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Notizia 03 Aug 2025 11 min di lettura

Maroc - Royaume-Uni : Rabat se projette dans l’Atlantique avec le soutien affirmĂ© de Londres

Maroc - Royaume-Uni : Rabat se projette dans l’Atlantique avec le soutien affirmĂ© de Londres
Il y a des dĂ©clarations qui rassurent, d’autres qui engagent, et puis celles qui changent la donne. L’appui explicite du Royaume-Uni Ă  la marocanitĂ© du Sahara s’inscrit sans conteste dans cette derniĂšre catĂ©gorie. À l’heure oĂč le Maroc dĂ©ploie sa vision atlantique, ce soutien renforce la lĂ©gitimitĂ© de son action dans la rĂ©gion et consolide son positionnement comme acteur central d’une Afrique atlantique intĂ©grĂ©e.
Maroc - Royaume-Uni : Rabat se projette dans l’Atlantique avec le soutien affirmĂ© de Londres
En octobre 2019, alors que Londres prĂ©parait son retrait de l’Union EuropĂ©enne, le Maroc et le Royaume-Uni annonçaient en grande pompe la conclusion d’un accord d’association global, restituant l’ensemble des avantages dont ils bĂ©nĂ©ficiaient dans le cadre de l’Accord d’Association Maroc-Union EuropĂ©enne. À l’époque, cet accord, qui semblait surtout favorable au Royaume-Uni - car il tentait tant bien que mal de limiter les dĂ©rĂšglements gĂ©nĂ©rĂ©s par le Brexit -, Ă©tait aussi perçu comme un signe avant-coureur d’un Ă©ventuel soutien britannique Ă  la marocanitĂ© du Sahara. Six ans aprĂšs, et fort de dividendes Ă©conomiques dĂ©passant les 40 milliards de dirhams, le Royaume-Uni a finalement dĂ©cidĂ© de franchir le Rubicon en rejoignant le camp des pays soutenant la cause nationale.

Ce soutien britannique intervient dans un contexte oĂč le Maroc projette sa diplomatie au-delĂ  des postures classiques, en misant sur une intĂ©gration continentale ancrĂ©e dans l’espace atlantique. L’Initiative Royale pour l’Atlantique, lancĂ©e par Sa MajestĂ© le Roi Mohammed VI, vissa Ă  faire de la façade atlantique africaine un levier de coopĂ©ration Sud-Sud, d’ouverture Ă©conomique et de dĂ©senclavement stratĂ©gique, notamment pour les pays sahĂ©liens enclavĂ©s. En plaçant le Sahara au cƓur de cette dynamique, le Maroc redĂ©finit les Ă©quilibres gĂ©opolitiques de la rĂ©gion, en transformant son littoral atlantique en pĂŽle d’échange, d’énergie et d’influence. Dans cette optique, le partenariat maroco-britannique dĂ©passe le cadre bilatĂ©ral pour s’inscrire dans une lecture plus large des rapports entre puissances globales et l’Afrique Ă©mergente. L’engagement de Londres Ă  soutenir la souverainetĂ© du Maroc sur son Sahara ouvre ainsi la voie Ă  une coopĂ©ration plus profonde dans les domaines de la connectivitĂ© Ă©nergĂ©tique, des infrastructures portuaires, de la sĂ©curitĂ© maritime et du co-dĂ©veloppement rĂ©gional (autant d’axes stratĂ©giques au cƓur de la diplomatie atlantique du Royaume). 
 
Choix affirmé

Londres n’y est pas allĂ© par quatre chemins, contrairement Ă  certains pays qui ont longtemps sou Ă© le chaud et le froid Ă  coups de formules alambiquĂ©es. Le gouvernement britannique considĂšre dĂ©sormais le plan d’autonomie comme la base la plus crĂ©dible, viable et pragmatique pour un rĂšglement durable du conflit du Sahara, comme l’a dĂ©clarĂ© dimanche le SecrĂ©taire d’État britannique aux Affaires Ă©trangĂšres, au Commonwealth et au DĂ©veloppement, David Lammy, lors de sa visite au Maroc. La premiĂšre d’un chef de la diplomatie britannique depuis 2011. Un positionnement stratĂ©gique assumĂ© par une puissance qui siĂšge en permanence au Conseil de SĂ©curitĂ© de l’ONU. Autrement dit, Londres ne se contente plus d’un langage prudent calquĂ© sur les RĂ©solutions onusiennes : il tranche, il soutient et il s’engage, sur les plans politique et Ă©conomique.

