Je me suis rĂ©cemment promenĂ©, en compagnie dâamis, Ă Tafraout. Câest une petite bourgade splendide de quelques milliers dâhabitants. Sous forme de cuvette, elle est entourĂ©e dâune chaĂźne de montagnes constituĂ©e de grosses roches. La petite ville possĂšde un look particulier qui fait quâon lâaime dĂšs le premier abord.
Lâeffort de dĂ©veloppement accompli se rĂ©vĂšle aux visiteurs au fur et Ă mesure de leur balade. Un village modĂšle a Ă©tĂ© bĂąti Ă la pĂ©riphĂ©rie du centre. Il est trĂšs rĂ©ussi. Il aurait Ă©tĂ© souhaitable, par contre, de prĂ©voir pour les chaussĂ©es du village la pierre de lâardoise locale, Ă portĂ©e de main, au lieu des pavĂ©s en ciment, certainement plus coĂ»teux.
En une journĂ©e, je ne prĂ©tends pas avoir visitĂ© tous les coins et les recoins de Tafraout. Ce que nous avons cependant vu, grĂące Ă la visite guidĂ©e par un jeune Tafraouti, est merveilleux. Tafraout est en soi une Ćuvre dâart somptueuse. Sur les immenses roches, perchĂ©es sur les montagnes, on peut voir, grĂące aux effets de lâĂ©rosion, des formes humaines et animales. Les plus cĂ©lĂšbres roches sont celles reprĂ©sentant le chapeau de NapolĂ©on et la tĂȘte du lion. Pour les locaux, lâimage de NapolĂ©on avait toujours Ă©tĂ© plutĂŽt dĂ©signĂ©e localement par le pouce de la main.
La balade sâest poursuivie par la visite dâune ancienne maison traditionnelle situĂ©e dans la partie rurale de la ville. En contrepartie dâune piĂšce de dix dirhams par personne, un charmant septuagĂ©naire, non-voyant, Hadj Abdeslam, fait visiter la maison sur trois Ă©tages, en commentant les modes de vie et dâhabitation de ses parents et ancĂȘtres. TrĂšs instructives, les explications sur lâarganier et ses modes de prĂ©paration et de consommation. Il nous a appris que la pratique agricole a, quant Ă elle, carrĂ©ment disparu de la rĂ©gion. La cause nâest pas toujours la sĂ©cheresse, ni le dĂ©part des jeunes qui choisissent dâĂ©migrer ailleurs, mais plutĂŽt la prolifĂ©ration du sanglier qui ravage systĂ©matiquement toutes les cultures. LâagrĂ©able visite sâest terminĂ©e dans le salon situĂ© en haut de la maison traditionnelle, rĂ©servĂ© aux invitĂ©s. Autour dâun bon verre de thĂ© prĂ©parĂ© par son petit-fils, Hadj Abdeslam joue de la musique sur une cithare et, dâune voix trĂšs douce, chante curieusement les meilleurs morceaux de la perle du Nord. Il a passĂ© Ă Tanger trente ans de sa vie en tant que commerçant. Les gens de Tafraout sont connus pour avoir exercĂ©, depuis toujours, le mĂ©tier de commerçant sur tout le territoire national.
Nous avons empruntĂ©, ensuite, une piste pour aller visiter les ââroches peintesââ. Ce sont de grosses roches sous forme de galets qui ont Ă©tĂ©, il y a longtemps, entiĂšrement peintes en bleu, rouge, orange et autres couleurs par un artiste belge qui venait souvent dans la rĂ©gion. AbimĂ©es par les intempĂ©ries, les couleurs, nous a-t-on appris, ont Ă©tĂ© restaurĂ©es entiĂšrement par un fabricant de peinture.
A proximitĂ© de ce site, nous avons Ă©tĂ© intriguĂ©s par le bruit dâune musique assourdissante qui provenait dâun endroit en pleine montagne. En nous approchant pour contempler le spectacle, notre guide nous a fait savoir quâil sâagit dâun groupe de jeunes EuropĂ©ens qui campe ici depuis un mois et demi. Les responsables locaux les auraient autorisĂ©s Ă sây installer et camper en tant que groupe de jeunes ââhippiesââ. En Ă©coutant leur musique et en les regardant de plus prĂšs, nous nous sommes vite rendu compte que les jeunes en question, occupant ce bel endroit, ne sont autres que les amateurs de la musique dite « Techno rave ». Cette musique, qui se veut libre et dĂ©lirante, est nĂ©e Ă Detroit aux USA. Elle sâest ensuite rĂ©pandue en Allemagne et en Angleterre. Câest une vĂ©ritable nuisance pour la faune et la flore. Les jeunes qui Ă©coutent cette musique techno sont en gĂ©nĂ©ral des marginaux non Ă©duquĂ©s, souvent au passĂ© familial trĂšs dur et vivant dans la galĂšre et avec les aides sociales de leur gouvernement. On peut trouver des skinheads dont certains sont dâobĂ©dience dâextrĂȘme droite. Beaucoup de ces jeunes en question sont connus pour leur grande consommation dâalcool et de drogue. Ils ont de drĂŽles de mĆurs. Câest dâailleurs pour cette raison quâun certain nombre de maires en France interdisent le campement des parties techno-rave sur leur territoire.
En commentant cette curieuse dĂ©couverte pour nous, notre jeune guide nous a expliquĂ© que les autoritĂ©s locales les auraient acceptĂ©s en croyant que ces jeunes Ă©taient des ââhippiesââ qui pouvaient, comme ce fut le cas pour Essaouira, rehausser lâimage de marque de la citĂ©. Quel mĂ©lange de genres ? Il nous a ensuite relatĂ© les faits intervenus depuis lâarrivĂ©e de cette mouvance ââundergroundââ sur place. Ils ont entraĂźnĂ© un certain nombre de jeunes locaux dans la consommation de leurs produits favoris. Il y aurait eu mĂȘme quelques cas de pĂ©dophilie et celui dâune jeune fille dans une tentative de suicide. Selon notre guide, les jeunes en question occasionnent, par-dessus le marchĂ©, beaucoup de dĂ©sagrĂ©ments lors de leur approvisionnement au centre-ville. Ils stationnent leur vĂ©hicule nâimporte comment et sont surtout trĂšs dĂ©sagrĂ©ables et malpolis avec la population locale. Ils ne leur manifestent aucun respect.
Ce nâest certainement pas de cette façon de faire que nous allons promouvoir le tourisme au Maroc. La rĂ©gion de Tafraout, pays de Mokhtar Soussi et de Mohamed KhaĂŻr-Eddine, mĂ©rite mieux. Elle est tout indiquĂ©e par sa beautĂ© Ă accueillir des festivals authentiques valorisant son patrimoine et ses potentialitĂ©s humaines et culturelles.
Notizia 12 Mar 2012 5 min read
Le pays de Mokhtar Soussi et de Mohamed KhaĂŻr-Eddine mĂ©rite un meilleur sort : Du cĂŽtĂ© de Tafraout âŠ

