AprÚs le départ des Portugais de Mazagan en 1769 et l'abandon qui s'ensuivit, la forteresse fut réhabilitée au milieu du XIXe siÚcle et appelée El Jadida (la nouvelle), devenant un centre commercial et une société multiculturelle comptant des habitants musulmans, juifs et chrétiens.
En effet, vers 1824/1825 (1240 de lâhĂ©gire), le sultan Moulay Abderrahmane nomma son cousin Mohammed ben Ettayeb comme gouverneur de la province des Doukkala, dont Mazagan Ă©tait le port naturel. Ce dernier, Ă©crit lâhistorien An-Naciri dans son «KitĂąb al-Istiqsa li-Akhbar duwwal Al-Maghrib al-Aqsa», «se rendit ensuite Ă El Jadida qu'il trouva en ruine, telle qu'elle avait Ă©tĂ© laissĂ©e aprĂšs la conquĂȘte, lors du rĂšgne du sultan Sidi Mohammed (Dieu lui fasse misĂ©ricorde). Cette ville s'appelait avant la conquĂȘte El Brija, puis comme, lors de la conquĂȘte, la muraille avait Ă©tĂ© dĂ©molie par les mines, on lui avait donnĂ© le nom dâEl Mehdonma. Sidi Mohammed ben Ettayeb fit reconstruire le mur d'enceinte et relever les ruines de la ville. Il la nomma El Jadida. Et menaça de peines graves quiconque la dĂ©signerait sous un autre nom. Depuis cette Ă©poque, elle ne fut plus appelĂ©e quâEl Jadida».
En juillet 2004, la ville portugaise de Mazagan est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de lâUNESCO, car elle « est un exemple exceptionnel de l'Ă©change d'influences entre les cultures europĂ©ennes et la culture marocaine du XVIe au XVIIIe siĂšcle, et l'un des tout premiers peuplements des explorateurs portugais en Afrique de l'Ouest sur la route de l'Inde. Ces influences se reflĂštent clairement dans l'architecture, la technologie et l'urbanisme de la ville». (CritĂšre ii), et «est un exemple exceptionnel et l'un des premiers de la rĂ©alisation des idĂ©aux de la Renaissance intĂ©grĂ©s aux techniques de construction portugaises. Parmi les constructions les plus remarquables de la pĂ©riode portugaise figurent la citerne et l'Ă©glise de l'Assomption, bĂąties dans le style manuĂ©lin du dĂ©but du XVIe siĂšcle». (CritĂšre iv).
Cent-quatre ans avant cette inscription, le Français Eduard Montet avait visité Mazagan et décrit son séjour en son sein.
En effet, vers 1824/1825 (1240 de lâhĂ©gire), le sultan Moulay Abderrahmane nomma son cousin Mohammed ben Ettayeb comme gouverneur de la province des Doukkala, dont Mazagan Ă©tait le port naturel. Ce dernier, Ă©crit lâhistorien An-Naciri dans son «KitĂąb al-Istiqsa li-Akhbar duwwal Al-Maghrib al-Aqsa», «se rendit ensuite Ă El Jadida qu'il trouva en ruine, telle qu'elle avait Ă©tĂ© laissĂ©e aprĂšs la conquĂȘte, lors du rĂšgne du sultan Sidi Mohammed (Dieu lui fasse misĂ©ricorde). Cette ville s'appelait avant la conquĂȘte El Brija, puis comme, lors de la conquĂȘte, la muraille avait Ă©tĂ© dĂ©molie par les mines, on lui avait donnĂ© le nom dâEl Mehdonma. Sidi Mohammed ben Ettayeb fit reconstruire le mur d'enceinte et relever les ruines de la ville. Il la nomma El Jadida. Et menaça de peines graves quiconque la dĂ©signerait sous un autre nom. Depuis cette Ă©poque, elle ne fut plus appelĂ©e quâEl Jadida».
En juillet 2004, la ville portugaise de Mazagan est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de lâUNESCO, car elle « est un exemple exceptionnel de l'Ă©change d'influences entre les cultures europĂ©ennes et la culture marocaine du XVIe au XVIIIe siĂšcle, et l'un des tout premiers peuplements des explorateurs portugais en Afrique de l'Ouest sur la route de l'Inde. Ces influences se reflĂštent clairement dans l'architecture, la technologie et l'urbanisme de la ville». (CritĂšre ii), et «est un exemple exceptionnel et l'un des premiers de la rĂ©alisation des idĂ©aux de la Renaissance intĂ©grĂ©s aux techniques de construction portugaises. Parmi les constructions les plus remarquables de la pĂ©riode portugaise figurent la citerne et l'Ă©glise de l'Assomption, bĂąties dans le style manuĂ©lin du dĂ©but du XVIe siĂšcle». (CritĂšre iv).