La nouvelle position britannique a Ă©tĂ© formulĂ©e de maniĂšre explicite, sans la moindre place pour l’interprĂ©tation, contrairement Ă  ce qui s’est passĂ© avec les États-Unis sous Biden. Il s’agit mĂȘme, selon le Financial Times, d’une reconnaissance pure et simple de la marocanitĂ© du Sahara. Le quotidien londonien y voit une dĂ©cision pragmatique qui s’inscrit dans le “rĂ©alisme progressif ” de la politique Ă©trangĂšre britannique.

Car oui, le gouvernement britannique reconnaĂźt l’importance de la question du Sahara pour le Maroc et estime que le conflit n’a que trop durĂ©. D’oĂč la nĂ©cessitĂ© de trouver rapidement une solution, Ă  la veille du 50Ăšme anniversaire de ce diffĂ©rend. Il en va de “la stabilitĂ© de l’Afrique du Nord et de l’intĂ©gration rĂ©gionale”. Le Royaume-Uni s’engage dĂ©sormais Ă  agir en consĂ©quence, que ce soit sur le plan bilatĂ©ral ou multilatĂ©ral, conformĂ©ment Ă  cette nouvelle position. Pour les Britanniques, pragmatiques par tradition, le statu quo n’est plus tenable, ni sur le plan sĂ©curitaire ni pour le dĂ©veloppement rĂ©gional. Et la solution ne viendra pas d’une chimĂšre sĂ©paratiste dĂ©connectĂ©e des rĂ©alitĂ©s gĂ©opolitiques du XXIĂšme siĂšcle, mais d’un projet inclusif, modernisateur et conforme au droit international : celui de l’autonomie sous souverainetĂ© marocaine.
 
Les esclandres algériens

Cette prise de position ne pouvait manquer de froisser l’AlgĂ©rie, dĂ©jĂ  Ă©chaudĂ©e par un nouveau revers diplomatique. Le mĂȘme jour, elle a rĂ©agi par un communiquĂ©, indiquant avoir « pris acte » de la nouvelle orientation britannique, tout en regrettant « le choix du Royaume-Uni d’apporter son soutien au plan d’autonomie marocain ». Sous le coup de la stupeur, l’AlgĂ©rie n’a pourtant pas manquĂ© de nier la rĂ©alitĂ©, affirmant que Londres ne soutenait pas la souverainetĂ© marocaine, alors mĂȘme que le communiquĂ© conjoint britanno-marocain l’inscrit noir sur blanc. 

Alger a mĂȘme cherchĂ© Ă  travestir les propos de David Lammy, en lui prĂȘtant Ă  tort des dĂ©clarations en faveur de l’auto-dĂ©termination lors de la confĂ©rence de presse. Le ministĂšre algĂ©rien des Affaires Ă©trangĂšres a ressassĂ© ses griefs habituels contre le plan d’autonomie marocain, pourtant dĂ©sormais appuyĂ© par une majoritĂ© de la communautĂ© internationale. Il a dĂ©noncĂ© « la vacuitĂ© » de cette initiative, la jugeant incapable de constituer une solution sĂ©rieuse et crĂ©dible au conflit du Sahara.

Mais loin du fiasco algĂ©rien, ce virage pro-marocain du Royaume-Uni Ă©tait attendu de longue date et jugĂ© inĂ©vitable. Les observateurs les plus avisĂ©s savaient que Londres finirait par suivre l’exemple des États-Unis, la politique Ă©trangĂšre britannique Ă©tant traditionnellement alignĂ©e sur celle de Washington. Cette dĂ©cision n’a pas Ă©tĂ© prise Ă  la lĂ©gĂšre, puisqu’elle a Ă©tĂ© longuement concertĂ©e avec les autoritĂ©s marocaines, comme David Lammy l’avait dĂ©jĂ  annoncĂ© dĂ©but avril devant le Parlement de Westminster. Le chef de la diplomatie britannique a ainsi tenu parole. Lorsqu’il Ă©tait encore dans l’opposition, il avait rencontrĂ© Nasser Bourita un an plus tĂŽt et s’était engagĂ© Ă  se rendre au Maroc pour renforcer les liens maroco-britanniques. Engagement tenu ! 
 
