De Casablanca Ă Marrakech, la dynamique sâaccĂ©lĂšre. AprĂšs le succĂšs du «Forum ZLECAf Morocco 2024», le Maroc a accueilli, les 11 et 12 dĂ©cembre 2025, la 2Ăšme Ă©dition du Forum dâAffaires de la ZLECAf. OrganisĂ©e sous le Haut Patronage de Sa MajestĂ© le Roi Mohammed VI par le SecrĂ©tariat dâĂtat chargĂ© du Commerce extĂ©rieur, cette rencontre, placĂ©e sous le thĂšme «Ensemble pour une mise en Ćuvre efficiente de la ZLECAf», sâinscrit dans une logique de consolidation et de passage Ă lâaction, en partenariat avec la ConfĂ©dĂ©ration Marocaine des Exportateurs (ASMEX), la CGEM et lâAssociation des RĂ©gions du Maroc (ARM).
Lâheure du marchĂ© africain intĂ©grĂ©
PortĂ©e par lâambition de faire passer les Ă©changes intra-africains de 16% actuellement Ă prĂšs de 50% Ă lâhorizon des vingt prochaines annĂ©es, la Zone de libre-Ă©change continentale africaine sâimpose comme lâun des chantiers Ă©conomiques les plus structurants du continent. Lors du Forum dâAffaires de la ZLECAf, le SecrĂ©taire dâĂtat chargĂ© du Commerce extĂ©rieur, Omar Hejira, a rappelĂ© que cet accord vise Ă donner naissance au plus grand bloc commercial au monde en nombre dâĂtats membres, rĂ©unissant plus de 1,3 milliard de consommateurs et des capacitĂ©s productives encore largement sous-exploitĂ©es.
Au-delĂ des discours, lâenjeu est dĂ©sormais opĂ©rationnel de bĂątir progressivement un marchĂ© africain intĂ©grĂ©, Ă lâimage de la CommunautĂ© Economique EuropĂ©enne qui a prĂ©cĂ©dĂ© lâUnion EuropĂ©enne, capable de rĂ©duire la dĂ©pendance extĂ©rieure du continent et de structurer des chaĂźnes de valeur rĂ©gionales. La ZLECAf ambitionne ainsi de faire Ă©merger, Ă terme, un marchĂ© unique de prĂšs de 1,4 milliard dâhabitants, fondĂ© sur la simplification des Ă©changes, la levĂ©e des barriĂšres non tarifaires, la finalisation des nĂ©gociations tarifaires et le dĂ©ploiement dâoutils structurants, notamment un systĂšme de paiement panafricain et des infrastructures logistiques intĂ©grĂ©es.
Du dĂ©bat Ă lâaction
PensĂ© comme un outil de mise en Ćuvre plutĂŽt que comme un simple cadre dâĂ©changes, le programme des deux journĂ©es du Forum a traduit la volontĂ© des organisateurs de dĂ©placer le dĂ©bat vers le terrain opĂ©rationnel. Les discussions ont Ă©tĂ© structurĂ©es autour des leviers clĂ©s de la ZLECAf, notamment la transformation des chaĂźnes de valeur continentales, lâaccĂ©lĂ©ration du commerce intra-africain, la montĂ©e en gamme des exportations africaines et le renforcement de lâattractivitĂ© des investissements.
Ă travers une articulation entre panels thĂ©matiques, sessions plĂ©niĂšres, rencontres B2B et Ă©changes techniques, le Forum a rĂ©uni dĂ©cideurs publics, chefs dâentreprises, institutions et experts autour dâun objectif commun : faire de la ZLECAf un instrument concret de rĂ©silience Ă©conomique, de compĂ©titivitĂ© productive et de prospĂ©ritĂ© partagĂ©e Ă lâĂ©chelle du continent.
«Nous participons Ă la deuxiĂšme Ă©dition du Forum avec un objectif clair : aller au-delĂ des signatures de conventions pour aboutir Ă des rĂ©sultats concrets. Il sâagit dâidentifier des mĂ©canismes opĂ©rationnels permettant aux entreprises africaines dâĂ©changer davantage entre elles», nous confie Ali El Harti, prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration Nationale de l'ElectricitĂ©, de l'Electronique et des Energies Renouvelables (FENELEC).
En marge du Forum, la ConfĂ©dĂ©ration Africaine de lâĂlectricitĂ© et des Ănergies Renouvelables (CAFELEC), dont la FENELEC est membre actif, a signĂ© un partenariat visant Ă renforcer lâintĂ©gration du secteur Ă©lectrique africain. Lâaccord prĂ©voit lâharmonisation des normes, le partage dâexpertise, la formation conjointe, ainsi que le dĂ©veloppement de projets transnationaux dans les Ă©nergies renouvelables, lâhydrogĂšne vert, le solaire et lâĂ©olien.
«Au niveau de la CAFALEC, nous avons signĂ© cette convention pour accompagner ces pays africains dans la dĂ©marche, depuis lâingĂ©nierie jusquâau montage financier, puis jusquâĂ la mise en Ćuvre et lâĂ©lectrification», a dĂ©clarĂ© Ali El Harti.
