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Nieuws 23 Apr 2025 11 min leestijd

Rétro-Verso : La longue Histoire des Rois du Maroc avec les Papes

Rétro-Verso : La longue Histoire des Rois du Maroc avec les Papes
La mort du Pape François, lundi, ravive le souvenir du jour oĂč Jean-Paul II et Hassan II ont incarnĂ© la paix. Retour sur ce moment historique du vivre-ensemble intercommunautaire.
Rétro-Verso : La longue Histoire des Rois du Maroc avec les Papes
Par un aprĂšs-midi d’aoĂ»t 1985, Casablanca fut le théùtre d’une rencontre historique aux rĂ©sonances profondes : celle du Souverain Pontife Jean-Paul II et de feu Sa MajestĂ© Hassan II, Roi du Maroc. Cette entrevue marquant le troisiĂšme voyage africain du Saint-PĂšre ne fut point un simple passage diplomatique, mais une main tendue entre deux rives, entre la Croix et le Croissant, entre Rome et Rabat, dans l’esprit lumineux du Concile Vatican II.
 
Le 19 aoĂ»t 1985, plus prĂ©cisĂ©ment, l'avion papal fend le ciel africain pour se poser Ă  Casablanca, et Ă  sa descente, un geste frappa tous les esprits : Jean-Paul II s’agenouilla et baisa le sol du Royaume. "C'est un acte d’humilitĂ© et de rĂ©vĂ©rence qui fut perçu par les Nationaux comme un signe de respect profond envers notre terre et nos valeurs", lance d'emblĂ©e l'historien et professeur universitaire Noureddine Belhaddad. "À l’accueil, le dĂ©funt Hassan II, Souverain charismatique Ă  la stature diplomatique reconnue, le salua fraternellement, tĂ©moignant d’un accueil au-delĂ  du protocole, c'est-Ă -dire un accueil d'humain Ă  humain, de foi Ă  foi", commente le fin-connaisseur de l'histoire du Maroc.
 
Ce moment, en apparence bref, s’inscrivit dans une sĂ©quence historique plus vaste. Depuis le collĂšge Charles de Foucauld, sanctuaire de la communautĂ© catholique marocaine, jusqu’au cƓur vibrant du stade Mohammed V, chaque Ă©tape du Pape fut pensĂ©e comme un signe : celui de la rencontre et du tĂ©moignage.
 
Au collĂšge, Jean-Paul II cĂ©lĂ©bra la messe entourĂ© des archevĂȘques de Rabat et de Tanger. Son homĂ©lie, prononcĂ©e avec ferveur, salua les chrĂ©tiens vivant au Maroc, soit une minoritĂ© discrĂšte mais fidĂšle. Il les exhorta Ă  devenir "des ponts entre des traditions diffĂ©rentes", reprenant l’image du lien, du passage, de la mĂ©diation... autant de mots rĂ©sonnant dans ce pays dont l’histoire fut toujours un carrefour entre Orient et Occident, Nord et Sud.
 
Ce jour-lĂ , le Pape, louant la foi, la piĂ©tĂ© et la charitĂ© des fidĂšles musulmans, incita les siens Ă  contempler avec respect les vertus de l'autre, Ă  dĂ©passer les frontiĂšres de la doctrine pour s’ouvrir Ă  une fraternitĂ© vĂ©cue. En une Ă©poque encore hantĂ©e par les crispations identitaires et les relents de colonialisme, cette voix rĂ©sonnait comme un appel Ă  la raison.
 
Mais c’est au Palais Royal de Rabat que se produisit l’instant le plus solennel, dans l’intimitĂ© d’un tĂȘte-Ă -tĂȘte de cinquante minutes, quand le Saint Pontife et le dĂ©funt Roi s’entretinrent en hommes de vision. Le contenu prĂ©cis de leur Ă©change reste voilĂ© de la discrĂ©tion d’usage, mais l’image transmise fut Ă©clatante : un Pape et un Roi, reprĂ©sentant chacun une foi universelle, discutant de paix. À la suite de cet entretien, le Roi prĂ©senta au Saint-PĂšre le Conseil supĂ©rieur des OulĂ©mas du Maroc. Ce fut, comme en tĂ©moigne les Ă©crits historiques, "un geste d’une portĂ©e symbolique rare, plaçant les savants de l’Islam face au chef de l’Église catholique, dans un face-Ă -face pacifique et respectueux".
 
