Le 28 avril dernier, au sein de la salle dâaudience Ă©clairĂ©e du Palais Royal, SM le Roi recevait les Chefs de diplomatie des trois pays de lâAlliance des Etats du Sahel. Le Souverain nâaccorde que rarement des audiences aux ministres Ă©trangers. La diplomatie Royale ne se met en branle que lorsquâil y a quelque chose de concret. Lâenjeu est de taille. Cette rĂ©union est le couronnement dâun long parcours de rapprochement avec ces trois pays si importants pour le Royaume dans un Ă©chiquier rĂ©gional en pleine reconfiguration.
Depuis lâaudience Royale, les analyses fusent de toutes parts pour tenter dâĂ©lucider le mystĂšre de cette symbiose entre Rabat et les trois mousquetaires du Sahel. «Les politiques, câest comme les rĂ©coltes, il leur faut leur temps», disait feu Hassan II Ă un journaliste français au dĂ©but des annĂ©es 90. Une maxime que le Royaume applique Ă la lettre avec ses partenaires sahĂ©liens qui lui font confiance. On sâen est aperçu lors de lâĂ©pisode des otages français que le rĂ©gime burkinabĂš a libĂ©rĂ©s, en dĂ©cembre dernier, grĂące Ă lâentremise du Souverain.
Ce rapprochement est le fruit dâune vingtaine dâannĂ©es de dialogue et de partenariat et sâest mĂȘme raffermi davantage aprĂšs lâarrivĂ©e des nouveaux rĂ©gimes militaires en 2021 sur fond dâune convergence de vues sur lâavenir de la rĂ©gion. En pleine transition, les pays du Sahel sont en quĂȘte de nouveaux partenaires aprĂšs avoir consommĂ© dĂ©finitivement leur divorce avec la France et rompu Ă la fois avec lâAlgĂ©rie et la CEDEAO.
De Bamako Ă Niamey, en passant par Ouagadougou, le Maroc trouve grĂące aux yeux des jeunes militaires au pouvoir. Le Royaume fait figure de partenaire crĂ©dible, digne de confiance qui leur propose des perspectives prometteuses. LâaccĂšs Ă lâAtlantique en est le parfait exemple. Les trois pays convoitent ce fameux corridor maritime qui servira Ă la fois de moyen de dĂ©senclavement et de dĂ©bouchĂ© commercial. âIl ne sâagit ni dâun rapprochement de circonstance ni dâune alliance durable, mais dâune initiative inclusive qui, dans une vision stratĂ©gique Ă moyen et long termes, est articulĂ©e autour de lâintĂ©gration rĂ©gionale et du dĂ©veloppement partagĂ©â, explique Abdessalam SaĂąd Jaldi, spĂ©cialiste des Relations internationales au Policy Center for the New South, rappelant que le plan Royal vise Ă transformer la façade atlantique africaine en un espace de prospĂ©ritĂ© collective, en donnant aux pays sahĂ©liens enclavĂ©s un accĂšs Ă lâĂ©conomie mondiale via les ports de Dakhla, Tanger Med et Casablanca.
âContrairement aux alliances conjoncturelles ou Ă visĂ©e gĂ©opolitique, cette initiative promeut une coopĂ©ration mutuellement bĂ©nĂ©fique oĂč chaque acteur trouve un intĂ©rĂȘt concret, sans hiĂ©rarchie ni dominationâ, poursuit notre interlocuteur. Selon lui, cette entente cordiale a vocation de stabiliser la rĂ©gion, minĂ©e par des annĂ©es dâinstabilitĂ© chronique et la succession infinie des mutineries.
Cette symbiose nâest pas fortuite. Câest le fruit dâune politique mĂ»rement rĂ©flĂ©chie et, surtout, d'une perception pragmatique de la mutation de lâAfrique. Le Royaume a pertinemment compris que les pays du Sahel cherchent des alliĂ©s, des partenaires et non des tuteurs. AprĂšs avoir chassĂ© les Français et tournĂ© rĂ©solument la page des tutelles Ă©trangĂšres, les trois pays aspirent plus que jamais Ă ĂȘtre traitĂ©s en pays souverains.