Cent-quatre ans avant cette inscription, le Français Eduard Montet avait visité Mazagan et décrit son séjour en son sein.
Lâauteur
Eduard Montet (1856/1934) est un orientaliste français, docteur en thĂ©ologie et doyen de la FacultĂ© de thĂ©ologie de l'UniversitĂ© de GenĂšve. Il enseigna lâhĂ©breu, les langues orientales, l'exĂ©gĂšse de l'Ancien Testament et surtout l'arabe (1894-1923).
Il est lâauteur de nombreux ouvrages sur l'histoire de la Bible, du judaĂŻsme, du christianisme et de l'islam, et d'une traduction du Coran (1925) souvent rééditĂ©e. GrĂące Ă sa connaissance du monde et de la langue arabes, il fut chargĂ© de mission au Maroc par la France, en 1900/1901 et en 1914.
Le second voyage a Ă©tĂ© effectuĂ© en juillet et aoĂ»t 1914, avec pour objectif lâĂ©tude de lâUniversitĂ© musulmane de FĂšs et la recherche de ce quâĂ©tait devenue sa cĂ©lĂšbre bibliothĂšque de KaraouĂŻne, signalĂ©e comme disparue Ă lâĂ©poque ; investigations publiĂ©es en 1915 par « Le Globe, revue genevoise de gĂ©ographie », sous le titre « La ville de Fez, Exploration au Maroc en juillet et aoĂ»t 1914 ».
Le voyage de 1900/1901
Quant au premier voyage, celui qui intĂ©resse notre propos (*), son objet Ă©tait, comme le rĂ©vĂšle Montet lui-mĂȘme, de faire une enquĂȘte sur lâorganisation et le rĂŽle politique, religieux et social des confrĂ©ries religieuses musulmanes. Pour ce faire et sous couvert dâune mission scientifique sous lâĂ©gide de plusieurs instituts et sociĂ©tĂ©s acadĂ©miques, il dota son pĂ©riple marocain du caractĂšre officiel en se munissant de lettres dâintroduction adressĂ©es Ă la LĂ©gation de France Ă Tanger et aux autoritĂ©s marocaines. «Le voyage que je fais, Ă©crit-il, a un caractĂšre officiel, en ce sens que je lâentreprends sous la protection du Gouvernement français et, par la suite, du Gouvernement marocain. Ceci revient Ă dire que le gendarme marocain (mkhĂązni), qui mâaccompagnera, sera le reprĂ©sentant dâune puissance responsable de ma vie et de mes biens. »
Eduard Montet (1856/1934) est un orientaliste français, docteur en thĂ©ologie et doyen de la FacultĂ© de thĂ©ologie de l'UniversitĂ© de GenĂšve. Il enseigna lâhĂ©breu, les langues orientales, l'exĂ©gĂšse de l'Ancien Testament et surtout l'arabe (1894-1923).
Il est lâauteur de nombreux ouvrages sur l'histoire de la Bible, du judaĂŻsme, du christianisme et de l'islam, et d'une traduction du Coran (1925) souvent rééditĂ©e. GrĂące Ă sa connaissance du monde et de la langue arabes, il fut chargĂ© de mission au Maroc par la France, en 1900/1901 et en 1914.
Le second voyage a Ă©tĂ© effectuĂ© en juillet et aoĂ»t 1914, avec pour objectif lâĂ©tude de lâUniversitĂ© musulmane de FĂšs et la recherche de ce quâĂ©tait devenue sa cĂ©lĂšbre bibliothĂšque de KaraouĂŻne, signalĂ©e comme disparue Ă lâĂ©poque ; investigations publiĂ©es en 1915 par « Le Globe, revue genevoise de gĂ©ographie », sous le titre « La ville de Fez, Exploration au Maroc en juillet et aoĂ»t 1914 ».
