) Le montant de ces flux est beaucoup plus important dans certaines pĂ©riodes notamment lors du mois de Ramadan et de fĂȘtes religieuses (AĂŻd al Adha et AĂŻd al Fitr).
Notre enquĂȘte a aussi rĂ©vĂ©lĂ© que plusieurs canaux de transfert sont utilisĂ©s par les migrantes pour lâenvoi de fonds au Maroc. La banque et la poste Ă©taient les modes de transfert les plus utilisĂ©s jusquâaux annĂ©es 1990. La poste qui permettait mĂȘme aux personnes sans papiers de transfĂ©rer de lâargent, est aujourdâhui moins utilisĂ©e par les MRE.
Dans notre zone dâĂ©tude, ce mode de transfert est utilisĂ© par 20% des migrantes Ă Khouribga et 25% Ă Oued-Zem. La banque est aussi utilisĂ©e comme mode de transfert par 22,50% Ă Khouribga et Ă Oued-Zem. Au dĂ©but des annĂ©es 2000, avec la mondialisation, lâĂ©mergence de lâeuro et le dĂ©veloppement des rĂ©seaux de change et de transfert, de nouveaux canaux de transfert sont apparus. Ces modes sont utilisĂ©s par 57,50% Ă Khouribga et 52,50% Ă Oued-Zem en raison de leur simplicitĂ© et de leur rapiditĂ© : lâargent envoyĂ© par ces canaux est rĂ©ceptionnĂ© en moins de cinq minutes.
Les investissements des migrantes
Toutes les migrantes de retour interrogĂ©es ont rĂ©alisĂ© des investissements dans la province de Khouribga, et câest lâimmobilier qui lâemporte et vient en premiĂšre position avec 74% Ă Oued-Zem et 61% Ă Khouribga des placements. En effet, lâachat ou la construction dâun logement, dans le pays dâorigine, et particuliĂšrement dans la rĂ©gion dâorigine, constitue un facteur de rĂ©ussite sociale pour ces femmes. Le tertiaire vient en deuxiĂšme position et intĂ©resse 39% Ă Khouribga et 26% Ă Oued-Zem des migrantes de notre Ă©chantillon. Un deuxiĂšme investissement dans lâimmobilier se fait Ă lâextĂ©rieur de Khouribga et particuliĂšrement dans les villes cĂŽtiĂšres, Ă savoir Mohammedia, El Jadida, Bouznika, etc.
A Khouribga, les investissements des migrantes de retour dans le secteur tertiaire se concentrent au centre-ville. Quant Ă lâinvestissement dans lâimmobilier, il est rĂ©parti dans divers quartiers de la ville. La majoritĂ© des migrantes ont construit ou achetĂ© dans les nouveaux quartiers ou dans les extensions de la ville en raison de la disponibilitĂ© des terrains et de prix moins Ă©levĂ©s par rapport au reste de la ville.
A Oued-Zem, la rĂ©partition des projets des migrantes de retour selon les secteurs montre que la majoritĂ© de ces femmes investissent dans lâimmobilier. En effet, ces femmes pensent quâil y a moins de risques en plaçant lâargent dans lâimmobilier que dans le commerce.
De plus, investir dans lâimmobilier revĂȘt une valeur sociale importante, permettant de dĂ©montrer le succĂšs de leurs projets migratoires Ă leurs familles, voisins et leur communautĂ©. Ce nâest quâaprĂšs la rĂ©alisation de projets immobiliers que les migrantes pensent Ă investir dans des projets rentables tels que des boulangeries, magasins de vĂȘtements, fromageries, cafĂ©s, salons de coiffure et dâesthĂ©tique.
Dans la province de Khouribga, les femmes migrantes de retour enquĂȘtĂ©es nous affirment quâelles ont rencontrĂ© des problĂšmes dans le domaine de lâinvestissement. Selon les rĂ©sultats de notre enquĂȘte, un certain nombre de difficultĂ©s et dâobstacles limitent lâintĂ©rĂȘt des femmes interrogĂ©es Ă entreprendre des projets de dĂ©veloppement : PremiĂšrement, la complexitĂ© des procĂ©dures administratives reprĂ©sente un obstacle majeur, avec 46%, et 24%, suivies par le manque de financement des institutions. En troisiĂšme position, il y a les difficultĂ©s dâaccĂšs Ă lâinformation.