Ils ont Ă©galement apprĂ©ciĂ© lâattitude du Royaume, qui sâest tenu Ă lâĂ©cart des postures moralisatrices aprĂšs les changements de rĂ©gime, par respect Ă leur souverainetĂ©. Le Maroc, Ă lâinverse de lâEurope et des pays encore prisonniers dâune vision archaĂŻque de lâAfrique, a su parler aux Etats sahĂ©liens et reconnaĂźtre leur soif dâĂȘtre traitĂ©s dâĂ©gal Ă Ă©gal. Le contraire de ce que fait lâAlgĂ©rie, qui sâest fait Ă©jecter de la rĂ©gion justement parce quâelle se comportait comme en territoire conquis. Les gĂ©nĂ©raux Ă Alger ont de tout temps cru que câĂ©tait leur âback yardâ, un jugement qui leur a finalement coĂ»tĂ© cher.
Pourtant, certains analystes Ă©trangers ne peuvent sâempĂȘcher de faire un lien avec lâAlgĂ©rie, contre laquelle serait dirigĂ©e cette alliance en pleine gestation. La tentation est si forte ! DĂšs quâil sâagit du Sahel, on ne peut, hĂ©las, plus raisonner au-delĂ de la rivalitĂ© maroco-algĂ©rienne comme si ce rapprochement nâa dâautre dessein que dâisoler lâAlgĂ©rie. Alors quâelle lâest dĂ©jĂ .
Le rĂ©gime algĂ©rien sâest isolĂ© lui-mĂȘme en se fĂąchant bĂȘtement avec les trois pays avec qui le contact est rompu depuis le rappel des ambassadeurs suite Ă lâincident du drone malien abattu, en avril dernier, par lâArmĂ©e algĂ©rienne prĂšs de la frontiĂšre.
Ce ne fut que la goutte qui a dĂ©bordĂ© le vase pour Bamako qui se plaignait depuis longtemps de lâingĂ©rence de lâAlgĂ©rie, accusĂ©e de complicitĂ© avec les sĂ©paratistes touaregs. Par solidaritĂ©, Niamey et Ouagadougou ont coupĂ© les liens. Alger erre dans son propre voisinage.
Les AlgĂ©riens subissent donc le mĂȘme sort que les Français qui, chose Ă©trange, se sont vus reprocher la mĂȘme attitude âpaternalisteâ que les pays africains rĂ©vulsent plus que jamais. Le rĂ©gime algĂ©rien considĂ©rait le Sahel comme une chasse gardĂ©e. Câest pour cela quâil sâest fait chasser. Le Maroc nây est pour rien.
âLe Maroc nâa pas conçu lâinitiative atlantique dans le but dâisoler lâAlgĂ©rie au Sahelâ, tranche Abdesslam SaĂąd Jaldi. âLe problĂšme dâAlger rĂ©side dans le fait quâil ne dispose pas des moyens nĂ©cessaires pour concrĂ©tiser ses ambitions Ă©conomiques au Sahel et en Afrique subsaharienneâ, souligne lâexpert, qui pense que les principaux projets africains portĂ©s par Alger, notamment les zones franches et le gazoduc avec le Nigeria, manquent de vision stratĂ©gique.
LâĂ©chec de la stratĂ©gie algĂ©rienne a Ă©chouĂ© parce quâelle nâavait dâautre but que de contrecarrer le Maroc. Selon M. Jaldi, lâAlgĂ©rie nâa pas les moyens de ses ambitions. Son gazoduc transsaharien est freinĂ© par des faiblesses structurelles puisquâil vise principalement Ă approvisionner lâEurope, alors que le gazoduc Maroc-Nigeria ambitionne d'intĂ©grer tous les pays dâAfrique de lâOuest.
