Pays / région

À propos de la Mohammedia

Située entre Casablanca et Rabat, Mohammédia est une ville cÎtiÚre dynamique. Anciennement nommée Fédala, elle joue un...

Actualités à Mohammedia

Suivez les derniÚres actualités, les projets et les communiqués officiels de votre commune.

Actualités 04 Jan 2026 11 min de lecture

RĂ©tro-verso: Il Ă©tait une fois, l’école Jacques Hersent de Mohammedia

RĂ©tro-verso: Il Ă©tait une fois, l’école Jacques Hersent de Mohammedia
Depuis 1929, l’école Jacques Hersent de Mohammedia demeure un symbole de mĂ©moire, de rigueur et d’humanitĂ© au cƓur de l’éducation au Maroc. Les nostalgiques fĂ©dalis rĂ©clament aujourd’hui, Ă  cor et Ă  cri, une rĂ©trospective digne de ce lieu chargĂ© d’histoire, dĂ©sormais racontĂ©e ici

RĂ©tro-verso: Il Ă©tait une fois, l’école Jacques Hersent de Mohammedia
Dans un paysage Ă©ducatif en constante Ă©volution, certaines institutions ont traversĂ© les dĂ©cennies sans jamais perdre leur rĂŽle central. L’histoire de Jacques Hersent de Mohammedia illustre parfaitement cette capacitĂ© d’un lieu d’enseignement Ă  se transformer tout en conservant son Ăąme. Depuis 1929, cet Ă©tablissement a vu dĂ©filer des gĂ©nĂ©rations d’enfants et accompagner les Ă©volutions politiques, sociales et Ă©ducatives du Maroc. Sa continuitĂ©, sous une appellation diffĂ©rente, tĂ©moigne d’une volontĂ© de prĂ©server un hĂ©ritage tout en l’adaptant aux besoins contemporains. 

Pour comprendre l’importance symbolique de cette Ă©cole, il faut se replacer dans le contexte de la fin des annĂ©es 1920. La ville de FĂ©dala, future Mohammedia, est alors en pleine transformation. Le port, inaugurĂ© dans les annĂ©es 1910 pour servir d’escale Ă  la Compagnie ChĂ©rifienne des PĂ©troles et Ă  d’autres entreprises, attire une population cosmopolite : des EuropĂ©ens venus travailler dans l’industrie ou l’administration et des Marocains installĂ©s dans les quartiers pĂ©riphĂ©riques en quĂȘte d’opportunitĂ©s Ă©conomiques. Dans ce bouillonnement, l’école ouvre ses portes comme un signe tangible de la volontĂ© d’organiser la vie urbaine autour d’institutions modernes. L’enseignement devient un outil d’intĂ©gration, un instrument de structuration sociale, et l’école s’impose dĂšs ses dĂ©buts comme l’un des lieux emblĂ©matiques de la ville.

Au fil des dĂ©cennies, le bĂątiment devient un repĂšre physique et affectif. «« Dans les salles de classe, les pupitres en bois Ă©taient alignĂ©s, les cartes du Maroc et du monde accrochĂ©es aux murs, et les portraits des dirigeants prĂ©sents. Je me souviens de l’odeur de la craie, des jeux dans la cour et des rangs soigneusement respectĂ©s lors des cĂ©rĂ©monies marocaines et françaises »,tĂ©moigne un sexagĂ©naire, ancien Ă©lĂšve de l’école. « Ces lieux n’étaient pas seulement dĂ©diĂ©s Ă  l’apprentissage acadĂ©mique, mais faisaient l’objet d’un microcosme oĂč se transmettaient les valeurs de respect, de discipline et de curiositĂ© intellectuelle », poursuit-il.

AprĂšs l’IndĂ©pendance du Royaume en 1956, Jacques Hersent conserve son prestige et s’adapte aux rĂ©formes qui rĂ©organisent le systĂšme Ă©ducatif marocain. Le français demeure la langue d’enseignement dominante, mais l’arabe s’affirme progressivement. Cette cohabitation linguistique reflĂšte l’histoire mĂȘme de Mohammedia, ville-carrefour oĂč s’entrecroisent influences locales et hĂ©ritages coloniaux. Dans les annĂ©es 1960 et 1970, l’école devient un lieu d’apprentissage de la citoyennetĂ© marocaine nouvelle oĂč l’on enseigne Ă  la fois l’histoire nationale en construction et les savoirs universels. Plusieurs gĂ©nĂ©rations d’élĂšves, devenus par la suite enseignants, ingĂ©nieurs, journalistes, cadres ou commerçants, se souviennent encore de la fiertĂ© ressentie en appartenant Ă  une institution qui semblait traverser immuablement le temps.

