- Le premier Salon international du développement des arrière-pays du Maroc s’est tenu à Taroudant la semaine dernière. - Un fonds de 54 millions DH servira à financer 57 projets répartis sur l’ensemble des provinces.

La valorisation des richesses touristiques, agricoles et culturelles des régions a constitué le fond des débats à Taroudant. Le salon organisé à cet effet a permis de débattre, du 15 au 18 novembre, du développement des arrière-pays. Le rôle central des associations locales et la définition même du concept d'«arrière-pays» ont été au centre des débats. Revêtant sa casquette de président du Conseil provincial de Taroudant, Abdessamad Kayouh, également ministre de l'Artisanat, a pris pour exemple la réalisation de routes afin d'illustrer le partenariat avec les associations locales : «Ce projet ne rentre dans aucun programme national des routes, c'est une initiative de la population locale», a indiqué Abdessamad Kayouh Quant au président de la région de Sous-massa-Drâa, Brahim Hafidi, il a précisé que 80% des richesses générées par cette région sont concentrés à Agadir et à Taroudant, qui ne représentent que 9% du territoire. Se pose alors la question du rééquilibrage : «La réflexion est engagée depuis 2004 et repose sur l'agriculture traditionnelle et le tourisme». L'arganier, le palmier dattier, la figue de barbarie, le safran, les roses de M'gouna et le miel sont les produits ciblés et pour lequel un fonds de soutien, doté de neuf millions de dirhams, a été mobilisé : «Ce fonds servira à financer 57 projets répartis sur l'ensemble des provinces. L'objectif est d'arriver à mobiliser 54 millions de DH afin de créer 464 emplois à temps plein», a indiqué Brahim Hafidi qui a précisé que pour le tourisme 15 millions de DH ont été mobilisés.

Quelle définition donner aux «arrière-pays» ?



Au-delà des différents projets réalisés ou en cours de l'être, Mustapha Al Moutawakil, président de la commune urbaine de Taroudant, s'est quant à lui interrogé : «Pourquoi les régions enclavées ne bénéficient-elles pas des richesses qu'elles-mêmes génèrent au profit des grands centres urbains».

À ce sujet, l'élu local remet en question le concept d'«arrière-pays». Il dira à ce propos que Taroudant, qui a été l'une des capitales du Maroc, est toujours qualifiée d'arrière-pays. Cette interrogation a été largement partagée par l'assistance.

À en croire Mustapha Al Moutawakil, cette manière de considérer les régions favorise la forte centralisation de la décision qui «demeure à Rabat». Pour étayer ses assertions, l'élu a cité le projet de création d'une usine de recyclage du fer prévu à Taroudant. «Ce projet, mené en partenariat avec une entreprise indienne et approuvé localement, permettrait de créer 500 emplois directs et 2 000 indirects. L'assiette foncière de 50 hectares a été dégagée. Cependant, et parce que le montant du projet dépasse les 20 milliards de centimes, le dossier a été adressé à la commission des investissements présidée par le Chef du gouvernement. Cela fait trois mois que nous attendons de lui présenter notre projet».

Lors de l'inauguration de ce salon, Abdssamad Kayouh avait émis le vœu de voir mis en place un observatoire indépendant dont la mission serait de fédérer l'ensemble des secteurs concernés par le désenclavement et le développement des régions.




Questions à : Abdessamad Kayouh, président du Conseil provincial de Taroudant



«Le partenariat avec les associations est notre atout»



Quelles sont les particularités des projets de développement de la province de Taroudant ?



La particularité se résume en un seul mot, c'est le partenariat. Tous les grands projets d'infrastructure de Taroudant ont été réalisés dans le cadre du partenariat avec les associations. À titre d'exemple, le programme des routes actuellement en réalisation de 120 kilomètres qui concerne treize communes, les associations y participent à hauteur de six millions de dirhams qui vont être réunis grâce aux contributions des citoyens qui se font à partir de dix dirhams. C'est une particularité qu'il faudra étendre à d'autres régions, car l'État ne peut pas tout faire à lui tout seul.

Lors du débat sur le «Développement des arrière-pays de la région de Sous-Massa-Drâa», il a été question d'une centralisation de la décision qui entraverait le développement des régions. Partagez-vous ce point de vue ?



Ce n'est pas tout à fait vrai, car la décentralisation est en marche en concertation avec les communes et les élus locaux de chaque région. Ce sont eux qui, in fine, décident de ce qu'ils veulent faire dans le cadre de programmes centraux et régionaux. Il est temps de travailler dans un cadre de partenariat. Certaines régions ont compris cela, à l'exemple de la région de Sous-Massa-Drâa. Il n'existe pas d'autre moyen, car il faut d'ores et déjà se préparer à la régionalisation avancée.

Quel serait, à votre avis, le moyen à même de fédérer les potentialités des différents secteurs qui interviennent dans la croissance des régions enclavées ?



La présence à ce Salon des ministères de l'Artisanat, du Tourisme, de l'Agriculture est de nature à permettre d'identifier les points de convergence entre les différents programmes gouvernementaux pour le développement des arrière-pays dans un programme globalisé.