Dans un paysage Ă©ducatif en constante Ă©volution, certaines institutions ont traversĂ© les dĂ©cennies sans jamais perdre leur rĂŽle central. Lâhistoire de Jacques Hersent de Mohammedia illustre parfaitement cette capacitĂ© dâun lieu dâenseignement Ă se transformer tout en conservant son Ăąme. Depuis 1929, cet Ă©tablissement a vu dĂ©filer des gĂ©nĂ©rations dâenfants et accompagner les Ă©volutions politiques, sociales et Ă©ducatives du Maroc. Sa continuitĂ©, sous une appellation diffĂ©rente, tĂ©moigne dâune volontĂ© de prĂ©server un hĂ©ritage tout en lâadaptant aux besoins contemporains.
Pour comprendre lâimportance symbolique de cette Ă©cole, il faut se replacer dans le contexte de la fin des annĂ©es 1920. La ville de FĂ©dala, future Mohammedia, est alors en pleine transformation. Le port, inaugurĂ© dans les annĂ©es 1910 pour servir dâescale Ă la Compagnie ChĂ©rifienne des PĂ©troles et Ă dâautres entreprises, attire une population cosmopolite : des EuropĂ©ens venus travailler dans lâindustrie ou lâadministration et des Marocains installĂ©s dans les quartiers pĂ©riphĂ©riques en quĂȘte dâopportunitĂ©s Ă©conomiques. Dans ce bouillonnement, lâĂ©cole ouvre ses portes comme un signe tangible de la volontĂ© dâorganiser la vie urbaine autour dâinstitutions modernes. Lâenseignement devient un outil dâintĂ©gration, un instrument de structuration sociale, et lâĂ©cole sâimpose dĂšs ses dĂ©buts comme lâun des lieux emblĂ©matiques de la ville.
Au fil des dĂ©cennies, le bĂątiment devient un repĂšre physique et affectif. «« Dans les salles de classe, les pupitres en bois Ă©taient alignĂ©s, les cartes du Maroc et du monde accrochĂ©es aux murs, et les portraits des dirigeants prĂ©sents. Je me souviens de lâodeur de la craie, des jeux dans la cour et des rangs soigneusement respectĂ©s lors des cĂ©rĂ©monies marocaines et françaises »,tĂ©moigne un sexagĂ©naire, ancien Ă©lĂšve de lâĂ©cole. « Ces lieux nâĂ©taient pas seulement dĂ©diĂ©s Ă lâapprentissage acadĂ©mique, mais faisaient lâobjet dâun microcosme oĂč se transmettaient les valeurs de respect, de discipline et de curiositĂ© intellectuelle », poursuit-il.
AprĂšs lâIndĂ©pendance du Royaume en 1956, Jacques Hersent conserve son prestige et sâadapte aux rĂ©formes qui rĂ©organisent le systĂšme Ă©ducatif marocain. Le français demeure la langue dâenseignement dominante, mais lâarabe sâaffirme progressivement. Cette cohabitation linguistique reflĂšte lâhistoire mĂȘme de Mohammedia, ville-carrefour oĂč sâentrecroisent influences locales et hĂ©ritages coloniaux. Dans les annĂ©es 1960 et 1970, lâĂ©cole devient un lieu dâapprentissage de la citoyennetĂ© marocaine nouvelle oĂč lâon enseigne Ă la fois lâhistoire nationale en construction et les savoirs universels. Plusieurs gĂ©nĂ©rations dâĂ©lĂšves, devenus par la suite enseignants, ingĂ©nieurs, journalistes, cadres ou commerçants, se souviennent encore de la fiertĂ© ressentie en appartenant Ă une institution qui semblait traverser immuablement le temps.