La crĂ©ation de multiples projets de dĂ©veloppement a gĂ©nĂ©rĂ© des opportunitĂ©s dâemploi pour de nombreux jeunes notamment dans le secteur des services, en particulier Ă Khouribga. Cela est dĂ» au fait qu'elle est la capitale de la province d'une part, et son important dynamisme Ă©conomique par rapport Ă Oued-Zem. La taille fait de l'investissement dans le secteur des services une motivation premiĂšre. Cela se reflĂšte dans les projets et leurs rendements financiers qui ont favorisĂ© le dĂ©veloppement de la rĂ©gion.
En guise de conclusion, on peut dire que la migration internationale des femmes continue de contribuer au dĂ©veloppement local Ă Khouribga et Ă Oued-Zem grĂące aux transferts financiers et en nature, ainsi quâaux rĂŽles sociĂ©taux qu'elles jouent Ă l'Ăšre du capitalisme mondial.
Ces nouvelles politiques ont poussĂ© les Marocains Ă sâorienter vers le Sud de lâEurope, dâabord vers lâItalie, puis vers lâEspagne, oĂč les politiques migratoires Ă©taient encore souples. A partir des annĂ©es 1990, les femmes marocaines commencent Ă Ă©migrer seules, sans ĂȘtre accompagnĂ©es par le conjoint ou un parent. Ces derniĂšres annĂ©es, nous avons assistĂ© Ă la migration de retour des femmes. Cependant, la plupart des migrantes de retour ne sâinstallent pas dĂ©finitivement au Maroc, mais continuent Ă se rendre constamment au pays de destination. Elles effectuent des allers et retours entre le pays de dĂ©part et le pays de destination, leur migration entre dans la catĂ©gorie de la migration circulaire.
JusquâĂ prĂ©sent, la migration de retour a Ă©tĂ© peu Ă©tudiĂ©e par les chercheurs, bien que son impact dĂ©mographique et Ă©conomique puisse ĂȘtre important dans des pays tels que le Maroc. Ceci est certainement dĂ» Ă lâinsuffisance de donnĂ©es. Ainsi, malgrĂ© son importance, la migration internationale demeure un phĂ©nomĂšne assez peu Ă©tudiĂ© statistiquement au Maroc. Selon le recensement de 1994, les femmes constituent 40,82% de la migration de retour dont 58% sont mariĂ©es, 34,6% cĂ©libataires, 5,2% divorcĂ©es et 2,2% veuves.
Notre article a pour objet dâĂ©tudier la migration fĂ©minine marocaine issue de la province de Khouribga, en particulier des villes de Khouribga et dâOued-Zem, et dâidentifier et analyser les trajectoires, les expĂ©riences, les stratĂ©gies migratoires ainsi que lâimpact socioĂ©conomique sur cette province. Signalons que le retour des migrantes est difficile Ă repĂ©rer dans un Ă©chantillon de mĂ©nages en raison de leur faible nombre.
Le choix de cette zone est justifiĂ© par lâintĂ©gration des villes de Khouribga et dâOued-Zem dans le phĂ©nomĂšne migratoire, particuliĂšrement vers le Sud de lâEurope, en Italie et en Espagne. Ces deux villes ont des traits en commun en matiĂšre de migration et constituent des points de dĂ©part importants pour de nombreuses migrantes qui cherchent Ă atteindre ces destinations europĂ©ennes, attirĂ©es par les opportunitĂ©s Ă©conomiques et les rĂ©seaux communautaires Ă©tablis en Europe. Ces deux villes constituent un espace clĂ© pour comprendre les motivations et les trajectoires des migrantes. LâĂ©tude de cette zone nous a permis dâavoir un aperçu dĂ©taillĂ© du processus migratoire et des dĂ©fis associĂ©s Ă cette mobilitĂ© vers lâEurope.
Lâimportance historique des villes de Khouribga et dâOued-Zem est manifestĂ©e dans leur rĂŽle de bassins migratoires modernes, intĂ©grĂ©s dans les flux migratoires internationaux marocains depuis les annĂ©es 1970. Ce processus sâest intensifiĂ© au dĂ©but des annĂ©es 1990 et durant les annĂ©es 2000, en particulier en Italie et en Espagne, destinations qui ont attirĂ© un grand nombre de migrants originaires de ces villes dĂšs les annĂ©es 1980. De plus, au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, le retour des femmes migrantes Ă leur pays dâorigine a Ă©galement marquĂ© cette dynamique migratoire.
Les revenus gĂ©nĂ©rĂ©s par la migration internationale, notamment par le biais des transferts de fonds et en nature des femmes migrantes, jouent un rĂŽle crucial pour le dĂ©veloppement des villes de Khouribga et dâOued-Zem. Ces transferts constituent une source de dĂ©veloppement importante, ayant des rĂ©percussions socioĂ©conomiques significatives sur les familles des femmes migrantes.
