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Rabat, die Hauptstadt Marokkos, ist eine faszinierende Metropole am Atlantik. Die Stadt verbindet eine reiche almohadische...

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Nachrichten 07 Jul 2025 5 Min. Lesezeit

Carnet de Rabat – La mĂ©moire des pas!

Carnet de Rabat – La mĂ©moire des pas!
Carnet de Rabat – La mĂ©moire des pas!
Dans la mĂ©dina de Rabat, je laisse traĂźner mes pieds. Ils connaissent mieux le chemin que moi. Je ne pose pas de questions. Je leur fais confiance. 
Ce matin-lĂ , je n’avais pas de destination prĂ©cise, seulement l’envie de me perdre un peu dans les ruelles, dans le passĂ©, dans le souffle ancien de cette vieille ville qui me reconnaĂźt de loin. 
Mes pieds prennent la tĂȘte de l’expĂ©dition. Ils me font tourner Ă  droite, puis Ă  gauche, s’insinuant dans les veines Ă©troites de la mĂ©dina. Ils glissent entre les Ă©tals de tissus, les Ă©choppes de cuir, les odeurs d’épices et les voix marchandes qui flottent comme une chanson. Ils bifurquent sans prĂ©venir, quittant une artĂšre vive pour s’enfoncer dans une ruelle oĂč le silence s’installe comme une prĂ©sence.
Ils s’arrĂȘtent un instant devant une petite porte en bois sculptĂ©, celle d’une mosquĂ©e modeste, discrĂšte, presque cachĂ©e. La priĂšre y rĂ©sonne doucement. Je m’arrĂȘte aussi. J’écoute. Le muezzin ne rĂ©cite pas, il caresse l’air avec sa voix. C’est une halte brĂšve, mais dense, une respiration lente entre deux pas.
Puis, sans que je dĂ©cide, mes pieds repartent. Ils reprennent leur marche, portĂ©s par une mĂ©moire qui n’est pas tout Ă  fait la mienne. Peut-ĂȘtre celle d’un enfant que j’ai Ă©tĂ©. Peut-ĂȘtre celle d’un rĂȘve que j’ai oubliĂ©. Je les suis sans rĂ©sister.
Et me voici, sans crier gare, au bout d’une ruelle sans issue. Une impasse douce, baignĂ©e de lumiĂšre pĂąle. Ici, le silence est presque complet, comme si la ville avait cessĂ© de parler pour laisser place Ă  autre chose. Les murs sont hauts, irrĂ©guliers, recouverts d’un crĂ©pi fatiguĂ© par les annĂ©es. Des bougainvilliers dĂ©bordent d’un balcon au-dessus, jetant de l’ombre et des Ă©clats de pourpre sur le sol.
Je m’arrĂȘte. Je regarde autour de moi. Mon regard cherche, tĂątonne. J’essaie de reconnaĂźtre un dĂ©tail, une porte, une couleur, un heurtoir de cuivre, une trace d’ombre, une sensation. Je fouille dans ma mĂ©moire comme on fouille dans une boĂźte ancienne : avec espoir, mais sans certitude.
Est-ce ici que j’ai accompagnĂ© ma tante la brodeuse pour rendre visite Ă  une de ses clientes? Est-ce que cette ruelle est la seule de la mĂ©dina que mes pieds n’ont jamais foulĂ©e ? Une enclave oubliĂ©e dans une mĂ©dina pourtant que j’ai arpentĂ©e des milliers de fois. Comme si, ce matin, le lieu m'attendait depuis toujours. 
Je ne sais plus. Et peut-ĂȘtre cela n’a-t-il aucune importance. Ce n’est pas tant la mĂ©moire que je suis venu chercher ici, mais le sentiment de mĂ©moire. Une prĂ©sence. Une douceur. Une odeur. Une errance qui ne cherche pas Ă  arriver.
Je m’assois par terre, Ă  l’ombre d’un mur. Je ferme les yeux et j’écoute. 
J’entends le grincement d’une porte qui s’ouvre pour m’accueillir. J’ai à peine onze ans.

Carnet de Rabat – La mĂ©moire des pas!
C’est ma tante Malika. Elle est contente de me voir. Dans son regard, je me sens chez moi.‹Elle ne me demande pas d’oĂč je viens, ni oĂč je vais. En traversant le grand hall pour rejoindre la chambre qu’elle partage avec son vieux mari, j’ai la forte impression de reculer de six siĂšcles dans cette partie de la mĂ©dina appelĂ©e Sid Daoui.‹
Plusieurs familles vivent ici, comme suspendues dans un temps trĂšs ancien. À peine entrĂ© dans la chambre, ma tante dĂ©pose une petite table devant moi et m’y installe. Elle me sert une soupe aux lĂ©gumes qu’elle vient tout juste de prĂ©parer. À la premiĂšre cuillĂšre, je lui demande, pour la milliĂšme fois, comment avec seulement trois lĂ©gumes, elle rĂ©ussit Ă  faire la meilleure soupe du monde?
Malika ne répond pas. Elle ne répond jamais. Elle se contente de sourire. La plus belle des réponses.
MĂȘme jour. MĂȘme mĂ©dina.
Je viens de quitter ma tante Malika. Mes pas me conduisent naturellement chez ma tante Habiba, quelques ruelles plus loin, au quartier Boukroune. Elle non plus ne me pose pas de questions. Elle sait d’oĂč je viens, la plage.‹Elle sait aussi que je n’y reste jamais plus de trente minutes. Mon cousin (son fils), lui, s’y oublie, happĂ© par les vagues.
Un plat de courganes, mijotĂ© longuement sur le charbon, m’attendait. Je suis arrivĂ© juste Ă  temps pour dĂ©guster cette merveille de l’existence.
MĂȘme jour. MĂȘme mĂ©dina.
Je viens de quitter ma tante Habiba. Naturellement, je complĂšte mon parcours par une petite visite chez ma tante Albatoul. Dans son riad Ă  Derb El Fassi, je me sens tout aussi chez moi. Et je ne refuserais pour rien au monde le plat que je sais d’avance qu’elle va me servir. Ça ne se refuse pas, mĂȘme si l’on a le ventre d’un Bouddha, un tajine d’agneau aux pruneaux.
MĂȘme jour. En dehors de la mĂ©dina.
Je monte les escaliers en titubant pour regagner notre petit appartement. AprĂšs avoir traversĂ© la mĂ©dina, j’ai l’impression d’ĂȘtre sorti d’un autre Ăąge. Ma grand-mĂšre m’accueille et sans introduction, elle me lance « Pauvre de toi, tu as passĂ© la journĂ©e Ă  la plage. Tu dois avoir trĂšs faim. Ton plateau est prĂȘt dans la cuisine. Tu vas adorer. Sardines et lentilles. »
Il n’était pas question de plaider que j’avais le ventre dĂ©jĂ  plein. Pour rien au monde, je n’aurais manquĂ© ce repas.
Me voilĂ  donc, en douce, aux toilettes
 Ă  me vider le ventre. DĂ©sormais, l’ancien laissera place au nouveau.
Ce soir-lĂ , allongĂ© dans mon lit, je me souviens trĂšs bien de la question existentielle que je me suis posĂ©e, juste avant de m’abandonner dans les bras de MorphĂ©e : « Existe-t-il quelqu’un, dans tout l’univers, de plus aimĂ© que moi ? »
Épilogue :
Avec toute mon affection pour les enfants de Gaza.‹En faisant confiance Ă  leurs pas, ils retrouveront le chemin des bons repas, de la famille et de la libertĂ©.

Carnet de Rabat – La mĂ©moire des pas!

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