Le point d’orgue de cette visite historique fut sans doute la rencontre au stade Mohammed V. Devant 90.000 citoyens marocains, feu Hassan II, dans une allocution vibrante, rappela le sens de cette rencontre : tisser les fils de l’amour et de la concorde. Ce fut alors au tour du Saint-PĂšre de s’adresser Ă  la jeunesse musulmane, avec audace et tendresse en parlant d’Abraham, patriarche commun des deux religions, de la foi unique en un Dieu vivant et misĂ©ricordieux, de la responsabilitĂ© morale de chaque individu face au monde.
 
 
Le soir venu, le Pape regagna l’aĂ©roport. À 22h30, son avion s’éleva vers Rome. Mais dans le ciel de Casablanca, quelque chose avait changĂ©. Ce bref passage de Jean-Paul II n’avait pas Ă©tĂ© une simple visite diplomatique, mais un acte de foi en l’Homme, de foi en Dieu et de foi en l’avenir.
 
Cette journĂ©e d’aoĂ»t 1985 demeure, dans les annales du dialogue interreligieux, comme un jalon prĂ©cieux, puisqu'elle symbolise un moment oĂč le verbe fut paix et le geste fraternitĂ©. "Feu Hassan II, dans Sa sagesse politique et Son art du verbe, offrit au monde l’image d’un Islam accueillant, curieux et ouvert, et Jean-Paul II inscrivit son pontificat dans l’horizon du rapprochement spirituel et culturel", conclut le professeur universitaire Noureddine Belhaddad.
 
Et l'on retiendra dans les annales de l'Histoire que ce mois d'aoĂ»t 1985, sur le tarmac de Casablanca, reste le flambeau d’une paix possible, oĂč les grandes Ăąmes ne se dĂ©fient point, mais se rencontrent, se reconnaissent et s'unissent.
 

3 questions à Noureddine Belhaddad : «Le défunt Roi Hassan II considérait les valeurs humaines comme fondamentales»
Rétro-Verso : La longue Histoire des Rois du Maroc avec les Papes
  • En 1985, Jean-Paul II rencontre Feu Hassan II au Maroc. Comment cet Ă©vĂ©nement symbolique a-t-il Ă©tĂ© perçu ?
 
 
-Cette visite demeure cruciale pour les relations interreligieuses et interculturelles. Lorsque le Pape s'agenouilla et embrassa le sol marocain, il marquait son respect et son admiration pour la Terre de la tolĂ©rance, un geste d'humilitĂ© et de reconnaissance envers la culture et l'Histoire du Maroc. Feu Hassan II, de Son cĂŽtĂ©, a fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, soulignant Ă  travers Ses paroles et Ses gestes qu’Il privilĂ©giait le dialogue, la paix et le respect mutuel entre les religions. Lors de cette rencontre, Il a notamment insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de la prĂ©cision dans le discours et dans les actes, tout en encourageant la coopĂ©ration internationale pour la paix et la comprĂ©hension mutuelle.
 
  • Quelle Ă©tait la vision de Feu Hassan II du dialogue interreligieux, au Maroc et ailleurs ?
 
 
Le dĂ©funt Roi Hassan II considĂ©rait les valeurs humaines comme fondamentales pour garantir une coexistence pacifique et harmonieuse entre les diffĂ©rentes communautĂ©s religieuses. Le Souverain prĂŽnait une approche de respect mutuel, d’écoute et de comprĂ©hension, loin de l’intolĂ©rance et des prĂ©jugĂ©s et voyait dans le Maroc un modĂšle de tolĂ©rance, oĂč les communautĂ©s musulmanes, juives et chrĂ©tiennes coexistaient depuis des siĂšcles dans une relative harmonie.
 
  • Quels points communs voyez-vous entre les visites, au Maroc, du Pape Jean-Paul II en 1985 et celle du Pape François 1er en 2019 ?
 
 
La visite du Pape François en 2019 a repris le mĂȘme message que celle de Jean-Paul II : tolĂ©rance, paix et dialogue entre religions. Elle a renforcĂ© les liens entre le Vatican et le Maroc, et prolongĂ© la vision de Feu Hassan II d’un vivre-ensemble fondĂ© sur le respect mutuel. Ces deux visites ont marquĂ© des Ă©tapes clĂ©s dans la promotion de la coexistence interreligieuse.
 

