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13 Sep 2026
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Pour qui roule Mohamed El Faid?
Nutritionniste, vulgarisateur et dĂ©sormais thĂ©ologien autoproclamĂ©, Mohamed El Faid semble avoir fait de la surenchĂšre provocatrice sur les rĂ©seaux sociaux un fond de commerce. Jamil Manar Mohamed El Faid est de retour sur le devant de la scĂšne. Mais cette fois, ni les bienfaits du curcuma, ni les vertus du jeĂ»ne intermittent, ni les recettes miracles dâune alimentation « naturelle » ne sont en cause. Non : le nutritionniste a dĂ©cidĂ© de sâoffrir de nouveau un petit tour du cĂŽtĂ© de la thĂ©ologie. Ambition louable, mais risque assurĂ©. Dans une publication qui a fait le tour des rĂ©seaux sociaux, El Faid sâest interrogĂ© sur la fameuse « ummiyya» du ProphĂšte, ce terme quâon traduit gĂ©nĂ©ralement par « illettrisme ». Il a proposĂ© son interprĂ©tation. AussitĂŽt, les rĂ©actions fusent, aussi vives que prĂ©visibles. LâintĂ©ressĂ©, surpris par lâampleur du tollĂ©, assure quâon lâa mal compris, quâil nâa jamais eu lâintention de manquer de respect. Le rĂ©flexe est classique, presque rituel : on provoque, on sâĂ©tonne, on se dĂ©fend. Lâaffaire aurait pu rester dans les limites dâun dĂ©bat dâexperts, si la chose avait concernĂ© des experts. Mais câest lĂ que le bĂąt blesse. Lâancien ministre Mustapha Ramid, qui nâest pas homme Ă mĂącher ses mots, lui a gentiment rappelĂ© quâon ne sâimprovise pas thĂ©ologien du jour au lendemain, et quâil est imprudent de sâaventurer « sans science » sur des terrains aussi minĂ©s. Ramid concĂšde toutefois quâEl Faid ne semble pas avoir voulu se moquer du ProphĂšte. Câest dĂ©jà ça : au moins, on lui accorde une intention non malveillante. Mais lâindulgence sâarrĂȘte lĂ . PolĂ©mique Car le cĆur du problĂšme est simple, et il tient en une question : que vient faire un spĂ©cialiste en microbiologie alimentaire sur le terrain exigeant du hadith, de lâexĂ©gĂšse et de la SĂźra? El Faid est un homme de laboratoire, pas un docteur de la foi. Il connaĂźt les protĂ©ines, les enzymes et les mĂ©tabolismes ; il ignore, ou feint dâignorer, que la thĂ©ologie ne se rĂ©sume pas Ă une Ă©quation Ă rĂ©soudre. Cela dit, rien nâinterdit Ă un nutritionniste de sâintĂ©resser Ă la religion. Mais il devrait faire preuve de prudence quand il parle avec lâassurance de celui qui sait, alors quâil est en territoire inconnu. Et cette polĂ©mique nâest pas un fait isolĂ© . Elle sâinscrit dans une longue tradition de sorties tonitruantes. En 2018, El Faid sâĂ©tait dĂ©jĂ attirĂ© les foudres de beaucoup de monde en affirmant que les malades chroniques pouvaient jeĂ»ner sans risque, allant jusquâĂ proclamer que la mĂ©decine ne sâapplique pas au Ramadan. Les spĂ©cialistes, religieux comme mĂ©dicaux, avaient alors poussĂ© un soupir exaspĂ©rĂ©. Pendant la pandĂ©mie de Covid-19, ses conseils approximatifs avaient Ă©galement fait grincer des dents. Ă force de vouloir embrasser tous les domaines, il finit par nâen maĂźtriser aucun vraiment â mais son auditoire, lui, nâest pas composĂ© que de gens avisĂ©s. Le problĂšme nâest donc pas quâEl Faid ait des idĂ©es. Le problĂšme, câest quâil les Ă©nonce sur le mĂȘme ton pĂ©remptoire quâune vĂ©ritĂ© scientifique, quâil sâagisse de rĂ©gime, de vaccins ou de thĂ©ologie. Il a bĂąti sa notoriĂ©tĂ© sur cette transgression, ce qui contribue Ă sa visibilitĂ© mĂ©diatique et rĂ©vĂšle ses limites intellectuelles. Car lorsquâon parle de religion, on ne badine pas avec les mots. Un terme mal interprĂ©tĂ©, une formule malheureuse, et câest tout un Ă©difice de respect qui vacille. Car câest lĂ que se niche visiblement le ressort de sa stratĂ©gie : El Faid ne se contente pas dâerrer hors de son champ de compĂ©tence. Il semble surtout chercher Ă sâĂ©riger en contempteur des vĂ©ritĂ©s Ă©tablies, en pourfendeur des dogmes, pour sĂ©duire un public qui se veut non conformiste, affranchi des « bien-pensants ». Une posture commode, qui flatte lâego de ceux qui croient penser contre tous. Reste Ă savoir si cette audace est le fruit dâune conviction sincĂšre ou si elle est poussĂ©e par une nĂ©buleuse aux raisons inavouĂ©es â on nâose pas encore parler dâagenda, mais lâombre dâun doute plane. Lâaffaire a pris une nouvelle tournure : lâAssociation Al-Karama pour la dĂ©fense des droits de lâHomme Ă TĂ©touan a saisi le parquet gĂ©nĂ©ral. La machine judiciaire sâĂ©branle. On ne plaisante plus. El Faid pourrait bien dĂ©couvrir que la libertĂ© dâopinion