Aussi, poursuit M. Jaldi, lâĂ©conomie algĂ©rienne est si centralisĂ©e quâelle rend quasiment impossible l'implantation des entrepreneurs algĂ©riens hors de leur territoire. âDâautre part, les entreprises algĂ©riennes qui souhaitent sâimplanter Ă lâĂ©tranger doivent dâabord obtenir lâaccord de la Banque dâAlgĂ©rie, dĂ©tentrice exclusive des devises entrant dans le pays. Or, cet assentiment est rarement accordĂ©, la Banque centrale nâautorisant les sorties de devises que pour financer des importations jugĂ©es indispensablesâ, poursuit notre interlocuteur.
Le Maroc joue pleinement la carte de son soft power, dâautant plus quâil reste un investisseur majeur dans les trois pays du Sahel dans les secteurs de la banque, la tĂ©lĂ©communication, le BTP, les engrais, lâagroalimentaire et lâĂ©nergie. Avec 800 millions de dollars, le Royaume demeure le premier investisseur africain en Afrique subsaharienne, notamment Ă lâOuest. RĂ©sultat d'une diplomatie Ă©conomique dĂ©ployĂ©e discrĂštement depuis plus de 25 ans.
Depuis lâaudience Royale, les analyses fusent de toutes parts pour tenter dâĂ©lucider le mystĂšre de cette symbiose entre Rabat et les trois mousquetaires du Sahel. «Les politiques, câest comme les rĂ©coltes, il leur faut leur temps», disait feu Hassan II Ă un journaliste français au dĂ©but des annĂ©es 90. Une maxime que le Royaume applique Ă la lettre avec ses partenaires sahĂ©liens qui lui font confiance. On sâen est aperçu lors de lâĂ©pisode des otages français que le rĂ©gime burkinabĂš a libĂ©rĂ©s, en dĂ©cembre dernier, grĂące Ă lâentremise du Souverain.
Ce rapprochement est le fruit dâune vingtaine dâannĂ©es de dialogue et de partenariat et sâest mĂȘme raffermi davantage aprĂšs lâarrivĂ©e des nouveaux rĂ©gimes militaires en 2021 sur fond dâune convergence de vues sur lâavenir de la rĂ©gion. En pleine transition, les pays du Sahel sont en quĂȘte de nouveaux partenaires aprĂšs avoir consommĂ© dĂ©finitivement leur divorce avec la France et rompu Ă la fois avec lâAlgĂ©rie et la CEDEAO.
De Bamako Ă Niamey, en passant par Ouagadougou, le Maroc trouve grĂące aux yeux des jeunes militaires au pouvoir. Le Royaume fait figure de partenaire crĂ©dible, digne de confiance qui leur propose des perspectives prometteuses. LâaccĂšs Ă lâAtlantique en est le parfait exemple. Les trois pays convoitent ce fameux corridor maritime qui servira Ă la fois de moyen de dĂ©senclavement et de dĂ©bouchĂ© commercial. âIl ne sâagit ni dâun rapprochement de circonstance ni dâune alliance durable, mais dâune initiative inclusive qui, dans une vision stratĂ©gique Ă moyen et long termes, est articulĂ©e autour de lâintĂ©gration rĂ©gionale et du dĂ©veloppement partagĂ©â, explique Abdessalam SaĂąd Jaldi, spĂ©cialiste des Relations internationales au Policy Center for the New South, rappelant que le plan Royal vise Ă transformer la façade atlantique africaine en un espace de prospĂ©ritĂ© collective, en donnant aux pays sahĂ©liens enclavĂ©s un accĂšs Ă lâĂ©conomie mondiale via les ports de Dakhla, Tanger Med et Casablanca.
âContrairement aux alliances conjoncturelles ou Ă visĂ©e gĂ©opolitique, cette initiative promeut une coopĂ©ration mutuellement bĂ©nĂ©fique oĂč chaque acteur trouve un intĂ©rĂȘt concret, sans hiĂ©rarchie ni dominationâ, poursuit notre interlocuteur. Selon lui, cette entente cordiale a vocation de stabiliser la rĂ©gion, minĂ©e par des annĂ©es dâinstabilitĂ© chronique et la succession infinie des mutineries.