ASMEX, pont entre les marchés
LâASMEX adopte une dĂ©marche rĂ©solument pragmatique pour consolider le commerce intra-africain, en dĂ©passant la simple formalitĂ© des signatures de conventions. Lâaccent est mis sur la crĂ©ation de mĂ©canismes concrets permettant de renforcer lâintĂ©gration des chaĂźnes de valeur Ă lâĂ©chelle du continent, dâaccroĂźtre la compĂ©titivitĂ© des entreprises africaines et de favoriser des Ă©changes durables entre elles.
Le prĂ©sident de lâASMEX, Hassan Sentissi, a rĂ©vĂ©lĂ© à «LâOpinion» que «lâASMEX a exprimĂ© ses vĆux les plus sincĂšres pour fĂ©dĂ©rer et crĂ©er une confĂ©dĂ©ration africaine des exportateurs marocains».
Cette approche souligne Ă©galement le rĂŽle stratĂ©gique du Maroc comme plateforme Ă©conomique et logistique capable de catalyser les investissements et de servir de pont entre les marchĂ©s africains et internationaux. En plaçant la coopĂ©ration et la structuration au cĆur de ses actions, lâASMEX aspire Ă transformer les ambitions commerciales en rĂ©sultats tangibles, tout en soutenant le dĂ©veloppement Ă©conomique de lâensemble de lâAfrique.
Construire un marché continental résilient
De son cĂŽtĂ©, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la ZLECAf, Wamkele Mene, a insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© dâaccĂ©lĂ©rer la mise en Ćuvre du projet, dĂ©sormais sorti de sa phase technique. Face Ă un environnement international marquĂ© par la fragmentation des politiques industrielles, il a appelĂ© Ă renforcer les chaĂźnes dâapprovisionnement intra-africaines, Ă dĂ©velopper les capacitĂ©s industrielles du continent et Ă investir davantage dans ses propres institutions de financement.
Pour lui, la rĂ©silience africaine passe par des chaĂźnes de valeur construites en Afrique, pour lâAfrique. Les nĂ©gociations abouties dans les secteurs du textile, de lâhabillement et des rĂšgles dâorigine constituent, selon lui, des progrĂšs majeurs dans ce sens.
«Le secteur des tissus marocains joue un rĂŽle clĂ© dans le dĂ©veloppement industriel et la coopĂ©ration avec lâAfrique. Nous transformons les produits africains au Maroc pour les marchĂ©s locaux et internationaux, crĂ©ant ainsi des emplois et stimulant les investissements», nous a confiĂ© Anas Al-Ansari, prĂ©sident de lâAMITH.
Mene a Ă©galement soulignĂ© lâimportance du secteur privĂ©, qui devra ĂȘtre au cĆur de lâĂ©dition 2026 du Forum.
âŻLâAfrique connectĂ©e grĂące au Maroc
En se positionnant comme le reflet des ambitions Ă©conomiques du continent, le Maroc, engagĂ© dans une profonde mutation infrastructurelle, est appelĂ© Ă jouer un rĂŽle central dans la construction dâun vĂ©ritable marchĂ© africain intĂ©grĂ©. GrĂące Ă ses investissements dans les infrastructures logistiques, portuaires et industrielles, le Royaume offre une plateforme stratĂ©gique capable de faciliter les Ă©changes entre les diffĂ©rents pays africains et dâattirer les investisseurs internationaux.
La tenue du 3Ăšme Forum de la ZLECAf, prĂ©vue courant 2026 Ă FĂšs, selon le SecrĂ©taire dâĂtat chargĂ© du Commerce extĂ©rieur, Omar Hejira, illustre cette dynamique et souligne lâimportance du Maroc dans la mise en Ćuvre des objectifs de la ZLECAf, pour stimuler le commerce intra-africain, harmoniser les rĂ©gulations et promouvoir la compĂ©titivitĂ© des entreprises africaines. Ce positionnement renforce non seulement la stature du Maroc comme hub Ă©conomique continental, mais ouvre Ă©galement la voie Ă une intĂ©gration rĂ©gionale plus solide et durable, bĂ©nĂ©fique pour lâensemble des acteurs Ă©conomiques africains.
â3 questions Ă Hassan Sentissi : â LâASMEX a jouĂ© un rĂŽle clĂ© en tant que catalyseur pour rĂ©unir les pays africains autour dâobjectifs communs de commerce et dâexportation â
- Quel est le potentiel et lâimpact de lâASMEX sur les exportateurs marocains et africains ?
LâASMEX compte aujourdâhui prĂšs de 9.000 exportateurs marocains, dont une centaine dâentreprises mixtes qui exportent dĂ©jĂ de maniĂšre significative. Lâassociation, bien que créée il y a 42 ans, nâa commencĂ© Ă se faire pleinement connaĂźtre et Ă fĂ©dĂ©rer les entreprises marocaines que ces derniĂšres annĂ©es. Aujourdâhui, lâASMEX appelle Ă la crĂ©ation dâune confĂ©dĂ©ration africaine des exportateurs, avec lâaide de lâĂtat, pour structurer et renforcer les Ă©changes commerciaux Ă lâĂ©chelle continentale. Nous souhaitons que le Maroc serve de base et dâexemple pour cette initiative, en fĂ©dĂ©rant les exportateurs africains autour de cette vision.
