La Cour des comptes a rendu public son rapport annuel sur ses activitĂ©s et celles des Cours rĂ©gionales des comptes pour la pĂ©riode 2023-2024. Ce rapport, publiĂ© au Bulletin officiel sous le numĂ©ro 7360 bis du 13 dĂ©cembre 2024, traite de plusieurs axes dans le cadre du suivi quâelle effectue sur la mise en Ćuvre des chantiers des grandes rĂ©formes.
Elle a ainsi procĂ©dĂ© Ă une apprĂ©ciation de lâĂ©tat des actions rĂ©alisĂ©es et celles en cours, et a identifiĂ© les risques pouvant entraver lâatteinte des objectifs assignĂ©s Ă ces chantiers.
Dans le secteur de lâEau, la Cour des Comptes sâest penchĂ©e sur les dĂ©fis liĂ©s Ă lâaccĂ©lĂ©ration de la mise en Ćuvre des grands chantiers pour faire face aux risques du stress hydrique.
« La problĂ©matique du stress hydrique constitue un des dĂ©fis majeurs auxquels fait face notre pays, notamment avec lâaccentuation des effets du changement climatique et la succession des annĂ©es de sĂ©cheresse. Pour attĂ©nuer lâimpact de la crise hydrique, notamment en ce qui concerne la sĂ©curisation de l’approvisionnement en eau potable et la satisfaction des besoins des secteurs productifs, le programme national dâapprovisionnement en eau potable et dâirrigation 2020-2027 (PNAEPI) a Ă©tĂ© lancĂ© dĂ©but 2020 », relĂšve la juridiction, notant que « le PNAEPI a dĂ©marrĂ© avec un budget global du de 115 MMDH. Afin de garantir la rĂ©alisation de lâensemble de ses projets et lâatteinte des objectifs fixĂ©s, ce budget a Ă©tĂ© portĂ© Ă 143 MMDH, trois ans aprĂšs son lancement ».
Le Programme englobe le dĂ©veloppement de lâoffre en eau Ă travers lâaccĂ©lĂ©ration de la construction des barrages, le renforcement et la sĂ©curisation de lâapprovisionnement en eau potable, le dessalement de lâeau et lâinterconnexion des bassins hydrauliques (83,9 MMDH), le renforcement de lâalimentation en eau potable en milieu rural (28,3 MMDH), la gestion de la demande et la valorisation de lâeau, notamment par lâĂ©conomie dâeau dâirrigation et l’amĂ©lioration du rendement des rĂ©seaux dâadduction et de distribution de l’eau potable (27,5 MMDH), ainsi que la rĂ©utilisation des eaux usĂ©es traitĂ©es (3 MMDH), rappelle la Cour des comptes.
Sâagissant de la construction des barrages, relĂšve le rapport, le PNAEPI prĂ©voit la construction de 21 grands barrages et 330 petits barrages, et en ce sens, avec la mise en service dâun ensemble de barrages, dont la construction a commencĂ© avant le lancement du programme, notamment les barrages Todgha (province de Tinghir), Tiddas (province de Khemisset), et Agdz (province de Zagora) et Fask (province de Guelmim), la capacitĂ© totale de stockage est passĂ©e de 18,7 milliards de mÂł en 2020 Ă 20,7 milliards de mÂł.
En outre, il est prĂ©vu, selon les donnĂ©es du ministĂšre de l’Equipement et de l’Eau, que cette capacitĂ© augmente pour atteindre 24 milliards de m3 Ă fin 2027, soit une augmentation de 20%.
A cet Ă©gard, la Cour des Comptes relĂšve que « certains projets de grands barrages dont la rĂ©alisation avait commencĂ© avant le lancement du PNAEPI 2020-2027 ont enregistrĂ© du retard par rapport aux prĂ©visions, notamment les barrages de Mâdez (province de Sefrou), Targa Ou Madi (province de Guercif), ainsi que le projet de reconstruction du barrage Sakia El Hamra (province LaĂąyoune) ».
Ce retard est dĂ» principalement aux rĂ©siliations des marchĂ©s de travaux les concernant, souligne le rapport, qui signale que de nouveaux marchĂ©s dâachĂšvement ont Ă©tĂ© lancĂ©s pour ces projets, et que le barrage de Mâdez a Ă©tĂ© mis en eau en fĂ©vrier 2024 et lâachĂšvement des deux autres barrages est prĂ©vu pour 2026.
Pour ce qui est de la gestion de la demande et la valorisation de lâeau, le document rappelle que la superficie Ă©quipĂ©e en systĂšmes dâirrigation localisĂ©e a atteint environ 794.000 hectares Ă fin 2023, reprĂ©sentant prĂšs de 50% de la superficie irriguĂ©e Ă lâĂ©chelle nationale, contre 43% en 2020 et seulement 9% en 2008.
Toutefois, fait-il remarquer, les efforts dĂ©ployĂ©s, pour moderniser les rĂ©seaux dâirrigation collective et promouvoir lâirrigation localisĂ©e nâont pas permis de stabiliser la demande en eau dâirrigation, sachant que le problĂšme de la surexploitation des eaux souterraines s’est aggravĂ©.
