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Nieuws 23 Sep 2025 7 min leestijd

Collectif Tizintizwa : unis contre l’homogĂ©nĂ©isation culturelle

Collectif Tizintizwa : unis contre l’homogĂ©nĂ©isation culturelle

Actif depuis les annĂ©es 2020, le Collectif Tizintizwa s’inscrit en faux contre une pratique commerciale de l’art et une esthĂ©tique de l’altĂ©ritĂ© en provenance d’Occident. Actuellement en rĂ©sidence au Frac Poitou-Charentes, il dĂ©veloppe un nouveau projet autour de l’effacement des traditions orales reliant l’histoire en Nouvelle-Aquitaine et les projets coloniaux des XIXe et XXe siĂšcles. 

Leur appellation suffit Ă  Ă©clairer une dĂ©marche parmi les plus radicales du moment. Incarnant un toponyme fictif, leur nom Tizintizwa est formĂ© du terme Tizi, qui dĂ©signe un col de montagnes, et de Tizwa, dĂ©signant les abeilles. « On pourrait dire que le nom du collectif vient de l’une de ses pratiques fondatrices : celle de tisser des liens et de trouver des proximitĂ©s entre des territoires intrinsĂšquement divers. C’est dans le sens d’une pollinisation croisĂ©e des cultures que nous nous identifions aux abeilles », nous confient les membres du collectif, parlant d’une seule et mĂȘme voix. 

FormĂ©s des deux membres fondateurs Soumeya AĂŻt Ahmed et Nadir Bouhmouch basĂ©s Ă  Casablanca, mais aussi de Montasser Drissi, Houda Jouaij et Oumaima Abaraghe, le collectif agrĂšge d’autres personnes en fonction de leurs projets toujours collaboratifs : agriculteurs, cinĂ©astes, ouvriers agricoles, poĂštes ou chercheurs, partageant leurs prĂ©occupations environnementales et leur souci de prĂ©server traditions orales et diversitĂ© culturelle. « Pour nous, prĂ©cisent-ils, un collectif doit ĂȘtre fluide : s’adaptant, se dĂ©veloppant et se rĂ©tractant constamment en fonction de ses besoins et de l’espace-temps dans lequel il Ă©volue. Contextualiser le regard reste essentiel. Cela implique parfois de regarder de loin, de maintenir une distance critique et d’évoluer en dehors du monde des arts visuels ». 

Vue d’installation de « Assays on Art and Food from Below » Ă  la 35e Biennale de SĂŁo Paulo (CrĂ©dit photo : © Levi Fanan / Fundação Bienal de SĂŁo Paulo)

Restaurer la diversité

L’un de leurs projets phares, « Against Monoculture & Mono-culture », menĂ© au long cours, part du constat d’une homogĂ©nĂ©isation agricole dans les rĂ©gions du sud marocain oĂč les paysans sont encouragĂ©s Ă  privilĂ©gier la culture des pommes au dĂ©triment d’une plus grande diversitĂ© de production qui leur assurait jadis l’autosuffisance alimentaire. « Le dĂ©clin de la biodiversitĂ© pourrait-il ĂȘtre liĂ© Ă  celui de la diversitĂ© artistique ? », se demande Tizintizwa, Ă©tablissant un parallĂšle saisissant entre le passage d’une agriculture locale Ă  une agriculture industrielle et l’homogĂ©nĂ©isation de la pratique des arts visuels qui rĂ©pond souvent Ă  des injonctions venues d’ailleurs. « Une partie de ce projet Ă©voque le rĂŽle des abeilles dans le maintien d’un Ă©cosystĂšme diversifiĂ© et sain, expliquent les membres, et nous pensons que l’art et la culture devraient ĂȘtre traitĂ©s de la mĂȘme maniĂšre ».

Exposition personnelle « Remedies for Monotony » à la Villa Delaporte, Casablanca, soutenue par la Sharjah Art Foundation. (Crédit photo : Abdelhamid Belahmidi)

La force de leur dĂ©marche crĂ©atrice est de dĂ©cliner ce projet sous des formes diversifiĂ©es, en fonction des rencontres et, on l’imagine aussi, des contraintes financiĂšres avec lesquelles il faut toujours traiter. « Against Monoculture & Mono-culture » a donnĂ© lieu en 2023 Ă  la vidĂ©o Un chant de travailleurs saisonniers, rĂ©alisĂ©e en collaboration avec la cinĂ©aste Fadma Boutalaa et le poĂšte Cheikh Hammou Khella, un Amdiaz, soit l’équivalent amazigh du griot ou du troubadour. Une installation vidĂ©o de ce projet a d’ailleurs Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e la mĂȘme annĂ©e Ă  la Biennale de SĂŁo Paulo et fait partie dĂ©sormais des collections du Frac Poitou-Charentes. Un essai photographique accompagnĂ© d’entretiens avec les cueilleurs de pommes, Le lion a quittĂ© le chemin, a Ă©tĂ© publiĂ© dans la foulĂ©e et une exposition photo organisĂ©e au cafĂ© ouvrier Mawaid du village d’AĂŻt Ayach dans la province de Midelt, oĂč fut rĂ©alisĂ© en partie le projet. « Midelt vue de Midelt, Midelt vue de Brasilia ou Tenerife vue de Casablanca : l’important est de relier les territoires et de favoriser un sentiment de proximitĂ©, d’affinitĂ© et pourquoi pas, de solidarité », commentent les membres de Tizintizwa, en Ă©voquant l’un de leurs derniers projets prĂ©sentĂ© entre janvier et septembre 2025 au Centre Pompidou-Metz Ă  l’occasion de l’exposition « AprĂšs la fin. Cartes pour un autre avenir ». 

