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About El Faid

El Faid is a rural commune located in the Taroudant province of the Souss-Massa region. This tranquil area offers a glimpse into...

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News 13 Sep 2026 8 min read

Pour qui roule Mohamed El Faid?

Pour qui roule Mohamed El Faid?
Nutritionniste, vulgarisateur et dĂ©sormais thĂ©ologien autoproclamĂ©, Mohamed El Faid semble avoir fait de la surenchĂšre provocatrice sur les rĂ©seaux sociaux un fond de commerce. Jamil Manar Mohamed El Faid est de retour sur le devant de la scĂšne. Mais cette fois, ni les bienfaits du curcuma, ni les vertus du jeĂ»ne intermittent, ni les recettes miracles d’une alimentation « naturelle » ne sont en cause. Non : le nutritionniste a dĂ©cidĂ© de s’offrir de nouveau un petit tour du cĂŽtĂ© de la thĂ©ologie. Ambition louable, mais risque assurĂ©. Dans une publication qui a fait le tour des rĂ©seaux sociaux, El Faid s’est interrogĂ© sur la fameuse « ummiyya» du ProphĂšte, ce terme qu’on traduit gĂ©nĂ©ralement par « illettrisme ». Il a proposĂ© son interprĂ©tation. AussitĂŽt, les rĂ©actions fusent, aussi vives que prĂ©visibles. L’intĂ©ressĂ©, surpris par l’ampleur du tollĂ©, assure qu’on l’a mal compris, qu’il n’a jamais eu l’intention de manquer de respect. Le rĂ©flexe est classique, presque rituel : on provoque, on s’étonne, on se dĂ©fend. L’affaire aurait pu rester dans les limites d’un dĂ©bat d’experts, si la chose avait concernĂ© des experts. Mais c’est lĂ  que le bĂąt blesse. L’ancien ministre Mustapha Ramid, qui n’est pas homme Ă  mĂącher ses mots, lui a gentiment rappelĂ© qu’on ne s’improvise pas thĂ©ologien du jour au lendemain, et qu’il est imprudent de s’aventurer « sans science » sur des terrains aussi minĂ©s. Ramid concĂšde toutefois qu’El Faid ne semble pas avoir voulu se moquer du ProphĂšte. C’est dĂ©jĂ  ça : au moins, on lui accorde une intention non malveillante. Mais l’indulgence s’arrĂȘte lĂ . PolĂ©mique Car le cƓur du problĂšme est simple, et il tient en une question : que vient faire un spĂ©cialiste en microbiologie alimentaire sur le terrain exigeant du hadith, de l’exĂ©gĂšse et de la SĂźra? El Faid est un homme de laboratoire, pas un docteur de la foi. Il connaĂźt les protĂ©ines, les enzymes et les mĂ©tabolismes ; il ignore, ou feint d’ignorer, que la thĂ©ologie ne se rĂ©sume pas Ă  une Ă©quation Ă  rĂ©soudre. Cela dit, rien n’interdit Ă  un nutritionniste de s’intĂ©resser Ă  la religion. Mais il devrait faire preuve de prudence quand il parle avec l’assurance de celui qui sait, alors qu’il est en territoire inconnu. Et cette polĂ©mique n’est pas un fait isolĂ© . Elle s’inscrit dans une longue tradition de sorties tonitruantes. En 2018, El Faid s’était dĂ©jĂ  attirĂ© les foudres de beaucoup de monde en affirmant que les malades chroniques pouvaient jeĂ»ner sans risque, allant jusqu’à proclamer que la mĂ©decine ne s’applique pas au Ramadan. Les spĂ©cialistes, religieux comme mĂ©dicaux, avaient alors poussĂ© un soupir exaspĂ©rĂ©. Pendant la pandĂ©mie de Covid-19, ses conseils approximatifs avaient Ă©galement fait grincer des dents. À force de vouloir embrasser tous les domaines, il finit par n’en maĂźtriser aucun vraiment – mais son auditoire, lui, n’est pas composĂ© que de gens avisĂ©s. Le problĂšme n’est donc pas qu’El Faid ait des idĂ©es. Le problĂšme, c’est qu’il les Ă©nonce sur le mĂȘme ton pĂ©remptoire qu’une vĂ©ritĂ© scientifique, qu’il s’agisse de rĂ©gime, de vaccins ou de thĂ©ologie. Il a bĂąti sa notoriĂ©tĂ© sur cette transgression, ce qui contribue Ă  sa visibilitĂ© mĂ©diatique et rĂ©vĂšle ses limites intellectuelles. Car lorsqu’on parle de religion, on ne badine pas avec les mots. Un terme mal interprĂ©tĂ©, une formule malheureuse, et c’est tout un Ă©difice de respect qui vacille. Car c’est lĂ  que se niche visiblement le ressort de sa stratĂ©gie : El Faid ne se contente pas d’errer hors de son champ de compĂ©tence. Il semble surtout chercher Ă  s’ériger en contempteur des vĂ©ritĂ©s Ă©tablies, en pourfendeur des dogmes, pour sĂ©duire un public qui se veut non conformiste, affranchi des « bien-pensants ». Une posture commode, qui flatte l’ego de ceux qui croient penser contre tous. Reste Ă  savoir si cette audace est le fruit d’une conviction sincĂšre ou si elle est poussĂ©e par une nĂ©buleuse aux raisons inavouĂ©es – on n’ose pas encore parler d’agenda, mais l’ombre d’un doute plane. L’affaire a pris une nouvelle tournure : l’Association Al-Karama pour la dĂ©fense des droits de l’Homme Ă  TĂ©touan a saisi le parquet gĂ©nĂ©ral. La machine judiciaire s’ébranle. On