Le voyage de 1900/1901
Quant au premier voyage, celui qui intĂ©resse notre propos (*), son objet Ă©tait, comme le rĂ©vĂšle Montet lui-mĂȘme, de faire une enquĂȘte sur lâorganisation et le rĂŽle politique, religieux et social des confrĂ©ries religieuses musulmanes. Pour ce faire et sous couvert dâune mission scientifique sous lâĂ©gide de plusieurs instituts et sociĂ©tĂ©s acadĂ©miques, il dota son pĂ©riple marocain du caractĂšre officiel en se munissant de lettres dâintroduction adressĂ©es Ă la LĂ©gation de France Ă Tanger et aux autoritĂ©s marocaines. «Le voyage que je fais, Ă©crit-il, a un caractĂšre officiel, en ce sens que je lâentreprends sous la protection du Gouvernement français et, par la suite, du Gouvernement marocain. Ceci revient Ă dire que le gendarme marocain (mkhĂązni), qui mâaccompagnera, sera le reprĂ©sentant dâune puissance responsable de ma vie et de mes biens. »
Le 31 octobre 1900, Montet dĂ©barque Ă Tanger. Pour se rendre Ă Marrakech, il nâemprunte pas, pour des raisons de sĂ©curitĂ©, la route classique passant par FĂšs que suivent les lĂ©gations et les voyageurs officiels europĂ©ens, mais longe la cĂŽte atlantique, ce qui lui fait traverser les terres doukkalies du 6 au 12 dĂ©cembre 1900, dont Mazagan oĂč il sĂ©journe pendant 2 jours. Son pĂ©riple Ă travers la zone de Doukkala se dĂ©roule comme suit : 6 dĂ©cembre 1900 : dĂ©part de Casablanca vers Marrakech ; 7 dĂ©cembre : arrivĂ©e Ă Azemmour ; 9 dĂ©cembre : dĂ©part dâAzemmour et arrivĂ©e Ă Mazagan ; 10 dĂ©cembre : dĂ©part de Mazagan ; 11 dĂ©cembre : Souk Tlat Sidi Bennour ; 12 dĂ©cembre : Jebel Lakhdar et Guerrandou. De retour de Marrakech et Mogador, Montet traversera encore la province du 5 au 7 janvier 1901 (Oualidia, ruines de Tit et Mazagan), mais il nâen fait aucune description dans la narration de son voyage.
Deux traces Ă©crites couronnĂšrent ce voyage. Dâabord son Ă©tude intitulĂ©e : « Les ConfrĂ©ries religieuses de lâIslam Marocain : leur rĂŽle religieux, politique et social», parue en 1902 dans la «Revue de lâhistoire des religions» et en 1925 sous forme de livre. Et le rĂ©cit de son voyage dans lâempire chĂ©rifien publiĂ© par la revue «le Tour du monde (Journal des voyages et des voyageurs)» en 1903; divisĂ© en 8 Ă©pisodes, il porte comme titre : «Voyage au Maroc ».
Montet ne voile aucunement ses idĂ©es colonialistes Ă propos du Maroc. Aussi, dĂ©nonce-t-il tout au long de son rĂ©cit « les abus du gouvernement chĂ©rifien (qui) sont si criants et sa tyrannie si insupportable, que de toute parts Ă©clatent les plaintes et les protestations, plaintes et protestations auxquelles lâEurope devrait prĂȘter lâoreille; car sâil est un pays oĂč lâintervention des grandes puissances europĂ©ennes sâimpose comme une absolue nĂ©cessitĂ©, câest le Maroc»; avant dâattester dans lâune des conclusions de sa prose : «Jâestime que, sâil est un pays auquel doivent ĂȘtre confiĂ©es les destinĂ©es du Maroc, câest la France. La proximitĂ© de lâAlgĂ©rie, la transformation remarquable par laquelle lâAlgĂ©rie a passĂ© sous le rĂ©gime et le gĂ©nie français, enfin les rapports trĂšs Ă©troits, aux points de vue ethnographique, physique, linguistique et religieux, entre lâAlgĂ©rie occidentale (province dâOran) et le Maroc, sont autant de raisons dâun trĂšs grand poids qui militent en faveur de la thĂšse que jâaffirme (Ă©tablissement dâun protectorat français au Maroc). »
Deux traces Ă©crites couronnĂšrent ce voyage. Dâabord son Ă©tude intitulĂ©e : « Les ConfrĂ©ries religieuses de lâIslam Marocain : leur rĂŽle religieux, politique et social», parue en 1902 dans la «Revue de lâhistoire des religions» et en 1925 sous forme de livre. Et le rĂ©cit de son voyage dans lâempire chĂ©rifien publiĂ© par la revue «le Tour du monde (Journal des voyages et des voyageurs)» en 1903; divisĂ© en 8 Ă©pisodes, il porte comme titre : «Voyage au Maroc ».