Comment les femmes migrantes de retour peuvent-elles alors contribuer au dĂ©veloppement des villes de Khouribga et dâOued-Zem, et quels sont leurs impacts socioĂ©conomiques sur ces deux villes ?
Lâimpact de la migration fĂ©minine dans la rĂ©gion de Khouribga
Notre enquĂȘte rĂ©vĂšle que les destinations prĂ©fĂ©rĂ©es des migrantes des villes de Khouribga et dâOued-Zem sont lâItalie avec 62,5% et lâEspagne avec 37,5%. Les villes italiennes de Turin, Cuneo et Rome, ainsi que les villes espagnoles de Valence, Alicante et Madrid, ont attirĂ© ces femmes Ă partir des annĂ©es 1990. Elles prĂ©fĂšrent ces deux destinations en raison de leur proximitĂ© gĂ©ographique et des liens Ă©troits entre ces pays en termes de commerce, de culture et de politique, ainsi que pour des raisons familiales pour rejoindre le mari ou un membre de la famille ayant dĂ©jĂ migrĂ© en Italie et en Espagne.
Ces femmes adoptent diverses stratĂ©gies telles que : La stratĂ©gie de dĂ©part ; notre Ă©tude de terrain rĂ©vĂšle que pour la majoritĂ© des femmes, la dĂ©cision du dĂ©part est prise au niveau de la famille .La stratĂ©gie dâĂ©pargne, ces femmes thĂ©saurisent de lâargent en prĂ©vision des alĂ©as de la vie. Elles investissent lâargent Ă©pargnĂ© dans diffĂ©rents secteurs. La stratĂ©gie de retour, les femmes de retour Ă Khouribga et Ă Oued-Zem aspirent Ă un meilleur statut social Ă travers la rĂ©alisation de projets personnels. Elles investissent dans le secteur immobilier (stratĂ©gie financiĂšre) pour se prĂ©munir contre les alĂ©as de la vie et dans le secteur tertiaire pour faciliter leur rĂ©intĂ©gration sociale et Ă©conomique.
Les transferts de fonds
Les envois de fonds représentent une source de revenu cruciale pour leurs familles et améliorent leur niveau de vie. La majorité des migrantes interrogées, soit 62,50% et 70% à Khouribga et à Oued-Zem respectivement transfÚrent entre 1.000 et 2.000 DH par mois et 37,50% et 30% envoient entre 2.000 et 3.000 DH. Celles qui envoient occasionnellement peuvent parfois transférer des montants dépassant 10.000 DH.
Les migrantes interrogĂ©es envoient de lâargent Ă Khouribga et Ă Oued-Zem rĂ©guliĂšrement ou de temps en temps Ă la demande de leur famille restĂ©e au pays (pour lâachat de meubles, dâĂ©quipements pour la cuisine, pour des soins mĂ©dicaux, pour lâorganisation dâun mariage ou dâun baptĂȘme, pour un pĂšlerinage, etc.) Le montant de ces flux est beaucoup plus important dans certaines pĂ©riodes notamment lors du mois de Ramadan et de fĂȘtes religieuses (AĂŻd al Adha et AĂŻd al Fitr).
Notre enquĂȘte a aussi rĂ©vĂ©lĂ© que plusieurs canaux de transfert sont utilisĂ©s par les migrantes pour lâenvoi de fonds au Maroc. La banque et la poste Ă©taient les modes de transfert les plus utilisĂ©s jusquâaux annĂ©es 1990. La poste qui permettait mĂȘme aux personnes sans papiers de transfĂ©rer de lâargent, est aujourdâhui moins utilisĂ©e par les MRE.
Dans notre zone dâĂ©tude, ce mode de transfert est utilisĂ© par 20% des migrantes Ă Khouribga et 25% Ă Oued-Zem. La banque est aussi utilisĂ©e comme mode de transfert par 22,50% Ă Khouribga et Ă Oued-Zem. Au dĂ©but des annĂ©es 2000, avec la mondialisation, lâĂ©mergence de lâeuro et le dĂ©veloppement des rĂ©seaux de change et de transfert, de nouveaux canaux de transfert sont apparus. Ces modes sont utilisĂ©s par 57,50% Ă Khouribga et 52,50% Ă Oued-Zem en raison de leur simplicitĂ© et de leur rapiditĂ© : lâargent envoyĂ© par ces canaux est rĂ©ceptionnĂ© en moins de cinq minutes.
