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Nieuws 21 May 2025 11 min leestijd

Chantier naval de Casablanca : Les prĂ©tendants se bousculent pour prendre la barre [INTÉGRAL]

Chantier naval de Casablanca : Les prĂ©tendants se bousculent pour prendre la barre [INTÉGRAL]
L’Agence Nationale des Ports (ANP) est Ă  la recherche d’un exploitant pour le futur chantier naval de Casablanca, appelĂ© Ă  devenir le plus grand du continent africain. Par son envergure, ses critĂšres et ses ambitions industrielles, le projet suscite l’intĂ©rĂȘt de plusieurs gĂ©ants mondiaux et d’acteurs nationaux.
Chantier naval de Casablanca : Les prĂ©tendants se bousculent pour prendre la barre [INTÉGRAL]
Le 9 avril, l’Agence Nationale des Ports (ANP) a lancĂ© le tant attendu appel Ă  concurrence pour la gestion du plus grand chantier naval d’Afrique, situĂ© dans le port de Casablanca. Ce futur contrat stratĂ©gique couvre un large Ă©ventail d’activitĂ©s, allant de la construction Ă  la rĂ©paration et Ă  l’entretien de tous types de navires. Le projet suscite dĂ©jĂ  l’intĂ©rĂȘt de plusieurs gĂ©ants internationaux du secteur, et pour cause : l’ANP n’a pas lĂ©sinĂ© sur les moyens.
 
L’investissement mobilisĂ© atteint 2,6 milliards de dirhams, permettant d’équiper ce futur chantier naval d’infrastructures de pointe et d’une vaste surface d’exploitation. Parmi les Ă©quipements phares figurent une plateforme Ă©lĂ©vatrice de 150 mĂštres sur 28, capable de soulever jusqu’à 9.000 tonnes, et un quai d’armement totalisant 820 mĂštres linĂ©aires, pouvant accueillir simultanĂ©ment plusieurs navires de grande taille.
 

Position stratégique
 
De plus, la durĂ©e du contrat, qui s’étend sur trente ans, et la position stratĂ©gique du port de Casablanca renforcent l’ambition du projet : assurer la rĂ©paration de la flotte de pĂȘche, de transport et militaire du Royaume, tout en attirant les navires de la façade atlantique africaine, ainsi qu’une partie du trafic transitant par le dĂ©troit de Gibraltar, jusqu’ici captĂ© en grande partie par les chantiers navals espagnols.
 
“Dans un premier temps, la construction navale des navires de pĂȘche de moins de 50 mĂštres et la rĂ©paration navale des navires de moins de 100 mĂštres, qu'ils soient civils ou militaires, de commerce, de pĂȘche ou de servitude, constituent la cible privilĂ©giĂ©e pour notre industrie navale, cela a Ă©tĂ© identifiĂ© notamment par rapport Ă  la demande nationale et le marchĂ© export que nous pouvons faire”, nous apprend Brahim Yacoubi Soussane, PrĂ©sident du Cluster Industrie Navale du Maroc.
 
“La position gĂ©ographique de notre pays Ă  proximitĂ© de l'Europe et de l'Afrique fait que l'Asie ne sera jamais compĂ©titive sur ce segment de navires destinĂ©s Ă  ces rĂ©gions, car elle sera toujours pĂ©nalisĂ©e par le coĂ»t additionnel nĂ©cessaire en carburant pour ramener ces navires vers leur destination, ces coĂ»ts peuvent atteindre parfois des millions de dollars de fiouls pour un navire de 100 mĂštres”, poursuit-il.
 

Hyundai en pole position
 
Selon nos informations, plusieurs constructeurs navals du Moyen-Orient, d’Europe et d’Asie ont dĂ©jĂ  entamĂ© les dĂ©marches pour soumissionner Ă  cet appel Ă  concurrence. Bien qu’aucune communication officielle n’ait encore Ă©tĂ© faite, l’un des candidats les plus en vue est le gĂ©ant corĂ©en HD Hyundai Heavy Industries, qui a multipliĂ© ces derniers mois les Ă©changes avec les autoritĂ©s marocaines pour s’informer sur les modalitĂ©s du projet et les exigences techniques attendues.
 
