Lâinvestissement public a augmentĂ© considĂ©rablement enregistrant un taux dâĂ©volution de 86,8 % sur la pĂ©riode 2020-2025, et devrait atteindre 380 MM DH au titre de lâannĂ©e 2026. Cet effort volontariste dâinvestissement a pour objectif dâappuyer la rĂ©alisation des grands chantiers structurants dâinfrastructure, dâaccompagner la mise en Ćuvre des diffĂ©rentes stratĂ©gies sectorielles, et dâamĂ©liorer lâaccĂšs aux services sociaux de base. Ces programmes sâarticulent autour des quatre axes prioritaires :
« 1. la promotion de lâemploi Ă partir des vocations Ă©conomiques dominantes et des spĂ©cificitĂ©s de chaque territoire ;
2. le renforcement des services sociaux de base pour combler les déficits persistants et améliorer davantage les indicateurs sociaux ;
3. La gestion proactive et durable des ressources en eau pour une utilisation efficiente permettant dâattĂ©nuer les effets du stress hydrique ;
4. La mise Ă niveau territoriale intĂ©grĂ©e reposant sur le renforcement des infrastructures et des services de base, tout en sâappuyant sur la dynamique de la CAN 2025 et de la Coupe du Monde de football 2030. » (Note sur la rĂ©partition rĂ©gionale de lâinvestissement. PLF 2026).
Une question de méthodologie
Malheureusement, les donnĂ©es telles quâelles sont prĂ©sentĂ©es dans cette note ne permettent pas une lecture lucide et ne fournissent pas des donnĂ©es prĂ©cises sur la rĂ©partition rĂ©gionale de lâinvestissement. On y trouve des donnĂ©es Ă©parses sur les 12 rĂ©gions. Si on prend lâexemple de la rĂ©gion Tanger-TĂ©touan-Al Hoceima, les donnĂ©es sont prĂ©sentĂ©es en 4 tableaux :
-Principaux projets dâinvestissement publics (Budget GĂ©nĂ©ral) achevĂ©s en 2024.
– Principaux projets dâinvestissement publics (Budget GĂ©nĂ©ral) en cours dâexĂ©cution.
-Principaux nouveaux projets dâinvestissement publics (Budget GĂ©nĂ©ral)
– Principaux projets dâinvestissement publics (Budgets des EEP)
La mĂȘme dĂ©marche est suivie pour les autres rĂ©gions. Ainsi prĂ©sentĂ©es, ces donnĂ©es prĂ©sentent, de notre point de vue, peu dâintĂ©rĂȘt et ne permettent pas de procĂ©der Ă des lectures fĂ©condes en matiĂšre de la rĂ©partition rĂ©gionale de lâinvestissement. La confusion est totale : lâinvestissement public ne se rĂ©duit pas Ă lâinvestissement du budget gĂ©nĂ©ral et Ă celui des Etablissements et Entreprises publics (EEP). Il faut y ajouter lâinvestissement rĂ©alisĂ© par les CST (Comptes SpĂ©ciaux du TrĂ©sor) qui nâest pas nĂ©gligeable, le Fonds Mohamed VI et les collectivitĂ©s territoriales.
Sur une carte du Maroc, on présente le PIB par habitant et la contribution régionale au PIB pour la période 2015-2023, en agrégeant les données en 4 groupes : les régions Draa Tafilalet, Guelmim Oued Noun, Laayoune sakia Al hamra et dakhla Oued Addahab ont une contribution au PIB variant entre 1-5% ; les régions Souss Massa, Marrakech Safi, FÚs-MeknÚs, Oriental et Beni Mellal -Khénifra y contribuent entre 5 et 10% ; les deux régions Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Rabat-salé-Kénitra y contribuent entre 10-25% ; seule la région Casa-Settat, se détache du lot avec une contribution variant dans une fourchette de 25-32%.
EEP, 64% de lâinvestissement vont Ă trois rĂ©gions
Lâanalyse de la rĂ©partition rĂ©gionale des investissements prĂ©visionnels des EEP pour les annĂ©es 2025 et 2026 est plus claire. Elle fait apparaĂźtre une forte concentration gĂ©ographique de lâeffort dâinvestissement public. En 2025, prĂšs de 64% de lâenveloppe globale est orientĂ©e vers trois rĂ©gions seulement : Casablanca-Settat (30,6%), Rabat-SalĂ©-KĂ©nitra (19,4%) et Marrakech- Safi (13,6%). Cette tendance se prolonge en 2026 avec des parts respectives de 31,2%, 14,6% et 14,6%, confirmant lâancrage prĂ©pondĂ©rant des investissements dans les pĂŽles urbains historiquement mieux dotĂ©s en infrastructures et en projets. Si certaines rĂ©gions Ă lâinstar de lâOriental, de Beni Mellal-KhĂ©nifra, ou de FĂšs-MeknĂšs, enregistrent des Ă©volutions positives – bien que modĂ©rĂ©es – de leurs parts dâinvestissement entre 2025 et 2026, dâautres rĂ©gions, notamment DrĂąa Tafilalet, Souss – Massa, Guelmim-Oued Noun ou Dakhla-Oued Eddahab, continuent de se voir attribuer des parts moins importantes, souvent infĂ©rieures Ă 3% de lâinvestissement total. Cette configuration accentue les disparitĂ©s interrĂ©gionales et souligne les limites de lâeffort redistributif des investissements publics actuels. (Rapport sur les Etablissements et Entreprises publics)
Pour ce qui est du PIB par habitant, les groupes de pays différent. Le classement est le suivant en partant du bas vers le haut : Draa-Tafilalet, Marakech-safi, Fes-Meknes (15000-25000 DH) ; Souss-Massa, Beni Mellal-Khénifra (25001-40000) ; Guelmim-Oued Noun, Oriental, Tanger-Tétouan-Al Hoceima (40001-50000) ; Rabat-Salé-Kénitra, Casablanca Settat, Laayoune Saqiat Al hamra, dakhla Oued Addahab (50001-85000).
