A lâheure oĂč les projecteurs institutionnels illuminent une façade de dĂ©veloppement Ă©conomique, la rĂ©alitĂ© sociale marocaine, elle, sâeffrite en silence. La FĂ©dĂ©ration dĂ©mocratique du travail (FDT), par la voix de son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral Youssef Aidi, lĂšve le voile sur une situation alarmante : celle dâun secteur privĂ© de plus en plus hostile, dâun gouvernement complice par son inertie et dâune politique sociale dĂ©libĂ©rĂ©ment relĂ©guĂ©e au rang de variable dâajustement.
Le choix de M'diq-Fnideq pour lâancrage local de la FDT nâest pas anodin. RĂ©gion frontaliĂšre fragilisĂ©e par la fermeture du poste douanier de Bab Sebta, elle est le miroir cruel des ravages dâun dĂ©sengagement gouvernemental aux consĂ©quences socioĂ©conomiques catastrophiques. LâarrĂȘt brutal du commerce transfrontalier a laissĂ© sur le carreau des milliers de femmes et dâhommes, privĂ©s du jour au lendemain de leur seul moyen de subsistance.
La "zone Ă©conomique spĂ©ciale", prĂ©sentĂ©e comme solution miracle, nâa tenu aucune de ses promesses. Elle a reproduit le schĂ©ma usĂ© des projets dĂ©connectĂ©s du terrain, imposĂ©s sans concertation et sans vision pour les populations concernĂ©es. Ni emplois dĂ©cents, ni alternative viable : juste un mirage de dĂ©veloppement pour camoufler lâabandon politique dâune rĂ©gion entiĂšre.
Mais câest en Ă©voquant le sort des travailleurs du secteur privĂ© que Youssef Aidi a frappĂ© le plus fort : «Certains Ćuvrent, sans scrupule, Ă lâinstauration dâun systĂšme dâesclavage dans le secteur privé», a-t-il assĂ©nĂ©, sans dĂ©tour. Cette phrase, grave, nâest pas une figure de style. Câest un diagnostic clinique de la rĂ©alitĂ© vĂ©cue chaque jour par une main-d'Ćuvre exploitĂ©e et prĂ©carisĂ©e.
Ce paradoxe, la FDT lâĂ©claire dâun jour cru : oui, le Maroc rĂ©ussit dans certains secteurs industriels â mais sur le dos dâune classe ouvriĂšre surexploitĂ©e et abandonnĂ©e.
Le cas des Ă©ducatrices et Ă©ducateurs du prĂ©scolaire, longuement Ă©voquĂ© dans le discours de Youssef Aidi, illustre lâampleur du mĂ©pris institutionnel. Ils forment pourtant lâun des maillons essentiels du systĂšme Ă©ducatif, assurant lâĂ©veil pĂ©dagogique de toute une gĂ©nĂ©ration. Et pourtant, ils exercent dans la prĂ©caritĂ© la plus totale, sans statut clair, ni contrat digne, ni mĂȘme reconnaissance de leur rĂŽle fondamental.
Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FDT exhorte cette catĂ©gorie Ă sâorganiser en interne, Ă travers une structure dĂ©diĂ©e au sein de la FĂ©dĂ©ration, afin de mener le combat pour leur intĂ©gration et la reconnaissance pleine et entiĂšre de leur travail. Il sâagit lĂ dâun enjeu fondamental. Celui de reconstruire le tissu syndical de la base, pour dĂ©fendre lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral face Ă un gouvernement aux abonnĂ©s absents.
La tentative dâempĂȘcher la tenue du congrĂšs Ă la Maison de la culture de M'diq est le dernier symptĂŽme dâun autoritarisme rampant qui gangrĂšne les libertĂ©s syndicales au Maroc. Aidi ne mĂąche pas ses mots : ce harcĂšlement administratif nâest que le prolongement dâun projet politique visant Ă neutraliser toute forme dâorganisation indĂ©pendante.
Pourquoi cette peur panique de voir la FDT se structurer, se renforcer, se dĂ©mocratiser ? Parce que la FĂ©dĂ©ration dĂ©range. Elle casse les codes dâun syndicalisme clientĂ©liste. Certains, selon les mots dâAidi, « veulent un syndicat qui se lĂšve uniquement sur commande ». En face, la FDT construit une contre-puissance rĂ©elle, populaire, structurĂ©e. Une menace pour ceux qui veulent tout contrĂŽler.
