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Notizia 05 Jul 2024 10 min di lettura

Économie maritime : souverainetĂ©, surplus Ă©conomique, intelligence territoriale et diplomatie bleue

Économie maritime : souverainetĂ©, surplus Ă©conomique, intelligence territoriale et diplomatie bleue

Par le professeur Ahmed Azirar, Ă©conomiste, directeur de recherche Ă  l’IMIS, prĂ©sident de l’AMEEN

Je remercie vivement Groupe le Matin, pour m’avoir associĂ© Ă  ce grand Forum qu’il organise. En relĂšvent tellement la teneur et la valeur, la pertinence et l’actualitĂ© du thĂšme (l’économie maritime), le lieu de tenue (Dakhla) et la date retenue (commĂ©moration du 25e anniversaire de l’intronisation de S.M. le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste).

Je remercie d’autant l’organisateur qu’il invite Ă  ce dĂ©bat autant d’experts et de personnalitĂ©s qui sont aptes Ă  dĂ©nouer les tenants et aboutissants des questions combien cruciales que S.M. le Roi Mohammed VI a soulevĂ©es dans son Discours du 48e anniversaire de la Marche verte, traitant de l’économie maritime et de la façade atlantique. En attendant que l’étude du ministĂšre des transports en cours soit disponible, ce dĂ©bat est hautement bienvenu.

Pour ma part, n’étant ni spĂ©cialiste de la thĂ©orie de la souverainetĂ©, ni expert maritime, je me rĂ©fugie dans ma qualitĂ© d’économiste pour souligner ici l’importance de l’idĂ©e stratĂ©gique que S.M. le Roi a dĂ©veloppĂ©e dans ce Discours, autour de quatre aspects :

‱ La souverainetĂ© maritime et sa relation avec le dĂ©veloppement Ă©conomique.

‱ Le surplus Ă©conomique maritime mobilisable.

‱ L’intelligence territoriale maritime.

‱ La diplomatie Ă©conomique maritime, dite bleue.

Quel lien entre le dĂ©veloppement Ă©conomique et la souverainetĂ© ? Dans souverainetĂ© maritime il y a souverainetĂ© toute courte ou souverainetĂ© nationale. La souverainetĂ© d’un État implique l’exclusivitĂ© de ses compĂ©tences lĂ©gislatives, exĂ©cutives et judiciaires. Concept qui signifie aussi État indĂ©pendant. La souverainetĂ© est un ensemble multiforme et complĂ©mentaire : alimentaire, hydraulique, Ă©nergĂ©tique, sanitaire, digitale, financiĂšre..., et maritime qui nous concerne ici et maintenant et qui va ĂȘtre dĂ©veloppĂ©e par les experts qui interviendront.

On a cru avec la mondialisation dite heureuse que le dĂ©veloppement global Ă©tait accessible pour les pays en dĂ©veloppement, surtout les pays Ă  revenu intermĂ©diaire comme le Maroc. Or il n’en a rien Ă©tĂ©. L’ouverture Ă  outrance de l’économie et l’adhĂ©sion Ă  l’idĂ©e de spĂ©cialisation dans des chaines de valeur mondiales a, selon une thĂ©orie dominante, bloquĂ© notre dĂ©veloppement Ă  un certain niveau. Comme si un plafond de verre, le fameux piĂšge des PRI, selon le terme Ă©conomique consacrĂ©, empĂȘchait notre dĂ©veloppement intĂ©gral.

DĂšs les annĂ©es 1960 on savait que le dĂ©veloppement Ă©conomique et social ne peut provenir que des forces intĂ©rieures du pays. L’échange extĂ©rieur doit ĂȘtre entrepris, mais dirigĂ© vers l’intĂ©rĂȘt national, en dĂ©veloppant au niveau national un tissu Ă©conomique intĂ©grĂ© et compĂ©titif. C’est dire que la souverainetĂ© que le monde occidental veut retrouver aprĂšs la crise Covid-19 est ancienne, tant en thĂ©orie politique (John Locke) qu’en thĂ©orie Ă©conomique du dĂ©veloppement.