Lâattachement Ă Jacques Hersent sâest renforcĂ© au fil des cĂ©lĂ©brations et des retrouvailles. Les albums photos des anciens, partagĂ©s sur des plateformes et lors de rĂ©unions dâanciens Ă©lĂšves, rĂ©vĂšlent la diversitĂ© des visages et des destins. Certains Ă©voquent la rigueur de maĂźtres intransigeants, dâautres la bienveillance dâinstitutrices attentives, mais tous soulignent la force du lien forgĂ© dans ce lieu. Cette mĂ©moire collective atteint un sommet en 2019, lors du quatre-vingt-dixiĂšme anniversaire de lâĂ©cole. La cĂ©rĂ©monie organisĂ©e pour lâoccasion rĂ©unit plusieurs gĂ©nĂ©rations autour dâun mĂȘme symbole. On y lit dans les discours un double mouvement : la nostalgie pour un passĂ© rĂ©volu et la conviction que ce site fait partie intĂ©grante du patrimoine immatĂ©riel de la ville.
Lorsque lâannonce dâune rĂ©habilitation survient deux ans plus tard, en 2021, câest donc toute une communautĂ© qui retient son souffle: le projet de transformation en Ăcole François Mauriac suscite des rĂ©actions contrastĂ©es. Certains redoutent que la disparition du nom « Jacques Hersent » efface un pan de lâhistoire locale. Dâautres, au contraire, y voient lâopportunitĂ© de donner une nouvelle vie Ă un lieu menacĂ© par le vieillissement et lâusure. La rĂ©habilitation est ambitieuse : elle vise Ă moderniser les infrastructures, Ă rĂ©pondre aux normes pĂ©dagogiques contemporaines et Ă ouvrir une nouvelle page Ă©ducative tournĂ©e vers lâavenir. «En choisissant le nom de François Mauriac, Ă©crivain français couronnĂ© du prix Nobel de littĂ©rature en 1952, lâĂ©tablissement affirme une continuitĂ© culturelle avec le systĂšme Ă©ducatif francophone, tout en sâancrant dans le contexte marocain actuel», laisse subodorer Ăric Armani, nouveau directeur de lâĂ©cole.
Pour comprendre lâimportance symbolique de cette Ă©cole, il faut se replacer dans le contexte de la fin des annĂ©es 1920. La ville de FĂ©dala, future Mohammedia, est alors en pleine transformation. Le port, inaugurĂ© dans les annĂ©es 1910 pour servir dâescale Ă la Compagnie ChĂ©rifienne des PĂ©troles et Ă dâautres entreprises, attire une population cosmopolite : des EuropĂ©ens venus travailler dans lâindustrie ou lâadministration et des Marocains installĂ©s dans les quartiers pĂ©riphĂ©riques en quĂȘte dâopportunitĂ©s Ă©conomiques. Dans ce bouillonnement, lâĂ©cole ouvre ses portes comme un signe tangible de la volontĂ© dâorganiser la vie urbaine autour dâinstitutions modernes. Lâenseignement devient un outil dâintĂ©gration, un instrument de structuration sociale, et lâĂ©cole sâimpose dĂšs ses dĂ©buts comme lâun des lieux emblĂ©matiques de la ville.
Au fil des dĂ©cennies, le bĂątiment devient un repĂšre physique et affectif. «« Dans les salles de classe, les pupitres en bois Ă©taient alignĂ©s, les cartes du Maroc et du monde accrochĂ©es aux murs, et les portraits des dirigeants prĂ©sents. Je me souviens de lâodeur de la craie, des jeux dans la cour et des rangs soigneusement respectĂ©s lors des cĂ©rĂ©monies marocaines et françaises »,tĂ©moigne un sexagĂ©naire, ancien Ă©lĂšve de lâĂ©cole. « Ces lieux nâĂ©taient pas seulement dĂ©diĂ©s Ă lâapprentissage acadĂ©mique, mais faisaient lâobjet dâun microcosme oĂč se transmettaient les valeurs de respect, de discipline et de curiositĂ© intellectuelle », poursuit-il.
