Alors quâils Ă©taient empĂȘchĂ©s de descendre de lâavion, ils ont eu beau filmer la scĂšne et contacter leurs ambassades Ă Rabat, leur entrĂ©e sur le sol marocain Ă©tait injustifiable faute dâautorisation. Ils ont Ă©tĂ© immĂ©diatement arrĂȘtĂ©s avant de rebrousser chemin vers Las Palmas aux Iles Canaries. Sans mandat parlementaire ni autorisation prĂ©alable accordĂ©e par les autoritĂ©s marocaines compĂ©tentes, un tel dĂ©placement avait dâautres objectifs. Cette provocation intervient quelques jours aprĂšs la mascarade dâune poignĂ©e dâĂ©cologistes conduits par Greta Thunberg Ă Tindouf oĂč ils ont exprimĂ© leur soutien au Polisario.
InterrogĂ© Ă ce sujet Ă lâissue de son entretien avec son homologue capverdien, le Chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a rĂ©agi avec ironie. âCâest un non-Ă©vĂ©nementâ, a-t-il martelĂ©, rappelant que le Maroc exerce pleinement sa souverainetĂ© sur son Sahara comme sur le reste de son territoire. "Ceux qui respectent les procĂ©dures en vigueur d'entrĂ©e sur le territoire marocain sont les bienvenus, tandis que ceux qui enfreignent nos rĂšgles tombent sous le coup de la loi", a poursuivi le ministre, qui a qualifiĂ© cette tentative dâagitation sans aucun impact. Une sorte de coup dâĂ©pĂ©e dans lâeau qui nâa pas eu finalement lâeffet escomptĂ©.
Une provocation assumée !
Ce dĂ©placement nâavait dâautre but que la provocation et le coup dâĂ©clat mĂ©diatique pour souiller lâimage du Maroc, rappelle Mohammed Badine El Yattioui, Professeur d'Etudes StratĂ©giques au CollĂšge de DĂ©fense (NDC) des Emirats Arabes Unis Ă Abou Dhabi, ajoutant que les trois eurodĂ©putĂ©s se sont prĂ©valus de leur immunitĂ© parlementaire pour imposer le fait accompli alors quâils ne sont pas mandatĂ©s par le Parlement europĂ©en. Selon notre interlocuteur, ces derniers savaient trĂšs bien quâils allaient ĂȘtre empĂȘchĂ©s dâentrer illĂ©galement dans le territoire dâun pays souverain, mais ils cherchaient Ă tout prix un prĂ©texte pour provoquer une crise entre le Maroc et lâUnion EuropĂ©enne.
Impliquer lâUE Ă tout prix
En tĂ©moigne la rĂ©action des trois dĂ©putĂ©s qui ont aussitĂŽt tentĂ© dâimpliquer toutes les institutions de lâUE. Ils ont adressĂ© une lettre au prĂ©sident du Conseil europĂ©en, Antonio Costa, et Ă celle du Parlement europĂ©en, Roberta Metsola, pour demander une rĂ©union urgente afin de mettre la lumiĂšre sur ce qui sâest passĂ© Ă LaĂąyoune. Pour sa part, Podemos, le parti dâIsabel Serra, fonciĂšrement hostile au Maroc, a appelĂ© lâUE Ă rĂ©agir. Son parti, en dĂ©clin aujourd'hui, a appelĂ© Ă©galement le gouvernement de Pedro Sanchez Ă revenir sur son soutien au Maroc dans la question du Sahara, ce qui montre que le but recherchĂ© initialement est de relancer le dĂ©bat sur le soutien croissant dont jouit le Royaume en Europe, dont 17 pays soutiennent officiellement le plan dâautonomie. "Cela les irrite manifestement", pense M. El Yattioui, soulignant que le Parlement europĂ©en reste lâun des rares leviers de lâextrĂȘme gauche pour agir indĂ©pendamment des positions de leurs pays. âHeureusement, lâhĂ©micycle europĂ©en nâa quâun poids marginal dans la politique Ă©trangĂšreâ, insiste-t-il.
Les vieux réflexes communistes !
Les trois dĂ©putĂ©s siĂšgent tous au groupe The Left au Parlement de Strasbourg, qui regroupe tous les mouvements dâextrĂȘme gauche en Europe, y compris les Insoumis en France. En perte de vitesse, ces partis ont subi des revers lors des Ă©lections europĂ©ennes face Ă la montĂ©e implacable des nationalistes. Leur influence Ă lâhĂ©micycle europĂ©en est minime pour peu quâils ne soient que 46 Ă©lus. Ils font souvent des alliances de circonstance avec les Verts et les Socialistes. Ils se font le porte-voix du Polisario au sein du PE, mais leur capacitĂ© de nuisance sâest manifestement amenuisĂ©e aprĂšs la disparition de lâintergroupe dĂ©diĂ© au Sahara qui avait servi de tribune ouverte Ă la thĂšse sĂ©paratiste pendant des annĂ©es.
A lâexception des socialistes, qui sont plus rĂ©alistes vu lâexpĂ©rience du pouvoir, lâextrĂȘme gauche, Ă savoir les Ă©cologistes et les partis radicaux comme Podemos en Espagne ou LFI en France, ont une lecture purement idĂ©ologique et surannĂ©e des relations internationales. DâoĂč leur hostilitĂ© viscĂ©rale vis-Ă -vis du Maroc qui ne date pas dâaujourdâhui et remonte Ă lâHistoire et notamment Ă lâĂ©poque de gloire du communisme. âLes politiques dâextrĂȘme gauche, y compris les nouvelles gĂ©nĂ©rations, ont encore une grille de lecture de la guerre froide, dâoĂč leur bienveillance aux rĂ©gimes socialistesâ, dĂ©cortique Mohammed Badine El Yattioui.