Montet ne voile aucunement ses idĂ©es colonialistes Ă propos du Maroc. Aussi, dĂ©nonce-t-il tout au long de son rĂ©cit « les abus du gouvernement chĂ©rifien (qui) sont si criants et sa tyrannie si insupportable, que de toute parts Ă©clatent les plaintes et les protestations, plaintes et protestations auxquelles lâEurope devrait prĂȘter lâoreille; car sâil est un pays oĂč lâintervention des grandes puissances europĂ©ennes sâimpose comme une absolue nĂ©cessitĂ©, câest le Maroc»; avant dâattester dans lâune des conclusions de sa prose : «Jâestime que, sâil est un pays auquel doivent ĂȘtre confiĂ©es les destinĂ©es du Maroc, câest la France. La proximitĂ© de lâAlgĂ©rie, la transformation remarquable par laquelle lâAlgĂ©rie a passĂ© sous le rĂ©gime et le gĂ©nie français, enfin les rapports trĂšs Ă©troits, aux points de vue ethnographique, physique, linguistique et religieux, entre lâAlgĂ©rie occidentale (province dâOran) et le Maroc, sont autant de raisons dâun trĂšs grand poids qui militent en faveur de la thĂšse que jâaffirme (Ă©tablissement dâun protectorat français au Maroc). »
Mazagan en 1900
Montet arrive donc Ă Mazagan le 9 dĂ©cembre 1900 venant dâAzemmour, et la quitte le lendemain. Il est hĂ©bergĂ© par le consul de France dans la ville, Joseph Brudo, qui avait «prĂ©parĂ© des chambres dans son hospitaliĂšre demeure et ne (voulait) Ă aucun prix que nous couchions sous la tente». Ce dernier, Ă©crit Joseph Goulven dans «LâĂtablissement des premiers EuropĂ©ens Ă Mazagan au cours du XIXe siĂšcle», fut envoyĂ© par «la Maison Altaras (âŠ) en 1856 (âŠ) au Maroc pour le recouvrement de certaines de ses crĂ©ances en souffrance Ă Mogador. AprĂšs qu'il eut rempli l'objet de sa mission, Joseph Brudo s'Ă©tablit aussitĂŽt Ă son compte (1857) et choisit Mazagan pour rĂ©sidence habituelle; il acquit, de bonne heure, une place prĂ©pondĂ©rante parmi les commerçants de la ville, C'est Ă cette influence, qui lui venait de ses grandes qualitĂ©s, qu'il dut d'ĂȘtre choisi, en 1866, comme agent consulaire de France Ă Mazagan». «Il poussa mĂȘme le zĂšle, ajoute lâancien chef du Bureau des services civils du Maroc qui travailla Ă la municipalitĂ© dâEl Jadida entre 1915 et 1920, jusqu'Ă crĂ©er, vers 1890-1891, un service postal français au Maroc et Ă recevoir, Ă ses propres frais, toutes les missions qu'envoyait le gouvernement français au Maroc. La maison Brudo Ă©tait rĂ©putĂ©e pour ĂȘtre la maison de France Ă Mazagan : les Tissot, Ordega, Erckmann, Schlumberger, Burckart, DouttĂ©, etc., etc., y furent reçus Ă bras ouverts. »
Ă sa table, Brudo sert Ă ses invitĂ©s un « superbe chebel (alose) pĂȘchĂ© dans lâOum Errbia, câest un des premiers pris dans cette saison, et qui, comme tel, aurait dĂ» ĂȘtre envoyĂ© au sultan; câest donc un mets royal que nous nous mettons sous la dent».
Selon Montet, Mazagan est une «ville de commerce importante, de quinze Ă vingt mille habitants, (âŠ) qui a conservĂ© en parfait Ă©tat ses superbes fortifications portugaises. Un petit port, ou les chalands seuls peuvent pĂ©nĂ©trer, est attenant Ă la douane; quant aux navires, ils ancrent au large, loin des rochers sous-marins qui dĂ©fendent lâapproche de la ville. »
Et le caĂŻd de la ville dâenvoyer Ă lâhĂŽte de Mazagan un mouton comme « mouna». Le lendemain, il se rend chez lui. Câest «un viellard Ă lâaspect austĂšre; en nous offrant le thĂ©, il nâa garde de lĂącher son chapelet, quâil Ă©grĂšne, tout en causant. Il affecte une grande simplicitĂ©, et, mâa-t-on dit, il ne sort que montĂ© sur un Ăąne, comme les pauvres gens». DâaprĂšs le reprĂ©sentant du Makhzen, la province de Doukkala comptait quatre-vingt-dix mille tentes, soit trois cent mille habitants environ.
