RĂ©unis Ă Casablanca Ă lâinitiative de lâASMEX et du Club Afrique DĂ©veloppement dâAttijariwafa bank, plus de 300 exportateurs et dĂ©cideurs ont dĂ©battu des leviers de financement et des opportunitĂ©s offertes par la Zone de libre-Ă©change continentale africaine. Au cĆur des Ă©changes : un mĂȘme impĂ©ratif, transformer le potentiel africain en dynamique Ă©conomique concrĂšte, en faisant du Maroc un hub stratĂ©gique vers le continent. DĂ©tails.
Casablanca confirme, une fois de plus, son rĂŽle de plateforme de rĂ©flexion et dâaction sur les grandes mutations Ă©conomiques africaines. Le ZLECAf Trade Finance Summit, organisĂ© par lâASMEX et le Club Afrique DĂ©veloppement dâAttijariwafa bank, a rĂ©uni ce mardi 14 avril plus de 300 entreprises exportatrices, aux cĂŽtĂ©s de dĂ©cideurs publics, dâinstitutions financiĂšres et de partenaires africains, autour dâun enjeu central : lever les freins qui entravent encore le commerce intra-africain.
DĂšs lâouverture, Mohamed El Kettani plante le dĂ©cor en repositionnant le rĂŽle des acteurs financiers dans cette nouvelle phase de lâintĂ©gration africaine. Loin dâun simple rĂŽle dâintermĂ©diation, le groupe bancaire revendique une posture de catalyseur : il sâagit, explique-t-il, de « dynamiser le commerce rĂ©gional en permettant au secteur privĂ© dâaccĂ©der Ă des opportunitĂ©s concrĂštes dans un cadre de confiance », en structurant des corridors dâĂ©changes et en facilitant la mise en relation entre opĂ©rateurs. Pour lui, la Zone de libre-Ă©change continentale africaine a dĂ©jĂ franchi un cap dĂ©cisif : elle nâest plus un projet thĂ©orique mais «une rĂ©alitĂ© Ă bien des Ă©gards», portĂ©e par une Afrique quâil dĂ©crit dĂ©sormais comme «le continent du prĂ©sent».
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Cette lecture est largement partagĂ©e par Karim Zidane, qui insiste sur la nature profondĂ©ment Ă©conomique de la ZLECAf. Loin de se limiter Ă un cadre rĂ©glementaire, celle-ci «incarne une ambition majeure visant Ă dynamiser lâinvestissement Ă travers une intĂ©gration Ă©conomique renforcĂ©e ». Le ministre met en garde contre une vision purement commerciale de lâaccord : sans investissements massifs, notamment dans les infrastructures et les chaĂźnes de valeur, lâintĂ©gration restera incomplĂšte. « Lâinvestissement ne constitue pas un volet secondaire, mais bien un pilier central», souligne-t-il, rappelant que la capacitĂ© des Ă©conomies africaines Ă produire, transformer et Ă©changer dĂ©pend directement de lâintensitĂ© des flux dâinvestissement. Dans cette perspective, le Maroc entend capitaliser sur ses rĂ©formes et sa nouvelle charte de lâinvestissement pour se positionner comme «une vĂ©ritable plateforme de projection vers le continent africain ».

Mais cette ambition se heurte encore Ă des contraintes structurelles, quâOmar Hejira expose sans dĂ©tour. MalgrĂ© les avancĂ©es enregistrĂ©es ces derniĂšres annĂ©es, «le commerce intra-africain reste en deçà de son potentiel », en raison notamment dâun accĂšs limitĂ© au financement, dâun dĂ©ficit dâinstruments de garantie et dâune perception Ă©levĂ©e du risque. Pour autant, ces obstacles ne doivent pas ĂȘtre perçus comme des fatalitĂ©s. Ils constituent, selon lui, «un appel Ă lâaction collective », nĂ©cessitant une mobilisation coordonnĂ©e des banques, des institutions financiĂšres, des assureurs et des pouvoirs publics afin de concevoir des solutions adaptĂ©es aux rĂ©alitĂ©s des entreprises africaines. Dans cette logique, le Royaume dĂ©ploie une stratĂ©gie proactive, articulĂ©e autour du renforcement des mĂ©canismes de financement du commerce extĂ©rieur, de lâamĂ©lioration des dispositifs de couverture des risques et de lâaccompagnement des entreprises, notamment les PME, dans leur internationalisation.