âLe Maroc ne trouve pas grĂące Ă leurs yeux pour peu quâil soit une Monarchie et un alliĂ© de lâOccident capitaliste pendant la guerre froideâ, poursuit lâexpert, faisant remarquer que les vestiges du communisme restent encore vivaces chez lâextrĂȘme gauche europĂ©enne. Ce qui explique, selon lui, sa bienveillance Ă©tonnante envers les dictatures socialistes comme lâAlgĂ©rie, le Venezuela et Cuba au nom dâune bien-pensance dĂ©voyĂ©e. Rappelons-nous que la dĂ©nommĂ©e Isabel Serra, celle qui a Ă©tĂ© refoulĂ©e de LaĂąyoune, est allĂ©e jusquâĂ demander la levĂ©e des sanctions contre le rĂ©gime castriste Ă Cuba. Les exemples de ce genre sont nombreux. Dernier en date, le refus des eurodĂ©putĂ©s de LFI, dont Rima Hassan, de voter la RĂ©solution du PE condamnant lâarrestation arbitraire de Boualem Sansal en AlgĂ©rie au mĂ©pris des droits de lâHomme que lâextrĂȘme gauche prĂ©tend dĂ©fendre. Cela en dit long sur une mouvance qui sâest autoproclamĂ©e gardienne de la vertu.
- A votre avis, peut-on qualifier le déplacement forcé des eurodéputés comme ingérence ?
- Comment expliquer le fait que lâextrĂȘme gauche dĂ©fende avec autant dâardeur le Polisario au Parlement europĂ©en ?
- Un eurodéputé peut-il se rendre dans un autre pays sans mandat parlementaire ?
Câest un secret de polichinelle que de dire que Podemos est lâun des partis les plus acharnĂ©s contre le Maroc dans la classe politique espagnole. AprĂšs des dĂ©buts prometteurs, ce parti, fondĂ© par Pablo Iglesias, a fait du Maroc et du soutien au Polisario une de ses raisons dâĂȘtre. Sa participation au premier gouvernement socialiste nâa pas empĂȘchĂ© Pedro Sanchez de faire son fameux revirement diplomatique en faveur du Maroc dans lâaffaire du Sahara. Ce que ses alliĂ©s dâextrĂȘme nâont jamais pu avaler tout, restant pourtant alliĂ©s aux socialistes au gouvernement. MĂȘme le parti SUMAR, de Yolanda Diaz, qui sâest construit sur les ruines de Podemos, ne sâest pas gĂȘnĂ© de sâallier Ă Pedro Sanchez aprĂšs les Ă©lections lĂ©gislatives de 2023, en dĂ©pit du soutien des socialistes au plan d'autonomie. âPedro Sanchez a contraint ses alliĂ©s au gouvernement, notamment ceux d'extrĂȘme gauche, Ă accepter son soutien Maroc et, pourtant, ils nâont pas quittĂ© sa coalition, ce qui montre lâĂ©tendue de leur contradiction et leur sournoiserie car ils sont prĂȘts Ă abandonner leurs convictions pour des portefeuilles ministĂ©rielsâ, fait remarquer Mohammed Badine El Yattioui.
Entre le Maroc et le Parlement europĂ©en, la prudence et la mĂ©fiance rĂšgnent toujours. La rĂ©solution condamnant la libertĂ© de la presse au Maroc a laissĂ© un arriĂšre-goĂ»t amer au Royaume oĂč les observateurs avaient qualifiĂ© cette dĂ©marche dâingĂ©rence.
Depuis lors, le Parlement marocain a suspendu tout contact avec lâInstitution de Strasbourg. Lâinterdiction des parlementaires marocains dâaccĂšs Ă lâhĂ©micycle europĂ©en dans la foulĂ©e de lâaffaire du Qatargate a exacerbĂ© la mĂ©fiance et paralysĂ© la coopĂ©ration parlementaire. Maintenant, câest le vide. Mais les prĂ©mices dâune rĂ©conciliation surgissent de temps Ă autre. La rencontre du prĂ©sident de la Chambre des ReprĂ©sentants, Rachid Talbi Alami, avec son homologue europĂ©enne, Roberta Metsola, le 3 dĂ©cembre 2024, a ouvert la voie Ă une probable reprise du dialogue.
Ces derniers sâĂ©taient mis dâaccord sur une feuille de route. âNous avons examinĂ© plusieurs sujets et convenu dâune feuille de route et dâune mĂ©thode de travail pour relancer la coopĂ©ration entre les Parlements marocain et europĂ©en et surmonter tous les dysfonctionnements qui ont entachĂ© ces relationsââ, a-t-il dĂ©clarĂ© Ă la MAP Ă lâĂ©poque. Ce qui en dit long sur lâĂ©tat dâesprit du Maroc qui veut aller progressivement en mettant ses conditions avant dâouvrir un nouveau chapitre. Dâautant plus que les vieilles pratiques, les tentatives dâingĂ©rence et les discours moralisateurs dont le PE Ă©tait coutumier ne sont plus acceptables.