L’attachement Ă  Jacques Hersent s’est renforcĂ© au fil des cĂ©lĂ©brations et des retrouvailles. Les albums photos des anciens, partagĂ©s sur des plateformes et lors de rĂ©unions d’anciens Ă©lĂšves, rĂ©vĂšlent la diversitĂ© des visages et des destins. Certains Ă©voquent la rigueur de maĂźtres intransigeants, d’autres la bienveillance d’institutrices attentives, mais tous soulignent la force du lien forgĂ© dans ce lieu. Cette mĂ©moire collective atteint un sommet en 2019, lors du quatre-vingt-dixiĂšme anniversaire de l’école. La cĂ©rĂ©monie organisĂ©e pour l’occasion rĂ©unit plusieurs gĂ©nĂ©rations autour d’un mĂȘme symbole. On y lit dans les discours un double mouvement : la nostalgie pour un passĂ© rĂ©volu et la conviction que ce site fait partie intĂ©grante du patrimoine immatĂ©riel de la ville.

Lorsque l’annonce d’une rĂ©habilitation survient deux ans plus tard, en 2021, c’est donc toute une communautĂ© qui retient son souffle: le projet de transformation en École François Mauriac suscite des rĂ©actions contrastĂ©es. Certains redoutent que la disparition du nom « Jacques Hersent » efface un pan de l’histoire locale. D’autres, au contraire, y voient l’opportunitĂ© de donner une nouvelle vie Ă  un lieu menacĂ© par le vieillissement et l’usure. La rĂ©habilitation est ambitieuse : elle vise Ă  moderniser les infrastructures, Ă  rĂ©pondre aux normes pĂ©dagogiques contemporaines et Ă  ouvrir une nouvelle page Ă©ducative tournĂ©e vers l’avenir. «En choisissant le nom de François Mauriac, Ă©crivain français couronnĂ© du prix Nobel de littĂ©rature en 1952, l’établissement affirme une continuitĂ© culturelle avec le systĂšme Ă©ducatif francophone, tout en s’ancrant dans le contexte marocain actuel», laisse subodorer Éric Armani, nouveau directeur de l’école.

Archives : FĂ©dala, la CitĂ© industrielle d’antan
Il y a peu ou prou un siĂšcle, FĂ©dala, jeune citĂ© butineuse et frondeuse, voyait affluer des familles venues du Maroc tout entier, mais aussi d’Europe, attirĂ©es par les promesses d’emploi liĂ©es au port et Ă  l’industrie pĂ©troliĂšre. Dans ce creuset humain, l’école Jacques Hersent jouait un rĂŽle essentiel : elle offrait Ă  ces enfants d’horizons diffĂ©rents un lieu commun oĂč se mĂȘlaient savoir et citoyennetĂ©. Elle fut, dĂšs ses dĂ©buts, une Ă©cole de la rencontre et de la tolĂ©rance. C’est lĂ  que s’est forgĂ©e une gĂ©nĂ©ration d’élĂšves que l’on retrouve plus tard ingĂ©nieurs, mĂ©decins, enseignants, journalistes, artisans ou cadres, tous marquĂ©s par cette mĂȘme empreinte discrĂšte : celle d’une Ă©cole qui, au-delĂ  des leçons, avait enseignĂ© le respect de l’autre et le goĂ»t du travail.

