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Noticias 25 May 2026 9 min de lectura

Hassan Edman: «Le modĂšle n’est pas viable «en soi» aujourd’hui; il le deviendra grĂące Ă  des partenariats stratĂ©giques»

Hassan Edman: «Le modĂšle n’est pas viable «en soi» aujourd’hui; il le deviendra grĂące Ă  des partenariats stratĂ©giques»

Alors que le Maroc accĂ©lĂšre ses ambitions dans l’hydrogĂšne vert et les Ă©nergies renouvelables, les interrogations restent nombreuses sur la viabilitĂ© Ă©conomique, les retombĂ©es industrielles et les enjeux de souverainetĂ© Ă©nergĂ©tique liĂ©s Ă  cette filiĂšre stratĂ©gique. Pour Hassan Edman, professeur d’économie et de gestion Ă  la FacultĂ© des sciences juridiques, Ă©conomiques et sociales d’Agadir, le Royaume dispose d’atouts naturels et gĂ©ographiques majeurs pour se positionner dans cette course mondiale, mais le vĂ©ritable dĂ©fi rĂ©side dĂ©sormais dans la compĂ©titivitĂ© des coĂ»ts, la gestion durable de l’eau et la capacitĂ© Ă  bĂątir un Ă©cosystĂšme industriel intĂ©grĂ© capable de transformer le potentiel Ă©nergĂ©tique en crĂ©ation de valeur locale.

Challenge : Le Maroc multiplie les annonces autour de l’hydrogĂšne vert et des Ă©nergies renouvelables. Selon vous, le Royaume dispose-t-il rĂ©ellement des conditions Ă©conomiques et industrielles pour devenir un acteur majeur de cette filiĂšre Ă  l’échelle internationale ?

Hassan Edman : La politique Ă©conomique du Maroc repose sur une logique bien dĂ©finie : diversifier les sources d’énergie, et notamment le mix Ă©lectrique, pour deux raisons fondamentales. D’un cĂŽtĂ©, rĂ©duire la dĂ©pendance de l’économie marocaine aux producteurs internationaux et aux variations de prix qui en dĂ©coulent. De l’autre, allĂ©ger l’empreinte environnementale du secteur Ă©nergĂ©tique en misant sur des sources propres et durables, notamment le solaire, l’éolien et, plus rĂ©cemment, l’hydrogĂšne vert.

Pour atteindre ces objectifs, le Maroc dispose d’atouts concrets qui en font un acteur de premier plan. Le plus dĂ©cisif est d’ordre naturel : un potentiel exceptionnel en Ă©nergies solaire et Ă©olienne, parmi les meilleurs au monde, qui garantit un coĂ»t de production de l’électricitĂ© renouvelable trĂšs compĂ©titif. À cela s’ajoute une position gĂ©ographique stratĂ©gique, aux portes d’une Europe dont la demande Ă©nergĂ©tique future sera considĂ©rable.

Pourtant, le passage du potentiel Ă  la rĂ©alitĂ© industrielle bute sur un obstacle de taille, avant tout Ă©conomique : le coĂ»t. Pour un industriel marocain, le calcul reste simple aujourd’hui : l’énergie fossile est moins chĂšre et plus accessible. Le surcoĂ»t de l’hydrogĂšne vert et des Ă©nergies renouvelables reprĂ©sente une charge qu’il n’est pas prĂȘt Ă  absorber sans incitation forte, au risque de pĂ©naliser directement sa compĂ©titivitĂ© Ă  court terme. Ce coĂ»t Ă©levĂ© est, par ailleurs, Ă©troitement liĂ© Ă  l’état de la base industrielle nationale qui, bien que dynamique, doit encore monter en gamme pour produire localement les composants technologiques clĂ©s, aujourd’hui majoritairement importĂ©s.

C’est lĂ  qu’un instrument comme la taxe carbone, Ă©voquĂ©e dans le cadre de la loi de finances 2025 avant d’ĂȘtre reportĂ©e, prend tout son sens. En pĂ©nalisant financiĂšrement les Ă©missions polluantes, elle modifierait en profondeur l’analyse coĂ»t/bĂ©nĂ©fice des industriels. L’énergie fossile deviendrait plus onĂ©reuse, rendant l’alternative verte Ă©conomiquement plus rationnelle sur le long terme, mĂȘme avec un coĂ»t initial plus Ă©levĂ©. Cette taxe ne serait pas qu’une contrainte : elle constituerait un signal fort envoyĂ© au marchĂ©, capable de gĂ©nĂ©rer la demande interne nĂ©cessaire pour justifier des investissements massifs dans un Ă©cosystĂšme industriel et de compĂ©tences intĂ©grĂ©, bien au-delĂ  de la seule production d’énergie destinĂ©e Ă  l’export.

Challenge :Au-delĂ  des effets d’annonce et des partenariats stratĂ©giques, quelles pourraient ĂȘtre les retombĂ©es concrĂštes de l’hydrogĂšne vert sur l’économie marocaine en matiĂšre d’emplois, d’industrialisation et de crĂ©ation de valeur locale ?