Dakhla, Oued Dahab au sommet
Les donnĂ©es portant sur lâannĂ©e 2023 sont plus prĂ©cises pour mesurer les disparitĂ©s rĂ©gionales sur la base du PIB par habitant. Ainsi, par rapport Ă une moyenne nationale du PIB/habitant, soit 34346, cinq rĂ©gions enregistrent un PIB supĂ©rieur Ă la moyenne et 7 rĂ©gions dĂ©gagent un PIB infĂ©rieur Ă la moyenne. La rĂ©gion de Tanger TĂ©touan Al Hoceima, malgrĂ© la dynamique Ă©conomique quâelle connait, enregistre un PIB proche de la moyenne. Les rĂ©gions composant les provines sahariennes sont, avec Casablanca et Rabat-salĂ© -KĂ©nitra parmi les plus riches. Dakhla Oued Dahab se distingue avec un PIB/ha de 84142 DH devançant Laayoune de 26985 DH. Cette diffĂ©rence correspond au PIB/ha de Beni Mellal KhĂ©nifra. LâĂ©cart entre le PIB le plus Ă©levĂ© et le plus bas enregistrĂ© Ă Draa Tafilalet (19898 DH) va de 1 Ă 4,2 ! ce qui signifie quâun habitant Ă Dakhla dispose en moyenne de plus de 4 fois le PIB moyen dâun habitant de Draa Tafilalet. Certaines donnĂ©es donnent Ă rĂ©flĂ©chir: lâOriental, classĂ© au neuviĂšme rang fait relativement mieux que Fes-Meknes (10Ăšme rang) et Marrakech-Safi (avant dernier). La concentration de lâactivitĂ© dans certaines villes couplĂ©e aux effets de la sĂ©cheresse et Ă une politique sociale dĂ©faillante expliquent en partie ce paradoxe. Ainsi, les revenus tirĂ©s du tourisme, dont Marrakech est parmi les 10 villes les plus attractives au niveau mondial, ne se propagent pas sur lâensemble de la rĂ©gion. Marrakech-ville est entourĂ©e de provinces parmi les plus pauvres comme Chichaoua, El Haouz, Youssoufia. Le mĂȘme phĂ©nomĂšne est observĂ© au niveau de la rĂ©gion de Fes-Meknes qui regroupe des provinces trĂšs pauvres comme Taounate, Taza, Boulemane âŠ
Le capital privĂ© sur la trace de lâinvestissement public
Encore faut-il prĂ©ciser quâon parle de moyennes arithmĂ©tiques qui ne prennent pas en considĂ©ration la rĂ©partition des richesses produites et des revenus qui en dĂ©coulent. Revenons au cas de Draa Tafilalet dont le PIB/ha est le plus bas. Un PIB annuel moyen de 19898 DH nous donne 54,5 DH par jour. Si on tient compte de la rĂ©partition inĂ©gale de la richesse, la majoritĂ© de la population se retrouverait avec 10 Ă 20 DH par jour ! VoilĂ ce que ne dit pas la rĂ©partition rĂ©gionale de lâinvestissement public. Câest bien dâannoncer des objectifs comme le renforcement des servies sociaux et la mise Ă niveau territoriale intĂ©grĂ©e. Câest bien Ă©galement dâaligner des chiffres ambitieux sur lâinvestissement public qui remontent en 2026 Ă 380 milliards DH, soit plus de 20% du PIB. Câest bien aussi dâannoncer des montants colossaux des projets dâinvestissements privĂ©s tels quâils sont approuvĂ©s par la Commission Nationale que prĂ©side le Chef du Gouvernement, soit 250 projets pour un investissement de 414 milliards DH. PrĂ©cisons, toutefois, que trois rĂ©gions, Casablanca-Settat, Tanger-TĂ©touan-Al Hoceima et Rabat-SalĂ©-KĂ©nitra, sâaccaparent 153 projets, soit plus de 60%. Le reste est rĂ©parti sur les autres rĂ©gions. La rĂ©gion la moins lotie, Draa Tafilalet, attire Ă peine 4 projets. On retiendra de cette rĂ©partition que lâinvestissement privĂ© suit la trace de lâinvestissement public. DâoĂč la responsabilitĂ© de lâEtat de dĂ©mocratiser la rĂ©partition des investissements publics comme prĂ©lude Ă une justice territoriale. A dĂ©faut de cette inflexion proclamĂ©e et voulue par la plus Haute AutoritĂ© du pays, la situation ne changera pas radicalement et on continuera toujours Ă verser des larmes de crocodile.