En Ă©voquant le scandale des syndicats fantĂŽmes qui raflent des siĂšges lors des Ă©lections, Aidi met le doigt sur une autre plaie : la fraude organisĂ©e, la manipulation des scrutins, la cooptation de structures sans base rĂ©elle. Une maniĂšre, encore une fois, dâempĂȘcher lâĂ©mergence dâun syndicalisme de rupture, en phase avec les aspirations profondes des travailleurs marocains.
La FĂ©dĂ©ration dĂ©mocratique du travail ne se fait aucune illusion sur les obstacles Ă venir. Mais elle avance, dĂ©terminĂ©e Ă rendre aux salariĂ©s leur voix, leur dignitĂ©, leur pouvoir. «Nous irons jusquâau bout», a lancĂ© Youssef Aidi. Et ce combat nâest pas seulement syndical: il est profondĂ©ment politique.
Il sâagit de rĂ©habiliter la justice sociale comme principe fondateur dâun vĂ©ritable projet national. De rompre avec une logique qui rĂ©duit lâhumain Ă une variable comptable. De dire non Ă un ordre nĂ©olibĂ©ral qui transforme la pauvretĂ© en fatalitĂ© et le droit en luxe.
Le Maroc est Ă la croisĂ©e des chemins. Soit il choisit la voie de lâexploitation, soit il sâengage rĂ©solument vers un nouveau pacte social fondĂ© sur la justice, lâinclusion et la dĂ©mocratie rĂ©elle. Dans cette lutte de haute intensitĂ©, la FDT sâimpose comme lâun des rares remparts restants contre la privatisation de la dignitĂ© humaine.
Mehdi Ouassat
La rĂ©pression ne nous affaiblit pas, elle nous lĂ©gitime.Dimanche 25 mai, lors du congrĂšs fondateur de la FDT - Section M'diq-Fnideq -, le discours dâAidi a rĂ©sonnĂ© comme une gifle Ă lâhypocrisie ambiante. Un cri politique, social et humain qui devrait faire trembler les dĂ©cideurs sâils daignent encore entendre la voix des travailleurs.
Elle prouve que notre combat est juste
Le choix de M'diq-Fnideq pour lâancrage local de la FDT nâest pas anodin. RĂ©gion frontaliĂšre fragilisĂ©e par la fermeture du poste douanier de Bab Sebta, elle est le miroir cruel des ravages dâun dĂ©sengagement gouvernemental aux consĂ©quences socioĂ©conomiques catastrophiques. LâarrĂȘt brutal du commerce transfrontalier a laissĂ© sur le carreau des milliers de femmes et dâhommes, privĂ©s du jour au lendemain de leur seul moyen de subsistance.
La "zone Ă©conomique spĂ©ciale", prĂ©sentĂ©e comme solution miracle, nâa tenu aucune de ses promesses. Elle a reproduit le schĂ©ma usĂ© des projets dĂ©connectĂ©s du terrain, imposĂ©s sans concertation et sans vision pour les populations concernĂ©es. Ni emplois dĂ©cents, ni alternative viable : juste un mirage de dĂ©veloppement pour camoufler lâabandon politique dâune rĂ©gion entiĂšre.
Mais câest en Ă©voquant le sort des travailleurs du secteur privĂ© que Youssef Aidi a frappĂ© le plus fort : «Certains Ćuvrent, sans scrupule, Ă lâinstauration dâun systĂšme dâesclavage dans le secteur privé», a-t-il assĂ©nĂ©, sans dĂ©tour. Cette phrase, grave, nâest pas une figure de style. Câest un diagnostic clinique de la rĂ©alitĂ© vĂ©cue chaque jour par une main-d'Ćuvre exploitĂ©e et prĂ©carisĂ©e.
Youssef AidiDans lâindustrie, le textile, la logistique ou encore lâagroalimentaire, les conditions de travail sont souvent indignes : salaires infĂ©rieurs au minimum lĂ©gal, absence de couverture sociale, absence totale de reprĂ©sentation syndicale et licenciements abusifs Ă la moindre tentative dâorganisation collective. Pendant que les indicateurs macroĂ©conomiques sâemballent et que les classements internationaux encensent la compĂ©titivitĂ© du Maroc, ce sont les travailleurs qui en paient le prix fort, sans que leurs droits les plus Ă©lĂ©mentaires soient respectĂ©s.