AprĂšs lâIndĂ©pendance du Royaume en 1956, Jacques Hersent conserve son prestige et sâadapte aux rĂ©formes qui rĂ©organisent le systĂšme Ă©ducatif marocain. Le français demeure la langue dâenseignement dominante, mais lâarabe sâaffirme progressivement. Cette cohabitation linguistique reflĂšte lâhistoire mĂȘme de Mohammedia, ville-carrefour oĂč sâentrecroisent influences locales et hĂ©ritages coloniaux. Dans les annĂ©es 1960 et 1970, lâĂ©cole devient un lieu dâapprentissage de la citoyennetĂ© marocaine nouvelle oĂč lâon enseigne Ă la fois lâhistoire nationale en construction et les savoirs universels. Plusieurs gĂ©nĂ©rations dâĂ©lĂšves, devenus par la suite enseignants, ingĂ©nieurs, journalistes, cadres ou commerçants, se souviennent encore de la fiertĂ© ressentie en appartenant Ă une institution qui semblait traverser immuablement le temps.
Lâattachement Ă Jacques Hersent sâest renforcĂ© au fil des cĂ©lĂ©brations et des retrouvailles. Les albums photos des anciens, partagĂ©s sur des plateformes et lors de rĂ©unions dâanciens Ă©lĂšves, rĂ©vĂšlent la diversitĂ© des visages et des destins. Certains Ă©voquent la rigueur de maĂźtres intransigeants, dâautres la bienveillance dâinstitutrices attentives, mais tous soulignent la force du lien forgĂ© dans ce lieu. Cette mĂ©moire collective atteint un sommet en 2019, lors du quatre-vingt-dixiĂšme anniversaire de lâĂ©cole. La cĂ©rĂ©monie organisĂ©e pour lâoccasion rĂ©unit plusieurs gĂ©nĂ©rations autour dâun mĂȘme symbole. On y lit dans les discours un double mouvement : la nostalgie pour un passĂ© rĂ©volu et la conviction que ce site fait partie intĂ©grante du patrimoine immatĂ©riel de la ville.
Lorsque lâannonce dâune rĂ©habilitation survient deux ans plus tard, en 2021, câest donc toute une communautĂ© qui retient son souffle: le projet de transformation en Ăcole François Mauriac suscite des rĂ©actions contrastĂ©es. Certains redoutent que la disparition du nom « Jacques Hersent » efface un pan de lâhistoire locale. Dâautres, au contraire, y voient lâopportunitĂ© de donner une nouvelle vie Ă un lieu menacĂ© par le vieillissement et lâusure. La rĂ©habilitation est ambitieuse : elle vise Ă moderniser les infrastructures, Ă rĂ©pondre aux normes pĂ©dagogiques contemporaines et Ă ouvrir une nouvelle page Ă©ducative tournĂ©e vers lâavenir. «En choisissant le nom de François Mauriac, Ă©crivain français couronnĂ© du prix Nobel de littĂ©rature en 1952, lâĂ©tablissement affirme une continuitĂ© culturelle avec le systĂšme Ă©ducatif francophone, tout en sâancrant dans le contexte marocain actuel», laisse subodorer Ăric Armani, nouveau directeur de lâĂ©cole.
Archives : FĂ©dala, la CitĂ© industrielle dâantan
Il y a peu ou prou un siĂšcle, FĂ©dala, jeune citĂ© butineuse et frondeuse, voyait affluer des familles venues du Maroc tout entier, mais aussi dâEurope, attirĂ©es par les promesses dâemploi liĂ©es au port et Ă lâindustrie pĂ©troliĂšre. Dans ce creuset humain, lâĂ©cole Jacques Hersent jouait un rĂŽle essentiel : elle offrait Ă ces enfants dâhorizons diffĂ©rents un lieu commun oĂč se mĂȘlaient savoir et citoyennetĂ©. Elle fut, dĂšs ses dĂ©buts, une Ă©cole de la rencontre et de la tolĂ©rance. Câest lĂ que sâest forgĂ©e une gĂ©nĂ©ration dâĂ©lĂšves que lâon retrouve plus tard ingĂ©nieurs, mĂ©decins, enseignants, journalistes, artisans ou cadres, tous marquĂ©s par cette mĂȘme empreinte discrĂšte : celle dâune Ă©cole qui, au-delĂ des leçons, avait enseignĂ© le respect de lâautre et le goĂ»t du travail.
