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Nieuws 27 Feb 2025 10 min leestijd

EurodĂ©putĂ©s refoulĂ©s Ă  LaĂąyoune : Les dessous d’une tentative de provocation avortĂ©e [INTÉGRAL]

EurodĂ©putĂ©s refoulĂ©s Ă  LaĂąyoune : Les dessous d’une tentative de provocation avortĂ©e [INTÉGRAL]
Alors que le Maroc est plus proche que jamais de clore le conflit du Sahara, l’extrĂȘme gauche europĂ©enne instrumentalise le Parlement de Strasbourg pour rĂ©gler des comptes avec le Royaume. DĂ©cryptage.
EurodĂ©putĂ©s refoulĂ©s Ă  LaĂąyoune : Les dessous d’une tentative de provocation avortĂ©e [INTÉGRAL]
“Tout ce qui est excessif est insignifiant”, un vieux dicton attribuĂ© Ă  Talleyrand et si cher au ministre des Affaires Ă©trangĂšres Nasser Bourita. Ce dernier n’aurait pas pu trouver une meilleure citation pour dĂ©crire la visite provocatrice d’un quarteron d’eurodĂ©putĂ©s, tous issus des partis d'extrĂȘme gauche, Ă  LaĂąyoune. Il s’agit de l'Espagnole Isabel Serra, Ă©lue de Podemos, du Finlandais Jussi Saramo (Alliance de gauche) et de la Portugaise Catarina Martins. Dans une dĂ©marche singuliĂšre, ils ont dĂ©cidĂ© de se rendre Ă  LaĂąyoune pour participer Ă  un rassemblement organisĂ© par des sĂ©paratistes, sous prĂ©texte de vĂ©rifier l’application de l’arrĂȘt de la Cour de  Justice de l’Union EuropĂ©enne, annulant les accords d’agriculture et de pĂȘche. Un argument aussi prĂ©tentieux qu’outrancier, comme s’ils Ă©taient la police du droit europĂ©en avec une compĂ©tence universelle.
 
Alors qu’ils Ă©taient empĂȘchĂ©s de descendre de l’avion, ils ont eu beau filmer la scĂšne et contacter leurs ambassades Ă  Rabat, leur entrĂ©e sur le sol marocain Ă©tait injustifiable faute d’autorisation. Ils ont Ă©tĂ© immĂ©diatement arrĂȘtĂ©s avant de rebrousser chemin vers Las Palmas aux Iles Canaries. Sans mandat parlementaire ni autorisation prĂ©alable accordĂ©e par les autoritĂ©s marocaines compĂ©tentes, un tel dĂ©placement avait d’autres objectifs. Cette provocation intervient quelques jours aprĂšs la mascarade d’une poignĂ©e d’écologistes conduits par Greta Thunberg Ă  Tindouf oĂč ils ont exprimĂ© leur soutien au Polisario.
 
InterrogĂ© Ă  ce sujet Ă  l’issue de son entretien avec son homologue capverdien, le Chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a rĂ©agi avec ironie. “C’est un non-Ă©vĂ©nement”, a-t-il martelĂ©, rappelant que le Maroc exerce pleinement sa souverainetĂ© sur son Sahara comme sur le reste de son territoire. "Ceux qui respectent les procĂ©dures en vigueur d'entrĂ©e sur le territoire marocain sont les bienvenus, tandis que ceux qui enfreignent nos rĂšgles tombent sous le coup de la loi", a poursuivi le ministre, qui a qualifiĂ© cette tentative d’agitation sans aucun impact.  Une sorte de coup d’épĂ©e dans l’eau qui n’a pas eu finalement l’effet escomptĂ©.
 
Une provocation assumée !
 