Cette symbiose nâest pas fortuite. Câest le fruit dâune politique mĂ»rement rĂ©flĂ©chie et, surtout, d'une perception pragmatique de la mutation de lâAfrique. Le Royaume a pertinemment compris que les pays du Sahel cherchent des alliĂ©s, des partenaires et non des tuteurs. AprĂšs avoir chassĂ© les Français et tournĂ© rĂ©solument la page des tutelles Ă©trangĂšres, les trois pays aspirent plus que jamais Ă ĂȘtre traitĂ©s en pays souverains.
Ils ont Ă©galement apprĂ©ciĂ© lâattitude du Royaume, qui sâest tenu Ă lâĂ©cart des postures moralisatrices aprĂšs les changements de rĂ©gime, par respect Ă leur souverainetĂ©. Le Maroc, Ă lâinverse de lâEurope et des pays encore prisonniers dâune vision archaĂŻque de lâAfrique, a su parler aux Etats sahĂ©liens et reconnaĂźtre leur soif dâĂȘtre traitĂ©s dâĂ©gal Ă Ă©gal. Le contraire de ce que fait lâAlgĂ©rie, qui sâest fait Ă©jecter de la rĂ©gion justement parce quâelle se comportait comme en territoire conquis. Les gĂ©nĂ©raux Ă Alger ont de tout temps cru que câĂ©tait leur âback yardâ, un jugement qui leur a finalement coĂ»tĂ© cher.
Pourtant, certains analystes Ă©trangers ne peuvent sâempĂȘcher de faire un lien avec lâAlgĂ©rie, contre laquelle serait dirigĂ©e cette alliance en pleine gestation. La tentation est si forte ! DĂšs quâil sâagit du Sahel, on ne peut, hĂ©las, plus raisonner au-delĂ de la rivalitĂ© maroco-algĂ©rienne comme si ce rapprochement nâa dâautre dessein que dâisoler lâAlgĂ©rie. Alors quâelle lâest dĂ©jĂ .
Le rĂ©gime algĂ©rien sâest isolĂ© lui-mĂȘme en se fĂąchant bĂȘtement avec les trois pays avec qui le contact est rompu depuis le rappel des ambassadeurs suite Ă lâincident du drone malien abattu, en avril dernier, par lâArmĂ©e algĂ©rienne prĂšs de la frontiĂšre.
Ce ne fut que la goutte qui a dĂ©bordĂ© le vase pour Bamako qui se plaignait depuis longtemps de lâingĂ©rence de lâAlgĂ©rie, accusĂ©e de complicitĂ© avec les sĂ©paratistes touaregs. Par solidaritĂ©, Niamey et Ouagadougou ont coupĂ© les liens. Alger erre dans son propre voisinage.
Les AlgĂ©riens subissent donc le mĂȘme sort que les Français qui, chose Ă©trange, se sont vus reprocher la mĂȘme attitude âpaternalisteâ que les pays africains rĂ©vulsent plus que jamais. Le rĂ©gime algĂ©rien considĂ©rait le Sahel comme une chasse gardĂ©e. Câest pour cela quâil sâest fait chasser. Le Maroc nây est pour rien.
âLe Maroc nâa pas conçu lâinitiative atlantique dans le but dâisoler lâAlgĂ©rie au Sahelâ, tranche Abdesslam SaĂąd Jaldi. âLe problĂšme dâAlger rĂ©side dans le fait quâil ne dispose pas des moyens nĂ©cessaires pour concrĂ©tiser ses ambitions Ă©conomiques au Sahel et en Afrique subsaharienneâ, souligne lâexpert, qui pense que les principaux projets africains portĂ©s par Alger, notamment les zones franches et le gazoduc avec le Nigeria, manquent de vision stratĂ©gique.