Les investissements des migrantes
Toutes les migrantes de retour interrogĂ©es ont rĂ©alisĂ© des investissements dans la province de Khouribga, et câest lâimmobilier qui lâemporte et vient en premiĂšre position avec 74% Ă Oued-Zem et 61% Ă Khouribga des placements. En effet, lâachat ou la construction dâun logement, dans le pays dâorigine, et particuliĂšrement dans la rĂ©gion dâorigine, constitue un facteur de rĂ©ussite sociale pour ces femmes. Le tertiaire vient en deuxiĂšme position et intĂ©resse 39% Ă Khouribga et 26% Ă Oued-Zem des migrantes de notre Ă©chantillon. Un deuxiĂšme investissement dans lâimmobilier se fait Ă lâextĂ©rieur de Khouribga et particuliĂšrement dans les villes cĂŽtiĂšres, Ă savoir Mohammedia, El Jadida, Bouznika, etc.
A Khouribga, les investissements des migrantes de retour dans le secteur tertiaire se concentrent au centre-ville. Quant Ă lâinvestissement dans lâimmobilier, il est rĂ©parti dans divers quartiers de la ville. La majoritĂ© des migrantes ont construit ou achetĂ© dans les nouveaux quartiers ou dans les extensions de la ville en raison de la disponibilitĂ© des terrains et de prix moins Ă©levĂ©s par rapport au reste de la ville.
A Oued-Zem, la rĂ©partition des projets des migrantes de retour selon les secteurs montre que la majoritĂ© de ces femmes investissent dans lâimmobilier. En effet, ces femmes pensent quâil y a moins de risques en plaçant lâargent dans lâimmobilier que dans le commerce.
De plus, investir dans lâimmobilier revĂȘt une valeur sociale importante, permettant de dĂ©montrer le succĂšs de leurs projets migratoires Ă leurs familles, voisins et leur communautĂ©. Ce nâest quâaprĂšs la rĂ©alisation de projets immobiliers que les migrantes pensent Ă investir dans des projets rentables tels que des boulangeries, magasins de vĂȘtements, fromageries, cafĂ©s, salons de coiffure et dâesthĂ©tique.
Dans la province de Khouribga, les femmes migrantes de retour enquĂȘtĂ©es nous affirment quâelles ont rencontrĂ© des problĂšmes dans le domaine de lâinvestissement. Selon les rĂ©sultats de notre enquĂȘte, un certain nombre de difficultĂ©s et dâobstacles limitent lâintĂ©rĂȘt des femmes interrogĂ©es Ă entreprendre des projets de dĂ©veloppement : PremiĂšrement, la complexitĂ© des procĂ©dures administratives reprĂ©sente un obstacle majeur, avec 46%, et 24%, suivies par le manque de financement des institutions. En troisiĂšme position, il y a les difficultĂ©s dâaccĂšs Ă lâinformation.
La crĂ©ation de multiples projets de dĂ©veloppement a gĂ©nĂ©rĂ© des opportunitĂ©s dâemploi pour de nombreux jeunes notamment dans le secteur des services, en particulier Ă Khouribga. Cela est dĂ» au fait qu'elle est la capitale de la province d'une part, et son important dynamisme Ă©conomique par rapport Ă Oued-Zem. La taille fait de l'investissement dans le secteur des services une motivation premiĂšre. Cela se reflĂšte dans les projets et leurs rendements financiers qui ont favorisĂ© le dĂ©veloppement de la rĂ©gion.
En guise de conclusion, on peut dire que la migration internationale des femmes continue de contribuer au dĂ©veloppement local Ă Khouribga et Ă Oued-Zem grĂące aux transferts financiers et en nature, ainsi quâaux rĂŽles sociĂ©taux qu'elles jouent Ă l'Ăšre du capitalisme mondial.
Ces femmes jouent un rĂŽle Ă©conomique important en subvenant aux besoins de leurs familles. Au niveau culturel, les femmes migrantes rapportent Ă leur retour un mode de vie occidental et des compĂ©tences en langues Ă©trangĂšres. Sur le plan social, elles acquiĂšrent un statut qui leur confĂšre une place importante dans la sociĂ©tĂ© du pays dâorigine.
Le retour des femmes migrantes dans leur pays dâorigine constitue une phase parmi dâautres dans leur projet migratoire. Cependant, ce retour nâest souvent pas dĂ©finitif ; ces femmes continuent de faire des allers - retours entre le pays de dĂ©part et le pays dâarrivĂ©eâŠ
Par Atika Zioui
Docteur en géographie
Le retour des femmes migrantes dans leur pays dâorigine constitue une phase parmi dâautres dans leur projet migratoire. Cependant, ce retour nâest souvent pas dĂ©finitif ; ces femmes continuent de faire des allers - retours entre le pays de dĂ©part et le pays dâarrivĂ©eâŠ
Par Atika Zioui
Docteur en géographie