Ce dĂ©placement n’avait d’autre but que la provocation et le coup d’éclat mĂ©diatique pour souiller l’image du Maroc, rappelle Mohammed Badine El Yattioui, Professeur d'Etudes StratĂ©giques au CollĂšge de DĂ©fense (NDC) des Emirats Arabes Unis Ă  Abou Dhabi, ajoutant que les trois eurodĂ©putĂ©s se sont prĂ©valus de leur immunitĂ© parlementaire pour imposer le fait accompli alors qu’ils ne sont pas mandatĂ©s par le Parlement europĂ©en.  Selon notre interlocuteur, ces derniers savaient trĂšs bien qu’ils allaient ĂȘtre empĂȘchĂ©s d’entrer illĂ©galement dans le territoire d’un pays souverain, mais ils cherchaient Ă  tout prix un prĂ©texte pour provoquer une crise entre le Maroc et l’Union EuropĂ©enne.
 
Impliquer l’UE à tout prix
 
En tĂ©moigne la rĂ©action des trois dĂ©putĂ©s qui ont aussitĂŽt tentĂ© d’impliquer toutes les institutions de l’UE. Ils ont adressĂ© une lettre au prĂ©sident du Conseil europĂ©en, Antonio Costa, et Ă  celle du Parlement europĂ©en, Roberta Metsola, pour demander une rĂ©union urgente afin de mettre la lumiĂšre sur ce qui s’est passĂ© Ă  LaĂąyoune. Pour sa part, Podemos, le parti d’Isabel Serra, fonciĂšrement hostile au Maroc, a appelĂ© l’UE Ă  rĂ©agir. Son parti, en dĂ©clin aujourd'hui, a appelĂ© Ă©galement le gouvernement de Pedro Sanchez Ă  revenir sur son soutien au Maroc dans la question du Sahara, ce qui montre que le but recherchĂ© initialement est de relancer le dĂ©bat sur le soutien croissant dont jouit le Royaume en Europe, dont 17 pays soutiennent officiellement le plan d’autonomie. "Cela les irrite manifestement", pense M. El Yattioui, soulignant que le Parlement europĂ©en reste l’un des rares leviers de l’extrĂȘme gauche pour agir indĂ©pendamment des positions de leurs pays. “Heureusement, l’hĂ©micycle europĂ©en n’a qu’un poids marginal dans la politique Ă©trangĂšre”, insiste-t-il.
 
Les vieux réflexes communistes !
 
Les trois dĂ©putĂ©s siĂšgent tous au groupe The Left au Parlement de Strasbourg, qui regroupe tous les mouvements d’extrĂȘme gauche en Europe, y compris les Insoumis en France. En perte de vitesse, ces partis ont subi des revers lors des Ă©lections europĂ©ennes face Ă  la montĂ©e implacable des nationalistes. Leur influence Ă  l’hĂ©micycle europĂ©en est minime pour peu qu’ils ne soient que 46 Ă©lus. Ils font souvent des alliances de circonstance avec les Verts et les Socialistes. Ils se font le porte-voix du Polisario au sein du PE, mais leur capacitĂ© de nuisance s’est manifestement amenuisĂ©e aprĂšs la disparition de l’intergroupe dĂ©diĂ© au Sahara qui avait servi de tribune ouverte Ă  la thĂšse sĂ©paratiste pendant des annĂ©es.
 
A l’exception des socialistes, qui sont plus rĂ©alistes vu l’expĂ©rience du pouvoir, l’extrĂȘme gauche, Ă  savoir les Ă©cologistes et les partis radicaux comme Podemos en Espagne ou LFI en France, ont une lecture purement idĂ©ologique et surannĂ©e des relations internationales. D’oĂč leur hostilitĂ© viscĂ©rale vis-Ă -vis du Maroc qui ne date pas d’aujourd’hui et remonte Ă  l’Histoire et notamment Ă  l’époque de gloire du communisme. “Les politiques d’extrĂȘme gauche, y compris les nouvelles gĂ©nĂ©rations, ont encore une grille de lecture de la guerre froide, d’oĂč leur bienveillance aux rĂ©gimes socialistes”, dĂ©cortique Mohammed Badine El Yattioui.
 