Série de publications « Against Monoculture » à la 35e Biennale de São Paulo (Crédit photo : © Levi Fanan / Fundação Bienal de São Paulo)

Décoloniser les arts

Dans une vidĂ©o implacable intitulĂ©e Teide, en rĂ©fĂ©rence au mont situĂ© sur les Ăźles Canaries, ils Ă©voquent Ă  travers une voix off et un montage alternant images d’archives, de monuments historiques et du tourisme de masse, le gĂ©nocide espagnol de la population guanche d’origine amazigh au XVe siĂšcle, prĂ©curseur de la conquĂȘte espagnole des AmĂ©riques et du gĂ©nocide amĂ©rindien. Mais toute la force de ce travail rĂ©side lĂ  encore dans l’importance qu’ils accordent Ă  la voix et aux traditions orales qui continuent d’infuser, selon eux, la langue parlĂ©e localement. 

Image extraite de « Apartheid Casablanca » (2020). (Crédit photo : Tizintizwa Collective)

Sur l’importance de l’oraliture dans leur approche, ils reconnaissent une dette Ă  l’égard de leurs aĂźnĂ©s ayant eu Ă  penser les enjeux liĂ©s Ă  l’indĂ©pendance du pays. « Nous poursuivons simplement le travail initiĂ© par la gĂ©nĂ©ration liĂ©e Ă  la revue Souffles et de leurs contemporains dans d’autres pays du Sud. La question de la culture populaire et de l’oralitĂ©, posĂ©e en Afrique du Nord par des artistes et des penseurs comme Ahmed Bouanani, Mohamed Abouelouakar, Mohamed ChebĂąa, Mouloud Maameri, Ahmed Bennys ou Assia Djebar, est centrale pour nous, pour les mĂȘmes raisons qu’elle l’était pour eux. L’émancipation culturelle vis-Ă -vis des institutions occidentales ne peut se faire que par une Ă©tude introspective de notre propre histoire de l’art, libĂ©rĂ©e des prĂ©jugĂ©s racistes qui nous enferment dans la fausse comprĂ©hension d’une histoire de l’art commençant avec les peintres orientalistes et la fondation des Ă©coles d’art de l’époque coloniale. » Familiers de l’espace d’art Le 18 Ă  Marrakech, ils ont co-fondĂ© le programme « Awal » dĂ©diĂ© aux traditions orales amazighes. 

Vue d’installation de « A (Rough) Seasonal Work Song » au BALTIC Contemporary, Newcastle (CrĂ©dit photo : BALTIC, 2023)

Adepte aussi des vidĂ©os coup de poing, le collectif Tinzintizwa n’hĂ©site pas Ă  mettre les pieds dans le plat, comme dans l’essai-vidĂ©o Don’t eat the moon consacrĂ©e en 2024 Ă  l’expropriation par le pouvoir israĂ©lien de la culture des oranges dans la ville palestinienne de Jaffa. Ou encore avec le court-mĂ©trage expĂ©rimental Apartheid Casablanca Ă©voquant les projets de gentrification de la ville, contrecarrĂ©s par un esprit contestataire portĂ© aussi bien par des rappeurs que les Ultras du Raja. AprĂšs un passage remarquĂ© en 2022 Ă  la Documenta 15 oĂč ils ont prĂ©sentĂ© une « anti-exposition » formĂ©e d’archives cinĂ©matographiques et de livres d’art moderne et contemporain, le collectif s’attelle aujourd’hui Ă  un nouveau projet dĂ©veloppĂ© en rĂ©sidence au Frac Poitou-Charentes. « Actuellement, notre recherche (intitulĂ©e provisoirement Growing Language in a Green House) Ă©tablit une relation entre les “indigĂšnes” des colonies françaises d’Afrique et les populations rurales du sud-ouest de la France. Nous avons Ă©tĂ© assez choquĂ©s de dĂ©couvrir les termes “indigĂšnes”, “barbares” et “ennemis” utilisĂ©s par des enseignants ou des officiers français pour dĂ©crire les habitants ruraux du sud de la France ». L’esprit de rĂ©sistance demeure aprĂšs tout universel et d’une actualitĂ© toujours brĂ»lante. 

Par Olivier Rachet

Portrait de Tizintizwa

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