Lâhistoire de cette Ă©cole est, donc, indissociable de celle de la ville. Dans les annĂ©es dâaprĂšs-guerre, la ville sâĂ©tend, se modernise, devient un carrefour industriel et culturel. Tandis que les raffineries sâĂ©lĂšvent et que les quartiers nouveaux apparaissent, lâĂ©cole demeure un point fixe, un repĂšre dans le paysage. Des gĂ©nĂ©rations dâĂ©lĂšves y apprennent Ă lire et Ă compter, mais aussi Ă vivre ensemble, sous lâĆil de professeurs dĂ©vouĂ©s comme Madame GisĂšle BĂ©lier, figure emblĂ©matique de lâexigence bienveillante. Elle incarnait ce que lâĂ©cole avait de meilleur : la transmission du savoir, certes, mais aussi celle dâun sens moral et humain.
Lorsque, au dĂ©but du XXIĂšme siĂšcle, le vieux bĂątiment commença Ă montrer les signes du temps, sa fermeture temporaire pour rĂ©novation suscita lâĂ©motion. Beaucoup craignaient que ce lieu chargĂ© de souvenirs ne soit dĂ©truit ou transformĂ© sans Ă©gard pour son histoire. Le projet de rĂ©habilitation en Ăcole François Mauriac fut accueilli avec prudence, puis avec reconnaissance, Ă mesure que lâon dĂ©couvrait que le site serait prĂ©servĂ© et revivifiĂ©. Ce changement de nom, loin dâeffacer le passĂ©, a permis dâouvrir un nouveau chapitre dans la mĂȘme continuitĂ© : celle dâun lieu dĂ©diĂ© Ă lâinstruction, Ă la culture et Ă la rencontre des esprits.
Ainsi, Ă travers ce changement, lâĂ©cole raconte quelque chose dâuniversel : la permanence des lieux malgrĂ© la fluiditĂ© des gĂ©nĂ©rations, la capacitĂ© dâun espace dâenseignement Ă devenir un fil conducteur entre mĂ©moire et modernitĂ©. Lâhistoire de Jacques Hersent, devenue François Mauriac, est celle de la CitĂ© des fleurs elle-mĂȘme â une citĂ© en mouvement, ouverte aux influences extĂ©rieures, mais toujours fidĂšle Ă son Ăąme. Le site, par sa transformation, prouve quâune Ă©cole peut ĂȘtre Ă la fois un sanctuaire du passĂ© et un tremplin vers lâavenir. Dans le silence de ses murs, le temps nâefface rien : il continue dâenseigner.
Lâhistoire de cette Ă©cole est, donc, indissociable de celle de la ville. Dans les annĂ©es dâaprĂšs-guerre, la ville sâĂ©tend, se modernise, devient un carrefour industriel et culturel. Tandis que les raffineries sâĂ©lĂšvent et que les quartiers nouveaux apparaissent, lâĂ©cole demeure un point fixe, un repĂšre dans le paysage. Des gĂ©nĂ©rations dâĂ©lĂšves y apprennent Ă lire et Ă compter, mais aussi Ă vivre ensemble, sous lâĆil de professeurs dĂ©vouĂ©s comme Madame GisĂšle BĂ©lier, figure emblĂ©matique de lâexigence bienveillante. Elle incarnait ce que lâĂ©cole avait de meilleur : la transmission du savoir, certes, mais aussi celle dâun sens moral et humain.
