La construction dâune nouvelle gare routiĂšre Ă Marrakech, censĂ©e incarner un saut qualitatif dans les infrastructures de transport urbain, se retrouve aujourdâhui au centre dâune controverse mĂȘlant intĂ©rĂȘts Ă©conomiques, flou juridique et absence de concertation.
Si lâinitiative a Ă©tĂ© saluĂ©e dans un premier temps par lâopinion publique locale comme un pas vers la modernisation, elle soulĂšve dĂ©sormais des interrogations profondes sur la transparence de la gouvernance urbaine et le respect des rĂšgles du droit commercial et administratif, rĂ©vĂšle une plainte dĂ©posĂ©e auprĂšs du Parquet de Marrakech par lâAssociation marocaine de la protection des biens publics â Bureau rĂ©gional.
Un projet salué⊠mais imposé
Câest dans le cadre du mandat communal 2009-2015 que le conseil de la ville de Marrakech a validĂ© un projet ambitieux : Ă©riger une nouvelle gare routiĂšre Ă Al Azouzia, au sud de la ville, accompagnĂ©e dâune station de taxis et de lâextension du marchĂ© municipal. Lâensemble devait ĂȘtre implantĂ© sur un terrain domanial de six hectares, relevant de lâEtat, et louĂ© Ă la commune pour une somme annuelle de 127.200 dirhams â soit 21.200 dirhams par hectare. A premiĂšre vue, un partenariat exemplaire entre collectivitĂ© territoriale et domaine public.
Mais en coulisses, le dossier est loin dâĂȘtre limpide.
Une décision prise sans les principaux concernés
Le hic ? La dĂ©cision de construire cette nouvelle gare a Ă©tĂ© prise sans consulter ni obtenir l'accord des principaux opĂ©rateurs du secteur. Or, les professionnels du transport dĂ©tiennent 60% des parts de la sociĂ©tĂ© gestionnaire de lâactuelle gare routiĂšre de Bab Doukkala, contre 20 % pour la commune de Marrakech et 20 % pour la SociĂ©tĂ© nationale des transports et de la logistique (SNTL).
Selon les statuts de cette sociĂ©tĂ© Ă gestion tripartite, toute initiative concurrente, comme la crĂ©ation dâune nouvelle gare, nĂ©cessite lâaccord de lâensemble des associĂ©s. Cet impĂ©ratif juridique nâa manifestement pas Ă©tĂ© respectĂ©, selon les professionnels, qui crient Ă la violation flagrante du droit des sociĂ©tĂ©s et Ă un passage en force de la part des autoritĂ©s locales.
Un projet à visée fonciÚre ?
Les professionnels nâhĂ©sitent pas Ă parler dâun projet guidĂ© non pas par lâintĂ©rĂȘt public, mais par des convoitises fonciĂšres. Ils pointent du doigt une tentative dâappropriation du terrain stratĂ©gique de lâactuelle gare de Bab Doukkala, dont la valeur serait estimĂ©e Ă quelque 500 millions de dirhams (50 milliards de centimes), selon une expertise dont les dĂ©tails restent Ă vĂ©rifier.
Ces accusations, si elles sont avĂ©rĂ©es, pourraient constituer une atteinte grave au principe de gestion transparente des biens publics et Ă la neutralitĂ© de lâaction municipale.
Des irrégularités juridiques en série
Le bail consenti pour lâemplacement de la nouvelle gare routiĂšre contient une clause lourde de consĂ©quences : toutes les constructions et amĂ©liorations apportĂ©es par la commune reviendront Ă lâEtat sans aucune indemnisation Ă lâissue du contrat ou en cas de rĂ©siliation. Ce transfert automatique de propriĂ©tĂ©, sâil nâest pas contrebalancĂ© par un avantage contractuel clair pour la commune, soulĂšve la question de lâintĂ©rĂȘt rĂ©el de lâopĂ©ration pour les finances publiques locales.
De plus, les professionnels interrogĂ©s par lâAssociation marocaine pour la protection des biens publics dĂ©noncent un processus de validation opaque, en marge des mĂ©canismes de concertation prĂ©vus par la loi. Le flou persiste Ă©galement sur lâexistence dâun accord formel du conseil communal concernant ces conditions de location lĂ©onines.
Une succession dâaccords prĂ©liminaires contestables
Entre 2015 et 2017, le projet a reçu pas moins de trois accords prĂ©liminaires de la Commission des dĂ©rogations, autorisant tour Ă tour sa crĂ©ation, son extension, puis la modification de cette derniĂšre. Cette accumulation de dĂ©rogations interpelle: pourquoi un tel besoin dâadaptations successives? Et surtout, ces dĂ©cisions ont-elles fait lâobjet dâun contrĂŽle de lĂ©galitĂ© suffisant?
Un appel à la transparence et à la responsabilité
A travers ce dossier, câest toute la question de la gouvernance locale et de la gestion du patrimoine foncier qui est posĂ©e. Le Bureau rĂ©gional Marrakech de lâAssociation marocaine pour la protection des biens publics appelle Ă un audit approfondi du projet, Ă la lumiĂšre des rĂšgles du droit public, du droit des sociĂ©tĂ©s et de la bonne gouvernance.
Selon ses membres, il est urgent de remettre au cĆur des dĂ©cisions publiques les principes de transparence, de lĂ©galitĂ© et de participation, sans lesquels les grands projets urbains risquent de devenir les vecteurs dâintĂ©rĂȘts particuliers au dĂ©triment de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.