est encadrĂ©e par la loi , surtout quand elle sâexprime sur des sujets qui touchent au sacrĂ©. Au fond, ce cas illustre une question bien plus large, et bien plus actuelle : Ă lâĂšre des influenceurs et des rĂ©seaux sociaux, oĂč la notoriĂ©tĂ© se mesure en likes et en partages, quâest-ce qui autorise un homme Ă parler de tout, comme sâil savait tout? La libertĂ© de penser est un droit. Se prĂ©senter comme une autoritĂ© dans un domaine quâon ne maĂźtrise pas relĂšve soit de la vanitĂ© , soit de lâa provocation. El Faid a sans doute le droit de sâexpliquer et de se dĂ©fendre. Ses dĂ©tracteurs ont le droit de lui rappeler que la confiance du public ne se gagne pas en survolant les sujets. Mais une Ă©vidence sâimpose que cette polĂ©mique remet cruellement en lumiĂšre : la notoriĂ©tĂ© ne confĂšre pas la compĂ©tence. Et en matiĂšre de religion, lâhumilitĂ© nâest pas un choix : câest une exigence. Du rĂ©gime Ă la religion El Faid, certitudes Ă toutes les sauces Il est des experts qui savent oĂč sâarrĂȘte leur compĂ©tence. Et puis il est ceux qui, forts dâune notoriĂ©tĂ© acquise dans un domaine, estiment avoir gagnĂ© le droit de tout embrasser du regard. El Faid appartient Ă cette seconde famille, celle des touche-Ă -tout qui se prennent pour des sachants. Nutrition, santĂ©, sociĂ©tĂ©, et dĂ©sormais religion : aucun sujet ne lui rĂ©siste. Ă lâentendre, il nâest guĂšre de question quâune certitude bien assĂ©nĂ©e ne puisse rĂ©gler. Le problĂšme nâest pas quâil ait des opinions. Chacun est libre de penser, de commenter et mĂȘme de se tromper. Le problĂšme naĂźt lorsque lâopinion prend le masque de lâexpertise, et que lâassurance se substitue Ă la connaissance. Or, en matiĂšre religieuse, la parole nâest pas anodine. Elle engage des textes, des traditions, des mĂ©thodes dâinterprĂ©tation, et une responsabilitĂ© que ne saurait remplacer le simple aplomb mĂ©diatique. El Faid semble avoir dĂ©couvert une spĂ©cialitĂ© commode : lâexpertise tous azimuts, une sorte de couteau suisse intellectuel dont chaque lame serait une certitude. De la nutrition Ă la thĂ©ologie, il nây aurait donc quâun pas ? Câest prĂ©cisĂ©ment ce qui interroge. Le ton ne change guĂšre : mĂȘme assurance, mĂȘme ton sentencieux , mĂȘme absence de doute. Comme si changer de sujet ne requĂ©rait ni prĂ©caution, ni humilitĂ©, ni recours aux vĂ©ritables spĂ©cialistes. Pourtant, la religion nâest pas une chronique de consommation. Elle ne sâimprovise pas sur un plateau, entre deux conseils diĂ©tĂ©tiques. On en vient alors Ă sâinterroger : quâest-ce qui pousse El Faid Ă multiplier les sorties sur des terrains minĂ©s ? Est-ce la sincĂšre conviction dâavoir une lumiĂšre que les autres nâont pas ? La tentation de bousculer les « bien-pensants » pour sĂ©duire un public en quĂȘte de non-conformisme ? Ou bien une stratĂ©gie plus calculĂ©e, oĂč la polĂ©mique devient carburant, et lâaudience, fin en soi ? Ă force de verser dans la transgression, il installe un Ă©trange paradoxe : ses controverses successives, loin de lâaffaiblir, semblent renforcer sa posture. Comme si le scandale nâĂ©tait plus un signal dâalerte, mais un levier de notoriĂ©tĂ©. Dans lâĂ©conomie de lâattention, le buzz finit parfois par tenir lieu de diplĂŽme. Le phĂ©nomĂšne dĂ©passe El Faid, mais il lâincarne parfaitement. Notre Ă©poque fabrique des experts instantanĂ©s, oĂč le micro et la camĂ©ra confĂšrent une lĂ©gitimitĂ© que les annĂ©es dâĂ©tude nâont pas toujours donnĂ©e. Descartes Ă©crivait : « Je pense, donc je suis. » Sur les rĂ©seaux sociaux, la formule sâest muĂ©e en : « Je parle, donc je sais. » Et parfois : « Je parle beaucoup, donc je sais tout. » La religion mĂ©rite mieux que des raccourcis et des formules spectaculaires. Elle exige le dĂ©bat, la connaissance des textes, la pluralitĂ© des interprĂ©tations et, surtout, la prudence. Ă dĂ©faut, on rĂ©duit des questions sĂ©rieuses Ă un feuilleton mĂ©diatique, avec ses petites phrases et ses indignations Ă rĂ©pĂ©tition. Alors, quelle est la vĂ©ritable motivation dâEl Faid ? Est-il un iconoclaste sincĂšre, un opportuniste avisĂ©, ou simplement un homme que sa popularitĂ© a grisĂ© au point de confondre audience et autoritĂ© ? La rĂ©ponse Ă©chappe peut-ĂȘtre Ă tous, y compris Ă lui-mĂȘme. El Faid ferait bien de mĂ©diter cette rĂšgle Ă©lĂ©mentaire : on peut avoir quelque chose Ă dire sans ĂȘtre autorisĂ© Ă tout dire sur tout. La diffĂ©rence entre expliquer et dĂ©crĂ©ter tient en un mot : le savoir.
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