- Quel rĂŽle joue lâASMEX pour faciliter lâaccĂšs des exportateurs marocains aux marchĂ©s africains dans le cadre de la ZLECAf ?
LâASMEX a jouĂ© un rĂŽle clĂ© en tant que catalyseur pour rĂ©unir les pays africains autour dâobjectifs communs de commerce et dâexportation. Cette initiative a permis dâorganiser le premier âForum ZLECAf Morocco 2024â Ă Casablanca, entiĂšrement portĂ© par lâASMEX, et qui a rencontrĂ© un succĂšs retentissant tant sur le plan de la participation que des rĂ©sultats concrets. Forts de cette rĂ©ussite, nous souhaitons aujourdâhui positionner le Maroc comme un acteur central du commerce intra-africain. Câest dans cette optique que nous avons Ă©tabli un partenariat avec le ministĂšre du Commerce extĂ©rieur pour la seconde Ă©dition du forum, afin de renforcer lâimplication marocaine et dâĂ©largir les opportunitĂ©s pour nos exportateurs sur lâensemble du continent
- Comment lâASMEX aide-t-elle les entreprises marocaines Ă rĂ©ussir sur le marchĂ© africain ?
LâASMEX sâattache Ă prĂ©parer un terrain favorable aux Ă©changes commerciaux, en restant strictement non-politique et impartial, afin de permettre Ă toutes les entreprises africaines de collaborer efficacement avec le Maroc. Pour soutenir les exportateurs marocains, notamment ceux qui sont encore en phase de dĂ©veloppement ou peu expĂ©rimentĂ©s, nous avons mis en place une commission de commerce dĂ©diĂ©e. Cette commission accompagne les entreprises pour les aider Ă se structurer, Ă renforcer leur organisation interne, Ă comprendre les exigences des marchĂ©s africains et Ă se prĂ©parer Ă lâexport. Lâobjectif est de crĂ©er un Ă©cosystĂšme solide oĂč les entreprises peuvent dĂ©velopper leur compĂ©titivitĂ©, nouer des partenariats durables et saisir les opportunitĂ©s offertes par le commerce intra-africain.
â3 questions Ă Ali El Harti : â Toutes les Ă©tudes montrent que lâĂ©conomie mondiale dĂ©pendra de lâĂ©conomie africaineâ
- Selon vous, quel est lâobjectif principal de la tenue de ce forum ?
Lors de la deuxiĂšme Ă©dition du Forum ZLECAf, lâobjectif est de dĂ©passer les simples signatures de conventions pour gĂ©nĂ©rer des rĂ©sultats concrets, en favorisant les Ă©changes entre entreprises africaines. MalgrĂ© un commerce intra-africain encore faible, le continent vise lâindustrialisation, avec le Maroc comme modĂšle. Nous avons dĂ©jĂ enregistrĂ© des rĂ©sultats concrets et trĂšs positifs, et lâavenir sâannonce prometteur. Le forum a permis un partage dâexpĂ©riences rĂ©ciproque, tout en soutenant lâexportation marocaine, notamment dans lâĂ©lectricitĂ© et les Ă©nergies renouvelables.
- Quels sont les rĂ©sultats concrets attendus de la convention avec la CAFALEC pour lâaccompagnement des pays africains dans lâĂ©lectrification ?
Rien ne peut se faire sans Ă©nergie, car la richesse dâun pays dĂ©pend directement de sa consommation Ă©nergĂ©tique. Aujourdâhui, un Africain consomme en moyenne dix fois moins quâun EuropĂ©en, ce qui reprĂ©sente une Ă©norme opportunitĂ©. LâĂ©nergie en Afrique peut ĂȘtre utilisĂ©e sous forme de produits pĂ©troliers, de gaz ou dâĂ©lectricitĂ©, et le gazoduc permettra de gĂ©nĂ©rer une grande capacitĂ© Ă©lectrique, transformant pĂ©trole et gaz en Ă©lectricitĂ©. MalgrĂ© les dĂ©fis, notamment le financement, la convention signĂ©e avec la CAFALEC vise Ă accompagner les pays africains depuis lâingĂ©nierie jusquâau financement et Ă la mise en Ćuvre de projets dâĂ©lectrification industrielle, rĂ©sidentielle et tertiaire.
- Quel message souhaitez-vous adresser aux autres pays africains pour renforcer lâefficacitĂ© Ă©conomique du continent ?
Mon message est clair et simple : notre richesse, câest notre jeunesse. La moyenne dâĂąge en Afrique est de 19 ans, contre 40 ans en Europe. Lâavenir est donc africain. Toutes les Ă©tudes montrent que lâĂ©conomie mondiale dĂ©pendra de lâĂ©conomie africaine. Nous avons un potentiel Ă©norme et il est temps de passer Ă une vitesse supĂ©rieure, celle de la concrĂ©tisation et des rĂ©sultats tangibles.