Sur le papier, l’industriel corĂ©en prĂ©sente un profil qui surclasse celui de tous ses concurrents : de loin la plus grande entreprise du secteur (avec 10% de part de marchĂ©), la division navale du groupe Hyundai couvre l’ensemble du spectre de la construction navale, avec Ă  son actif des chimiquiers, des vraquiers, des transporteurs de produits pĂ©troliers, des porte-conteneurs, des transporteurs de voitures, des mĂ©thaniers, ainsi que des navires de guerre et des sous-marins.
 
L’entrĂ©e en lice du gĂ©ant asiatique a de quoi faire trembler ses rivaux, qu’ils soient marocains ou internationaux. Lors de la premiĂšre ouverture des candidatures, en 2022, finalement dĂ©clarĂ©e infructueuse, l’un des principaux prĂ©tendants Ă©tait Naval Group, majoritairement dĂ©tenu par l’État français et spĂ©cialisĂ© dans la construction navale militaire et les technologies de dĂ©fense.
 

Out la préférence nationale
 
Quant aux prĂ©tendants marocains, les conditions fixĂ©es par l’ANP les excluent de facto. Parmi les critĂšres exigĂ©s figure notamment une expĂ©rience d’au moins dix ans dans la gestion d’une infrastructure de taille comparable, un seuil que ne peut ĂȘtre atteint par aucune entreprise nationale. Le secteur de la construction et de la rĂ©paration navales reste embryonnaire au Maroc, et les rares acteurs encore en activitĂ© sont de petite taille, sans rĂ©fĂ©rences probantes Ă  faire valoir.
 
Cette exigence d’expĂ©rience fait grincer des dents chez les investisseurs nationaux, qui reprochent Ă  l’État de faire fi du principe de “prĂ©fĂ©rence nationale”, pourtant Ă©rigĂ© en pilier de sa politique industrielle ces derniĂšres annĂ©es. “Ce critĂšre est tout Ă  fait logique au vu de la taille du projet”, dĂ©fend une source proche du dossier. “Avec ce chantier naval, l’État a voulu voir grand en crĂ©ant tout un Ă©cosystĂšme autour, sur le modĂšle de l’automobile et de l’aĂ©ronautique”, poursuit-elle.
 

Consortiums maroco-étrangers
 
Si les entreprises marocaines ne peuvent y prĂ©tendre seules, elles ont toutefois la possibilitĂ© de s’associer Ă  des partenaires Ă©trangers au sein de groupements mixtes, Ă  condition que l’actionnaire majoritaire rĂ©ponde aux critĂšres exigĂ©s. Deux consortiums nationaux-Ă©trangers sont d’ailleurs dĂ©jĂ  en lice : l’un maroco-turc, l’autre maroco-espagnol.
 
Le premier consortium rĂ©unit Somagec, entreprise marocaine spĂ©cialisĂ©e dans le BTP, et Kuzey Star Shipyard, un chantier naval turc disposant de deux sites industriels : l’un Ă  Yalova, sur la mer de Marmara, et l’autre Ă  Tuzla, dans la rĂ©gion d’Istanbul. Le second, baptisĂ© New Shipyard World (NSW), associe l’un des plus grands constructeurs navals espagnols, Marina Meridional, en tant qu’actionnaire majoritaire, et le marocain Radi Holding, qui dĂ©tient une participation minoritaire. Cette structure est appelĂ©e Ă  Ă©voluer Ă  moyen terme vers un Ă©quilibre 50-50 entre les deux partenaires.
 
Marina Meridional, division navale du groupe Meridional, actif dans l’immobilier, la finance, le tourisme et les Ă©nergies renouvelables, est spĂ©cialisĂ©e dans la construction, la maintenance et la rĂ©paration de navires civils et militaires. Elle exploite quatre chantiers navals majeurs : deux en Espagne (Ă  Huelva et Vigo), un Ă  Sebta, et un autre Ă  Antalya, en Turquie.
 
Les deux partenaires revendiquent une connaissance approfondie du marchĂ© marocain, ayant contribuĂ© depuis plusieurs dĂ©cennies Ă  la construction et Ă  la rĂ©paration de navires battant pavillon marocain, aussi bien dans les ports du Royaume que dans ceux d’Espagne. Le plan d’investissement de NSW ne se limite pas Ă  la fabrication de navires de diffĂ©rents types, tels que des cargos, des navires de transport, de pĂȘche ou de plaisance, il prĂ©voit Ă©galement des activitĂ©s connexes, comme la production de conteneurs, de structures pour Ă©oliennes offshore ou encore de moteurs.
 