Lorsque, au dĂ©but du XXIĂšme siĂšcle, le vieux bĂątiment commença Ă montrer les signes du temps, sa fermeture temporaire pour rĂ©novation suscita lâĂ©motion. Beaucoup craignaient que ce lieu chargĂ© de souvenirs ne soit dĂ©truit ou transformĂ© sans Ă©gard pour son histoire. Le projet de rĂ©habilitation en Ăcole François Mauriac fut accueilli avec prudence, puis avec reconnaissance, Ă mesure que lâon dĂ©couvrait que le site serait prĂ©servĂ© et revivifiĂ©. Ce changement de nom, loin dâeffacer le passĂ©, a permis dâouvrir un nouveau chapitre dans la mĂȘme continuitĂ© : celle dâun lieu dĂ©diĂ© Ă lâinstruction, Ă la culture et Ă la rencontre des esprits.
Ainsi, Ă travers ce changement, lâĂ©cole raconte quelque chose dâuniversel : la permanence des lieux malgrĂ© la fluiditĂ© des gĂ©nĂ©rations, la capacitĂ© dâun espace dâenseignement Ă devenir un fil conducteur entre mĂ©moire et modernitĂ©. Lâhistoire de Jacques Hersent, devenue François Mauriac, est celle de la CitĂ© des fleurs elle-mĂȘme â une citĂ© en mouvement, ouverte aux influences extĂ©rieures, mais toujours fidĂšle Ă son Ăąme. Le site, par sa transformation, prouve quâune Ă©cole peut ĂȘtre Ă la fois un sanctuaire du passĂ© et un tremplin vers lâavenir. Dans le silence de ses murs, le temps nâefface rien : il continue dâenseigner.
Portrait : GisĂšle BĂ©lier, lâexigence et la bienveillance rĂ©unies
Ă lâĂ©cole Jacques Hersent de Mohammedia, Madame GisĂšle BĂ©lier incarne, dans la mĂ©moire des anciens Ă©lĂšves, lâidĂ©al de lâĂ©ducatrice dĂ©vouĂ©e et exigeante. Française profondĂ©ment attachĂ©e au Maroc, elle avait choisi dâenseigner dans cette Ă©cole avec une conviction rare. FĂ©dala Ă©tait sa ville de coeur comme elle se plaisait tant Ă rappeler.
ĂlĂ©gante et droite, elle incarnait le sĂ©rieux sans jamais sombrer dans la duretĂ© ou lâintransigeance. Sâil y avait une chose sur laquelle elle ne transigeait pas, câĂ©tait le temps : pas plus de trente secondes de retard nâĂ©taient tolĂ©rĂ©es. Sa montre Ă la main, elle rĂ©pĂ©tait que «le temps vaut tout lâor du monde». Sa rigueur se lisait jusque dans la disposition des cahiers : marges tracĂ©es Ă la rĂšgle, titres soulignĂ©s, et aucune faute laissĂ©e sans correction. Chaque dĂ©tail comptait, car pour elle, la prĂ©cision formait lâesprit.
Mais derriĂšre cette fermetĂ©, il y avait une femme profondĂ©ment gĂ©nĂ©reuse. Ses Ă©lĂšves se souviennent de sa voix posĂ©e, de son parfum discret, de ce regard attentif qui devinait une fatigue, un dĂ©couragement ou un chagrin. Elle savait encourager sans flatter, reprendre sans humilier et fĂ©liciter avec justesse. Son exigence nâĂ©tait jamais froide : elle portait la conviction que la rĂ©ussite se construit sur la confiance et lâeffort.
Madame BĂ©lier nâa pas seulement transmis des savoirs : elle a inculquĂ© une maniĂšre dâĂȘtre, faite de respect, de droiture et de solidaritĂ©, et Ă travers elle, beaucoup ont compris que lâĂ©cole nâĂ©tait pas quâun lieu dâinstruction, mais une Ă©cole de vie.
Elle appartient, somme toute, Ă ces rares professeurs dont le souvenir traverse les dĂ©cennies en incarnant le visage mĂȘme de lâĂ©ducation : juste, exigeante et profondĂ©ment humaine.
