Lâexposition « Oiseaux du Mexique » offre une plongĂ©e dans lâunivers des arts dĂ©coratifs mexicains Ă travers le motif symbolique de lâoiseau que de nombreux artistes modernes se rĂ©approprient avec brio.
Ă premiĂšre vue, les similaritĂ©s sont nombreuses entre les arts dĂ©coratifs mexicains tels quâils sont prĂ©sentĂ©s par le musĂ©e Yves Saint Laurent de Marrakech dans lâexposition « Oiseaux du Mexique » et lâartisanat marocain. Vannerie, joaillerie, cĂ©ramique : un mĂȘme savoir-faire est perceptible dĂšs le premier regard. AprĂšs avoir visitĂ© le musĂ©e dâart populaire de Mexico, Madison Cox, PrĂ©sident de la Fondation Majorelle, se convainc quâau moment de la conquĂȘte des AmĂ©riques par les Espagnols, nombreux sont les artisans arabo-andalous, enrĂŽlĂ©s dans la traversĂ©e, Ă avoir transmis leurs techniques ancestrales Ă des cultures locales dâune grande richesse. De cette intuition naĂźt le projet dâexposition confiĂ© au commissaire Juan Gerardo Ugalde Salinas, chargĂ© de la restauration et de la conservation des collections du musĂ©e Pierre BergĂ© des arts berbĂšres et du musĂ©e Yves Saint Laurent.

Un symbole national
« Oiseaux du Mexique » fait ainsi la part belle Ă un motif devenu emblĂšme national â un aigle royal apparaissant sur le drapeau mexicain â, dont la prĂ©sence est attestĂ©e dans la culture aztĂšque prĂ©coloniale. En tĂ©moignent plusieurs objets de lâexposition dont une sculpture en argile reprĂ©sentant un visage humain coiffĂ© dâun casque en forme dâaigle (aux alentours de 900 de notre Ăšre) ou un masque de carnaval en bois sculptĂ© qui semble dĂ©visager le spectateur. Lâoiseau, dont une cartographie de lâartiste contemporaine Daniela Zorrilla montre la diversitĂ© sur le territoire national, entre dans la composition de cĂ©ramiques, de broderies ou dâobjets dĂ©coratifs dont la fonction rituelle et religieuse est rappelĂ©e. « Les plumes Ă©taient aussi un moyen de paiement comme la vanille ou le cacao, souligne le commissaire dâexposition. Pour les populations prĂ©colombiennes, cela avait une forte valeur symbolique. » Sans revĂȘtir de dimension ethnographique, « lâintention de dĂ©part Ă©tait de proposer un narratif transhistorique, montrant lâimportance des oiseaux aussi bien dans la culture que dans la nature », ajoute Juan Gerardo Ugalde Salinas.

Réappropriations modernistes
Mais le clou de lâexposition rĂ©side sans doute dans la prĂ©sence dâĆuvres modernes ou contemporaines se rĂ©appropriant de façon subjective un motif multisĂ©culaire. Dans le fac-similĂ© du journal intime de Frida Kahlo, lâoiseau devient le symbole de compensation dâun corps meurtri tandis quâune photographie de lâartiste Flor Garduño, intitulĂ©e Paonne, revĂȘt une dimension Ă©trangement totĂ©mique, nâayant rien Ă envier aux rĂȘveries cosmogoniques du peintre marrakchi AbbĂšs Saladi auquel lâunivers foisonnant dâoiseaux en libertĂ© fait souvent penser. En tĂ©moigne dâailleurs un graphite sur papier de 1957, La crĂ©ation des oiseaux, de lâartiste surrĂ©aliste espagnole Remedios Varo exilĂ©e au Mexique aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, dont lâonirisme allĂ©gorique semble de portĂ©e universelle.
Olivier Rachet
Exposition « Oiseaux du Mexique », MusĂ©e Yves Saint Laurent de Marrakech jusquâau 27 juillet 2025.



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