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Nieuws 24 May 2013 4 min read

A Inezgane, les rÚglements de comptes PJD vs PAM font école

A Inezgane, les rÚglements de comptes PJD vs PAM font école

Quand politique et populisme entrent dans une salle de classe, l’enseignement et le savoir en sortent sur la pointe des pieds. En 5Ăšme annĂ©e secondaire, le jeune Hamza, un adolescent de 15 ans, l’a appris Ă  ses dĂ©pens. Son professeur d’histoire et gĂ©ographie l’a tout simplement rendu coupable de ses origines familiales, allant jusqu’à traiter sa famille de traĂźtres de la Nation, hĂ©ritiers des « crocodiles et dĂ©mons » du Maroc qu’Abdelilah Benkirane n’a de cesse d’invoquer pour justifier les Ă©checs de son gouvernement et son incapacitĂ© Ă  mener des rĂ©formes.

Au commencement est « Al Maassoul », le cĂ©lĂšbre ouvrage de Mokhtar Soussi et quatre lignes sur la bataille de Sidi Bouathmane dans les R’hamna et Ă  laquelle a pris part, sur ordre du Sultan de l’époque, CaĂŻd Layadi. Le cours de ce jour-lĂ  est consacrĂ© Ă  ce point d’histoire. Le professeur d’histoire du lycĂ©e Houmane El Fatouaki, Ă  Inezgane se sent alors investi d’une mission, celle de réécrire une histoire compliquĂ©e du Maroc avant l’indĂ©pendance. Dans sa classe, il se fait fort de revisiter l’histoire du protectorat et de la rĂ©sistance, au dĂ©tour de quatre lignes sorties de leur contexte et de la perspective historique. On n’est pas loin du rĂ©visionnisme Ă  la mode de chez nous. L’enseignant le sait : parmi ses Ă©lĂšves, il compte l’arriĂšre petit-fils du CaĂŻd Layadi. Une aubaine pour faire un procĂšs en sorcellerie et Ă©riger un bĂ»cher pour ce qu’il considĂšre probablement ĂȘtre comme l’hĂ©ritier de ces « traĂźtres » qu’il dĂ©nonce dans sa classe. « Les Layadi sont des traĂźtres et des voleurs. Ils ont pillĂ© le Maroc. Ils ont des hectares et des hectares de terres qu’ils ont spoliĂ©es. D’ailleurs, cette famille continue de sĂ©vir jusqu’à aujourd’hui. Ce sont les fameux crocodiles et dĂ©mons. La petite-fille du CaĂŻd Layadi est dĂ©putĂ©e du PAM », martĂšle le professeur dans ce qui n’est plus un cours d’histoire pour de jeunes adolescents se prĂ©parant au baccalaurĂ©at mais un rĂ©quisitoire contre une famille et un parti de l’opposition.

Le jeune Hamza, l’arriĂšre petit-fils du Caid Layadi, tente d’arrĂȘter le massacre et de faire taire ce professeur visiblement en campagne. Devant ses camarades, il dit qu’il n’est pas question de mettre en cause de la sorte sa tante, Fatiha Layadi, puisque c’est elle dont il s’agit et aprĂšs que son arriĂšre grand-pĂšre eut Ă©tĂ©, quelques minutes auparavant, gravement incriminĂ©. Le professeur ne l’entend pas de cette oreille. Peu lui importent les liens de famille de son Ă©lĂšve ou les accusations diffamatoires qu’il a profĂ©rĂ©es : ces vĂ©ritĂ©s doivent ĂȘtre dites.

La famille de Hamza a bien sĂ»r vivement rĂ©agi. Son pĂšre a pris contact avec le directeur de cet Ă©tablissement scolaire. Son fils, adolescent, a Ă©tĂ© gravement exposĂ© Ă  des rĂšglements de comptes propres Ă  un professeur, qui, on le saura plus tard, est proche du PJD, le parti du chef du gouvernement. « Comment pourra-t-il affronter le regard de ses camarades aprĂšs toutes ces accusations lourdes qui ont Ă©tĂ© portĂ©es contre son arriĂšre-grand-pĂšre et sa tante et ce par un professeur, en plein cours d’histoire ? Cette histoire laissera-t-elle des sĂ©quelles traumatisantes sur mon fils ?», a en substance demandĂ© le pĂšre au directeur du lycĂ©e Houmane El Fatouaki.

Fatiha Layadi, la dĂ©putĂ©e et tante de Hamza a, elle, informĂ© le ministre de l’Education nationale de ce cet incident d’une extrĂȘme gravitĂ©. « J’aurai pu aller devant les tribunaux comme n’importe quelle citoyenne qui aurait Ă©tĂ© diffamĂ©e. Ce professeur peut avoir les opinions politiques de son choix mais qu’il les laisse Ă  la porte de sa classe», a-t-elle dĂ©clarĂ© Ă  « LibĂ©ration ».

Mohamed El Ouafa a bien dĂ©pĂȘchĂ© une inspection Ă  cet Ă©tablissement scolaire. Son rapport n’a pas encore Ă©tĂ© rendu public. Le professeur d’histoire en question, lui, persiste et signe en organisant, mercredi, un sit-in devant le lycĂ©e et en faisant circuler une pĂ©tition de solidaritĂ©. Une maniĂšre de revendiquer son droit de diffamer et d’insulter.

Pour l’heure, personne ne s’est souciĂ© du ressenti d’un Ă©lĂšve de 15 ans, en pleine adolescence, et dont la famille a Ă©tĂ© prise pour cible par un professeur qui mĂȘle allĂšgrement histoire, politique et rĂšglements de comptes. Au sein du lycĂ©e Houmane El Fatouaki, personne de l’équipe pĂ©dagogique, n’a non plus exprimĂ© sa solidaritĂ© avec Hamza. En ces temps de populisme oĂč accusations, diffamations et insultes sont la seule perspective « politique », il est vrai qu’il est plus facile de tirer sur les crocodiles et les dĂ©mons plutĂŽt que de soutenir un Ă©lĂšve qui a le tort –aux yeux de son prof d’histoire- d’ĂȘtre l’arriĂšre petit-fils du CaĂŻd Layadi et le neveu de Fatiha Layadi.

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