Un discours clair, une attente forte
Le 29 juillet 2025, Sa MajestĂ© le Roi Mohammed VI a fixĂ© un cap dĂ©cisif : lancer une nouvelle gĂ©nĂ©ration de programmes de dĂ©veloppement intĂ©grĂ©s. Le principe est limpide : chaque territoire doit partir de son identitĂ©, de ses richesses et de ses besoins rĂ©els, dans lâesprit de la rĂ©gionalisation avancĂ©e et de la justice territoriale.
Le ministre de lâIntĂ©rieur a relayĂ© cette vision en demandant aux walis et gouverneurs dâengager des concertations immĂ©diates avec les acteurs locaux. Mais Ă TĂ©touan, une question se pose avec acuitĂ© : le gouvernement, les Ă©lus et les autoritĂ©s provinciales sauront-ils transformer ces orientations ambitieuses en actions tangibles ?
Des atouts exceptionnels, une réalité fragile
TĂ©touan est une ville privilĂ©giĂ©e par la gĂ©ographie et lâhistoire. SituĂ©e aux portes de lâEurope, entourĂ©e de montagnes verdoyantes et dotĂ©e dâun littoral mĂ©diterranĂ©en exceptionnel, elle possĂšde un patrimoine culturel dâune rare richesse. La mĂ©dina andalouse, classĂ©e patrimoine mondial de lâUNESCO, est lâun de ses joyaux.
Mais la rĂ©alitĂ© sociale est loin de reflĂ©ter ces atouts. Le chĂŽmage reste Ă©levĂ©, en particulier chez les jeunes diplĂŽmĂ©s. Le taux rĂ©gional de 9,7% dĂ©passe largement celui de Tanger (6,5%) ou de Casablanca (8,9%), et traduit un dĂ©sĂ©quilibre territorial profond. LâĂ©ducation souffre : classes surchargĂ©es, abandon scolaire, infrastructures insuffisantes. Le secteur de la santĂ©, lui, est sous pression : certaines zones comptent Ă peine un mĂ©decin pour 2.000 habitants, alors que la moyenne nationale est de 1,8 mĂ©decin pour 1.000 habitants et que lâOMS recommande 4,5. Cette fragilitĂ© sociale mine la confiance et accentue lâexode des jeunes.
Des projets qui traĂźnent, une confiance perdue
Depuis des annĂ©es, les habitants de TĂ©touan entendent parler de projets structurants. Mais beaucoup restent inachevĂ©s ou Ă lâĂ©tat de promesse. Lâautoroute TangerâTĂ©touan est toujours absente. La liaison ferroviaire par Tamouda Bay nâexiste que dans les Ă©tudes. La route express TĂ©touanâChefchaouen est bloquĂ©e depuis plus de quinze ans.
A cela sâajoutent le grand stade, le palais des congrĂšs, la rĂ©habilitation de la mĂ©dina, ou encore lâamĂ©nagement des berges de lâoued Martil. Autant de chantiers qui auraient dĂ» transformer la rĂ©gion, et qui incarnent aujourdâhui la lenteur, le manque de suivi et la perte de confiance des citoyens envers les institutions. Ici, lâĂ©chec nâest pas technique mais politique : absence de gouvernance claire, manque de coordination et promesses Ă©lectorales non tenues.
Ce quâil faut pour rĂ©ussir
La rĂ©ussite nâest pas une question de hasard. Elle repose sur des choix clairs et des dĂ©cisions courageuses.
Dâabord, le financement : TĂ©touan a besoin dâun plan dâinvestissement exceptionnel. Cela passe par des budgets renforcĂ©s pour les collectivitĂ©s, un fonds spĂ©cifique dĂ©diĂ© Ă la province et une fiscalitĂ© incitative, comme ce fut le cas pour Tanger et Agadir. Un « pacte fiscal territorial » pour TĂ©touan garantirait la justice financiĂšre et encouragerait lâinvestissement privĂ©.
Ensuite, une planification cohérente : mettre fin aux projets dispersés, assurer un rééquilibrage entre Tétouan et Tanger, et orienter le foncier vers des projets productifs. Trop de terres ont été englouties par une urbanisation sans valeur ajoutée.