Nouvelle vision
 
D’ici la date limite de soumission des offres, fixĂ©e au 23 juin, d’autres candidats, tant marocains qu’internationaux, devraient vraisemblablement se manifester. AprĂšs des annĂ©es de tergiversations, cet appel Ă  concurrence “sera le bon”, nous assurent des sources proches du dossier.
 
Le changement Ă  la tĂȘte de l’ANP, avec la nomination de Mustapha Fares par Sa MajestĂ© le Roi Mohammed VI en juin 2024, aurait permis de rĂ©orienter la stratĂ©gie autour du chantier naval, en fixant des objectifs plus clairs et rĂ©solument plus ambitieux.
 
 

3 questions Ă  Brahim Yacoubi Soussane : “En termes de compĂ©tences humaines et de savoir-faire technique, nous n'avons rien Ă  envier Ă  nos voisins”
Chantier naval de Casablanca : Les prĂ©tendants se bousculent pour prendre la barre [INTÉGRAL]
  • Le Maroc a-t-il aujourd’hui les moyens de rivaliser avec les chantiers navals d’Espagne, du Portugal ou de Turquie ?
 

En termes de compĂ©tences humaines et de savoir-faire technique sur certains types de navires destinĂ©s Ă  la pĂȘche, nous n'avons rien Ă  envier Ă  nos voisins. Le fait que nous arrivons Ă  placer mĂȘme des commandes Ă  l'export montre la compĂ©titivitĂ© de notre industrie navale pour ces segments, mais lĂ  oĂč nous ne pouvons pas nous comparer avec nos concurrents, c'est sur le plan des infrastructures, qui nous font cruellement dĂ©faut. Les zones rĂ©servĂ©es Ă  la construction ou la rĂ©paration navales sont trĂšs limitĂ©es dans nos ports avec des moyens de mise Ă  sec des navires en pertes de capacitĂ©s. Aujourd'hui, nos concurrents ont presque atteint le pic de leur activitĂ© dans l'industrie navale, alors que notre pays, lui, n'a pas encore Ă©puisĂ© tout son potentiel, nos success stories de l'industrie automobile et aĂ©ronautique nous rendent confiants, mĂȘme si nous dĂ©marrons tardivement. Aujourd'hui, l'industrie navale est en pleine transformation, l'Asie est devenue le plus grand chantier naval du monde et le Maroc a des atouts importants Ă  faire valoir comme destination Best cost pour l'industrie navale europĂ©enne qui chercherait Ă  se repositionner.
 
  • Quelles sont, selon vous, les niches les plus accessibles pour permettre au Maroc de s’imposer rapidement dans l’industrie navale ?
 

Dans un premier temps, la construction navale des navires de pĂȘche de moins de 50 mĂštres et la rĂ©paration navale des navires de moins de 100 mĂštres, qu'ils soient civils ou militaires, de commerce, de pĂȘche ou de servitude, constituent la cible privilĂ©giĂ©e pour notre industrie navale, cela a Ă©tĂ© identifiĂ© notamment par rapport Ă  la demande nationale et le marchĂ© export que nous pouvons faire. La position gĂ©ographique de notre pays Ă  proximitĂ© de l'Europe et de l'Afrique fait que l'Asie ne sera jamais compĂ©titive sur ce segment de navires destinĂ©s Ă  ces rĂ©gions, car elle sera toujours pĂ©nalisĂ©e par le coĂ»t additionnel nĂ©cessaire en carburant pour ramener ces navires vers leur destination, ces coĂ»ts peuvent atteindre parfois des millions de dollars de fiouls pour un navire de 100 mĂštres.Les navires de plaisance peuvent constituer Ă©galement une niche intĂ©ressante pour notre industrie navale, avec un potentiel non nĂ©gligeable.
 
 
  • En quoi le futur chantier naval de Casablanca peut-il constituer un levier structurant pour faire Ă©merger une vĂ©ritable filiĂšre industrielle navale Ă  l’échelle nationale ?
 

