Ville rêvée, ville idéalisée, ville contrastée, vitrine d’un Maroc moderne avec ses blessures et ses fragilités, Casablanca est un des plus grands laboratoires de l’architecture moderne. Lyautey avait amené l’un de ses meilleurs urbanistes du début du XXe siècle, Henri Prost, qui avec ses équipes de sociologues anthropologues et urbanistes percevait cette future mégalopole à l’heure de l’automobile et de l’aménagement des boulevards et des aéroports en 3 ensembles : Tit Mellil, Anfa et Nouaceur. Michel Ecochard et Pierre Riboulet prenaient ensuite la relève pour créer les fameuses trames entre quartiers. Cette ville, fille du protectorat, a été l’objet de nombre de carnets de voyage, d’ouvrages collectifs, de monographies ou d’articles de périodiques et de beaux ouvrages. C’est Rachid Andaloussi, l’un des fondateurs de l’Association Casamémoire, qui a conçu le Casaart, le plus grand théâtre d’Afrique avec Christian de Portzamparc qui écrit : «Casablanca es

Le Matin : Casa Anfa c'est, dites-vous, une opportunité foncière convertie en projet stratégique, mais c'est surtout un élément d'équilibre de la plus grande métropole d'Afrique ? Un mot sur la genèse de ce projet ?



Khadir Lamrini :



Le projet Casa Anfa est né à la suite de la décision de délocaliser les activités de l'ancien aéroport d'Anfa, libérant ainsi une réserve foncière de plus de 350 hectares au cœur de la ville de Casablanca. Cet événement a offert une opportunité exceptionnelle permettant la réalisation d'un grand projet d'urbanisation d'avenir à même de contribuer au rayonnement de Casablanca et de la hisser au rang des grandes métropoles internationales, tout en répondant aux besoins internes de l'agglomération.

Qui fait quoi dans ce projet ?



La conception générale du projet a fait l'objet d'un concours international d'urbanisme qui a vu la participation de grands professionnels. Ce concours a été remporté par le cabinet Reichen, Robert & Associés, Bernard Reichen étant le lauréat du grand prix de l'urbanisme en France en 2005. Le parti-pris d'aménagement, défini par la conception générale du projet, est de donner naissance à un «projet ouvert» dans un «espace ouvert», développé dans la continuité du tissu urbain. L'idée maîtresse est d'offrir à la ville de Casablanca une nouvelle centralité urbaine moderne. L'enjeu du projet est donc de générer une offre urbaine correspondant aux besoins de la ville et d'équilibrer les fonctions domestiques et métropolitaines en répondant à une programmation adaptée à l'échelle d'un tel territoire.

L'urbanisme, c'est un processus continu, on le voit à travers les ouvrages d'André Adam ou de Jean Louis Cohen sur Casablanca, qui a une extraordinaire vitalité et qui ne cesse de grandir de se développer. Avec ce projet de Casa Anfa, quelle est la vision défendue ?



Nous intégrons dans ce projet urbain multifonctionnel aménagé autour d'un vaste réseau d'espaces verts et doté d'une bonne desserte en transports, tous les fondamentaux d'une écocité. Casa Anfa n'est pas un projet immobilier à proprement parler ; c'est plutôt une opération urbaine globale qui permettra de positionner Casablanca en tant que métropole urbaine attractive. Sa conception répond aux attentes des Casablancais, par le développement d'un projet multifonctionnel, formé de différents quartiers, aménagés autour d'un vaste réseau d'espaces verts dont un parc central de 50 hectares. Ces quartiers disposent d'une programmation équilibrée comprenant des logements, des bureaux, des commerces, des lieux d'animation, des équipements d'éducation, de santé, de culture, de sport, de loisirs et des hôtels.

Casablanca, c'est aussi une métropole économique avec ses banques et Casa Anfa c'est aussi le projet de Casa Finance City ?