Enfin, la sociĂ©tĂ© civile doit ĂȘtre pleinement associĂ©e. La Charte nationale de la dĂ©concentration administrative (2018) rappelle que les dĂ©cisions doivent ĂȘtre rapprochĂ©es du citoyen. A TĂ©touan, cela signifie impliquer les associations, les entrepreneurs et les acteurs culturels pour transformer le potentiel en dynamique concrĂšte.
Un territoire Ă plusieurs vocations
TĂ©touan nâest pas une ville monofonctionnelle. Câest une mosaĂŻque dâactivitĂ©s et de vocations. La culture et le patrimoine en sont un pilier. Le tourisme, avec ses plages et ses montagnes, doit devenir une locomotive durable. Le commerce et lâindustrie doivent ĂȘtre modernisĂ©s par des zones industrielles compĂ©titives, orientĂ©es vers les standards des villes intelligentes.
Le sport et les loisirs ne doivent pas ĂȘtre oubliĂ©s : de nouveaux complexes sportifs, une piste de cross-country et une industrie de loisirs forte pourraient faire de TĂ©touan une destination complĂšte, pour ses habitants comme pour ses visiteurs. Lâargent public doit se concentrer sur les projets crĂ©ateurs dâemplois et de valeur, tandis que le privĂ© peut assumer le financement dâĂ©vĂ©nements et de festivals.
LâINDH Ă rĂ©orienter
LâInitiative Nationale pour le DĂ©veloppement Humain (INDH) est un outil prĂ©cieux, mais ses rĂ©sultats restent modestes Ă TĂ©touan. Il faut dĂ©sormais la rediriger vers le monde rural. Briser lâisolement, crĂ©er des activitĂ©s Ă©conomiques locales, soutenir lâauto-emploi et favoriser des projets gĂ©nĂ©rateurs de revenus. Dans ce schĂ©ma, le secteur privĂ© doit contribuer davantage au financement culturel, pour laisser les ressources publiques se concentrer sur les projets structurants et sociaux.
De la promesse Ă lâaction
Les orientations Royales ne manquent pas de clartĂ©. Ce qui manque, câest lâexĂ©cution. Les institutions locales doivent assumer leur rĂŽle et rendre des comptes. TĂ©touan possĂšde tout pour rĂ©ussir : un emplacement stratĂ©gique, un patrimoine exceptionnel, une ouverture sur lâEurope. Mais sans volontĂ© politique sincĂšre, sans cohĂ©rence et sans financements, le dĂ©collage restera un mirage.
La Constitution (article 31) garantit Ă chaque citoyen le droit Ă lâemploi, Ă la santĂ© et au dĂ©veloppement durable. Ce droit nâest pas une faveur : câest une obligation de lâEtat et de ses institutions. Les citoyens, eux, sont lassĂ©s. Ils ne veulent plus de promesses. Ils veulent des rĂ©sultats : des emplois, de meilleurs services publics, une qualitĂ© de vie digne.
Le champ de dĂ©veloppement intĂ©grĂ© : la clĂ© de lâavenir
Pour avancer, il faut sortir de la logique administrative et penser en termes de territoire intégré. Le littoral méditerranéen, de Oued Laou à Fnideq, forme un espace cohérent. Il peut devenir un pÎle touristique et économique puissant, attractif au niveau national et international.
Le tourisme peut ĂȘtre la locomotive du dĂ©veloppement, mais Ă condition dâaccompagner ce choix par des infrastructures solides, des espaces culturels et environnementaux, et une vraie stratĂ©gie dâinvestissement. Le financement doit provenir de lâEtat, du privĂ© et de partenariats internationaux, misant sur la proximitĂ© de lâEurope.
Dans ce cadre, le rĂŽle des walis et gouverneurs est central. Le Maroc a choisi de les nommer comme «dĂ©veloppeurs territoriaux». Leur mission nâest plus seulement de maintenir lâordre, mais de piloter le dĂ©veloppement. Ce changement est une avancĂ©e. Mais il doit sâappuyer sur des mĂ©canismes dâĂ©valuation rigoureux, sur une reddition des comptes et sur une relation complĂ©mentaire avec les conseils Ă©lus.
Lâexemple de Porto, au Portugal, est Ă©clairant : une ville secondaire a transformĂ© son patrimoine et son littoral en moteur de croissance grĂące Ă une gouvernance territoriale claire. Pourquoi TĂ©touan nây parviendrait-elle pas ?