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Cette approche trouve un Ă©cho particulier dans lâintervention de Kawtar Raji, qui inscrit le dĂ©bat dans une perspective plus structurelle. Pour elle, lâenjeu dĂ©passe largement la facilitation des Ă©changes : il sâagit dâopĂ©rer un vĂ©ritable changement de paradigme. « LâAfrique doit passer dâune logique de dĂ©pendance Ă une logique de souverainetĂ© productive », affirme-t-elle, appelant Ă bĂątir une architecture Ă©conomique continentale fondĂ©e sur la production, la transformation locale et lâintĂ©gration des chaĂźnes de valeur. Si la ZLECAf ouvre des perspectives inĂ©dites, sa mise en Ćuvre reste confrontĂ©e Ă des rĂ©alitĂ©s concrĂštes : complexitĂ© des procĂ©dures, fragmentation rĂ©glementaire, insuffisance des infrastructures logistiques et numĂ©riques et inadĂ©quation des instruments de financement. Autant de freins qui, sur le terrain, limitent encore la fluiditĂ© des Ă©changes.
Dans ce contexte, la question du financement apparaĂźt comme le vĂ©ritable nĆud gordien de lâintĂ©gration africaine. Tous les intervenants convergent sur ce point : sans un Ă©cosystĂšme financier solide, inclusif et adaptĂ©, les ambitions portĂ©es par la ZLECAf resteront en deçà de leur potentiel. La structuration de financements mixtes, le partage du risque, le recours Ă des instruments innovants et la mobilisation des banques de dĂ©veloppement sâimposent comme des leviers incontournables pour accompagner les entreprises africaines. Comme le rĂ©sume Kawtar Raji, il devient impĂ©ratif de «produire ensemble et financer ensemble», en crĂ©ant des passerelles entre ceux qui produisent, ceux qui financent et ceux qui dĂ©finissent les rĂšgles du jeu Ă©conomique.

Au cĆur de cette dynamique, le Maroc sâaffirme comme un acteur pivot. Sa prĂ©sence bancaire sur le continent, la densitĂ© de ses partenariats Ă©conomiques et la montĂ©e en puissance de ses entreprises Ă lâinternational lui confĂšrent un positionnement singulier. En facilitant la connexion entre opĂ©rateurs et en sĂ©curisant les transactions, des institutions comme Attijariwafa bank participent Ă structurer un espace Ă©conomique africain plus intĂ©grĂ© et plus lisible pour les investisseurs.
Au-delĂ des discours, le sommet a permis de mettre en lumiĂšre des pistes concrĂštes pour accĂ©lĂ©rer cette transformation : amĂ©lioration des mĂ©canismes de financement, sĂ©curisation des investissements, dĂ©veloppement des Ă©changes intra-africains et structuration des chaĂźnes de valeur rĂ©gionales. Les diffĂ©rents panels ont ainsi insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de renforcer les synergies entre acteurs publics et privĂ©s afin de passer dâune logique dâintention Ă une logique dâexĂ©cution.
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Au final, une conviction sâimpose au fil des interventions : la ZLECAf reprĂ©sente une opportunitĂ© historique pour le continent, mais sa rĂ©ussite dĂ©pendra de la capacitĂ© des acteurs Ă transformer les engagements en actions tangibles. Comme lâa soulignĂ© Karim Zidane, lâenjeu est dĂ©sormais de «mobiliser des investissements productifs et de bĂątir un Ă©cosystĂšme financier adapté», condition indispensable pour faire de lâintĂ©gration africaine une rĂ©alitĂ© Ă©conomique durable.
Accords stratégiques pour soutenir les exportateurs
En marge du ZLECAf Trade Finance Summit, trois conventions de partenariat ont Ă©tĂ© signĂ©es afin de renforcer lâaccompagnement des entreprises marocaines Ă lâinternational et de stimuler les investissements en Afrique. Ces accords associent Attijariwafa bank au SecrĂ©tariat dâĂtat chargĂ© du Commerce extĂ©rieur, Ă Maroc PME et Ă lâASMEX.
Ils visent notamment Ă faciliter lâaccĂšs au financement, Ă structurer les dĂ©marches Ă lâexport et Ă renforcer la sĂ©curisation des opĂ©rations sur les marchĂ©s africains. Cette dynamique sâinscrit dans la mise en Ćuvre concrĂšte de la Zone de libre-Ă©change continentale africaine, prĂ©sentĂ©e comme un levier stratĂ©gique de croissance pour les exportateurs marocains.