En tout cas, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Le Maroc est aujourd’hui dĂ©cidĂ© Ă  aller dans le sens de la consolidation de sa souverainetĂ© nationale par les multiples formes de cette souverainetĂ©. Les programmes en cours du «Made in Morocco Industriel», de la souverainetĂ© alimentaire, sanitaire, digitale, hydraulique, Ă©nergĂ©tique et maritime, en sont les choix volontaristes que le Maroc a fait Ă  un horizon rapprochĂ©, 2035.

Oui mais comment rĂ©ussir ? Sans rentrer dans les dĂ©tails Ă©vidents de l’importance de la bonne gouvernance, notamment, nous rappellerons encore un bon mot Royal : «Al Maakoul». Al Maakoul, le sĂ©rieux, veut dire dans ce qui nous intĂ©resse aujourd’hui la nĂ©cessitĂ© de mobiliser le surplus matĂ©riel et immatĂ©riel dont regorge le pays. À commencer par le domaine maritime, en consolidant le dĂ©veloppement rĂ©gional des zones maritimes, tant mĂ©diterranĂ©ennes qu’atlantiques, autour de pĂŽles de dĂ©veloppement qui valoriseront les ressources matĂ©rielles et immatĂ©rielles de ces zones restĂ©es jusqu’à prĂ©sent inexploitĂ©es. L’économie maritime, un Ă©norme surplus mobilisable Quand Baran et Sweezy, et chez nous, Habib El Malki, il y a des dĂ©cennies auparavant, avaient fait du concept du surplus Ă©conomique le moteur potentiel du dĂ©veloppement Ă©conomique et social des pays nouvellement affranchis du colonialisme, ils avaient touchĂ© Ă  l’essentiel. Comment rĂ©cupĂ©rer les ressources encore inexploitĂ©es, matĂ©rielles et immatĂ©rielles, ou celles transfĂ©rĂ©es Ă  l’étranger, comment Ă©viter les gaspillages, et mobiliser promptement ces ressources pour construire les fondements d’une Ă©conomie productive de valeurs au profit du dĂ©veloppement de l’Homme ? C’est une thĂšse qui ne s’est pas dĂ©fraĂźchie. Loin de lĂ .

La mer garde entiers dans le subconscient des Marocains son mystĂšre et son potentiel de dangers, dont le plus grave, celui de perte de la souverainetĂ© nationale. Pourtant des Marocains nombreux ont historiquement pris la mer et naviguĂ© pour conquĂ©rir de nouvelles contrĂ©es (Andalousie) ou pour rĂ©guler la circulation des flottes (piraterie de SalĂ©, Azemmour, Nekor...) ou tout simplement pour Ă©tudier (Ibn Battouta, Al Idrissi...), dĂ©couvrir ou commercer, le plus lĂ©galement, moyennant des bateaux partant de ports dynamiques Ă  des Ă©poques diffĂ©rentes de notre histoire (Essaouira, Tanger, SalĂ©...). 3.500 km de cĂŽtes et un domaine maritime exclusif de plus d’un million de kmÂČ, concernant 9 rĂ©gions littorales sur 12 et les trois quarts de la population, recĂšlent un surplus immense encore sous-exploitĂ©. Tant le PIB maritime reste trĂšs bas.

Pourquoi une telle lĂ©thargie ? Quelle est la grandeur approximative de ce surplus et quels en sont les segments majeurs ? Quelles sont les conditions pour le mobiliser ? Quels sont les territoires et les acteurs concernĂ©s ? Peut-on imaginer des Ă©tapes d’une feuille de route ? Beaucoup de questions se posent. S.M. le Roi a, Ă  juste titre, remis en avant cette problĂ©matique peu dĂ©veloppĂ©e dans le Rapport de la Commission spĂ©ciale sur le modĂšle de dĂ©veloppement, produit en guise de nouveau modĂšle de dĂ©veloppement de la presqu’üle qu’est le Maroc MĂ©diterranĂ©en-Atlantique (MMA).

