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Actualités 28 May 2025 5 min de lecture

Youssef Aidi : Certains Ɠuvrent, sans scrupule, Ă  l’instauration d’un systĂšme d’esclavage dans le secteur privĂ©

Youssef Aidi : Certains Ɠuvrent, sans scrupule, Ă  l’instauration d’un systĂšme d’esclavage dans le secteur privĂ©
Youssef Aidi : Certains Ɠuvrent, sans scrupule, Ă  l’instauration d’un systĂšme d’esclavage dans le secteur privĂ©
A l’heure oĂč les projecteurs institutionnels illuminent une façade de dĂ©veloppement Ă©conomique, la rĂ©alitĂ© sociale marocaine, elle, s’effrite en silence. La FĂ©dĂ©ration dĂ©mocratique du travail (FDT), par la voix de son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral Youssef Aidi, lĂšve le voile sur une situation alarmante : celle d’un secteur privĂ© de plus en plus hostile, d’un gouvernement complice par son inertie et d’une politique sociale dĂ©libĂ©rĂ©ment relĂ©guĂ©e au rang de variable d’ajustement.
La répression ne nous affaiblit pas, elle nous légitime.
Elle prouve que notre combat est juste
Dimanche 25 mai, lors du congrĂšs fondateur de la FDT - Section M'diq-Fnideq -, le discours d’Aidi a rĂ©sonnĂ© comme une gifle Ă  l’hypocrisie ambiante. Un cri politique, social et humain qui devrait faire trembler les dĂ©cideurs s’ils daignent encore entendre la voix des travailleurs.

Le choix de M'diq-Fnideq pour l’ancrage local de la FDT n’est pas anodin. RĂ©gion frontaliĂšre fragilisĂ©e par la fermeture du poste douanier de Bab Sebta, elle est le miroir cruel des ravages d’un dĂ©sengagement gouvernemental aux consĂ©quences socioĂ©conomiques catastrophiques. L’arrĂȘt brutal du commerce transfrontalier a laissĂ© sur le carreau des milliers de femmes et d’hommes, privĂ©s du jour au lendemain de leur seul moyen de subsistance.

La "zone Ă©conomique spĂ©ciale", prĂ©sentĂ©e comme solution miracle, n’a tenu aucune de ses promesses. Elle a reproduit le schĂ©ma usĂ© des projets dĂ©connectĂ©s du terrain, imposĂ©s sans concertation et sans vision pour les populations concernĂ©es. Ni emplois dĂ©cents, ni alternative viable : juste un mirage de dĂ©veloppement pour camoufler l’abandon politique d’une rĂ©gion entiĂšre.

Mais c’est en Ă©voquant le sort des travailleurs du secteur privĂ© que Youssef Aidi a frappĂ© le plus fort : «Certains Ɠuvrent, sans scrupule, Ă  l’instauration d’un systĂšme d’esclavage dans le secteur privé», a-t-il assĂ©nĂ©, sans dĂ©tour. Cette phrase, grave, n’est pas une figure de style. C’est un diagnostic clinique de la rĂ©alitĂ© vĂ©cue chaque jour par une main-d'Ɠuvre exploitĂ©e et prĂ©carisĂ©e.
Youssef Aidi
Certains Ɠuvrent, sans scrupule, Ă  l’instauration d’un systĂšme d’esclavage dans le secteur privĂ©
Dans l’industrie, le textile, la logistique ou encore l’agroalimentaire, les conditions de travail sont souvent indignes : salaires infĂ©rieurs au minimum lĂ©gal, absence de couverture sociale, absence totale de reprĂ©sentation syndicale et licenciements abusifs Ă  la moindre tentative d’organisation collective. Pendant que les indicateurs macroĂ©conomiques s’emballent et que les classements internationaux encensent la compĂ©titivitĂ© du Maroc, ce sont les travailleurs qui en paient le prix fort, sans que leurs droits les plus Ă©lĂ©mentaires soient respectĂ©s.
Ce paradoxe, la FDT l’éclaire d’un jour cru : oui, le Maroc rĂ©ussit dans certains secteurs industriels — mais sur le dos d’une classe ouvriĂšre surexploitĂ©e et abandonnĂ©e.