Le nouveau chantier naval du port de Casablanca constitue d'abord une infrastructure stratégique pour notre pays, capable de lui assurer son autonomie et sa souveraineté en matiÚre d'industrie navale, mais c'est également une plateforme industrielle qui va permettre d'accueillir et faire émerger un véritable écosystÚme industriel compétitif. Nous sommes confiants que la taille de cette infrastructure qui est en cours de concession par l'ANP va attirer de grands noms de l'industrie navale au niveau international, ce qui aura des retombées positives sur le secteur.
 

Investissement : L’offensive corĂ©enne
En fĂ©vrier, Hyundai Rotem, filiale de Hyundai Motor Group spĂ©cialisĂ©e dans le transport ferroviaire, a remportĂ© un contrat record avec le Maroc d’une valeur de 2.202,7 milliards de wons (environ 1,5 milliard d’euros) pour la fourniture de 440 voitures de train. Il s’agit du plus important contrat Ă  l’international de l’Histoire de l’entreprise. Signe de l’importance de cet accord pour la CorĂ©e du Sud, le prĂ©sident sud-corĂ©en par intĂ©rim, Choi Sang-mok, a exprimĂ©, par communiquĂ©, sa reconnaissance et son estime Ă  Sa MajestĂ© le Roi Mohammed VI, ainsi que sa gratitude pour la confiance et l’intĂ©rĂȘt manifestĂ©s par le gouvernement marocain envers les entreprises corĂ©ennes. Les ambitions sud-corĂ©ennes ne s’arrĂȘtent pas lĂ . Dans une interview accordĂ©e Ă  «L’Opinion», le ministre sud-corĂ©en du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie, Ahn Duk-geun, a dĂ©voilĂ© plusieurs domaines qui intĂ©ressent les entreprises de son pays, notamment les secteurs de l’industrie automobile, de la construction navale, des batteries et de l’énergie.

Chantier naval de Casablanca : Les prĂ©tendants se bousculent pour prendre la barre [INTÉGRAL]

CESE : Des freins Ă  lever
Chantier naval de Casablanca : Les prĂ©tendants se bousculent pour prendre la barre [INTÉGRAL]
En octobre 2024, le CESE s’est penchĂ© sur l’industrie navale nationale, qu’il a analysĂ©e dans un rapport et discutĂ©e lors de rencontres avec les principaux acteurs institutionnels et Ă©conomiques du secteur. Ce travail a permis de dresser un Ă©tat des lieux sans complaisance. MalgrĂ© un littoral de 3.500 km, 43 ports - dont 14 ouverts au commerce international -, et une main-d’Ɠuvre qualifiĂ©e, l’industrie navale reste embryonnaire, ne contribuant qu’à hauteur de 0,01% au PIB et ayant gĂ©nĂ©rĂ© seulement 700 emplois entre 2013 et 2022. Le CESE identifie cinq freins majeurs. Il s’agit de l’absence d’une stratĂ©gie intĂ©grĂ©e, d’infrastructures inadaptĂ©es aux exigences de la construction et de la rĂ©paration navales, d’un cadre juridique obsolĂšte, de difficultĂ©s d’accĂšs au financement, et d’un manque de ressources humaines spĂ©cialisĂ©es.

Aujourd’hui, le secteur se limite essentiellement Ă  l’entretien de bateaux de pĂȘche, sans rĂ©elle ambition industrielle. Le rapport recommande une montĂ©e en puissance progressive, en dĂ©butant par les activitĂ©s Ă  faible complexitĂ© technologique, comme la rĂ©paration et la maintenance. Il appelle aussi Ă  l’élaboration d’un cadre fiscal et rĂ©glementaire plus attractif, Ă  la crĂ©ation de mĂ©canismes de financement dĂ©diĂ©s, et Ă  la formation de compĂ©tences ciblĂ©es. L’objectif est de structurer une filiĂšre industrielle compĂ©titive, capable de produire localement, d’attirer des investissements, et de rĂ©pondre aux besoins croissants du commerce maritime. Ce repositionnement stratĂ©gique s’appuiera sur les infrastructures portuaires modernes du pays, notamment Tanger Med, Nador West Med, Safi, Jorf Lasfar ou Dakhla Atlantique.

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