LâĂ©chec de la stratĂ©gie algĂ©rienne a Ă©chouĂ© parce quâelle nâavait dâautre but que de contrecarrer le Maroc. Selon M. Jaldi, lâAlgĂ©rie nâa pas les moyens de ses ambitions. Son gazoduc transsaharien est freinĂ© par des faiblesses structurelles puisquâil vise principalement Ă approvisionner lâEurope, alors que le gazoduc Maroc-Nigeria ambitionne d'intĂ©grer tous les pays dâAfrique de lâOuest.
Aussi, poursuit M. Jaldi, lâĂ©conomie algĂ©rienne est si centralisĂ©e quâelle rend quasiment impossible l'implantation des entrepreneurs algĂ©riens hors de leur territoire. âDâautre part, les entreprises algĂ©riennes qui souhaitent sâimplanter Ă lâĂ©tranger doivent dâabord obtenir lâaccord de la Banque dâAlgĂ©rie, dĂ©tentrice exclusive des devises entrant dans le pays. Or, cet assentiment est rarement accordĂ©, la Banque centrale nâautorisant les sorties de devises que pour financer des importations jugĂ©es indispensablesâ, poursuit notre interlocuteur.
Le Maroc joue pleinement la carte de son soft power, dâautant plus quâil reste un investisseur majeur dans les trois pays du Sahel dans les secteurs de la banque, la tĂ©lĂ©communication, le BTP, les engrais, lâagroalimentaire et lâĂ©nergie. Avec 800 millions de dollars, le Royaume demeure le premier investisseur africain en Afrique subsaharienne, notamment Ă lâOuest. RĂ©sultat d'une diplomatie Ă©conomique dĂ©ployĂ©e discrĂštement depuis plus de 25 ans.
Trois questions Ă Abdesslam SaĂąd Jaldi : âLes liens des pays du Sahel avec le Maroc ne sont ni nouveaux ni circonstancielsâ
- Quels sont les principaux facteurs qui ont contribué à ce rapprochement entre le Maroc et ses partenaires du Sahel ?
Si les Ă©conomies sahĂ©liennes subissent aujourdâhui dâimportantes pressions conjoncturelles, Ă lâinstar de la dĂ©gradation des relations algĂ©ro-sahĂ©liennes ou de lâambiguĂŻtĂ© des rapports entre la CEDEAO et lâAES, ces dynamiques ne doivent pas faire oublier quâil y a des liens structurels profonds entre le Maroc et les pays du Sahel. Ces relations ne sont ni nouvelles ni circonstancielles : elles sâinscrivent dans une longue Histoire. Il y a trois dimensions Ă retenir. Dâabord, la prĂ©sence ancienne et toujours active de communautĂ©s marocaines dans plusieurs pays sahĂ©liens. Ensuite, la connectivitĂ© aĂ©rienne croissante entre le Maroc et lâAfrique de lâOuest, notamment grĂące Ă la Royal Air Maroc, traduit une volontĂ© dâancrage dans cette rĂ©gion. Enfin, il y a les rĂ©seaux religieux, notamment ceux issus du soufisme et de la tradition malĂ©kite, largement diffusĂ©s au Sahel Ă partir du Maroc, continuent dâexercer une influence significative. N'oublions pas aussi que le Maroc reste le premier investisseur africain en Afrique de lâOuest et le deuxiĂšme Ă lâĂ©chelle continentale. Cette prĂ©sence Ă©conomique qui a pour acteurs les agences d'investissement, la Fondation Mohammed VI et les opĂ©rateurs logistiques publics, sâappuie sur une vision Ă©conomique cohĂ©rente et proactive, qui dĂ©passe les simples intĂ©rĂȘts commerciaux pour intĂ©grer des enjeux de sĂ©curitĂ© et de co-dĂ©veloppement.
- Quelles seraient les implications de ce rapprochement dans la région ?