Montet arrive donc Ă Mazagan le 9 dĂ©cembre 1900 venant dâAzemmour, et la quitte le lendemain. Il est hĂ©bergĂ© par le consul de France dans la ville, Joseph Brudo, qui avait «prĂ©parĂ© des chambres dans son hospitaliĂšre demeure et ne (voulait) Ă aucun prix que nous couchions sous la tente». Ce dernier, Ă©crit Joseph Goulven dans «LâĂtablissement des premiers EuropĂ©ens Ă Mazagan au cours du XIXe siĂšcle», fut envoyĂ© par «la Maison Altaras (âŠ) en 1856 (âŠ) au Maroc pour le recouvrement de certaines de ses crĂ©ances en souffrance Ă Mogador. AprĂšs qu'il eut rempli l'objet de sa mission, Joseph Brudo s'Ă©tablit aussitĂŽt Ă son compte (1857) et choisit Mazagan pour rĂ©sidence habituelle; il acquit, de bonne heure, une place prĂ©pondĂ©rante parmi les commerçants de la ville, C'est Ă cette influence, qui lui venait de ses grandes qualitĂ©s, qu'il dut d'ĂȘtre choisi, en 1866, comme agent consulaire de France Ă Mazagan». «Il poussa mĂȘme le zĂšle, ajoute lâancien chef du Bureau des services civils du Maroc qui travailla Ă la municipalitĂ© dâEl Jadida entre 1915 et 1920, jusqu'Ă crĂ©er, vers 1890-1891, un service postal français au Maroc et Ă recevoir, Ă ses propres frais, toutes les missions qu'envoyait le gouvernement français au Maroc. La maison Brudo Ă©tait rĂ©putĂ©e pour ĂȘtre la maison de France Ă Mazagan : les Tissot, Ordega, Erckmann, Schlumberger, Burckart, DouttĂ©, etc., etc., y furent reçus Ă bras ouverts. »
Ă sa table, Brudo sert Ă ses invitĂ©s un « superbe chebel (alose) pĂȘchĂ© dans lâOum Errbia, câest un des premiers pris dans cette saison, et qui, comme tel, aurait dĂ» ĂȘtre envoyĂ© au sultan; câest donc un mets royal que nous nous mettons sous la dent».
Selon Montet, Mazagan est une «ville de commerce importante, de quinze Ă vingt mille habitants, (âŠ) qui a conservĂ© en parfait Ă©tat ses superbes fortifications portugaises. Un petit port, ou les chalands seuls peuvent pĂ©nĂ©trer, est attenant Ă la douane; quant aux navires, ils ancrent au large, loin des rochers sous-marins qui dĂ©fendent lâapproche de la ville. »
Et le caĂŻd de la ville dâenvoyer Ă lâhĂŽte de Mazagan un mouton comme « mouna». Le lendemain, il se rend chez lui. Câest «un viellard Ă lâaspect austĂšre; en nous offrant le thĂ©, il nâa garde de lĂącher son chapelet, quâil Ă©grĂšne, tout en causant. Il affecte une grande simplicitĂ©, et, mâa-t-on dit, il ne sort que montĂ© sur un Ăąne, comme les pauvres gens». DâaprĂšs le reprĂ©sentant du Makhzen, la province de Doukkala comptait quatre-vingt-dix mille tentes, soit trois cent mille habitants environ.
«Le thĂ©, Ă©crit Montet dans un autre passage de son rĂ©cit, dĂ©lie la langue dâun Marocain». Autour donc des «trois verres obligatoires de thĂ© vert Ă la menthe, saturĂ© de sucre» offerts par le caĂŻd, ce dernier « sâexprime en termes trĂšs vifs sur lâĂ©tat lamentable du Maroc, les abus de lâadministration et la tyrannie du Makhzen. Câest lui qui, quelques annĂ©es auparavant, disait Ă un officier français : Venez donc au Maroc, vous Français!». Et le thĂ©logien de tirer de ces propos la conclusion qui appuie son intime conviction : «Plus jâentre en rapport avec les Marocains, plus je me convaincs (âŠ) du dĂ©sir hautement exprimĂ© par beaucoup de Marocains dans toutes les sphĂšres sociales dâun protectorat, et surtout dâun protectorat français».
Dans un autre chapitre de son rĂ©cit, Montet raconte, alors quâil est invitĂ© chez un riche commerçant de Rabat, le dĂ©roulement de la cĂ©rĂ©monie du thĂ© Ă la mode marocaine, description qui mĂ©rite dâĂȘtre rapportĂ©e : « Un esclave apporte un plateau, thĂ©iĂ©re et samovar, de provenance europĂ©eene, tasses blanches et petits verres colorĂ©s, de mĂȘme origine, sucre, thĂ© vert et menthe fraĂźche. La menthe est le seul produit authentiquement marocain et la boisson favorite des gens Du Magreb El-Aksa. Le maĂźtre de la maison prĂ©pare lui-mĂȘme le thĂ©. (âŠ) Quand lâinfusion (de la menthe) est terminĂ©e, il remplit, non pas les tasses, mais les verres seuls, qui sont offerts par le maĂźtre de la maison lui-mĂȘme. (âŠ) Le lecteur aura remarquĂ© que nous avons bu le thĂ© dans des verres de couleur, et que nous ne nous sommes pas servis des tasses blanches. Chaque fois que nous avons Ă©tĂ© invitĂ©s Ă prendre le thĂ© chez un Marocain, il en a Ă©tĂ© ainsi. Voici lâexplication de ce fait. Au Maroc, oĂč les empoisonnements par lâarsenic sont frĂ©quents, on emploie, dans ce but dâhomicide, les tasses de porcelaine blanche, oĂč la poudre arsenicale passe inaperçue. Lâusage des verres de couleur est destinĂ© Ă prĂ©venir un attentat de ce genre, et câest un acte de franchise et de politesse Ă lâĂ©gard de lâhĂŽte, que de lui prĂ©senter le thĂ© dans une coupe, qui lui garantit par sa couleur, pour ainsi dire, la vie sauve».