N’en dĂ©plaise Ă  M. Martin !

Londres a donc fini par franchir le Rubicon, n’en dĂ©plaise Ă  son ambassadeur Ă  Rabat, Simon Martin, qui, pour le moins qu’on puisse dire, n’était pas un fervent partisan de la marocanitĂ© du Sahara. Par le passĂ©, il avait dĂ©conseillĂ© Ă  son gouvernement d’aller dans ce sens. C’est ce qu’avait rĂ©vĂ©lĂ© le dĂ©putĂ© britannique Daniel Kawczynski Ă  Westminster, en mai 2024, lors d’un dĂ©bat parlementaire. Selon lui, l’ambassadeur, aujourd’hui en fin de mandat, opposait son veto sous prĂ©texte qu’une telle dĂ©cision affecterait les relations de Londres avec les territoires d’outre-mer, en particulier les Ăźles Malouines. Cette posture avait valu Ă  M. Martin les plus vives critiques de la presse marocaine.

Finalement, ce sont les travaillistes qui ont pris l’initiative, marquant un point par rapport aux conservateurs qui, bien qu’ils aient manifestĂ© de l’intĂ©rĂȘt pour le Maroc – de Boris Johnson Ă  Rishi Sunak –, n’ont pas eu l’audace de franchir le pas.

“Il serait inique de ne pas mentionner le travail de l’ambassade du Maroc Ă  Londres, qui a fait un travail remarquable pour rallier le parti travailliste Ă  la cause marocaine”, souligne une source diplomatique, en rĂ©fĂ©rence au Labour Friends of Morocco, un groupe qui regroupe les sympathisants du Maroc au sein de la gauche britannique. Un vĂ©ritable succĂšs, surtout quand on sait que ce parti n’était pas historiquement proche du Maroc et avait mĂȘme eu, par le passĂ©, des penchants pro-Polisario.
 
Un long rapprochement

Le soutien britannique Ă  la marocanitĂ© du Sahara n’est que le corollaire d’un long processus de rapprochement depuis la signature de l’accord d’association. Les Britanniques ont commencĂ© Ă  voir le Maroc autrement, comme un marchĂ© alternatif aprĂšs leur divorce avec l’Europe, dans le cadre de leur politique de “Great Britain”. DĂ©sireuse de retrouver sa gloire commerciale perdue au-delĂ  de l’Europe, la Grande-Bretagne cherchait de nouveaux marchĂ©s Ă  l’international. Le Maroc est ainsi devenu une porte d’entrĂ©e en Afrique, comme l’a rappelĂ© le communiquĂ© conjoint. Sur le plan Ă©conomique, les Ă©changes commerciaux ont explosĂ©, atteignant 3,8 milliards de livres sterling et progressant de 22,9 milliards de dirhams en 2022 Ă  48,5 milliards en 2024. Les exportations marocaines ont presque triplĂ© depuis l’entrĂ©e en vigueur de l’accord d’association.

Londres voit par ailleurs dans le Maroc un fournisseur majeur, tant pour les produits agricoles qui garnissent les rayons des supermarchĂ©s britanniques que pour l’énergie verte. D’oĂč le mĂ©ga-projet de connexion Ă©lectrique X-Links, qui devrait alimenter 7 millions de foyers britanniques en Ă©lectricitĂ© solaire Ă  partir d’une centrale Ă  Guelmim, via un cĂąble de 3.800 km.

Aujourd’hui, le Royaume-Uni voit grand. Ses regards se portent dĂ©jĂ  vers les juteux contrats liĂ©s au Mondial que le Maroc s’apprĂȘte Ă  lancer. Les Britanniques entendent bien obtenir leur part du gĂąteau, et vont mĂȘme plus loin, jusqu’à lorgner sur les opportunitĂ©s au Sahara. Cette mission sera confiĂ©e au bras financier de la diplomatie britannique, UK Export Finance. Une nouvelle page s’ouvre.
 