Flashback : Une visite papale aux airs d’antan
Rétro-Verso : La longue Histoire des Rois du Maroc avec les Papes
Les 30 et 31 mars 2019, le regrettĂ© Pape François effectuait son 28Ăšme voyage apostolique, cette fois au Maroc. Ce dĂ©placement, dĂ©sormais inscrit dans l’histoire de son pontificat, portait l’empreinte forte de son engagement en faveur du dialogue interreligieux, un axe majeur de son enseignement spirituel et diplomatique. Jusqu’à la fin, le dĂ©funt souverain pontife aura ƓuvrĂ© pour tisser des liens entre les traditions religieuses, dans un esprit de paix, de fraternitĂ© et de respect mutuel.
 
Accueilli Ă  Rabat par Sa MajestĂ© le Roi Mohammed VI, François fut reçu avec la solennitĂ© due Ă  une haute autoritĂ© spirituelle. FidĂšle Ă  son message d’unitĂ©, il a rappelĂ© dĂšs son arrivĂ©e que «cultiver l’ouverture, le respect et la coopĂ©ration» Ă©tait aujourd’hui plus que jamais une nĂ©cessitĂ©. Il affirmait que «la foi authentique en Dieu conduit toujours Ă  l’amour, jamais Ă  la haine», une conviction qu’il a portĂ©e tout au long de son pontificat.
 
En rĂ©fĂ©rence Ă  son prĂ©dĂ©cesseur Jean-Paul II, venu au Maroc en 1985, François Ă©voquait lui-mĂȘme marcher «sur les traces du dĂ©funt Jean-Paul II», mais en inscrivant rĂ©solument son action dans le prĂ©sent. À travers des rencontres avec des responsables religieux musulmans, des jeunes, des migrants et la communautĂ© catholique locale, il a dĂ©montrĂ© une volontĂ© de bĂątir une fraternitĂ© humaine concrĂšte et enracinĂ©e dans l’écoute rĂ©ciproque.
 
Devant la jeunesse marocaine, le Pape a lancĂ© un appel vibrant qui restera dans les annales en les exhortant Ă  ĂȘtre des bĂątisseurs de ponts et non de murs. Il soulignait Ă©galement que la libertĂ© religieuse, leitmotiv de son pontificat, ne se limite pas Ă  la tolĂ©rance, mais implique la reconnaissance active de l’autre dans sa foi et sa dignitĂ©.
 
Cette visite a permis de consolider les liens entre le Royaume du Maroc et le Saint-SiĂšge (des relations diplomatiques Ă©tablies en 1976) et de rĂ©affirmer l’importance d’un dialogue islamo-chrĂ©tien sincĂšre et durable. Ce voyage s’inscrit dans la continuitĂ© d’initiatives majeures comme la signature du Document sur la fraternitĂ© humaine, coĂ©crit avec le grand imam d'Al-Azhar en 2019 Ă  Abou Dhabi.
 
Comme le rapporte le site officiel du Vatican, cette visite fut un moment de grĂące, Ă  la fois mĂ©moriel et prophĂ©tique, et le Pape François, dans l’humilitĂ© et la fermetĂ© de sa foi, a laissĂ© un tĂ©moignage puissant: celui d’un homme de paix convaincu que la fraternitĂ© n’est pas un rĂȘve, mais un horizon nĂ©cessaire.
 
 

Historiographie : Les temps forts d'une rencontre épique
Rétro-Verso : La longue Histoire des Rois du Maroc avec les Papes
Le 19 aoĂ»t 1985, au stade Mohammed V de Casablanca, Jean-Paul II a marquĂ© les esprits de dizaines de milliers de Marocains. Ce jour-lĂ , il a surpris et Ă©mu la foule dĂšs ses premiers mots. En prononçant en arabe "Assalamou alaykoum", ou que la paix soit sur vous pour rester francophone, il a montrĂ© comme il se doit qu’il venait en ami et frĂšre, dans le respect entier de son public. Ce simple salut, dans la langue officielle du pays, a créé une proximitĂ© immĂ©diate Ă  travers laquelle il n’a pas Ă©tĂ© perçu comme un discours protocolaire. Il a, somme toute, permis d’installer une confiance rare dans une rencontre aussi importante.
 