AprĂšs avoir louĂ© «lâinĂ©puisable obligeance de (ses) hĂŽtes et des amis (rencontrĂ©s Ă Mazagan) dans la colonie europĂ©enne et parmi les musulmans», Montet tĂ©moigne que la ville est «de toutes les citĂ©s de la cĂŽte ouvertes aux EuropĂ©ens, celle oĂč ceux-ci jouissent de la plus grande sĂ©curité»; et ce «dans certaines mĂȘme oĂč le Maroc a Ă©tĂ© trĂšs agitĂ© et oĂč lâautoritĂ© du sultan Ă©tait trĂšs Ă©branlĂ©, (âŠ) le calme a toujours rĂ©gnĂ© sur Mazagan, et les EuropĂ©ens nây ont point eu Ă craindre les violences dont, ailleurs, ils eussent Ă©tĂ© infailliblement les victimes, sâils ne sâĂ©taient prudemment repliĂ©s sur cette place forte. Ses murailles portugaises semblent ĂȘtre un symbole de la sĂ»retĂ© dont la colonie europĂ©enne jouit sous leur protection».
«Cette paix et cette tranquillitĂ© exceptionnelles, affirme-il, qui sont le prĂ©cieux privilĂšge du Mazagan» sont dĂ©montrĂ©es par plusieurs faits, dont il rappelle deux. « Le premier est lâhabitude que les EuropĂ©ens ont prise, depuis plusieurs annĂ©es, de construire, en dehors des murailles, des magasins, des entrepĂŽts et mĂȘme des maisons dâhabitation » ; et de conclure : « Il faut vraiment que la sĂ©curitĂ© soit trĂšs grande et quâon se sente Ă Mazagan Ă lâabri des coups de main et des pillages, pour faire ce que nulle autre part, au Maroc, Ă lâexception de Tanger (et Larache), (âŠ) on nâose tenter. »
Dans un autre chapitre de son rĂ©cit, Montet raconte, alors quâil est invitĂ© chez un riche commerçant de Rabat, le dĂ©roulement de la cĂ©rĂ©monie du thĂ© Ă la mode marocaine, description qui mĂ©rite dâĂȘtre rapportĂ©e : « Un esclave apporte un plateau, thĂ©iĂ©re et samovar, de provenance europĂ©eene, tasses blanches et petits verres colorĂ©s, de mĂȘme origine, sucre, thĂ© vert et menthe fraĂźche. La menthe est le seul produit authentiquement marocain et la boisson favorite des gens Du Magreb El-Aksa. Le maĂźtre de la maison prĂ©pare lui-mĂȘme le thĂ©. (âŠ) Quand lâinfusion (de la menthe) est terminĂ©e, il remplit, non pas les tasses, mais les verres seuls, qui sont offerts par le maĂźtre de la maison lui-mĂȘme. (âŠ) Le lecteur aura remarquĂ© que nous avons bu le thĂ© dans des verres de couleur, et que nous ne nous sommes pas servis des tasses blanches. Chaque fois que nous avons Ă©tĂ© invitĂ©s Ă prendre le thĂ© chez un Marocain, il en a Ă©tĂ© ainsi. Voici lâexplication de ce fait. Au Maroc, oĂč les empoisonnements par lâarsenic sont frĂ©quents, on emploie, dans ce but dâhomicide, les tasses de porcelaine blanche, oĂč la poudre arsenicale passe inaperçue. Lâusage des verres de couleur est destinĂ© Ă prĂ©venir un attentat de ce genre, et câest un acte de franchise et de politesse Ă lâĂ©gard de lâhĂŽte, que de lui prĂ©senter le thĂ© dans une coupe, qui lui garantit par sa couleur, pour ainsi dire, la vie sauve».