L’histoire de cette Ă©cole est, donc, indissociable de celle de la ville. Dans les annĂ©es d’aprĂšs-guerre, la ville s’étend, se modernise, devient un carrefour industriel et culturel. Tandis que les raffineries s’élĂšvent et que les quartiers nouveaux apparaissent, l’école demeure un point fixe, un repĂšre dans le paysage. Des gĂ©nĂ©rations d’élĂšves y apprennent Ă  lire et Ă  compter, mais aussi Ă  vivre ensemble, sous l’Ɠil de professeurs dĂ©vouĂ©s comme Madame GisĂšle BĂ©lier, figure emblĂ©matique de l’exigence bienveillante. Elle incarnait ce que l’école avait de meilleur : la transmission du savoir, certes, mais aussi celle d’un sens moral et humain.
Lorsque, au dĂ©but du XXIĂšme siĂšcle, le vieux bĂątiment commença Ă  montrer les signes du temps, sa fermeture temporaire pour rĂ©novation suscita l’émotion. Beaucoup craignaient que ce lieu chargĂ© de souvenirs ne soit dĂ©truit ou transformĂ© sans Ă©gard pour son histoire. Le projet de rĂ©habilitation en École François Mauriac fut accueilli avec prudence, puis avec reconnaissance, Ă  mesure que l’on dĂ©couvrait que le site serait prĂ©servĂ© et revivifiĂ©. Ce changement de nom, loin d’effacer le passĂ©, a permis d’ouvrir un nouveau chapitre dans la mĂȘme continuitĂ© : celle d’un lieu dĂ©diĂ© Ă  l’instruction, Ă  la culture et Ă  la rencontre des esprits.
Ainsi, Ă  travers ce changement, l’école raconte quelque chose d’universel : la permanence des lieux malgrĂ© la fluiditĂ© des gĂ©nĂ©rations, la capacitĂ© d’un espace d’enseignement Ă  devenir un fil conducteur entre mĂ©moire et modernitĂ©. L’histoire de Jacques Hersent, devenue François Mauriac, est celle de la CitĂ© des fleurs elle-mĂȘme — une citĂ© en mouvement, ouverte aux influences extĂ©rieures, mais toujours fidĂšle Ă  son Ăąme. Le site, par sa transformation, prouve qu’une Ă©cole peut ĂȘtre Ă  la fois un sanctuaire du passĂ© et un tremplin vers l’avenir. Dans le silence de ses murs, le temps n’efface rien : il continue d’enseigner.

Portrait : GisĂšle BĂ©lier, l’exigence et la bienveillance rĂ©unies
RĂ©tro-verso: Il Ă©tait une fois, l’école Jacques Hersent de Mohammedia
À l’école Jacques Hersent de Mohammedia, Madame GisĂšle BĂ©lier incarne, dans la mĂ©moire des anciens Ă©lĂšves, l’idĂ©al de l’éducatrice dĂ©vouĂ©e et exigeante. Française profondĂ©ment attachĂ©e au Maroc, elle avait choisi d’enseigner dans cette Ă©cole avec une conviction rare. FĂ©dala Ă©tait sa ville de coeur comme elle se plaisait tant Ă  rappeler.
ÉlĂ©gante et droite, elle incarnait le sĂ©rieux sans jamais sombrer dans la duretĂ© ou l’intransigeance. S’il y avait une chose sur laquelle elle ne transigeait pas, c’était le temps : pas plus de trente secondes de retard n’étaient tolĂ©rĂ©es. Sa montre Ă  la main, elle rĂ©pĂ©tait que «le temps vaut tout l’or du monde». Sa rigueur se lisait jusque dans la disposition des cahiers : marges tracĂ©es Ă  la rĂšgle, titres soulignĂ©s, et aucune faute laissĂ©e sans correction. Chaque dĂ©tail comptait, car pour elle, la prĂ©cision formait l’esprit.
Mais derriĂšre cette fermetĂ©, il y avait une femme profondĂ©ment gĂ©nĂ©reuse. Ses Ă©lĂšves se souviennent de sa voix posĂ©e, de son parfum discret, de ce regard attentif qui devinait une fatigue, un dĂ©couragement ou un chagrin. Elle savait encourager sans flatter, reprendre sans humilier et fĂ©liciter avec justesse. Son exigence n’était jamais froide : elle portait la conviction que la rĂ©ussite se construit sur la confiance et l’effort.
Madame BĂ©lier n’a pas seulement transmis des savoirs : elle a inculquĂ© une maniĂšre d’ĂȘtre, faite de respect, de droiture et de solidaritĂ©, et Ă  travers elle, beaucoup ont compris que l’école n’était pas qu’un lieu d’instruction, mais une Ă©cole de vie.
Elle appartient, somme toute, Ă  ces rares professeurs dont le souvenir traverse les dĂ©cennies en incarnant le visage mĂȘme de l’éducation : juste, exigeante et profondĂ©ment humaine.

