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Nieuws 15 Jan 2026 4 min leestijd

Souss-Massa: l’image réelle d’un grand capitalisme agraire prédateur

Souss-Massa: l’image réelle d’un grand capitalisme agraire prédateur

Un phénomène a tendance à se développer dans la région agricole de Souss-Massa : le travail très souvent «clandestin», mais de plus en plus visible, des Subsahariens dans les grandes exploitations agricoles. Réponse médiatisée des exploitants: une «pénurie de main-d’œuvre agricole locale». Ce qui est absolument faux. Une mise au point s’impose.

Il suffit de faire un tour, tĂ´t le matin, avant 6 heures, pour observer la rĂ©alitĂ© dans le «maouqaf» (espace/lieu d’embauche des travailleurs agricoles journaliers) Ă  Inezgane, et constater la disponibilitĂ© en grand nombre de la main-d’œuvre agricole locale. Ouvrières et ouvriers agricoles autochtones se bousculent chaque matin, par centaines, dans l’espoir d’être retenus et d’être transportĂ©s vers les exploitations agricoles, souvent dans des vĂ©hicules inadaptĂ©s, prĂ©sentant des risques Ă©vidents d’accidents. Cette rĂ©alitĂ© dĂ©ment absolument l’existence d’une pĂ©nurie de main-d’œuvre locale. D’ailleurs, d’après le Haut Commissariat au Plan (HCP), au 3ème trimestre 2025, Souss Massa figure parmi les rĂ©gions oĂą le taux d’activitĂ©, soit 41,1%, est infĂ©rieur Ă  la moyenne nationale (43,3%). C’est aussi lĂ , toujours selon le HCP, que le taux de chĂ´mage est le plus Ă©levĂ©, soit 21,4%, suivi de celui observĂ© dans la rĂ©gion de l’Oriental, soit 21,2%. 

Le recours à la main-d’œuvre Subsaharienne a d’autres explications. Cette main-d’œuvre, souvent en situation irrégulière et précaire, travaille dans des conditions plus que moyenâgeuses. La surexploitation de cette main-d’œuvre offre plusieurs avantages aux grands exploitants agricoles : travail au noir, salaires inférieurs au SMAG (salaire minimum dans le secteur agricole), cotisations sociales non versées, durée du travail illimitée, logement des travailleurs dans les lieux d’exploitation, non respect de la réglementation sociale, pas de contestation ni de revendications, pas d’organisation syndicale, promesse orale et vague de régularisation (carte de séjour) par l’exploitant au bout d’une période de six mois renouvelable indéfiniment (…). A l’inverse, la main-d’œuvre locale a de plus en plus tendance à s’organiser et à mener des luttes sociales pour le respect des droits sociaux. C’est même dans cette région que les récentes manifestations de la génération GEN Z ont été les plus radicales et les plus réprimées (3 morts selon les déclarations officielles). Ainsi, pour maintenir un taux de profit élevé, les grands exploitants agricoles n’ont pas intérêt à employer la main-d’œuvre autochtone, ni à respecter la réglementation sociale en employant la main-d’œuvre Subsaharienne.

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La rĂ©gion de Souss Massa est la première rĂ©gion d’exportation des produits agricoles, en particulier les produits du maraichage et les agrumes (98% de la quantitĂ© de tomate exportĂ©e, soit 609 000 sur 621 000 tonnes, en 2024-2025). La destination principale est l’Union EuropĂ©enne. C’est une rĂ©gion dominĂ©e par le grand capital agraire qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© pendant 30 ans (1984 Ă  2014) de l’exonĂ©ration fiscale des revenus et bĂ©nĂ©fices agricoles et continue, de fait, Ă  bĂ©nĂ©ficier d’une «faible fiscalisation», compte tenu du dĂ©ficit chronique et structurel du contrĂ´le de l’administration fiscale. En matière de TVA, l’agriculture est hors champ d’application, mais les exportateurs bĂ©nĂ©ficient du droit au remboursement (pour le chiffre d’affaires Ă  l’export) de la TVA ayant grevĂ© les intrants et charges. A cela, s’ajoutent les subventions directes accordĂ©es par le Fonds de dĂ©veloppement agricole et la livraison de l’eau d’irrigation par les usines de dessalement de l’eau de mer Ă  un prix largement infĂ©rieur au coĂ»t de revient rĂ©el. 

Tout cela, pour quels impacts économiques, sociaux et environnementaux ? Le grand capital agraire exportateur ne contribue guère à la création d’emploi. Les ingénieurs agronomes et les techniciens agricoles ont beaucoup de difficultés à trouver un emploi qualifié et stable. Les travailleurs agricoles, souvent saisonniers, travaillent plus de 10 heures par jour, avec des salaires souvent inférieurs au SMAG. La précarité est la règle. Les investissements ont souvent un caractère spéculatif (construction d’infrastructures de conditionnement destinées principalement à l’achat de produits agricoles pour le stockage et l’exportation ou revente locale).

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Sur le plan environnemental, la région de Souss Massa est la première à avoir connu un assèchement des nappes phréatiques et donc une destruction des écosystèmes naturels, avec une infiltration graduelle des eaux océaniques. Dans les années 1980, les eaux souterraines étaient accessibles en creusant des puits de 30 à 50 mètres de profondeur. Dans les années 2000, elles le sont à 300/500 mètres avec des sondes. Aujourd’hui, le sous-sol est quasiment sec. D’où le recours à l’eau de mer dessalée, comme «solution technique», pour assurer la continuité de l’irrigation agricole, sans remise en cause de la logique prédatrice et destructrice. Ce qui, à moyen terme, ne peut que ternir l’image internationale du Royaume au prix de quelques devises de plus.

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