Certains Ćuvrent, sans scrupule, Ă lâinstauration dâun systĂšme dâesclavage dans le secteur privĂ©
Ce paradoxe, la FDT lâĂ©claire dâun jour cru : oui, le Maroc rĂ©ussit dans certains secteurs industriels â mais sur le dos dâune classe ouvriĂšre surexploitĂ©e et abandonnĂ©e.
Le cas des Ă©ducatrices et Ă©ducateurs du prĂ©scolaire, longuement Ă©voquĂ© dans le discours de Youssef Aidi, illustre lâampleur du mĂ©pris institutionnel. Ils forment pourtant lâun des maillons essentiels du systĂšme Ă©ducatif, assurant lâĂ©veil pĂ©dagogique de toute une gĂ©nĂ©ration. Et pourtant, ils exercent dans la prĂ©caritĂ© la plus totale, sans statut clair, ni contrat digne, ni mĂȘme reconnaissance de leur rĂŽle fondamental.
Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FDT exhorte cette catĂ©gorie Ă sâorganiser en interne, Ă travers une structure dĂ©diĂ©e au sein de la FĂ©dĂ©ration, afin de mener le combat pour leur intĂ©gration et la reconnaissance pleine et entiĂšre de leur travail. Il sâagit lĂ dâun enjeu fondamental. Celui de reconstruire le tissu syndical de la base, pour dĂ©fendre lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral face Ă un gouvernement aux abonnĂ©s absents.
La tentative dâempĂȘcher la tenue du congrĂšs Ă la Maison de la culture de M'diq est le dernier symptĂŽme dâun autoritarisme rampant qui gangrĂšne les libertĂ©s syndicales au Maroc. Aidi ne mĂąche pas ses mots : ce harcĂšlement administratif nâest que le prolongement dâun projet politique visant Ă neutraliser toute forme dâorganisation indĂ©pendante.
Pourquoi cette peur panique de voir la FDT se structurer, se renforcer, se dĂ©mocratiser ? Parce que la FĂ©dĂ©ration dĂ©range. Elle casse les codes dâun syndicalisme clientĂ©liste. Certains, selon les mots dâAidi, « veulent un syndicat qui se lĂšve uniquement sur commande ». En face, la FDT construit une contre-puissance rĂ©elle, populaire, structurĂ©e. Une menace pour ceux qui veulent tout contrĂŽler.
En Ă©voquant le scandale des syndicats fantĂŽmes qui raflent des siĂšges lors des Ă©lections, Aidi met le doigt sur une autre plaie : la fraude organisĂ©e, la manipulation des scrutins, la cooptation de structures sans base rĂ©elle. Une maniĂšre, encore une fois, dâempĂȘcher lâĂ©mergence dâun syndicalisme de rupture, en phase avec les aspirations profondes des travailleurs marocains.
La FĂ©dĂ©ration dĂ©mocratique du travail ne se fait aucune illusion sur les obstacles Ă venir. Mais elle avance, dĂ©terminĂ©e Ă rendre aux salariĂ©s leur voix, leur dignitĂ©, leur pouvoir. «Nous irons jusquâau bout», a lancĂ© Youssef Aidi. Et ce combat nâest pas seulement syndical: il est profondĂ©ment politique.
Il sâagit de rĂ©habiliter la justice sociale comme principe fondateur dâun vĂ©ritable projet national. De rompre avec une logique qui rĂ©duit lâhumain Ă une variable comptable. De dire non Ă un ordre nĂ©olibĂ©ral qui transforme la pauvretĂ© en fatalitĂ© et le droit en luxe.
Le Maroc est Ă la croisĂ©e des chemins. Soit il choisit la voie de lâexploitation, soit il sâengage rĂ©solument vers un nouveau pacte social fondĂ© sur la justice, lâinclusion et la dĂ©mocratie rĂ©elle. Dans cette lutte de haute intensitĂ©, la FDT sâimpose comme lâun des rares remparts restants contre la privatisation de la dignitĂ© humaine.
Mehdi Ouassat