LâInitiative atlantique marocaine constitue une dynamique porteuse de transformations profondes pour la rĂ©gion, en ouvrant la voie Ă lâintĂ©gration Ă©conomique. Elle se manifeste notamment par une volontĂ© de stabilisation de la rĂ©gion sahĂ©lienne, aujourdâhui dĂ©stabilisĂ©e par des insurrections djihadistes qui redĂ©finissent les Ă©quilibres gĂ©opolitiques.
- La crise des relations algéro-nigériennes risque-t-elle de compromettre le projet du gazoduc transsaharien ?
Le Niger nâa pas renoncĂ© au projet du gazoduc transsaharien. Si le Maroc sâest engagĂ© dans une politique sahĂ©lienne pragmatique et multiforme, les relations entre le Niger et lâAlgĂ©rie, tout comme celles entre lâAlgĂ©rie et le Mali, restent marquĂ©es par une alternance de convergence stratĂ©gique et de mĂ©fiance rĂ©ciproque. Cette dynamique se reflĂšte dans les relations bilatĂ©rales entre Alger et Niamey, qui, malgrĂ© des tensions, ont connu un renforcement notable en 2025, notamment dans le domaine des hydrocarbures. Parmi les projets structurants, figure la construction dâune raffinerie et dâun complexe pĂ©trochimique Ă Dosso, impliquant directement la Sonatrach. Lâentreprise algĂ©rienne a Ă©galement Ă©largi ses investissements dans le champ pĂ©trolier de Kafra, avec pour objectif de stimuler la production nationale nigĂ©rienne et de favoriser la diversification Ă©conomique. Toutefois, cette coopĂ©ration Ă©conomique soutenue nâefface pas les tensions rĂ©currentes, en particulier autour des expulsions dâexilĂ©s subsahariens depuis lâAlgĂ©rie vers Assamaka.
Algérie : La descente aux enfers
Imbue de sa puissance imaginaire, lâAlgĂ©rie a toujours considĂ©rĂ© le Sahel comme une zone dâinfluence. Elle sâest auto-proclamĂ©e gendarme de la rĂ©gion et sâest attribuĂ© un droit de regard sur les conflits internes. Une prĂ©tention qui a vite tournĂ© au fiasco, surtout au Mali oĂč le nouveau rĂ©gime dâAssimi GoĂŻta a coupĂ© les liens avec Alger. Les tensions ont surgi dĂšs 2021 lorsque Bamako sâest lassĂ© du double jeu des AlgĂ©riens qui soutiennent les indĂ©pendantistes touaregs, ce qui leur fait perdre toute crĂ©dibilitĂ© en tant que mĂ©diateur entre le rĂ©gime et les rebelles. Cela a valu aux AlgĂ©riens dâĂȘtre Ă©jectĂ©s de lâaccord de 2015 dont ils Ă©taient, au dĂ©part, les garants. CâĂ©tait une premiĂšre claque pour le prĂ©sident Tebboune, qui sâenorgueillissait dâĂȘtre le garant de la paix au Mali. âAucune solution nâest envisageable sans nous au Maliâ, disait-il Ă ses mĂ©dias Ă lâĂ©poque. AccusĂ©e dâingĂ©rence et de soutien au sĂ©paratisme, lâAlgĂ©rie a reçu un second revers quand la Russie, son alliĂ© traditionnel, dĂ©ployait des milices Wagner au Mali. Alger assistait impuissant au fait accompli, en se contentant de maugrĂ©er de temps Ă autre. Le coup de grĂące est tombĂ© en avril 2024. LâArmĂ©e algĂ©rienne abat, le 1er avril, un «drone de reconnaissance armé» Ă proximitĂ© de Tin Zaouatine. Le Mali rĂ©agit sĂ©vĂšrement en dĂ©nonçant un acte dâagression, puisque, selon sa version des faits, le drone a Ă©tĂ© abattu dans son espace aĂ©rien. Le divorce est consommĂ©. Le Mali et ses alliĂ©s ont retirĂ© leurs ambassadeurs dâAlger. AcculĂ©, le rĂ©gime algĂ©rien rĂ©agit par rĂ©ciprocitĂ©. Câest lâisolement.