“Le Maroc ne trouve pas grĂące Ă  leurs yeux pour peu qu’il soit une Monarchie et un alliĂ© de l’Occident capitaliste pendant la guerre froide”, poursuit l’expert, faisant remarquer que les vestiges du communisme restent encore vivaces chez l’extrĂȘme gauche europĂ©enne. Ce qui explique, selon lui, sa bienveillance Ă©tonnante envers les dictatures socialistes comme l’AlgĂ©rie, le Venezuela et Cuba au nom d’une bien-pensance dĂ©voyĂ©e. Rappelons-nous que la dĂ©nommĂ©e Isabel Serra, celle qui a Ă©tĂ© refoulĂ©e de LaĂąyoune, est allĂ©e jusqu’à demander la levĂ©e des sanctions contre le rĂ©gime castriste Ă  Cuba. Les exemples de ce genre sont nombreux. Dernier en date, le refus des eurodĂ©putĂ©s de LFI, dont Rima Hassan, de voter la RĂ©solution du PE condamnant l’arrestation arbitraire de Boualem Sansal en AlgĂ©rie au mĂ©pris des droits de l’Homme que l’extrĂȘme gauche prĂ©tend dĂ©fendre. Cela en dit long sur une mouvance qui s’est autoproclamĂ©e gardienne de la vertu.
 
 
 

Trois questions Ă  Mohammed Badine El Yattioui : “Le Parlement europĂ©en reste le levier le plus sĂ»r pour l’extrĂȘme gauche pour s’en prendre au Maroc”
EurodĂ©putĂ©s refoulĂ©s Ă  LaĂąyoune : Les dessous d’une tentative de provocation avortĂ©e [INTÉGRAL]
  • A votre avis, peut-on qualifier le dĂ©placement forcĂ© des eurodĂ©putĂ©s comme ingĂ©rence ?
Il est clair qu’il s’agit d’une ingĂ©rence assumĂ©e qui renvoie Ă  l’obsession du Maroc chez l’extrĂȘme gauche europĂ©enne. L’objectif d’une telle visite Ă©tait purement mĂ©diatique. Les eurodĂ©putĂ©s ont créé un scandale et un buzz mĂ©diatique pour mettre Ă  mal la rĂ©putation du Maroc. Ils savaient dĂšs le dĂ©part qu’ils allaient ĂȘtre interdits d’entrĂ©e dans le territoire d’un Etat souverain, mais ils Ă©taient en quĂȘte d’un coup d’éclat mĂ©diatique qu’ils n’ont finalement pas obtenu.
  • Comment expliquer le fait que l’extrĂȘme gauche dĂ©fende avec autant d’ardeur le Polisario au Parlement europĂ©en ?
L’extrĂȘme gauche se sert du droit international dont elle fait une lecture opportuniste pour s’attaquer au Maroc sur l’affaire du Sahara. Si l’extrĂȘme gauche europĂ©enne intensifie les provocations, c’est parce que le Maroc est largement soutenu en Europe, dont la majeure partie des Etats soutiennent le plan d’autonomie pour le Sahara. Le Parlement europĂ©en reste le levier le plus sĂ»r de l’extrĂȘme gauche pour agir indĂ©pendamment des positions de leurs pays qui soutiennent majoritairement le Maroc. Heureusement, l’hĂ©micycle europĂ©en n’a qu’un poids marginal dans la politique Ă©trangĂšre.
  • Un eurodĂ©putĂ© peut-il se rendre dans un autre pays sans mandat parlementaire ?
Un Ă©lu, qu’il soit eurodĂ©putĂ© ou dĂ©putĂ© national, ne peut se rendre dans un pays Ă©tranger en tant que tel que sur la base d’une invitation formelle par le Parlement. Cela se coordonne Ă©galement Ă  travers les canaux diplomatiques. En l'occurrence, les eurodĂ©putĂ©s en question se sont sciemment livrĂ©s Ă  une dĂ©marche solitaire en s’affranchissant des procĂ©dures en vigueur. Ils se sont cachĂ©s derriĂšre leur immunitĂ© parlementaire qui ne s’applique pas dans ce genre de situations, d’autant plus qu’il s’agit d’un territoire au-delĂ  de la juridiction de l’Union EuropĂ©enne. La quĂȘte du buzz est l’unique explication Ă  cette initiative provocatrice qui, Ă  mon avis, Ă©tait destinĂ©e Ă©galement Ă  provoquer une crise entre le Maroc et l’UE.

