Quand politique et populisme entrent dans une salle de classe, lâenseignement et le savoir en sortent sur la pointe des pieds. En 5Ăšme annĂ©e secondaire, le jeune Hamza, un adolescent de 15 ans, lâa appris Ă ses dĂ©pens. Son professeur dâhistoire et gĂ©ographie lâa tout simplement rendu coupable de ses origines familiales, allant jusquâĂ traiter sa famille de traĂźtres de la Nation, hĂ©ritiers des « crocodiles et dĂ©mons » du Maroc quâAbdelilah Benkirane nâa de cesse dâinvoquer pour justifier les Ă©checs de son gouvernement et son incapacitĂ© Ă mener des rĂ©formes.
Au commencement est « Al Maassoul », le cĂ©lĂšbre ouvrage de Mokhtar Soussi et quatre lignes sur la bataille de Sidi Bouathmane dans les Râhamna et Ă laquelle a pris part, sur ordre du Sultan de lâĂ©poque, CaĂŻd Layadi. Le cours de ce jour-lĂ est consacrĂ© Ă ce point dâhistoire. Le professeur dâhistoire du lycĂ©e Houmane El Fatouaki, Ă Inezgane se sent alors investi dâune mission, celle de réécrire une histoire compliquĂ©e du Maroc avant lâindĂ©pendance. Dans sa classe, il se fait fort de revisiter lâhistoire du protectorat et de la rĂ©sistance, au dĂ©tour de quatre lignes sorties de leur contexte et de la perspective historique. On nâest pas loin du rĂ©visionnisme Ă la mode de chez nous. Lâenseignant le sait : parmi ses Ă©lĂšves, il compte lâarriĂšre petit-fils du CaĂŻd Layadi. Une aubaine pour faire un procĂšs en sorcellerie et Ă©riger un bĂ»cher pour ce quâil considĂšre probablement ĂȘtre comme lâhĂ©ritier de ces « traĂźtres » quâil dĂ©nonce dans sa classe. « Les Layadi sont des traĂźtres et des voleurs. Ils ont pillĂ© le Maroc. Ils ont des hectares et des hectares de terres quâils ont spoliĂ©es. Dâailleurs, cette famille continue de sĂ©vir jusquâĂ aujourdâhui. Ce sont les fameux crocodiles et dĂ©mons. La petite-fille du CaĂŻd Layadi est dĂ©putĂ©e du PAM », martĂšle le professeur dans ce qui nâest plus un cours dâhistoire pour de jeunes adolescents se prĂ©parant au baccalaurĂ©at mais un rĂ©quisitoire contre une famille et un parti de lâopposition.
Le jeune Hamza, lâarriĂšre petit-fils du Caid Layadi, tente dâarrĂȘter le massacre et de faire taire ce professeur visiblement en campagne. Devant ses camarades, il dit quâil nâest pas question de mettre en cause de la sorte sa tante, Fatiha Layadi, puisque câest elle dont il sâagit et aprĂšs que son arriĂšre grand-pĂšre eut Ă©tĂ©, quelques minutes auparavant, gravement incriminĂ©. Le professeur ne lâentend pas de cette oreille. Peu lui importent les liens de famille de son Ă©lĂšve ou les accusations diffamatoires quâil a profĂ©rĂ©es : ces vĂ©ritĂ©s doivent ĂȘtre dites.
La famille de Hamza a bien sĂ»r vivement rĂ©agi. Son pĂšre a pris contact avec le directeur de cet Ă©tablissement scolaire. Son fils, adolescent, a Ă©tĂ© gravement exposĂ© Ă des rĂšglements de comptes propres Ă un professeur, qui, on le saura plus tard, est proche du PJD, le parti du chef du gouvernement. « Comment pourra-t-il affronter le regard de ses camarades aprĂšs toutes ces accusations lourdes qui ont Ă©tĂ© portĂ©es contre son arriĂšre-grand-pĂšre et sa tante et ce par un professeur, en plein cours dâhistoire ? Cette histoire laissera-t-elle des sĂ©quelles traumatisantes sur mon fils ?», a en substance demandĂ© le pĂšre au directeur du lycĂ©e Houmane El Fatouaki.
Fatiha Layadi, la dĂ©putĂ©e et tante de Hamza a, elle, informĂ© le ministre de lâEducation nationale de ce cet incident dâune extrĂȘme gravitĂ©. « Jâaurai pu aller devant les tribunaux comme nâimporte quelle citoyenne qui aurait Ă©tĂ© diffamĂ©e. Ce professeur peut avoir les opinions politiques de son choix mais quâil les laisse Ă la porte de sa classe», a-t-elle dĂ©clarĂ© à « LibĂ©ration ».
Mohamed El Ouafa a bien dĂ©pĂȘchĂ© une inspection Ă cet Ă©tablissement scolaire. Son rapport nâa pas encore Ă©tĂ© rendu public. Le professeur dâhistoire en question, lui, persiste et signe en organisant, mercredi, un sit-in devant le lycĂ©e et en faisant circuler une pĂ©tition de solidaritĂ©. Une maniĂšre de revendiquer son droit de diffamer et dâinsulter.
Pour lâheure, personne ne sâest souciĂ© du ressenti dâun Ă©lĂšve de 15 ans, en pleine adolescence, et dont la famille a Ă©tĂ© prise pour cible par un professeur qui mĂȘle allĂšgrement histoire, politique et rĂšglements de comptes. Au sein du lycĂ©e Houmane El Fatouaki, personne de lâĂ©quipe pĂ©dagogique, nâa non plus exprimĂ© sa solidaritĂ© avec Hamza. En ces temps de populisme oĂč accusations, diffamations et insultes sont la seule perspective « politique », il est vrai quâil est plus facile de tirer sur les crocodiles et les dĂ©mons plutĂŽt que de soutenir un Ă©lĂšve qui a le tort âaux yeux de son prof dâhistoire- dâĂȘtre lâarriĂšre petit-fils du CaĂŻd Layadi et le neveu de Fatiha Layadi.
Noticias 24 May 2013 4 min read
A Inezgane, les rÚglements de comptes PJD vs PAM font école