Ensuite, dans un français simple et direct, Jean-Paul II a lancĂ© appel Ă  la paix, Ă  l’importance de l'Ă©ducation et au respect du vivre-ensemble inter-religieux et intercommunautaire. Il n’était pas venu pour prĂȘcher ou convaincre, mais pour tĂ©moigner de l'amour Ă  l'Ă©gard de ses frĂšres dans l'humanitĂ©. Il a Ă©voquĂ© Abraham, figure de proue des croyants des deux religions, pour rappeler ce que chrĂ©tiens et musulmans partagent : la foi en Dieu, l'importance de la priĂšre et la recherche du bien.
 
Ce moment a profondĂ©ment marquĂ© les esprits, car voir un pape accueilli par le Roi Hassan II, s’adresser Ă  la jeunesse marocaine dans un climat de respect et de calme, avait quelque chose d’inĂ©dit et de fort. Jean-Paul II, sans chercher Ă  gommer les diffĂ©rences, a su transmettre l’idĂ©e qu’un vĂ©ritable Ă©change peut naĂźtre mĂȘme entre des traditions Ă©loignĂ©es, pourvu qu’il repose sur l’écoute, la sincĂ©ritĂ© et la reconnaissance de l’autre. En parlant avec la force tranquille d’un homme de foi animĂ© par le dĂ©sir de paix, il a posĂ© un geste qui a Ă©tĂ© perçu comme un tournant, une maniĂšre nouvelle de se rencontrer, Ă  hauteur d’homme, au-delĂ  des barriĂšres religieuses. Pour beaucoup, cette rencontre a laissĂ© une empreinte durable, comme le souvenir d’un instant rare oĂč les convictions n’étaient pas un mur, mais un point de dĂ©part pour mieux se comprendre.
 

Faits-marquants : Le dialogue inter-religieux, pilotis de la dynastie alaouite
Certains rĂ©cits contemporains veulent cantonner l’amitiĂ© islamo-chrĂ©tienne Ă  quelques visites papales, mais il n’en est rien. DĂ©jĂ , sous les rĂšgnes successifs de Moulay Mohammed ben IsmaĂŻl (qui a rĂ©gnĂ© en 1736) et de son frĂšre Moulay Abdallah ben IsmaĂŻl (qui a eu droit Ă  des rĂšgnes intermittents entre 1729 et 1757), le Maroc alaouite a posĂ© les bases concrĂštes d’un dialogue interreligieux avec l’Europe. Ce dialogue, loin d’ĂȘtre idĂ©ologique, prenait corps Ă  travers la course maritime, considĂ©rĂ©e comme une rĂ©sistance lĂ©gitime face aux puissances coloniales. Mais derriĂšre cette activitĂ© se dĂ©ployait une diplomatie subtile : lorsque les Sultans restituaient des biens ou libĂ©raient des captifs europĂ©ens, les chefs d’État europĂ©ens rĂ©pondaient par des gestes Ă©quivalents. Cette rĂ©ciprocitĂ© fondait une forme de reconnaissance mutuelle, ancrĂ©e dans la justice plus que dans les mots.
 
Moulay Abdallah perpĂ©tua cette tradition. Il pratiquait la restitution de navires ou la libĂ©ration de captifs chrĂ©tiens lorsque les accords Ă©taient respectĂ©s, consolidant ainsi une approche marocaine du dialogue interreligieux, fondĂ©e sur l’équilibre et la dignitĂ©.
 
Son fils, Mohammed ben Abdallah (rĂšgne de 1757 Ă  1790), poursuivit cet hĂ©ritage en nouant des relations pacifiques avec diverses puissances et en Ă©tant le premier chef d’État Ă  reconnaĂźtre l’indĂ©pendance des États-Unis. MĂȘme Moulay Yazid (rĂšgne de 1790 Ă  1792), malgrĂ© un pouvoir plus instable, ne rompit pas entiĂšrement ce fil diplomatique. À travers ces Souverains, le dialogue islamo-chrĂ©tien s’est enracinĂ© dans l’histoire marocaine comme un acte de souverainetĂ©, de justice et de respect de l’autre.

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