Conjoncture: François Mauriac, la matrice de substitution
Aujourd’hui, l’École François Mauriac accueille de nouveaux Ă©lĂšves, qui ignorent parfois que leurs salles de classe reposent sur les murs d’un Ă©tablissement vieux de prĂšs d’un siĂšcle. Pourtant, les pierres, les cours et les souvenirs demeurent, silencieusement chargĂ©s d’histoires. Dans la lumiĂšre du matin, lorsque les Ă©lĂšves franchissent le portail repeint et que leurs voix rĂ©sonnent dans la cour, on pourrait presque entendre les Ă©chos d’autres rires, ceux d’enfants de 1935, 1968 ou 1987. Les arbres du jardin ont grandi avec eux, les murs ont Ă©tĂ© repeints de nombreuses fois, mais le souffle de l’école, lui, n’a jamais cessĂ© de battre.
Contrairement Ă  une idĂ©e largement relayĂ©e par certains nostalgiques, l’établissement n’a pas complĂštement disparu : il s’est transformĂ© au profit d'un autre. Son nom a changĂ©, sa direction aussi, sans oublier ses mĂ©thodes qui ont Ă©voluĂ© au goĂ»t d'une sociĂ©tĂ© qui se modernise et dont le rĂŽle de matrice Ă©ducative reste intact. DerriĂšre l’appellation moderne de François Mauriac, c’est toujours l’esprit de Jacques Hersent qui veille, comme un gardien des valeurs fondatrices de l’éducation Ă  Mohammedia : l’effort, la rigueur, la curiositĂ© et le respect. Les enseignants d’aujourd’hui y perpĂ©tuent, souvent sans le savoir, une tradition d’exigence et d’humanitĂ© nĂ©e il y a prĂšs d’un siĂšcle, lorsque la ville, encore appelĂ©e FĂ©dala, commençait Ă  se dessiner entre la mer et les collines.
À l'Ă©criture de ces lignes, dans les couloirs rĂ©novĂ©s, il n’est pas rare que quelques anciens Ă©lĂšves viennent, le cƓur serrĂ©, jeter un regard nostalgique sur la cour ou sur les classes d’autrefois. Ils y voient les mĂȘmes alignements de pupitres, la mĂȘme lumiĂšre douce filtrant par les fenĂȘtres, et ils savent que derriĂšre chaque sourire d’enfant et chaque tableau neuf se cache l’hĂ©ritage de toutes les gĂ©nĂ©rations passĂ©es par ici, de leurs jeux, de leurs apprentissages et de leurs rĂȘves d’avenir.

 

Éric Armani rĂ©affirme la vocation Ă©ducative de l’École François Mauriac

Lors d’une intervention publique tenue il y a quelque temps, Éric Armani, directeur de l’École François Mauriac (EFM), avait tenu Ă  prĂ©ciser la vision Ă©ducative de son Ă©tablissement. S’adressant aux parents d’élĂšves et Ă  la communautĂ© scolaire, il avait rappelĂ© l’importance d’une Ă©ducation exigeante, ouverte et respectueuse des valeurs culturelles du Maroc.

«Nous mettons tout en Ɠuvre pour offrir aux Ă©lĂšves marocains une Ă©ducation respectueuse de leur culture et de leurs racines, tout en leur permettant de s’ouvrir pleinement au monde francophone», avait-il tenu Ă  clarifier.

De plus, le directeur avait soulignĂ© les efforts constants de l’équipe pĂ©dagogique pour maintenir un haut niveau d’enseignement et accompagner chaque Ă©lĂšve dans son dĂ©veloppement intellectuel et personnel. «Nos prioritĂ©s demeurent la qualitĂ© des apprentissages, l’intĂ©gration des nouvelles mĂ©thodes pĂ©dagogiques et la formation de jeunes capables de penser de maniĂšre critique et crĂ©ative», avait-il prĂ©cisĂ©.

En outre, É. Armani avait insistĂ© sur la dimension humaine et citoyenne de l’éducation au sein de l’établissement. «Nous souhaitons former des Ă©lĂšves autonomes, curieux, conscients de leur environnement et ouverts sur le monde. L’école doit ĂȘtre un lieu d’épanouissement et de respect mutuel», avait-il conclu.

Par ces propos, le directeur de l’École François Mauriac rĂ©affirmait une vision Ă©quilibrĂ©e et ambitieuse : ancrer les Ă©lĂšves dans leur identitĂ© tout en leur donnant les outils pour Ă©voluer dans un contexte international marquĂ© par la diversitĂ© linguistique et culturelle.

Cet article est repris sous forme d’extrait. La version complĂšte est publiĂ©e par le mĂ©dia d’origine.

Continuer la lecture sur lopinion.ma — l'Opinion
Écouter
Taille :