Le cas des Ă©ducatrices et Ă©ducateurs du prĂ©scolaire, longuement Ă©voquĂ© dans le discours de Youssef Aidi, illustre l’ampleur du mĂ©pris institutionnel. Ils forment pourtant l’un des maillons essentiels du systĂšme Ă©ducatif, assurant l’éveil pĂ©dagogique de toute une gĂ©nĂ©ration. Et pourtant, ils exercent dans la prĂ©caritĂ© la plus totale, sans statut clair, ni contrat digne, ni mĂȘme reconnaissance de leur rĂŽle fondamental.

Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FDT exhorte cette catĂ©gorie Ă  s’organiser en interne, Ă  travers une structure dĂ©diĂ©e au sein de la FĂ©dĂ©ration, afin de mener le combat pour leur intĂ©gration et la reconnaissance pleine et entiĂšre de leur travail. Il s’agit lĂ  d’un enjeu fondamental. Celui de reconstruire le tissu syndical de la base, pour dĂ©fendre l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral face Ă  un gouvernement aux abonnĂ©s absents.

La tentative d’empĂȘcher la tenue du congrĂšs Ă  la Maison de la culture de M'diq est le dernier symptĂŽme d’un autoritarisme rampant qui gangrĂšne les libertĂ©s syndicales au Maroc. Aidi ne mĂąche pas ses mots : ce harcĂšlement administratif n’est que le prolongement d’un projet politique visant Ă  neutraliser toute forme d’organisation indĂ©pendante.

Pourquoi cette peur panique de voir la FDT se structurer, se renforcer, se dĂ©mocratiser ? Parce que la FĂ©dĂ©ration dĂ©range. Elle casse les codes d’un syndicalisme clientĂ©liste. Certains, selon les mots d’Aidi, « veulent un syndicat qui se lĂšve uniquement sur commande ». En face, la FDT construit une contre-puissance rĂ©elle, populaire, structurĂ©e. Une menace pour ceux qui veulent tout contrĂŽler.

En Ă©voquant le scandale des syndicats fantĂŽmes qui raflent des siĂšges lors des Ă©lections, Aidi met le doigt sur une autre plaie : la fraude organisĂ©e, la manipulation des scrutins, la cooptation de structures sans base rĂ©elle. Une maniĂšre, encore une fois, d’empĂȘcher l’émergence d’un syndicalisme de rupture, en phase avec les aspirations profondes des travailleurs marocains.

La FĂ©dĂ©ration dĂ©mocratique du travail ne se fait aucune illusion sur les obstacles Ă  venir. Mais elle avance, dĂ©terminĂ©e Ă  rendre aux salariĂ©s leur voix, leur dignitĂ©, leur pouvoir. «Nous irons jusqu’au bout», a lancĂ© Youssef Aidi. Et ce combat n’est pas seulement syndical: il est profondĂ©ment politique.

Il s’agit de rĂ©habiliter la justice sociale comme principe fondateur d’un vĂ©ritable projet national. De rompre avec une logique qui rĂ©duit l’humain Ă  une variable comptable. De dire non Ă  un ordre nĂ©olibĂ©ral qui transforme la pauvretĂ© en fatalitĂ© et le droit en luxe.

Le Maroc est Ă  la croisĂ©e des chemins. Soit il choisit la voie de l’exploitation, soit il s’engage rĂ©solument vers un nouveau pacte social fondĂ© sur la justice, l’inclusion et la dĂ©mocratie rĂ©elle. Dans cette lutte de haute intensitĂ©, la FDT s’impose comme l’un des rares remparts restants contre la privatisation de la dignitĂ© humaine.

Mehdi Ouassat

Cet article est repris sous forme d’extrait. La version complĂšte est publiĂ©e par le mĂ©dia d’origine.

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