Oui, Casa Anfa sera également doté d'un cœur économique abritant, notamment, Casablanca Finance City, la future place financière de Casablanca. Par ailleurs, pour assurer la continuité avec la ville et permettre une bonne accessibilité du site, il est prévu de donner à cette ambition de centralité le cœur-transport, par l'aménagement d'un réseau de voirie hiérarchisé, connecté aux voies actuelles de la ville, ainsi que par la desserte du projet au moyen des transports collectifs et en particulier le tramway et le futur RER. La première ligne du tramway, qui traverse le projet, mise en circulation en fin 2012, le desservira par le biais de plusieurs stations.

Casablanca c'est aussi une fabrique de culture, de cinéma, de mémoire qui préserve son environnement social et économique. Comment intégrer ces valeurs ayant trait aux dimensions sociale, économique et environnementale ?



Casa Anfa est structuré autour de valeurs essentielles conférant à ce projet un caractère global et une ambition d'impacter fortement son environnement local, métropolitain et régional. La dimension sociale est un premier aspect des valeurs du projet, et ce, par la création d'un lieu de destination, fédérateur, ouvert à tous les Casablancais, qui recouvre un ensemble d'espaces de loisirs et de culture. Sur un autre plan, Casa Anfa est un projet générateur d'emplois, puisqu'à terme il prévoit l'accueil de près de 100 000 actifs, sans compter les emplois directs et indirects créés tout au long de la phase d'aménagement et de développement du projet. Par ailleurs, l'édification d'un nouveau quartier d'affaires de référence, abritant Casablanca Finance City, la future place financière de Casablanca, est certainement porteuse de développement économique et de rayonnement international. Ensuite, les orientations d'aménagement du projet Casa Anfa sont en adéquation avec les principes de développement durable, qui constitue une des valeurs essentielles dans la réalisation du projet. À ce titre, l'aspect environnemental est fortement présent dans la conception du projet. Ceci se traduit premièrement par l'aménagement d'un vaste réseau d'espaces verts représentant près du tiers de la superficie du projet, autour d'un grand parc métropolitain de 50 hectares ; ensuite, la création d'un projet urbain multifonctionnel équilibré, où se côtoieront lieux de vie, de travail et équipements de proximité, s'inscrit totalement dans l'esprit d'écoconception et de développement durable ; enfin, l'intégration des nouveaux moyens de transport collectif et des espaces dédiés aux circulations douces pour les piétons et les cyclistes, coordonnés avec les voies automobiles, permet de favoriser les modes de transport les moins polluants en assurant une répartition modale optimale. Enfin, le projet, tout en veillant à préserver la mémoire du site, s'inscrit dans le renouvellement et la modernisation de l'espace urbain et favorisera la mise en place d'une nouvelle image et d'une silhouette urbaine moderne qui contribueront à dynamiser le paysage urbain de Casablanca.

Quel est l'état d'avancement du projet ?



Les travaux de viabilisation de la première tranche du projet urbain Casa Anfa sont finalisés. La réalisation du projet urbain Casa Anfa est passée par les étapes importantes de mobilisation du foncier et de conception générale. Ensuite, les travaux de viabilisation du site ont été entamés pour une première tranche de 100 hectares. Ils sont aujourd'hui finalisés. Un premier projet de développement immobilier est en cours de réalisation. D'autres projets suivront à partir de la fin de cette année. Ils seront développés par des partenaires sélectionnés par l'Agence d'urbanisation et de développement d'Anfa. Concernant la mise en œuvre de Casablanca Finance City (CFC), l'AUDA travaille en étroite collaboration avec MF Board, en charge de la promotion institutionnelle et du pilotage du projet CFC dans son ensemble, pour l'installation des premiers sièges des institutions financières nationales ainsi que le déploiement d'une offre locative pour les institutions internationales.




Une agence dédiée



L’Agence d’urbanisation et de développement d’Anfa (AUDA) est une filiale de CDG Développement. Elle a pour mission la mise en œuvre du projet Casa Anfa et agit en tant que maître d’ouvrage général afin d’assurer le pilotage et la coordination de la réalisation du projet dans son ensemble. À ce titre, elle est en charge de la mobilisation du foncier, de la viabilisation du site, de l’aménagement des espaces publics et du suivi des opérations de développement.