H.E. : Les retombĂ©es concrĂštes s’articulent en deux niveaux distincts. Le premier, direct et immĂ©diat, porte sur la crĂ©ation d’emplois lors des phases de construction des parcs solaires et Ă©oliens, des stations d’hydrogĂšne vert, des usines de dessalement et des infrastructures de production, puis sur des postes permanents dĂ©diĂ©s Ă  l’exploitation et Ă  la maintenance. Cette dynamique stimulerait le BTP et les services associĂ©s. La vraie crĂ©ation de valeur locale dĂ©pendra toutefois de la capacitĂ© du Maroc Ă  bĂątir une filiĂšre industrielle nationale capable de fabriquer une partie des Ă©quipements requis, ce qui permettrait de maximiser la captation de valeur, en retenant une part bien plus importante des investissements et des revenus associĂ©s.

Le second niveau, plus stratĂ©gique, repose sur le dĂ©veloppement d’industries en aval utilisant l’hydrogĂšne vert comme matiĂšre premiĂšre. L’exemple le plus Ă©loquent est celui du groupe OCP, qui pourrait recourir Ă  l’ammoniac vert pour dĂ©carboner sa production d’engrais et renforcer sa compĂ©titivitĂ© Ă  l’international. On peut aussi envisager l’émergence d’une sidĂ©rurgie verte ou la production de carburants de synthĂšse (e-fuels) pour l’aviation et le transport maritime. Cette filiĂšre positionne, par ailleurs, le Maroc comme un hub attractif pour les investissements directs Ă©trangers (IDE) cherchant Ă  s’implanter dans la production d’hydrogĂšne vert ou Ă  intĂ©grer cette ressource dĂ©carbonĂ©e dans leurs chaĂźnes de valeur. C’est cette intĂ©gration verticale qui transformera le Maroc d’un simple exportateur d’énergie en un vĂ©ritable pĂŽle industriel vert. Et pourquoi le Maroc ne deviendrait-il pas l’un des grands producteurs d’hydrogĂšne, d’autant que le marchĂ© national et mondial s’annonce prometteur ? Selon les projections, l’hydrogĂšne pourrait couvrir jusqu’à 18 % de la demande Ă©nergĂ©tique mondiale d’ici 2050.

Challenge : Le dĂ©veloppement de cette filiĂšre nĂ©cessite des investissements massifs en infrastructures, en eau et en Ă©nergie. Le modĂšle Ă©conomique de l’hydrogĂšne vert est-il aujourd’hui rĂ©ellement viable pour le Maroc ?

H.E. : Posons d’abord un constat partagĂ© : l’hydrogĂšne vert reste, Ă  ce jour, l’option la plus coĂ»teuse parmi les Ă©nergies renouvelables, avec un prix oscillant entre 3,5 et 6 dollars le kilogramme, contre 1,5 Ă  2,5 dollars pour l’hydrogĂšne gris issu du gaz naturel. La viabilitĂ© du modĂšle Ă©conomique marocain est une Ă©quation complexe, dont le principal atout rĂ©side dans le coĂ»t compĂ©titif de production de l’électricitĂ© renouvelable. GrĂące Ă  un potentiel solaire et Ă©olien exceptionnel, le Royaume peut atteindre un coĂ»t actualisĂ© de l’énergie (LCOE) parmi les plus bas au monde, ce qui rend le coĂ»t de production de l’hydrogĂšne potentiellement trĂšs compĂ©titif. Ce coĂ»t de base est nĂ©anmoins alourdi par des investissements massifs dans les infrastructures de production et de transport. Au-delĂ  de l’électricitĂ©, la question de l’eau constitue un facteur dĂ©terminant, souvent sous-estimĂ©, qui pĂšse lourdement sur la viabilitĂ© globale du projet.

La production d’hydrogĂšne vert par Ă©lectrolyse est, en effet, un processus trĂšs gourmand en eau : produire un kilogramme d’hydrogĂšne nĂ©cessite entre 9 et 10 litres d’eau pure. En intĂ©grant les besoins en refroidissement des installations et en production d’électricitĂ© renouvelable, notamment pour le solaire thermique, la consommation totale peut atteindre des volumes considĂ©rables. Dans un pays oĂč plusieurs rĂ©gions subissent dĂ©jĂ  un stress hydrique sĂ©vĂšre, cette demande massive en eau douce soulĂšve un dĂ©fi environnemental et social majeur. La construction d’usines de dessalement Ă  grande Ă©chelle, bien que nĂ©cessaire, reprĂ©sente un coĂ»t Ă©nergĂ©tique et financier additionnel significatif, remettant en question la compĂ©titivitĂ© et la durabilitĂ© de l’ensemble de la filiĂšre si cette ressource n’est pas gĂ©rĂ©e de façon optimale.