ne plaisante plus. El Faid pourrait bien dĂ©couvrir que la libertĂ© d’opinion est encadrĂ©e par la loi , surtout quand elle s’exprime sur des sujets qui touchent au sacrĂ©. Au fond, ce cas illustre une question bien plus large, et bien plus actuelle : Ă  l’ùre des influenceurs et des rĂ©seaux sociaux, oĂč la notoriĂ©tĂ© se mesure en likes et en partages, qu’est-ce qui autorise un homme Ă  parler de tout, comme s’il savait tout? La libertĂ© de penser est un droit. Se prĂ©senter comme une autoritĂ© dans un domaine qu’on ne maĂźtrise pas relĂšve soit de la vanitĂ© , soit de l’a provocation. El Faid a sans doute le droit de s’expliquer et de se dĂ©fendre. Ses dĂ©tracteurs ont le droit de lui rappeler que la confiance du public ne se gagne pas en survolant les sujets. Mais une Ă©vidence s’impose que cette polĂ©mique remet cruellement en lumiĂšre : la notoriĂ©tĂ© ne confĂšre pas la compĂ©tence. Et en matiĂšre de religion, l’humilitĂ© n’est pas un choix : c’est une exigence. Du rĂ©gime Ă  la religion El Faid, certitudes Ă  toutes les sauces Il est des experts qui savent oĂč s’arrĂȘte leur compĂ©tence. Et puis il est ceux qui, forts d’une notoriĂ©tĂ© acquise dans un domaine, estiment avoir gagnĂ© le droit de tout embrasser du regard. El Faid appartient Ă  cette seconde famille, celle des touche-Ă -tout qui se prennent pour des sachants. Nutrition, santĂ©, sociĂ©tĂ©, et dĂ©sormais religion : aucun sujet ne lui rĂ©siste. À l’entendre, il n’est guĂšre de question qu’une certitude bien assĂ©nĂ©e ne puisse rĂ©gler. Le problĂšme n’est pas qu’il ait des opinions. Chacun est libre de penser, de commenter et mĂȘme de se tromper. Le problĂšme naĂźt lorsque l’opinion prend le masque de l’expertise, et que l’assurance se substitue Ă  la connaissance. Or, en matiĂšre religieuse, la parole n’est pas anodine. Elle engage des textes, des traditions, des mĂ©thodes d’interprĂ©tation, et une responsabilitĂ© que ne saurait remplacer le simple aplomb mĂ©diatique. El Faid semble avoir dĂ©couvert une spĂ©cialitĂ© commode : l’expertise tous azimuts, une sorte de couteau suisse intellectuel dont chaque lame serait une certitude. De la nutrition Ă  la thĂ©ologie, il n’y aurait donc qu’un pas ? C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui interroge. Le ton ne change guĂšre : mĂȘme assurance, mĂȘme ton sentencieux , mĂȘme absence de doute. Comme si changer de sujet ne requĂ©rait ni prĂ©caution, ni humilitĂ©, ni recours aux vĂ©ritables spĂ©cialistes. Pourtant, la religion n’est pas une chronique de consommation. Elle ne s’improvise pas sur un plateau, entre deux conseils diĂ©tĂ©tiques. On en vient alors Ă  s’interroger : qu’est-ce qui pousse El Faid Ă  multiplier les sorties sur des terrains minĂ©s ? Est-ce la sincĂšre conviction d’avoir une lumiĂšre que les autres n’ont pas ? La tentation de bousculer les « bien-pensants » pour sĂ©duire un public en quĂȘte de non-conformisme ? Ou bien une stratĂ©gie plus calculĂ©e, oĂč la polĂ©mique devient carburant, et l’audience, fin en soi ? À force de verser dans la transgression, il installe un Ă©trange paradoxe : ses controverses successives, loin de l’affaiblir, semblent renforcer sa posture. Comme si le scandale n’était plus un signal d’alerte, mais un levier de notoriĂ©tĂ©. Dans l’économie de l’attention, le buzz finit parfois par tenir lieu de diplĂŽme. Le phĂ©nomĂšne dĂ©passe El Faid, mais il l’incarne parfaitement. Notre Ă©poque fabrique des experts instantanĂ©s, oĂč le micro et la camĂ©ra confĂšrent une lĂ©gitimitĂ© que les annĂ©es d’étude n’ont pas toujours donnĂ©e. Descartes Ă©crivait : « Je pense, donc je suis. » Sur les rĂ©seaux sociaux, la formule s’est muĂ©e en : « Je parle, donc je sais. » Et parfois : « Je parle beaucoup, donc je sais tout. » La religion mĂ©rite mieux que des raccourcis et des formules spectaculaires. Elle exige le dĂ©bat, la connaissance des textes, la pluralitĂ© des interprĂ©tations et, surtout, la prudence. À dĂ©faut, on rĂ©duit des questions sĂ©rieuses Ă  un feuilleton mĂ©diatique, avec ses petites phrases et ses indignations Ă  rĂ©pĂ©tition. Alors, quelle est la vĂ©ritable motivation d’El Faid ? Est-il un iconoclaste sincĂšre, un opportuniste avisĂ©, ou simplement un homme que sa popularitĂ© a grisĂ© au point de confondre audience et autoritĂ© ? La rĂ©ponse Ă©chappe peut-ĂȘtre Ă  tous, y compris Ă  lui-mĂȘme. El Faid ferait bien de mĂ©diter cette rĂšgle Ă©lĂ©mentaire : on peut avoir quelque chose Ă  dire sans ĂȘtre autorisĂ© Ă  tout dire sur tout. La diffĂ©rence entre expliquer et dĂ©crĂ©ter tient en un mot : le savoir.

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