À l’heure du monde Ă©conomique en fragmentation, et en attente de dĂ©couvertes de ressources Ă©nergĂ©tiques on shore, le domaine maritime marocain offre des opportunitĂ©s de crĂ©ation de valeurs incommensurable. D’autant plus que le changement climatique menace fĂ©rocement nos campagnes et nos villes, qui remarquons-nous sont presque toutes cĂŽtiĂšres. À l’exception de quelques-unes comme Marrakech, FĂšs, Oujda, BĂ©ni Mellal, Smara. Lesquelles villes sont toutes rattachables Ă  leur environnement maritime proche. La rĂ©gion de Dakhla-Oued Eddahab et, plus gĂ©nĂ©ralement, la façade atlantique recĂšlent un potentiel important.

L’économie maritime intĂ©grĂ©e Ă  construire (logistique, pĂȘche, mines, industrie, tourisme, sport, recherche...), peut jouer le rĂŽle d’accĂ©lĂ©rateur de notre propre dĂ©veloppement, de rĂ©alisation de notre ambition d’intĂ©gration de l’Afrique Atlantique et de dĂ©senclavement des pays du Sahel. Il y a des conditions pour cela, bien entendu. À commencer par le montage de notre flotte nationale moyennant un chantier naval compĂ©titif (Ă  commencer immĂ©diatement par le cabotage national), et la consolidation de notre souverainetĂ© maritime. Le travail en cours par des privĂ©s nationaux, ou avec les CorĂ©ens, augure d’une excellente perspective. L’intelligence territoriale maritime La rĂ©gionalisation avancĂ©e que le Maroc exĂ©cute depuis plus d’une dĂ©cennie a accumulĂ© une expĂ©rience apprĂ©ciable. Elle a encore besoin de mobiliser des ressources suffisantes, financiĂšres et humaines, de construire au niveau de chacune des 12 rĂ©gions l’organisation, en rapport avec les capacitĂ©s mobilisables localement et avec les caractĂ©ristiques et besoins rĂ©gionaux, la gouvernance irrĂ©prochable et les plans de dĂ©veloppement appropriĂ©s. Ces plans existent d’ores et dĂ©jĂ . Leur analyse laisse sur sa faim en ce qui concerne le volet maritime. Autour de nos ports, exceptĂ© Tanger Med, avec l’industrie automobile notamment, et Jorf lasfar avec les phosphates, il n’y a pas encore de pĂŽles de dĂ©veloppement Ă  proprement parler. Certes, la pĂȘche, principalement cĂŽtiĂšre, domine dans la majoritĂ© des ports. La pĂȘche hauturiĂšre prospĂšre, quant Ă  elle, Ă  Agadir et Dakhla principalement.

Ce n’est pas rien. Ce n’est pas suffisant. Le dessalement de l’eau de mer qui s’accĂ©lĂšre, ainsi que le chantier naval en perspective vont constituer leurs Ă©cosystĂšmes qui pourraient entraĂźner dans leur sillage de nouvelles activitĂ©s. Le maritime n’est pas encore Ă  proprement parler le moteur autour duquel se construit le dĂ©veloppement territorial de nos rĂ©gions maritimes. Les dĂ©marches de l’intelligence territoriale, y compris le marketing territorial intelligent, sont requis. D’expĂ©rience, certaines rĂ©gions font de plus en plus l’effort de former leurs cadres Ă  l’intelligence territoriale. Ce qui est une excellente dĂ©marche Ă  gĂ©nĂ©raliser et Ă  poursuivre.

On vend sa rĂ©gion aujourd’hui comme on vent un produit ou un service (ou presque !), Ă  une Ă©poque oĂč les technologies modernes de communication, y compris l’intelligence artificielle, de plus en plus, facilitent la collecte, l’organisation, l’analyse, l’échange et l’exploitation des donnĂ©es pertinentes. L’intelligence territoriale, se dĂ©ploie d’autant favorablement qu’elle se lie Ă  l’intelligence stratĂ©gique nationale, pour promouvoir Ă  l’étranger une image nationale plurielle, diversifiĂ©e et ancrĂ©e localement.

