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News 18 Jul 2025 5 min read

100 ans d’art marocain : le MMVI repense ses collections à travers un accrochage ambitieux

100 ans d’art marocain : le MMVI repense ses collections à travers un accrochage ambitieux

L’exposition « Horizon(s) en mouvement, Cent ans de quĂȘtes artistiques au Maroc 1920-2020 » prĂ©sentĂ©e au MusĂ©e d’Art Moderne et Contemporain Mohammed VI de Rabat propose un parcours didactique de plus de 200 Ɠuvres, appartenant pour la plupart aux collections du musĂ©e, dans une scĂ©nographie Ă©purĂ©e et efficace. 

Sans doute faut-il dĂ©buter par la fin du parcours pour mesurer l’importance que revĂȘt ce nouvel accrochage, dĂ©sormais pĂ©renne, des collections du MMVI. Dans une salle tout en hauteur, un mapping vidĂ©o, instructif et ludique, Ă©merveille littĂ©ralement petits et grands. RĂ©alisĂ© par les artistes Youness et Zouheir Atbane en collaboration avec le collectif Pixylone et des Ă©tudiants des Beaux-Arts de TĂ©touan, ce travail immersif de crĂ©ation visuelle et sonore est composĂ© d’une quarantaine de cadres vides sur lesquels se projettent plus de 150 Ɠuvres. Une voix off relate le parcours d’artistes emblĂ©matiques de l’histoire de l’art au Maroc, de ChaĂŻbia Ă  Melehi en passant par Belkahia ou Bellamine dont les visages ont Ă©tĂ© modelĂ©s en 3D. « L’important, nous confie Youness Atbane, Ă©tait d’accompagner les Ɠuvres, de les animer quand cela Ă©tait possible, mais sans les dĂ©figurer ». Difficile de ne pas songer Ă  l’installation 9oualab constituĂ©e de 600 pains de sucre Ă©clairĂ©s en 3D que ce mĂȘme collectif prĂ©senta en 2013 Ă  l’ouverture du musĂ©e, comme le tĂ©moignage d’un art contemporain virtuose et subversif Ă  la fois ! 

Vue de l'exposition

Partis pris iconoclastes

Didactique : tel est l’enjeu de l’exposition « Horizon(s) en mouvement » curatĂ©e par Hind El Ayoubi et Salima El Aissaoui dans sa partie contemporaine, confrontant le public Ă  une histoire informative de la peinture et des arts visuels au Maroc, Ă  l’aide de frises chronologiques et de textes de prĂ©sentations Ă©clairants. Les artistes pionniers ayant trĂšs tĂŽt cherchĂ© Ă  s’affranchir du substrat colonial, Ă  l’image du peintre Ben Ali R’bati, cĂŽtoient des artistes contemporains plus radicaux tel que Mounir Fatmi. L’une des premiĂšres salles de l’exposition dĂ©diĂ©e Ă  Hassan El Glaoui comporte quelques pĂ©pites dont une huile sur toile de 1959 reprĂ©sentant un taureau dans laquelle se perçoit la rapiditĂ© d’exĂ©cution d’un peintre plus connu pour ses motifs hippiques. 

Les premiers peintres figuratifs, de Mohamed Sarghini en passant par Meriem Meziane ou Mekki Megara, sont Ă  l’honneur Ă  travers un accrochage dynamique et une scĂ©nographie Ă©purĂ©e, rĂ©alisĂ©e par Isabelle Timsit. Le parcours s’autorise quelques partis pris iconoclastes, Ă  l’image de la section consacrĂ©e au dialogue entretenu avec les artistes de la Beat Generation oĂč l’on retrouve quelques toiles de Hamri ou Yacoubi habitĂ©es par des vibrations musicales proches de l’hallucination visuelle. 

Abbes Saladi, Sans titre, 1989. Gouache sur papier, 56 x 36 cm.

Fragmentation des horizons

Les sections se succĂšdent comme les chapitres d’un livre qui resterait encore Ă  Ă©crire : de l’irruption des pionniers de l’abstraction comme Gharbaoui et Cherkaoui, Ă  la dĂ©flagration du groupe de Casablanca reprĂ©sentĂ© majestueusement par des toiles de Melehi ou ChebĂąa, et des piĂšces monumentales de Belkahia sur cuivre ou sur peau dont un ensemble de 9 bas-reliefs intitulĂ© Procession, dĂ©pĂŽt de l’AcadĂ©mie du Royaume.

Encore peu analysĂ©e, la pĂ©riode couvrant les annĂ©es 1980-1990 sĂ©duit surtout par son propos. Mettant en avant l’idĂ©e d’une « fragmentation des horizons », le parcours reflĂšte des trajectoires personnelles qu’il est parfois audacieux de rĂ©unir. Il n’hĂ©site pas non plus Ă  varier les supports et les surfaces, comme en tĂ©moignent l’Ɠuvre matiĂ©riste La chambre 35 de Hassan Bourkia ou les sculptures sur bois de Hassan Slaoui. S’il est toujours difficile de trouver une place aux artistes singuliers telle que ChaĂŻbia, Ă  propos de laquelle une section Ă©voque « la réévaluation critique » de « l’art naĂŻf au Maroc », l’exercice musĂ©al consistant Ă  rapprocher des artistes souvent Ă©loignĂ©s trouve parfois ses limites. On regrettera au passage l’absence des artistes singuliers d’Essaouira, tant une toile de Tabal aurait ici trouvĂ© pleinement sa place. 

Les derniĂšres salles consacrĂ©es aux artistes contemporains ont l’intelligence de varier les mĂ©diums, incluant des photographes incontournables tels que Touhami Ennadre ou Daoud Aoulad-Syad, et des Ɠuvres Ă  la charge subtilement transgressive de Mounir Fatmi, d’Amina Benbouchta ou de Mohamed El Baz dont l’installation Fuck death composĂ©e de bonbonnes de gaz ouvre l’exposition ; nous rappelant au passage le pouvoir de l’art de rĂ©veiller parfois violemment nos consciences endormies. 

Olivier Rachet

Exposition « Horizon(s) en mouvement, Cent ans de quêtes artistiques au Maroc 1920-2020 », Musée d’Art Moderne et Contemporain Mohammed VI de Rabat.

Vue de l'exposition
Vue de l'exposition
Vue de l'exposition
Lalla Essaydi, Bullets Revisited #47, 2017.
Hassan El Glaoui, Sortie du Sultan (Baïa), non datée, technique mixte sur carton, 76 x 105 cm, Académie du Royaume du Maroc

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