AprĂšs avoir louĂ© «lâinĂ©puisable obligeance de (ses) hĂŽtes et des amis (rencontrĂ©s Ă Mazagan) dans la colonie europĂ©enne et parmi les musulmans», Montet tĂ©moigne que la ville est «de toutes les citĂ©s de la cĂŽte ouvertes aux EuropĂ©ens, celle oĂč ceux-ci jouissent de la plus grande sĂ©curité»; et ce «dans certaines mĂȘme oĂč le Maroc a Ă©tĂ© trĂšs agitĂ© et oĂč lâautoritĂ© du sultan Ă©tait trĂšs Ă©branlĂ©, (âŠ) le calme a toujours rĂ©gnĂ© sur Mazagan, et les EuropĂ©ens nây ont point eu Ă craindre les violences dont, ailleurs, ils eussent Ă©tĂ© infailliblement les victimes, sâils ne sâĂ©taient prudemment repliĂ©s sur cette place forte. Ses murailles portugaises semblent ĂȘtre un symbole de la sĂ»retĂ© dont la colonie europĂ©enne jouit sous leur protection».
«Cette paix et cette tranquillitĂ© exceptionnelles, affirme-il, qui sont le prĂ©cieux privilĂšge du Mazagan» sont dĂ©montrĂ©es par plusieurs faits, dont il rappelle deux. « Le premier est lâhabitude que les EuropĂ©ens ont prise, depuis plusieurs annĂ©es, de construire, en dehors des murailles, des magasins, des entrepĂŽts et mĂȘme des maisons dâhabitation » ; et de conclure : « Il faut vraiment que la sĂ©curitĂ© soit trĂšs grande et quâon se sente Ă Mazagan Ă lâabri des coups de main et des pillages, pour faire ce que nulle autre part, au Maroc, Ă lâexception de Tanger (et Larache), (âŠ) on nâose tenter. »
Le second trait rapportĂ© par lâauteur est « lâexistence (âŠ) dâune poste privĂ©e, dont lâhistoire confirme la bonne rĂ©putation de cette paisible citĂ©. » Il sâagit, Ă©videmment, du service postal entre Mazagan et Marrakech, fondĂ© par Joseph Brudo, qui disposait de ses propres timbres et dont les Rekkas (courriers) reliaient les deux villes en trois jours en gĂ©nĂ©ral, parfois mĂȘme deux, en se relayant, alors que « les voyageurs pressĂ©s, et qui nâemportent point avec eux de nombreux bagages, peuvent faire le voyage en cinq jours. »
Charité et mendicité
Montet vante, Ă©galement, la charitĂ© des Mazaganais en particulier et des Marocains en gĂ©nĂ©ral, rapportant deux faits anecdotiques. Un voyageur Français arrive un soir, trĂšs fatiguĂ© et lâestomac vide, dans un foundouk de la ville. Des mendiants lui demandent ce quâil dĂ©sirerait manger. Du pain et du beurre, rĂ©pond-il. Et lâun dâentre eux dâaller mendier les mets dans la ville et de les lui apporter. Seconde anecdote : un mendiant postĂ© devant lâune des portes de Mazagan sollicitait une somme Ă©gale au prix dâun Ăąne. AprĂšs plusieurs jours passĂ©s Ă crier en vain, un riche personnage de la citĂ© fut touchĂ© par ses plaintes et lui octroya la somme nĂ©cessaire pour lâachat de la bourrique, une vingtaine de pesetas. Et depuis lors, personne ne vit plus le mendiant devant la porte de la ville.
Concernant la mendicitĂ©, Montet la qualifie comme Ă©tant «lâune des plaies du Maroc; elle est due en partie (âŠ) Ă la misĂšre gĂ©nĂ©rale produite par la tyrannie du sultan». Et dâaffirmer que le fait relatif au mendiant sollicitant le prix dâun Ăąne quâil a citĂ©, montre «à quel point le Marocain dans lâaisance est charitable, et peut ĂȘtre exploitĂ© par les mendiants de profession».
A Mazagan, le marchĂ© se tient en dehors des murailles, explique Montet. Il sây arrĂȘte devant la boutique de ce quâil appelle un «mĂ©decin indigĂšne», une modeste tente. Notre mĂ©decin interroge ses patients, leur donne le remĂšde appropriĂ© (des herbes et des graines), auquel il joint une formule magique Ă©crite par lui sur un bout de papier et leur recommande dâabsorber et le remĂšde et le papier. Toutefois, Montet reconnaĂźt que les mĂ©decins indigĂšnes savent appliquer divers modes de pansements, soigner les fractures et connaissent lâusage thĂ©rapeutique de certaines plantes et de quelques eaux minĂ©rales.