Autant le pays dĂ©veloppe l’avantage comparatif, autant les rĂ©gions dĂ©veloppement l’avantage concurrentiel pour que les entreprises construisent, sur ces deux bases, le dĂ©veloppement compĂ©titif proprement dit. Le volet maritime est Ă  cet Ă©gard l’ingrĂ©dient central du futur pour les rĂ©gions atlantiques directement concernĂ©es, comme pour l’ensemble du pays. En guise de cordon de co-dĂ©veloppement avec nos partenaires afro-mĂ©diterranĂ©ens. En tĂȘte desquels, les pays du Sahel qui ont grandement besoin de ce coup de pouce Royal vital, l’ouverture sur le large atlantique. La souverainetĂ© maritime et la «diplomatie bleue» : le Sahel comme partenaire C’est depuis les annĂ©es 1980-90 que le concept de «diplomatie bleue» a pris corps aprĂšs les nĂ©gociations qui ont conduit Ă  l’adoption, en 1958, de quatre conventions dites de GenĂšve sur les eaux territoriales, le plateau continental, la haute mer et la pĂȘche. Et c’est la nĂ©gociation de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), signĂ©e en 1982 et entrĂ©e en vigueur en 1994 aprĂšs la renĂ©gociation de la Partie XI relative aux fonds marins, qui donna le coup d’envoi d’une diplomatie Ă  vocation spĂ©cifiquement maritime en renouvelant largement les concepts du droit international de la mer et en Ă©laborant des rĂšgles qui devaient amener les États Ă  nĂ©gocier sur la question «ocĂ©ans».

Le Maroc, pays ocĂ©anique par excellence, se rend compte qu’il faudrait qu’il prenne sa part dans cette diplomatie bleue. Pour ce faire, il entreprend de se doter d’une organisation appropriĂ©e et de moyens adaptĂ©s pour traiter les enjeux rĂ©gionaux et mondiaux des ocĂ©ans. À cet Ă©gard, le Maroc dispose dĂ©jĂ  d’une diplomatie agissante, il faudrait qu’elle intĂšgre en son sein de maniĂšre systĂ©mique les aspects relatifs Ă  la mer et aux ocĂ©ans. Le Royaume devrait aussi se doter d’un dispositif Ă©tatique en charge des ocĂ©ans, un dĂ©partement de la mer de plein exercice, et surtout une marine marchande agissante qui Ɠuvrerait Ă  reconstituer un pavillon national compĂ©titif.

Chacun sait aujourd’hui que les enjeux diplomatiques stratĂ©giques intĂšgrent totalement les mers et les ocĂ©ans qui sont des lieux de lutte de pouvoir et d’influence pour la plupart des États, rĂ©gionalement comme mondialement. À cet Ă©gard, le Maroc a non seulement des intĂ©rĂȘts Ă  dĂ©fendre, mais aussi un champ de partenariat Ă  dĂ©velopper avec les États voisins notamment, conformĂ©ment Ă  son orientation africaine et Ă  sa stratĂ©gie de co-dĂ©veloppement Sud-Sud. C’est dans ce cadre que la proposition Royale de faire bĂ©nĂ©ficier les pays du Sahel d’une ouverture sur l’Atlantique est prodigieuse. Les quatre pays concernĂ©s l’ont vite compris. Un travail synergique se doit d’ĂȘtre dĂ©ployĂ© entre le Maroc et ses voisins pour profiter ensemble d’une telle perspective.

S.M. Le Roi Mohammed VI, qui vient de clore 25 ans de rĂšgne avec brio et succĂšs continu, trace pour son pays une trajectoire prometteuse avec autant de projets divers que l’industrialisation du pays, la gĂ©nĂ©ralisation de la protection sociale, la rĂ©forme du statut familial ou la mobilisation de l’économie maritime intĂ©grĂ©e. Autant de projets qui non seulement accĂ©lĂšrent le dĂ©veloppement Ă©conomique et social durable du Royaume, renforcent l’intĂ©gritĂ© territoriale, mais lui donnent aussi un leadership rĂ©gional et une visibilitĂ© internationale reconnus. n

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