La ville des alizĂ©s qui a misĂ© sur le tourisme comme locomotive de son processus de dĂ©senclavement et de relance Ă©conomique, commence Ă ressentir lâimpact de la crise Ă©conomique dans la zone euro. Bon nombre dâopĂ©rateurs ont mis la clĂ© sous le paillasson suite Ă une saison ratĂ©e et Ă une conjoncture difficile. Ce marasme nâa pas inspirĂ© les dĂ©cideurs qui sont censĂ©s prendre des mesures pour venir Ă la rescousse de ce secteur important de lâĂ©conomie marocaine.
Certes, Essaouira a toujours Ă©tĂ© une zone de transit pour les touristes dont le taux de sĂ©jour ne dĂ©passe pas 2 Ă 3 nuitĂ©es. Elle a ainsi toujours dĂ©pendu des destinations Ă©mettrices, Marrakech principalement, qui subissent Ă leur tour les retombĂ©es de la crise Ă©conomique, mais ses problĂšmes ne se limitent pas Ă lâaspect conjoncturel, puisquâelle est appelĂ©e, plus que jamais, Ă lutter contre le tourisme informel qui ne cesse de prendre de lâampleur au centre-ville et les environs.
« On est soumis Ă des contrĂŽles trĂšs rigides de qualitĂ© et de sĂ©curitĂ© ; on paye nos impĂŽts dâune maniĂšre rĂ©guliĂšre ; on assure des charges mensuelles comme on subit les retombĂ©es de la conjoncture qui nâest pas du tout bonne. Tout ce que nous demandons en retour, câest que nos intĂ©rĂȘts ainsi que ceux des centaines dâemployĂ©s et de fournisseurs soient protĂ©gĂ©s. Les services compĂ©tents ne font rien pour lutter contre le tourisme informel qui se propage dâune maniĂšre alarmante Ă Essaouira. Ici, on est si tolĂ©rant avec ceux qui opĂšrent clandestinement Ă tel point quâon leur accorde ce quâon refuse Ă ceux qui travaillent dâune maniĂšre lĂ©gale», sâindignent plusieurs opĂ©rateurs touristiques lors dâune rencontre avec « LibĂ© ».
Effectivement, et comme nous lâavons soulevĂ© Ă plusieurs reprises, Essaouira est devenue lâeldorado du tourisme informel. Plusieurs dizaines de riads et maisons dâhĂŽtes ont Ă©tĂ© achetĂ©s, amĂ©nagĂ©s et gĂ©rĂ©s clandestinement par des acquĂ©reurs qui se contentent seulement dâorganiser lâarrivĂ©e et le dĂ©part de leurs clients qui payent leurs sĂ©jours en devises sur des comptes Ă lâĂ©tranger. Dans les maisons dâhĂŽtes en question, vous trouverez seulement une femme de mĂ©nage qui sâoccupe de lâaccueil et du confort des clients en toute discrĂ©tion !
Au cĆur de lâancienne mĂ©dina, on est confrontĂ©s Ă une activitĂ© qui rapporte beaucoup Ă cette catĂ©gorie dâinvestisseurs qui exploitent lâespace, lâhistoire, lâenvironnement, les infrastructures et les services de base sans rien payer en retour Ă la ville et Ă lâEtat.
«Il y a une grande complicitĂ© entre certains responsables et ces investisseurs qui usent de viles mĂ©thodes pour faire tourner leurs affaires. On ne peut pas cacher le soleil avec le petit doigt, il y a des gens corrompus qui tolĂšrent et ferment les yeux sur les violations des lois au quotidien», affirme le propriĂ©taire dâun hĂŽtel Ă lâancienne mĂ©dina.
Malheureusement, il nây a pas que lâinformel gĂ©rĂ© sans autorisation, il y a aussi des Ă©tablissements autorisĂ©s, mais qui se permettent dâajouter certaines activitĂ©s illĂ©gales.
De simples restaurants transformĂ©s en dancings, des bars ouverts sans autorisation depuis plusieurs annĂ©es au cĆur mĂȘme des quartiers populaires, entre autres. Bref, quand on tolĂšre lâinformel, on a les rĂ©glo qui basculent dans le clandestin !
La question des impĂŽts se trouve aujourdâhui au cĆur de cette problĂ©matique, car lâEtat y perd Ă©normĂ©ment au niveau local et national, sans oublier bien sĂ»r son impact sur le climat des affaires et du commerce.
De ce fait, les autoritĂ©s locales et les Ă©lus ainsi que le ministĂšre de tutelle doivent agir Ă mĂȘme de juguler cette hĂ©morragie qui risque de ruiner tous les efforts dĂ©ployĂ©s depuis plusieurs annĂ©es Ă Essaouira qui sâest toujours efforcĂ©e de prĂ©server ses merveilles naturelles, culturelles et urbanistiques.
Nieuws 10 May 2012 4 min read
Beaucoup dâopĂ©rateurs ont fait les frais de la crise : Le tourisme informel bat son plein

