La ville de Safi, berceau du nationalisme, lâimage fidĂšle de lâidentitĂ© marocaine plurielle, constitue pourtant le reflet de la profonde crise de gouvernance qui secoue les conseils Ă©lus marocains. Une ville sacrifiĂ©e par ses Ă©diles toujours en marge des prĂ©occupations de la population safiote qui continue Ă payer les pots cassĂ©s dâune marginalisation voulue.
LâhĂ©morragie de la gestion locale dĂ©pourvue des moindres repĂšres persiste avec la prolifĂ©ration des bidonvilles et de lâinformel, lâoccupation illĂ©gale des biens publics, le massacre des espaces verts au profit des spĂ©culateurs immobiliers, et le patrimoine bĂąti sacrifiĂ©, entre autres. Lâimage terne des conseils Ă©lus se confirme dâune dĂ©cision Ă lâautre, et la qualitĂ© de la vie ne cesse de se dĂ©tĂ©riorer.
4000 bidonvilles ont vu le jour en six mois au vu et au su des autoritĂ©s locales et Ă©lues. Lâanarchie dans le secteur de lâurbanisme a atteint son comble Ă cause dâune flagrante complicitĂ© entre spĂ©culateurs et dĂ©cideurs. Les acteurs officiels et privĂ©s ont failli Ă leur mission dâassurer une offre sociale Ă mĂȘme de rĂ©pondre Ă la grande demande, rĂ©sultat dâun exode rural et dâune explosion dĂ©mographique. Malheureusement, lâirruption du bĂ©ton a dĂ©figurĂ© la ville qui a connu une extension dĂ©mesurĂ©e et dĂ©nuĂ©e de toute vision territoriale intĂ©grant les aspects culturel, historique, Ă©conomique, social et Ă©cologique. De ce fait, on se trouve devant 120 lotissements non rĂ©ceptionnĂ©s dĂ©finitivement, des infrastructures inachevĂ©es et environ 100.000 habitants vivant dans des conditions indignes.
Selon une étude officielle, le déficit en infrastructures et services de base à Safi nécessite une enveloppe de 17 milliards afin de réaliser la mise à niveau urbaine. Une ambition qui traßne toujours le pas à cause de la faible contribution du conseil communal.
Les Safiots se sentent de plus en plus dĂ©paysĂ©s, lâidentitĂ© urbaine est sĂ©rieusement dĂ©figurĂ©e par les horreurs immobiliĂšres initiĂ©es mĂȘme par certains Ă©diles.
MĂȘme le programme de relogement des habitants de lâancienne MĂ©dina connaĂźt dâinnombrables irrĂ©gularitĂ©s. Les citoyens continuent Ă pĂ©rir sous les dĂ©combres des maisons qui sâeffondrent les unes aprĂšs les autres. LâopĂ©rateur national «Al Omrane» chargĂ© de lâopĂ©ration et ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© de 185 hectares pour le modique prix de 36 DH m2, tarde Ă rĂ©soudre cet Ă©pineux dossier qui interpelle les volontĂ©s de la ville dâautant que 200 maisons menacent ruine dans lâancienne MĂ©dina de Safi!
Les structures dâaccueil de lâenfance et de la jeunesse, Ă lâexception de la bibliothĂšque, souffrent dâun sĂ©rieux dĂ©ficit surtout avec la dĂ©molition de la maison des jeunes et du club nautique. Dâautre part, les rĂ©alisations de lâex-conseil communal prĂ©sidĂ© par lâUSFP Ă Ezzaouia se font massacrer lâune aprĂšs lâautre, Ă lâinstar du complexe sportif, le centre dâaccueil des jeunes, et les marchĂ©s de Kawki et Lackliaa.
Le culturel est de plus en plus lĂ©sĂ©. Le cinĂ©ma Royal sert aujourdâhui de dĂ©pĂŽt, le cinĂ©ma Roxy a Ă©tĂ© transformĂ© Ă son tour en parking de motos par le conseil communal, tandis que les librairies migrent vers la droguerie et les produits chinois.
Ce constat a atteint un seuil critique avec la rĂ©cente programmation dâun milliard de centimes par le conseil municipal pour lâachat de matĂ©riaux consommables, de voitures, dâĂ©quipements bureautiques et informatiques, dans une ville qui manque de tout. Et dont le maire, aprĂšs deux ans dâexercice, sâest enfin rendu compte que la ville est privĂ©e dâespaces verts, que ses voiries ont besoin de rĂ©amĂ©nagement, et que sa jeunesse manque de structures dâacceuil, entre autres. Des promesses Ă©lectoralistes qui font rire et souffrir les Safiots qui en ont vraiment ras-le-bol!
Actualités 18 Feb 2013 3 min de lecture
Safi sâappauvrit, et ses Ă©diles sâenrichissent