La viabilitĂ© Ă©conomique dĂ©pend aussi de la capacitĂ© Ă  sĂ©curiser des contrats d’achat Ă  long terme avec des partenaires internationaux, notamment europĂ©ens, garantissant un prix de vente stable et rentable. Le modĂšle n’est pas viable «en soi» aujourd’hui ; il le deviendra grĂące Ă  des partenariats stratĂ©giques oĂč l’acheteur s’engage sur des volumes et des prix, offrant la visibilitĂ© nĂ©cessaire pour attirer les financements privĂ©s et publics. Le rĂŽle de l’État est prĂ©cisĂ©ment de crĂ©er ce cadre incitatif et sĂ©curisĂ© pour rendre le modĂšle bancable, tout en intĂ©grant une gestion rigoureuse et innovante de la ressource en eau afin de minimiser l’impact environnemental et garantir l’acceptabilitĂ© sociale de ces projets.

Challenge :Dans quelle mesure l’hydrogĂšne vert peut-il contribuer Ă  renforcer la souverainetĂ© Ă©nergĂ©tique du Maroc et Ă  rĂ©duire sa dĂ©pendance aux importations Ă©nergĂ©tiques ?

H.E. : Une mise en contexte s’impose. La vision 2030 fixe comme objectif de porter la part des Ă©nergies renouvelables dans le mix Ă©lectrique Ă  52 %. Or, en 2025, on n’en est qu’à 27 %, soit 20,7 % pour le solaire, 3,9 % pour l’éolien, 1,9 % pour l’hydraulique, et l’hydrogĂšne vert n’y reprĂ©sente encore qu’une part marginale. C’est, somme toute, logique, puisqu’il se trouve encore en phase de dĂ©ploiement industriel. Sa contribution au renforcement de la souverainetĂ© Ă©nergĂ©tique reste donc prĂ©maturĂ©e, du moins Ă  ce stade.

Sur le long terme, en revanche, l’hydrogĂšne vert peut renforcer cette souverainetĂ© de maniĂšre significative, mĂȘme si c’est de façon indirecte. À court et moyen termes, une grande partie de la production sera destinĂ©e Ă  l’exportation pour rentabiliser les investissements massifs consentis. Une part pourra nĂ©anmoins ĂȘtre mobilisĂ©e localement pour dĂ©carboner des secteurs industriels clĂ©s, comme les phosphates, le ciment et l’acier, rĂ©duisant leur dĂ©pendance aux Ă©nergies fossiles importĂ©es et renforçant leur compĂ©titivitĂ©.

La vĂ©ritable contribution Ă  la souverainetĂ© Ă©nergĂ©tique viendra de l’effet d’entraĂźnement sur le systĂšme Ă©lectrique national, le dĂ©ploiement Ă  grande Ă©chelle des Ă©nergies renouvelables pour alimenter la production d’hydrogĂšne permettant de rĂ©aliser des Ă©conomies d’échelle, de renforcer le rĂ©seau et de dĂ©velopper des solutions de stockage, l’hydrogĂšne lui-mĂȘme Ă©tant une forme de stockage d’énergie. À terme, cet Ă©cosystĂšme robuste pourrait permettre au Maroc de substituer une part croissante de sa consommation d’énergie primaire par de l’électricitĂ© verte, rĂ©duisant structurellement sa facture et sa dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique.

Challenge :Face Ă  la concurrence croissante de plusieurs pays africains et du Moyen-Orient sur ce segment, quels sont selon vous les principaux atouts, mais aussi les risques pour le Maroc dans cette course mondiale Ă  l’énergie verte ?

H.E. : Les atouts sont indĂ©niablement au premier plan. Certes avec des coĂ»ts et parfois des sacrifices, mais des atouts compĂ©titifs et stratĂ©giques sur le long terme. Le premier risque Ă  souligner est celui du lancement, notamment pour les premiers investissements dans des technologies nouvelles et non encore validĂ©es dans le contexte marocain, Ă  l’image des stations Noor de l’énergie solaire et des problĂšmes de rendement, techniques et financiers, qui en ont dĂ©coulĂ©. Un second risque mĂ©rite d’ĂȘtre mentionnĂ© : la gestion de la ressource en eau, enjeu critique qui pourrait devenir un goulot d’étranglement social et Ă©conomique si elle n’est pas pilotĂ©e durablement, notamment via le dessalement.

Du cĂŽtĂ© des atouts, le Maroc bĂ©nĂ©ficie d’une combinaison unique de ressources naturelles de classe mondiale — soleil et vent —, d’une stabilitĂ© politique et d’une proximitĂ© gĂ©ographique avec le marchĂ© europĂ©en. Cette « trinitĂ© » lui confĂšre un avantage compĂ©titif majeur sur de nombreux concurrents. L’expĂ©rience accumulĂ©e dans les grands projets d’infrastructure et la vision stratĂ©gique claire constituent Ă©galement des gages de confiance essentiels pour les investisseurs internationaux. L’ambition ne se limite d’ailleurs pas Ă  devenir un simple producteur : il s’agit de faire du Maroc un vĂ©ritable hub des Ă©nergies vertes, exportant non seulement de l’énergie dĂ©carbonĂ©e, mais aussi l’expertise marocaine en ingĂ©nierie, en gestion de projet et en politique Ă©nergĂ©tique, notamment vers d’autres pays africains.

Este artĂ­culo se reproduce como un extracto. La versiĂłn completa la publica el medio de origen.

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