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消息 07 Mar 2025 6 分钟阅读时间

De Casablanca à Brasilia : l’odyssée culinaire de Zineb Naainiaa

De Casablanca à Brasilia : l’odyssée culinaire de Zineb Naainiaa

– Par Wahiba RABHI -.

Brasilia – Dans un atelier baigné d’arômes de cannelle, de safran et de coriandre, Zineb Naainiaa s’affaire, concentrée. Elle pétrit la semoule avec la patience des traditions séculaires, surveille une sauce frémissante et ajuste l’assaisonnement d’un tajine qui mijote lentement. Ici, à Brasilia, dans cet espace où la chaleur du four répond à celle du cœur, le Maroc reprend vie, dans chaque plat concocté.

Partie du Maroc il y a vingt ans pour rejoindre son mari brésilien, Zineb a emporté avec elle un héritage culinaire transmis de mère en fille. Dans la pénombre des cuisines familiales, elle a appris l’art de la patience et du goût. Aujourd’hui, elle est bien plus qu’une cheffe : elle raconte une histoire, tisse un pont entre deux cultures et s’épanouit dans cette mission.

Cette histoire, c’est celle de son enfance à Casablanca, des souks animés, du pain chaud sorti du four, des fêtes familiales où la table déborde de couleurs et de saveurs. Dans chaque bouchée, c’est un peu de son Maroc natal qu’elle offre.

« C’est une grande responsabilité », confie-t-elle à la MAP, les mains encore enfarinées de semoule, consciente d’être devenue, à sa manière, une ambassadrice de la cuisine marocaine.

Tout a commencé dans l’intimité de son foyer, pour quelques proches et amis. Puis, le bouche-à-oreille a fait son œuvre, et une idée a germé : pourquoi ne pas en faire une activité ?

C’est ainsi qu’en pleine pandémie de Covid-19, naquit Aromas Marroquinos, un service de cuisine à la commande qui a conquis un cercle grandissant de fidèles. Une commande après l’autre, Zineb a vu sa passion prendre une nouvelle dimension, portée par une page Instagram qui lui a ouvert les portes d’un succès inattendu.

« Croyez-moi, quand les gens goûtent notre cuisine, ça leur reste en mémoire », confie-t-elle avec un sourire complice. Au fil du temps, elle a instauré une relation de confiance avec ses clients. Couscous, Viande aux pruneaux, Rfissa, Pastilla au poulet et aux amandes, Zaâlouk, gâteaux… Autant de plats sollicités.

Zineb, dont les proches vantent ce don de saveur qu’elle a au bout des doigts, reste fidèle aux goûts qui l’ont bercée. Et le pari est réussi : « Les Brésiliens apprécient cet équilibre subtil des arômes », dira-t-elle.

Aujourd’hui, son téléphone ne cesse de vibrer sous l’avalanche de commandes. Des Brésiliens curieux de nouvelles saveurs aux ambassades en quête d’authenticité pour leurs réceptions officielles, tous s’arrachent ses pastillas croustillantes et ses couscous parfumés.

Elle reçoit en moyenne dix commandes par semaine, parfois bien plus lors des grandes occasions, et orchestre des réceptions de 25 tables, gérant tout, du service à la décoration. Deux assistantes brésiliennes, qu’elle a formées, l’épaulent en cuisine, mais l’assaisonnement et la touche finale restent entre ses mains.

Son atelier, niché à Águas Claras – ville satellite de la capitale -, est telle une caverne d’Ali Baba. Sur son large comptoir en inox, une balance numérique trône aux côtés d’ustensiles de cuisine sophistiqués et de plats de service rapportés du Maroc. Chaque pièce a son histoire, chaque outil sa place.

Exigeante, Zineb ne laisse rien au hasard. Pour garantir l’authenticité de ses plats, elle sélectionne soigneusement ses fournisseurs et prépare elle-même ses épices, les broyant minutieusement pour en préserver toute la fraîcheur. Mais certaines denrées restent difficiles d’accès.

« Prenez le safran : s’il est disponible, ce sera une seule marque, chez un seul vendeur, à un prix élevé », déplore cette fine gastronome qui s’adapte aux ingrédients locaux, mais s’approvisionne régulièrement au Maroc pour préserver la qualité.

La cuisine marocaine est un art qui, selon elle, ne se mesure pas seulement aux saveurs, mais aussi aux moments qu’il crée. « Les plus beaux souvenirs naissent souvent autour d’un bon plat partagé », dira Zineb, qui, parfois, soigne le détail jusqu’au contenant, livrant ses plats dans ces ustensiles traditionnels en céramique ou en porcelaine, emblématiques de l’art de vivre marocain.

« Plus qu’une simple question de cuisine, c’est une immersion culturelle », renchérit-elle, avant de souligner que certains de ses clients, charmés par cet avant-goût de saveurs et traditions, ont fini par aller découvrir le Maroc eux-mêmes.

Mais le parcours de Zineb n’a pas été sans embûches. S’il est vrai que son exil au Brésil a interrompu ses études en gestion d’entreprise, elle n’a jamais cessé d’apprendre. Aux côtés de son mari, un homme d’affaires, elle s’est plongée dans la comptabilité et d’autres domaines. Cette expérience lui a servi de tremplin. Elle maîtrise aussi parfaitement le portugais et jongle aisément entre l’arabe, le français et l’anglais.

C’est dans la cuisine qu’elle a trouvé un refuge, une manière de se reconnecter à ses racines tout en restant proche des siens. Entre les marmites qui bouillonnent et le pain qui dore, il y a aussi une mère, attentive à ses enfants et soucieuse de préserver un équilibre familial.

Zineb sert une centaine de clients réguliers, mais choisit de ne pas étendre son activité au-delà de cette échelle. « L’agrandir impliquerait des sacrifices auxquels je ne suis pas prête à consentir pour le moment », confie-t-elle avec lucidité.

Si le Maroc était surtout connu des Brésiliens à travers le prisme du feuilleton O Clone, diffusé en 2001, la Coupe du monde de football a changé bien des perceptions. Après l’exploit des Lions de l’Atlas, l’intérêt pour le pays a explosé. « Ceux qui y sont allés reviennent enchantés et recherchent ici un bout du Maroc, notamment à travers sa cuisine. On me demande souvent s’il existe un restaurant marocain à Brasilia », raconte-t-elle.

Dans ses yeux, un rêve grandit. Plus qu’un service de commande,  Zineb Naainiaa imagine un lieu où la cuisine marocaine serait bien plus qu’un plat à déguster, mais vécue pleinement, dans la convivialité d’un partage collectif.

« Mon rêve est d’ouvrir un restaurant marocain au Brésil, ce sera le premier dans ces contrées, et de voir nos produits accessibles ici. Les Brésiliens raffolent du Maroc, de son patrimoine… Il nous faut être dignes de cet héritage», dit-elle, les yeux embués de larmes, l’émotion palpable.

Dans l’entre-temps, elle continue de faire voyager les papilles des Brésiliens et diplomates. Et à chaque plat qu’elle prépare, elle s’efforce de transmettre l’essence de son Royaume natal, cette identité qu’elle porte fièrement en elle.

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