ĂlĂ©gante et droite, elle incarnait le sĂ©rieux sans jamais sombrer dans la duretĂ© ou lâintransigeance. Sâil y avait une chose sur laquelle elle ne transigeait pas, câĂ©tait le temps : pas plus de trente secondes de retard nâĂ©taient tolĂ©rĂ©es. Sa montre Ă la main, elle rĂ©pĂ©tait que «le temps vaut tout lâor du monde». Sa rigueur se lisait jusque dans la disposition des cahiers : marges tracĂ©es Ă la rĂšgle, titres soulignĂ©s, et aucune faute laissĂ©e sans correction. Chaque dĂ©tail comptait, car pour elle, la prĂ©cision formait lâesprit.
Mais derriĂšre cette fermetĂ©, il y avait une femme profondĂ©ment gĂ©nĂ©reuse. Ses Ă©lĂšves se souviennent de sa voix posĂ©e, de son parfum discret, de ce regard attentif qui devinait une fatigue, un dĂ©couragement ou un chagrin. Elle savait encourager sans flatter, reprendre sans humilier et fĂ©liciter avec justesse. Son exigence nâĂ©tait jamais froide : elle portait la conviction que la rĂ©ussite se construit sur la confiance et lâeffort.
Madame BĂ©lier nâa pas seulement transmis des savoirs : elle a inculquĂ© une maniĂšre dâĂȘtre, faite de respect, de droiture et de solidaritĂ©, et Ă travers elle, beaucoup ont compris que lâĂ©cole nâĂ©tait pas quâun lieu dâinstruction, mais une Ă©cole de vie.
Elle appartient, somme toute, Ă ces rares professeurs dont le souvenir traverse les dĂ©cennies en incarnant le visage mĂȘme de lâĂ©ducation : juste, exigeante et profondĂ©ment humaine.
Conjoncture: François Mauriac, la matrice de substitution
Aujourdâhui, lâĂcole François Mauriac accueille de nouveaux Ă©lĂšves, qui ignorent parfois que leurs salles de classe reposent sur les murs dâun Ă©tablissement vieux de prĂšs dâun siĂšcle. Pourtant, les pierres, les cours et les souvenirs demeurent, silencieusement chargĂ©s dâhistoires. Dans la lumiĂšre du matin, lorsque les Ă©lĂšves franchissent le portail repeint et que leurs voix rĂ©sonnent dans la cour, on pourrait presque entendre les Ă©chos dâautres rires, ceux dâenfants de 1935, 1968 ou 1987. Les arbres du jardin ont grandi avec eux, les murs ont Ă©tĂ© repeints de nombreuses fois, mais le souffle de lâĂ©cole, lui, nâa jamais cessĂ© de battre.
Contrairement Ă une idĂ©e largement relayĂ©e par certains nostalgiques, lâĂ©tablissement nâa pas complĂštement disparu : il sâest transformĂ© au profit d'un autre. Son nom a changĂ©, sa direction aussi, sans oublier ses mĂ©thodes qui ont Ă©voluĂ© au goĂ»t d'une sociĂ©tĂ© qui se modernise et dont le rĂŽle de matrice Ă©ducative reste intact. DerriĂšre lâappellation moderne de François Mauriac, câest toujours lâesprit de Jacques Hersent qui veille, comme un gardien des valeurs fondatrices de lâĂ©ducation Ă Mohammedia : lâeffort, la rigueur, la curiositĂ© et le respect. Les enseignants dâaujourdâhui y perpĂ©tuent, souvent sans le savoir, une tradition dâexigence et dâhumanitĂ© nĂ©e il y a prĂšs dâun siĂšcle, lorsque la ville, encore appelĂ©e FĂ©dala, commençait Ă se dessiner entre la mer et les collines.
Ă l'Ă©criture de ces lignes, dans les couloirs rĂ©novĂ©s, il nâest pas rare que quelques anciens Ă©lĂšves viennent, le cĆur serrĂ©, jeter un regard nostalgique sur la cour ou sur les classes dâautrefois. Ils y voient les mĂȘmes alignements de pupitres, la mĂȘme lumiĂšre douce filtrant par les fenĂȘtres, et ils savent que derriĂšre chaque sourire dâenfant et chaque tableau neuf se cache lâhĂ©ritage de toutes les gĂ©nĂ©rations passĂ©es par ici, de leurs jeux, de leurs apprentissages et de leurs rĂȘves dâavenir.