Par Mohamed Assouali
SecrĂ©taire provincial de lâUSFP Ă TĂ©touan
Le 29 juillet 2025, Sa MajestĂ© le Roi Mohammed VI a fixĂ© un cap dĂ©cisif : lancer une nouvelle gĂ©nĂ©ration de programmes de dĂ©veloppement intĂ©grĂ©s. Le principe est limpide : chaque territoire doit partir de son identitĂ©, de ses richesses et de ses besoins rĂ©els, dans lâesprit de la rĂ©gionalisation avancĂ©e et de la justice territoriale.
Le ministre de lâIntĂ©rieur a relayĂ© cette vision en demandant aux walis et gouverneurs dâengager des concertations immĂ©diates avec les acteurs locaux. Mais Ă TĂ©touan, une question se pose avec acuitĂ© : le gouvernement, les Ă©lus et les autoritĂ©s provinciales sauront-ils transformer ces orientations ambitieuses en actions tangibles ?
Des atouts exceptionnels, une réalité fragile
TĂ©touan est une ville privilĂ©giĂ©e par la gĂ©ographie et lâhistoire. SituĂ©e aux portes de lâEurope, entourĂ©e de montagnes verdoyantes et dotĂ©e dâun littoral mĂ©diterranĂ©en exceptionnel, elle possĂšde un patrimoine culturel dâune rare richesse. La mĂ©dina andalouse, classĂ©e patrimoine mondial de lâUNESCO, est lâun de ses joyaux.
Mais la rĂ©alitĂ© sociale est loin de reflĂ©ter ces atouts. Le chĂŽmage reste Ă©levĂ©, en particulier chez les jeunes diplĂŽmĂ©s. Le taux rĂ©gional de 9,7% dĂ©passe largement celui de Tanger (6,5%) ou de Casablanca (8,9%), et traduit un dĂ©sĂ©quilibre territorial profond. LâĂ©ducation souffre : classes surchargĂ©es, abandon scolaire, infrastructures insuffisantes. Le secteur de la santĂ©, lui, est sous pression : certaines zones comptent Ă peine un mĂ©decin pour 2.000 habitants, alors que la moyenne nationale est de 1,8 mĂ©decin pour 1.000 habitants et que lâOMS recommande 4,5. Cette fragilitĂ© sociale mine la confiance et accentue lâexode des jeunes.
Des projets qui traĂźnent, une confiance perdue
Depuis des annĂ©es, les habitants de TĂ©touan entendent parler de projets structurants. Mais beaucoup restent inachevĂ©s ou Ă lâĂ©tat de promesse. Lâautoroute TangerâTĂ©touan est toujours absente. La liaison ferroviaire par Tamouda Bay nâexiste que dans les Ă©tudes. La route express TĂ©touanâChefchaouen est bloquĂ©e depuis plus de quinze ans.
A cela sâajoutent le grand stade, le palais des congrĂšs, la rĂ©habilitation de la mĂ©dina, ou encore lâamĂ©nagement des berges de lâoued Martil. Autant de chantiers qui auraient dĂ» transformer la rĂ©gion, et qui incarnent aujourdâhui la lenteur, le manque de suivi et la perte de confiance des citoyens envers les institutions. Ici, lâĂ©chec nâest pas technique mais politique : absence de gouvernance claire, manque de coordination et promesses Ă©lectorales non tenues.
Ce quâil faut pour rĂ©ussir
La rĂ©ussite nâest pas une question de hasard. Elle repose sur des choix clairs et des dĂ©cisions courageuses.
Dâabord, le financement : TĂ©touan a besoin dâun plan dâinvestissement exceptionnel. Cela passe par des budgets renforcĂ©s pour les collectivitĂ©s, un fonds spĂ©cifique dĂ©diĂ© Ă la province et une fiscalitĂ© incitative, comme ce fut le cas pour Tanger et Agadir. Un « pacte fiscal territorial » pour TĂ©touan garantirait la justice financiĂšre et encouragerait lâinvestissement privĂ©.
Ensuite, une planification cohérente : mettre fin aux projets dispersés, assurer un rééquilibrage entre Tétouan et Tanger, et orienter le foncier vers des projets productifs. Trop de terres ont été englouties par une urbanisation sans valeur ajoutée.