Lorsque Montet sâapprĂȘte Ă quitter Mazagan, «lâaustĂšre et avare caĂŻd » de la ville veut lâhonorer en le faisant accomagner, lui et ses compagnons de voyage, par lâun de ses soldats. Aussi, il leur envoie «un mkhĂązni dĂ©guenillĂ© et dâune saletĂ© repoussante ; le pauvre diable est montĂ© sur un cheval qui nâa pas Ă©tĂ© pansĂ© depuis longtemps, et dont les flancs sont couverts dâune couche Ă©paisse de fumier».
Charité et mendicité
Montet vante, Ă©galement, la charitĂ© des Mazaganais en particulier et des Marocains en gĂ©nĂ©ral, rapportant deux faits anecdotiques. Un voyageur Français arrive un soir, trĂšs fatiguĂ© et lâestomac vide, dans un foundouk de la ville. Des mendiants lui demandent ce quâil dĂ©sirerait manger. Du pain et du beurre, rĂ©pond-il. Et lâun dâentre eux dâaller mendier les mets dans la ville et de les lui apporter. Seconde anecdote : un mendiant postĂ© devant lâune des portes de Mazagan sollicitait une somme Ă©gale au prix dâun Ăąne. AprĂšs plusieurs jours passĂ©s Ă crier en vain, un riche personnage de la citĂ© fut touchĂ© par ses plaintes et lui octroya la somme nĂ©cessaire pour lâachat de la bourrique, une vingtaine de pesetas. Et depuis lors, personne ne vit plus le mendiant devant la porte de la ville.
Concernant la mendicitĂ©, Montet la qualifie comme Ă©tant «lâune des plaies du Maroc; elle est due en partie (âŠ) Ă la misĂšre gĂ©nĂ©rale produite par la tyrannie du sultan». Et dâaffirmer que le fait relatif au mendiant sollicitant le prix dâun Ăąne quâil a citĂ©, montre «à quel point le Marocain dans lâaisance est charitable, et peut ĂȘtre exploitĂ© par les mendiants de profession».
A Mazagan, le marchĂ© se tient en dehors des murailles, explique Montet. Il sây arrĂȘte devant la boutique de ce quâil appelle un «mĂ©decin indigĂšne», une modeste tente. Notre mĂ©decin interroge ses patients, leur donne le remĂšde appropriĂ© (des herbes et des graines), auquel il joint une formule magique Ă©crite par lui sur un bout de papier et leur recommande dâabsorber et le remĂšde et le papier. Toutefois, Montet reconnaĂźt que les mĂ©decins indigĂšnes savent appliquer divers modes de pansements, soigner les fractures et connaissent lâusage thĂ©rapeutique de certaines plantes et de quelques eaux minĂ©rales.
Lorsque Montet sâapprĂȘte Ă quitter Mazagan, «lâaustĂšre et avare caĂŻd » de la ville veut lâhonorer en le faisant accomagner, lui et ses compagnons de voyage, par lâun de ses soldats. Aussi, il leur envoie «un mkhĂązni dĂ©guenillĂ© et dâune saletĂ© repoussante ; le pauvre diable est montĂ© sur un cheval qui nâa pas Ă©tĂ© pansĂ© depuis longtemps, et dont les flancs sont couverts dâune couche Ă©paisse de fumier».
«Lâhomme et la bĂȘte, remarque-t-il, sont dâun aspect si rĂ©pugnant et sentent si mauvais, que (ses) gens eux-mĂȘme, qui ne sont guĂšre difficiles, mais qui sont propres, en ont la nausĂ©e. » Ainsi, et aprĂšs quelques minutes de marche, le Français se dirigeant vers marrakech sâempressa «de renvoyer Ă son maĂźtre cet indigne compagnon de route».
Par SaĂŻd Ahid
*) Un rĂ©sumĂ© de cet article a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© lors du XIIĂšme Colloque « Maroc-Portugal : Histoire et patrimoine en partage », intitulĂ© « Mazagan patrimoine mondial 20 ans aprĂšs : rĂ©alisations et attentes» et organisĂ©, le 27 dĂ©cembre 2024 Ă El Jadida, par le Centre dâEtudes et de Recherches sur le Patrimoine Maroco-Lusitanien» en collaboration avec dâautres institutions.
Par SaĂŻd Ahid
*) Un rĂ©sumĂ© de cet article a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© lors du XIIĂšme Colloque « Maroc-Portugal : Histoire et patrimoine en partage », intitulĂ© « Mazagan patrimoine mondial 20 ans aprĂšs : rĂ©alisations et attentes» et organisĂ©, le 27 dĂ©cembre 2024 Ă El Jadida, par le Centre dâEtudes et de Recherches sur le Patrimoine Maroco-Lusitanien» en collaboration avec dâautres institutions.