Hassan Bentaleb
Si lâinitiative a Ă©tĂ© saluĂ©e dans un premier temps par lâopinion publique locale comme un pas vers la modernisation, elle soulĂšve dĂ©sormais des interrogations profondes sur la transparence de la gouvernance urbaine et le respect des rĂšgles du droit commercial et administratif, rĂ©vĂšle une plainte dĂ©posĂ©e auprĂšs du Parquet de Marrakech par lâAssociation marocaine de la protection des biens publics â Bureau rĂ©gional.
Un projet salué⊠mais imposé
Câest dans le cadre du mandat communal 2009-2015 que le conseil de la ville de Marrakech a validĂ© un projet ambitieux : Ă©riger une nouvelle gare routiĂšre Ă Al Azouzia, au sud de la ville, accompagnĂ©e dâune station de taxis et de lâextension du marchĂ© municipal. Lâensemble devait ĂȘtre implantĂ© sur un terrain domanial de six hectares, relevant de lâEtat, et louĂ© Ă la commune pour une somme annuelle de 127.200 dirhams â soit 21.200 dirhams par hectare. A premiĂšre vue, un partenariat exemplaire entre collectivitĂ© territoriale et domaine public.
Mais en coulisses, le dossier est loin dâĂȘtre limpide.
Une décision prise sans les principaux concernés
Le hic ? La dĂ©cision de construire cette nouvelle gare a Ă©tĂ© prise sans consulter ni obtenir l'accord des principaux opĂ©rateurs du secteur. Or, les professionnels du transport dĂ©tiennent 60% des parts de la sociĂ©tĂ© gestionnaire de lâactuelle gare routiĂšre de Bab Doukkala, contre 20 % pour la commune de Marrakech et 20 % pour la SociĂ©tĂ© nationale des transports et de la logistique (SNTL).
Selon les statuts de cette sociĂ©tĂ© Ă gestion tripartite, toute initiative concurrente, comme la crĂ©ation dâune nouvelle gare, nĂ©cessite lâaccord de lâensemble des associĂ©s. Cet impĂ©ratif juridique nâa manifestement pas Ă©tĂ© respectĂ©, selon les professionnels, qui crient Ă la violation flagrante du droit des sociĂ©tĂ©s et Ă un passage en force de la part des autoritĂ©s locales.
Un projet à visée fonciÚre ?
Les professionnels nâhĂ©sitent pas Ă parler dâun projet guidĂ© non pas par lâintĂ©rĂȘt public, mais par des convoitises fonciĂšres. Ils pointent du doigt une tentative dâappropriation du terrain stratĂ©gique de lâactuelle gare de Bab Doukkala, dont la valeur serait estimĂ©e Ă quelque 500 millions de dirhams (50 milliards de centimes), selon une expertise dont les dĂ©tails restent Ă vĂ©rifier.
Ces accusations, si elles sont avĂ©rĂ©es, pourraient constituer une atteinte grave au principe de gestion transparente des biens publics et Ă la neutralitĂ© de lâaction municipale.
Des irrégularités juridiques en série
Le bail consenti pour lâemplacement de la nouvelle gare routiĂšre contient une clause lourde de consĂ©quences : toutes les constructions et amĂ©liorations apportĂ©es par la commune reviendront Ă lâEtat sans aucune indemnisation Ă lâissue du contrat ou en cas de rĂ©siliation. Ce transfert automatique de propriĂ©tĂ©, sâil nâest pas contrebalancĂ© par un avantage contractuel clair pour la commune, soulĂšve la question de lâintĂ©rĂȘt rĂ©el de lâopĂ©ration pour les finances publiques locales.
De plus, les professionnels interrogĂ©s par lâAssociation marocaine pour la protection des biens publics dĂ©noncent un processus de validation opaque, en marge des mĂ©canismes de concertation prĂ©vus par la loi. Le flou persiste Ă©galement sur lâexistence dâun accord formel du conseil communal concernant ces conditions de location lĂ©onines.
Une succession dâaccords prĂ©liminaires contestables
Entre 2015 et 2017, le projet a reçu pas moins de trois accords prĂ©liminaires de la Commission des dĂ©rogations, autorisant tour Ă tour sa crĂ©ation, son extension, puis la modification de cette derniĂšre. Cette accumulation de dĂ©rogations interpelle: pourquoi un tel besoin dâadaptations successives? Et surtout, ces dĂ©cisions ont-elles fait lâobjet dâun contrĂŽle de lĂ©galitĂ© suffisant?
Un appel à la transparence et à la responsabilité
A travers ce dossier, câest toute la question de la gouvernance locale et de la gestion du patrimoine foncier qui est posĂ©e. Le Bureau rĂ©gional Marrakech de lâAssociation marocaine pour la protection des biens publics appelle Ă un audit approfondi du projet, Ă la lumiĂšre des rĂšgles du droit public, du droit des sociĂ©tĂ©s et de la bonne gouvernance.
Selon ses membres, il est urgent de remettre au cĆur des dĂ©cisions publiques les principes de transparence, de lĂ©galitĂ© et de participation, sans lesquels les grands projets urbains risquent de devenir les vecteurs dâintĂ©rĂȘts particuliers au dĂ©triment de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.
Hassan Bentaleb