Podemos : L’incarnation des contradictions

C’est un secret de polichinelle que de dire que Podemos est l’un des partis les plus acharnĂ©s contre le Maroc dans la classe politique espagnole. AprĂšs des dĂ©buts prometteurs, ce parti, fondĂ© par Pablo Iglesias, a fait du Maroc et du soutien au Polisario une de ses raisons d’ĂȘtre. Sa participation au premier gouvernement socialiste n’a pas empĂȘchĂ© Pedro Sanchez de faire son fameux revirement diplomatique en faveur du Maroc dans l’affaire du Sahara. Ce que ses alliĂ©s d’extrĂȘme n’ont jamais pu avaler tout, restant pourtant alliĂ©s aux socialistes au gouvernement. MĂȘme le parti SUMAR, de Yolanda Diaz, qui s’est construit sur les ruines de Podemos, ne s’est pas gĂȘnĂ© de s’allier Ă  Pedro Sanchez aprĂšs les Ă©lections lĂ©gislatives de 2023, en dĂ©pit du  soutien des socialistes au plan d'autonomie. “Pedro Sanchez a contraint ses alliĂ©s au gouvernement, notamment ceux d'extrĂȘme gauche, Ă  accepter son soutien Maroc et, pourtant, ils n’ont pas quittĂ© sa coalition, ce qui montre l’étendue de leur contradiction et leur sournoiserie car ils sont prĂȘts Ă  abandonner leurs convictions pour des portefeuilles ministĂ©riels”, fait remarquer Mohammed Badine El Yattioui.


Parlement europĂ©en : PrĂ©mices d’une rĂ©conciliation prudente
EurodĂ©putĂ©s refoulĂ©s Ă  LaĂąyoune : Les dessous d’une tentative de provocation avortĂ©e [INTÉGRAL]

Entre le Maroc et le Parlement europĂ©en, la prudence et la mĂ©fiance rĂšgnent toujours. La rĂ©solution condamnant la libertĂ© de la presse au Maroc a laissĂ© un arriĂšre-goĂ»t amer au Royaume oĂč les observateurs avaient qualifiĂ© cette dĂ©marche d’ingĂ©rence.

 

Depuis lors, le Parlement marocain a suspendu tout contact avec l’Institution de Strasbourg. L’interdiction des parlementaires marocains d’accĂšs Ă  l’hĂ©micycle europĂ©en dans la foulĂ©e de l’affaire du Qatargate a exacerbĂ© la mĂ©fiance et paralysĂ© la coopĂ©ration parlementaire. Maintenant, c’est le vide. Mais les prĂ©mices d’une rĂ©conciliation surgissent de temps Ă  autre. La rencontre du prĂ©sident de la Chambre des ReprĂ©sentants, Rachid Talbi Alami, avec son homologue europĂ©enne, Roberta Metsola, le 3 dĂ©cembre 2024, a ouvert la voie Ă  une probable reprise du dialogue.

 

Ces derniers s’étaient mis d’accord sur une feuille de route. “Nous avons examinĂ© plusieurs sujets et convenu d’une feuille de route et d’une mĂ©thode de travail pour relancer la coopĂ©ration entre les Parlements marocain et europĂ©en et surmonter tous les dysfonctionnements qui ont entachĂ© ces relations’’, a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  la MAP Ă  l’époque. Ce qui en dit long sur l’état d’esprit du Maroc qui veut aller progressivement en mettant ses conditions avant d’ouvrir un nouveau chapitre. D’autant plus que les vieilles pratiques, les tentatives d’ingĂ©rence et les discours moralisateurs dont le PE Ă©tait coutumier ne sont plus acceptables.

 


EurodĂ©putĂ©s refoulĂ©s Ă  LaĂąyoune : Les dessous d’une tentative de provocation avortĂ©e [INTÉGRAL]

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