Enfin, la sociĂ©tĂ© civile doit ĂȘtre pleinement associĂ©e. La Charte nationale de la dĂ©concentration administrative (2018) rappelle que les dĂ©cisions doivent ĂȘtre rapprochĂ©es du citoyen. A TĂ©touan, cela signifie impliquer les associations, les entrepreneurs et les acteurs culturels pour transformer le potentiel en dynamique concrĂšte.
Un territoire Ă plusieurs vocations
TĂ©touan nâest pas une ville monofonctionnelle. Câest une mosaĂŻque dâactivitĂ©s et de vocations. La culture et le patrimoine en sont un pilier. Le tourisme, avec ses plages et ses montagnes, doit devenir une locomotive durable. Le commerce et lâindustrie doivent ĂȘtre modernisĂ©s par des zones industrielles compĂ©titives, orientĂ©es vers les standards des villes intelligentes.
Le sport et les loisirs ne doivent pas ĂȘtre oubliĂ©s : de nouveaux complexes sportifs, une piste de cross-country et une industrie de loisirs forte pourraient faire de TĂ©touan une destination complĂšte, pour ses habitants comme pour ses visiteurs. Lâargent public doit se concentrer sur les projets crĂ©ateurs dâemplois et de valeur, tandis que le privĂ© peut assumer le financement dâĂ©vĂ©nements et de festivals.
LâINDH Ă rĂ©orienter
LâInitiative Nationale pour le DĂ©veloppement Humain (INDH) est un outil prĂ©cieux, mais ses rĂ©sultats restent modestes Ă TĂ©touan. Il faut dĂ©sormais la rediriger vers le monde rural. Briser lâisolement, crĂ©er des activitĂ©s Ă©conomiques locales, soutenir lâauto-emploi et favoriser des projets gĂ©nĂ©rateurs de revenus. Dans ce schĂ©ma, le secteur privĂ© doit contribuer davantage au financement culturel, pour laisser les ressources publiques se concentrer sur les projets structurants et sociaux.
De la promesse Ă lâaction
Les orientations Royales ne manquent pas de clartĂ©. Ce qui manque, câest lâexĂ©cution. Les institutions locales doivent assumer leur rĂŽle et rendre des comptes. TĂ©touan possĂšde tout pour rĂ©ussir : un emplacement stratĂ©gique, un patrimoine exceptionnel, une ouverture sur lâEurope. Mais sans volontĂ© politique sincĂšre, sans cohĂ©rence et sans financements, le dĂ©collage restera un mirage.
La Constitution (article 31) garantit Ă chaque citoyen le droit Ă lâemploi, Ă la santĂ© et au dĂ©veloppement durable. Ce droit nâest pas une faveur : câest une obligation de lâEtat et de ses institutions. Les citoyens, eux, sont lassĂ©s. Ils ne veulent plus de promesses. Ils veulent des rĂ©sultats : des emplois, de meilleurs services publics, une qualitĂ© de vie digne.
Le champ de dĂ©veloppement intĂ©grĂ© : la clĂ© de lâavenir
Pour avancer, il faut sortir de la logique administrative et penser en termes de territoire intégré. Le littoral méditerranéen, de Oued Laou à Fnideq, forme un espace cohérent. Il peut devenir un pÎle touristique et économique puissant, attractif au niveau national et international.
Le tourisme peut ĂȘtre la locomotive du dĂ©veloppement, mais Ă condition dâaccompagner ce choix par des infrastructures solides, des espaces culturels et environnementaux, et une vraie stratĂ©gie dâinvestissement. Le financement doit provenir de lâEtat, du privĂ© et de partenariats internationaux, misant sur la proximitĂ© de lâEurope.
Dans ce cadre, le rĂŽle des walis et gouverneurs est central. Le Maroc a choisi de les nommer comme «dĂ©veloppeurs territoriaux». Leur mission nâest plus seulement de maintenir lâordre, mais de piloter le dĂ©veloppement. Ce changement est une avancĂ©e. Mais il doit sâappuyer sur des mĂ©canismes dâĂ©valuation rigoureux, sur une reddition des comptes et sur une relation complĂ©mentaire avec les conseils Ă©lus.
Lâexemple de Porto, au Portugal, est Ă©clairant : une ville secondaire a transformĂ© son patrimoine et son littoral en moteur de croissance grĂące Ă une gouvernance territoriale claire. Pourquoi TĂ©touan nây parviendrait-elle pas ?
Par Mohamed Assouali
SecrĂ©taire provincial de lâUSFP Ă TĂ©touan