Contrairement Ă une idĂ©e largement relayĂ©e par certains nostalgiques, lâĂ©tablissement nâa pas complĂštement disparu : il sâest transformĂ© au profit d'un autre. Son nom a changĂ©, sa direction aussi, sans oublier ses mĂ©thodes qui ont Ă©voluĂ© au goĂ»t d'une sociĂ©tĂ© qui se modernise et dont le rĂŽle de matrice Ă©ducative reste intact. DerriĂšre lâappellation moderne de François Mauriac, câest toujours lâesprit de Jacques Hersent qui veille, comme un gardien des valeurs fondatrices de lâĂ©ducation Ă Mohammedia : lâeffort, la rigueur, la curiositĂ© et le respect. Les enseignants dâaujourdâhui y perpĂ©tuent, souvent sans le savoir, une tradition dâexigence et dâhumanitĂ© nĂ©e il y a prĂšs dâun siĂšcle, lorsque la ville, encore appelĂ©e FĂ©dala, commençait Ă se dessiner entre la mer et les collines.
Ă l'Ă©criture de ces lignes, dans les couloirs rĂ©novĂ©s, il nâest pas rare que quelques anciens Ă©lĂšves viennent, le cĆur serrĂ©, jeter un regard nostalgique sur la cour ou sur les classes dâautrefois. Ils y voient les mĂȘmes alignements de pupitres, la mĂȘme lumiĂšre douce filtrant par les fenĂȘtres, et ils savent que derriĂšre chaque sourire dâenfant et chaque tableau neuf se cache lâhĂ©ritage de toutes les gĂ©nĂ©rations passĂ©es par ici, de leurs jeux, de leurs apprentissages et de leurs rĂȘves dâavenir.
Ăric Armani rĂ©affirme la vocation Ă©ducative de lâĂcole François Mauriac
Lors dâune intervention publique tenue il y a quelque temps, Ăric Armani, directeur de lâĂcole François Mauriac (EFM), avait tenu Ă prĂ©ciser la vision Ă©ducative de son Ă©tablissement. Sâadressant aux parents dâĂ©lĂšves et Ă la communautĂ© scolaire, il avait rappelĂ© lâimportance dâune Ă©ducation exigeante, ouverte et respectueuse des valeurs culturelles du Maroc.
«Nous mettons tout en Ćuvre pour offrir aux Ă©lĂšves marocains une Ă©ducation respectueuse de leur culture et de leurs racines, tout en leur permettant de sâouvrir pleinement au monde francophone», avait-il tenu Ă clarifier.
De plus, le directeur avait soulignĂ© les efforts constants de lâĂ©quipe pĂ©dagogique pour maintenir un haut niveau dâenseignement et accompagner chaque Ă©lĂšve dans son dĂ©veloppement intellectuel et personnel. «Nos prioritĂ©s demeurent la qualitĂ© des apprentissages, lâintĂ©gration des nouvelles mĂ©thodes pĂ©dagogiques et la formation de jeunes capables de penser de maniĂšre critique et crĂ©ative», avait-il prĂ©cisĂ©.
En outre, Ă. Armani avait insistĂ© sur la dimension humaine et citoyenne de lâĂ©ducation au sein de lâĂ©tablissement. «Nous souhaitons former des Ă©lĂšves autonomes, curieux, conscients de leur environnement et ouverts sur le monde. LâĂ©cole doit ĂȘtre un lieu dâĂ©panouissement et de respect mutuel», avait-il conclu.
Par ces propos, le directeur de lâĂcole François Mauriac rĂ©affirmait une vision Ă©quilibrĂ©e et ambitieuse : ancrer les Ă©lĂšves dans leur identitĂ© tout en leur donnant les outils pour Ă©voluer dans un contexte international marquĂ© par la diversitĂ© linguistique et culturelle.
