Lâexposition « Horizon(s) en mouvement, Cent ans de quĂȘtes artistiques au Maroc 1920-2020 » prĂ©sentĂ©e au MusĂ©e dâArt Moderne et Contemporain Mohammed VI de Rabat propose un parcours didactique de plus de 200 Ćuvres, appartenant pour la plupart aux collections du musĂ©e, dans une scĂ©nographie Ă©purĂ©e et efficace.Â
Sans doute faut-il dĂ©buter par la fin du parcours pour mesurer lâimportance que revĂȘt ce nouvel accrochage, dĂ©sormais pĂ©renne, des collections du MMVI. Dans une salle tout en hauteur, un mapping vidĂ©o, instructif et ludique, Ă©merveille littĂ©ralement petits et grands. RĂ©alisĂ© par les artistes Youness et Zouheir Atbane en collaboration avec le collectif Pixylone et des Ă©tudiants des Beaux-Arts de TĂ©touan, ce travail immersif de crĂ©ation visuelle et sonore est composĂ© dâune quarantaine de cadres vides sur lesquels se projettent plus de 150 Ćuvres. Une voix off relate le parcours dâartistes emblĂ©matiques de lâhistoire de lâart au Maroc, de ChaĂŻbia Ă Melehi en passant par Belkahia ou Bellamine dont les visages ont Ă©tĂ© modelĂ©s en 3D. « Lâimportant, nous confie Youness Atbane, Ă©tait dâaccompagner les Ćuvres, de les animer quand cela Ă©tait possible, mais sans les dĂ©figurer ». Difficile de ne pas songer Ă lâinstallation 9oualab constituĂ©e de 600 pains de sucre Ă©clairĂ©s en 3D que ce mĂȘme collectif prĂ©senta en 2013 Ă lâouverture du musĂ©e, comme le tĂ©moignage dâun art contemporain virtuose et subversif Ă la fois !Â

Partis pris iconoclastes
Didactique : tel est lâenjeu de lâexposition « Horizon(s) en mouvement » curatĂ©e par Hind El Ayoubi et Salima El Aissaoui dans sa partie contemporaine, confrontant le public Ă une histoire informative de la peinture et des arts visuels au Maroc, Ă lâaide de frises chronologiques et de textes de prĂ©sentations Ă©clairants. Les artistes pionniers ayant trĂšs tĂŽt cherchĂ© Ă sâaffranchir du substrat colonial, Ă lâimage du peintre Ben Ali Râbati, cĂŽtoient des artistes contemporains plus radicaux tel que Mounir Fatmi. Lâune des premiĂšres salles de lâexposition dĂ©diĂ©e Ă Hassan El Glaoui comporte quelques pĂ©pites dont une huile sur toile de 1959 reprĂ©sentant un taureau dans laquelle se perçoit la rapiditĂ© dâexĂ©cution dâun peintre plus connu pour ses motifs hippiques.Â
Les premiers peintres figuratifs, de Mohamed Sarghini en passant par Meriem Meziane ou Mekki Megara, sont Ă lâhonneur Ă travers un accrochage dynamique et une scĂ©nographie Ă©purĂ©e, rĂ©alisĂ©e par Isabelle Timsit. Le parcours sâautorise quelques partis pris iconoclastes, Ă lâimage de la section consacrĂ©e au dialogue entretenu avec les artistes de la Beat Generation oĂč lâon retrouve quelques toiles de Hamri ou Yacoubi habitĂ©es par des vibrations musicales proches de lâhallucination visuelle.Â

Fragmentation des horizons
Les sections se succĂšdent comme les chapitres dâun livre qui resterait encore Ă Ă©crire : de lâirruption des pionniers de lâabstraction comme Gharbaoui et Cherkaoui, Ă la dĂ©flagration du groupe de Casablanca reprĂ©sentĂ© majestueusement par des toiles de Melehi ou ChebĂąa, et des piĂšces monumentales de Belkahia sur cuivre ou sur peau dont un ensemble de 9 bas-reliefs intitulĂ© Procession, dĂ©pĂŽt de lâAcadĂ©mie du Royaume.
Encore peu analysĂ©e, la pĂ©riode couvrant les annĂ©es 1980-1990 sĂ©duit surtout par son propos. Mettant en avant lâidĂ©e dâune « fragmentation des horizons », le parcours reflĂšte des trajectoires personnelles quâil est parfois audacieux de rĂ©unir. Il nâhĂ©site pas non plus Ă varier les supports et les surfaces, comme en tĂ©moignent lâĆuvre matiĂ©riste La chambre 35 de Hassan Bourkia ou les sculptures sur bois de Hassan Slaoui. Sâil est toujours difficile de trouver une place aux artistes singuliers telle que ChaĂŻbia, Ă propos de laquelle une section Ă©voque « la réévaluation critique » de « lâart naĂŻf au Maroc », lâexercice musĂ©al consistant Ă rapprocher des artistes souvent Ă©loignĂ©s trouve parfois ses limites. On regrettera au passage lâabsence des artistes singuliers dâEssaouira, tant une toile de Tabal aurait ici trouvĂ© pleinement sa place.Â
Les derniĂšres salles consacrĂ©es aux artistes contemporains ont lâintelligence de varier les mĂ©diums, incluant des photographes incontournables tels que Touhami Ennadre ou Daoud Aoulad-Syad, et des Ćuvres Ă la charge subtilement transgressive de Mounir Fatmi, dâAmina Benbouchta ou de Mohamed El Baz dont lâinstallation Fuck death composĂ©e de bonbonnes de gaz ouvre lâexposition ; nous rappelant au passage le pouvoir de lâart de rĂ©veiller parfois violemment nos consciences endormies.Â
Olivier Rachet
Exposition « Horizon(s) en mouvement, Cent ans de queÌtes artistiques au Maroc 1920-2020 », MuseÌe dâArt Moderne et Contemporain Mohammed VI de Rabat.






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