Par ailleurs, pour combler le dĂ©ficit en ressources hydriques, le dessalement des eaux de mer qui sâimpose, a pour objectif de mobiliser 1,4 milliard de mÂł dâeau par an Ă lâhorizon 2027. Le nombre de stations de dessalement est passĂ© de huit stations, dâune capacitĂ© totale de production de 46 millions de mÂł par an, avant le lancement du PNAEPI, Ă 15 stations en 2024, dâune capacitĂ© totale de production Ă 192 millions de mÂł par an.
En outre, six grands projets de dessalement sont en cours de rĂ©alisation, avec une capacitĂ© totale de 438,3 millions de mÂł par an, dont la station de Casablanca dâune capacitĂ© de 300 millions de mÂł par an. Par ailleurs, le PNAEPI prĂ©voit la rĂ©utilisation de 100 millions de mÂł dâeaux usĂ©es traitĂ©es par an Ă lâhorizon 2027, sachant que ce volume a atteint environ 37 millions de mÂł en 2023, est-il encore indiquĂ©.
NĂ©anmoins, la rĂ©utilisation des eaux usĂ©es traitĂ©es reste limitĂ©e aux secteurs industriels et Ă lâarrosage des espaces verts, alors que son usage dans lâagriculture demeure insignifiant en raison de l’absence de dispositifs institutionnels et juridiques encadrant le partage des coĂ»ts entre les gestionnaires des stations de traitement et les agriculteurs, ainsi que du manque de normes fixant la qualitĂ© des eaux usĂ©es Ă rĂ©utiliser en agriculture.
Sâagissant de lâinterconnexion des bassins hydrauliques, le projet dâinterconnexion des bassins de Sebou et de Bouregreg, dâun coĂ»t de 6 MMDH, a Ă©tĂ© achevĂ© et mis en service fin aoĂ»t 2023. Ce projet fait partie de la premiĂšre phase du programme dâinterconnexion des bassins de Sebou, Bouregreg et Oum Er-Rbia, dont le lancement des phases suivantes est prĂ©vu en 2024.
De plus, le projet dâinterconnexion des barrages Oued El Makhazine et Dar Khrofa est Ă©galement en cours dâachĂšvement, six mois aprĂšs son lancement. Ce projet, dâun coĂ»t de 840 MDH, vise Ă sĂ©curiser les besoins en eau potable du Grand Tanger et Ă alimenter en eau dâirrigation le pĂ©rimĂštre de Dar Khrofa, dâune superficie de 21.000 hectares.
Abordant les risques auxquels peut ĂȘtre confrontĂ©e lâatteinte des objectifs de la politique de lâeau du pays, la Cour des Compte cite « lâaggravation de la situation hydrique due Ă une accentuation du changement climatique, le retard des projets de dessalement, de reconversion Ă lâirrigation localisĂ©e, dâinterconnexion des bassins hydrauliques, et des projets de barrages, en particulier dans les zones Ă forte pluviomĂ©trie ».
Elle Ă©voque Ă©galement le risque liĂ© « au retard de rĂ©alisation du projet de liaison Ă©lectrique pour le transport de lâĂ©nergie renouvelable du sud du pays vers le centre et le nord afin dâalimenter les stations de dessalement en Ă©nergie propre, ainsi que la problĂ©matique de la mobilisation du financement nĂ©cessaire, et lâimportance des coĂ»ts de traitement, transport et distribution des eaux usĂ©es, et du suivi de la qualitĂ© des eaux ».
Au vu de tous ces facteurs, la Cour des comptes a émis nombre de recommandations aux différents intervenants. Elle a ainsi recommandé :
– au ministĂšre de lâĂ©quipement et de lâeau de renforcer la gestion intĂ©grĂ©e des ressources en eau en veillant Ă la prĂ©servation des rĂ©serves stratĂ©giques en eaux souterraines et Ă lâencouragement du recours aux ressources non conventionnelles, notamment le dessalement des eaux de mer, la rĂ©utilisation des eaux usĂ©es traitĂ©es et la collecte des eaux pluviales, la rĂ©duction des pertes dans les rĂ©seaux de transport et de distribution de lâeau, ainsi quâune meilleure protection des barrages contre lâenvasement, en plus de lâaccĂ©lĂ©ration de rĂ©alisation des projets relatifs Ă lâinterconnexion des bassins hydrauliques.
– au ministĂšre de lâĂ©conomie et des finances de mobiliser les financements nĂ©cessaires pour la mise en Ćuvre des programmes rĂ©pondant aux dĂ©fis posĂ©s.
– au ministĂšre chargĂ© de lâAgriculture dâaccĂ©lĂ©rer les programmes de reconversion Ă lâirrigation localisĂ©e.
– aux ministĂšres chargĂ©s de lâintĂ©rieur, de lâĂ©quipement et de lâeau, de lâagriculture, et de la transition Ă©nergĂ©tique de dĂ©velopper les synergies « Eau-Ănergie-Agriculture » permettant la convergence de ces trois secteurs.
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