Anass MACHLOUKH

Extrait de l’interview avec Tim Reid : « Il y a des opportunitĂ©s Ă  saisir »
Maroc - Royaume-Uni : Rabat se projette dans l’Atlantique avec le soutien affirmĂ© de Londres
  • Comment le Maroc pourrait-il tirer profit des programmes de financements ?

A travers ce programme, nous envisageons d’installer une prĂ©sence permanente de notre agence, sachant que nous avons dĂ©sormais un reprĂ©sentant au Maroc. L’idĂ©e derriĂšre cette initiative est simple : il s’agit d’élaborer des mĂ©canismes de financement dĂ©diĂ©s Ă  des projets qu’ils soient publics, privĂ©s ou mixtes. Nos ambitions sont grandes et nous ciblons aussi bien les petits que les projets de grande envergure. Raison pour laquelle nous avons mobilisĂ© quatre milliards de Livres Sterling. L’objectif est de parvenir Ă  des projets communs entre les opĂ©rateurs marocains et britanniques sur le sol marocain.
 
Quels sont les secteurs prioritairement visés ?

Je rappelle que notre programme est ouvert Ă  tous les secteurs, mais il y en a ceux sur lesquels nous mettons plus de lumiĂšre, vu que nous y avons plus d’expĂ©rience et plus d’expertise.

J’en cite les infrastructures, le transport ferroviaire, l’infrastructure aĂ©roportuaire et surtout les Ă©nergies renouvelables qui constituent, Ă  nos yeux, l’un des secteurs florissants oĂč le Maroc dispose d’un grand potentiel. A cet Ă©gard, les entreprises britanniques peuvent apporter leurs expertises pour dĂ©velopper ce secteur au Maroc dans le cadre des projets communs.
 
  • Vous avez mentionnĂ© avant notre interview que vous cibliez Ă©galement les investissements dans le secteur de l’eau, peut-on avoir plus de dĂ©tails ?

Nous y avons songĂ© parce que nous constatons que le Maroc se dirige vers un nouveau modĂšle de gestion des ressources hydriques en cherchant des sources alternatives, Ă  savoir le dessalement et le dĂ©veloppement du traitement des eaux usĂ©es. De notre point de vue, nous estimons qu’il y a des opportunitĂ©s Ă  saisir pour les investissements Ă  court et moyen termes.
 
Recueillis par
Anass MACHLOUKH

UK - Export Finance : Les fonds britanniques débarquent au Sahara
La nouvelle position du Royaume-Uni ouvre la voie du Sahara aux investisseurs britanniques. Londres donne son feu vert Ă  son agence de dĂ©veloppement commercial Ă  l’international UK Export Finance pour se lancer aux provinces du Sud. Dans le communiquĂ© conjoint, il est mentionnĂ© que « UK Export Finance peut considĂ©rer de soutenir des projets au Sahara, notamment dans le cadre de son engagement Ă  mobiliser 5 milliards de Livres Sterling pour soutenir de nouveaux projets Ă©conomiques Ă  travers le pays ».

LancĂ©e en novembre 2022 lors d’une cĂ©rĂ©monie officielle Ă  Rabat, l’Agence britannique a Ă©lu domicile Ă  Casablanca. Son rĂŽle consiste Ă  soutenir Ă  travers des crĂ©dits Ă  l’export pour des projets communs maroco-britanniques. 51 MMDH ont Ă©tĂ© initialement mobilisĂ©s Ă  cette fin. L’enjeu est de booster un commerce en plein essor. Ce projet est confiĂ© Ă  une Marocaine : Meriem Bennani qui en est la reprĂ©sentante officielle. « Les crĂ©dits prĂ©voient des maturitĂ©s de 8 Ă  18 ans», a-t-elle expliquĂ© dans une interview accordĂ©e Ă  « L’Opinion ».

En gros, ce programme offre deux types de financements : le “Credit acheteur” garanti par l’Etat britannique aux projets bĂ©nĂ©ficiaires tandis que le deuxiĂšme, « Direct Lending », est destinĂ© aux projets de dĂ©veloppement.

Questo articolo Ăš riportato come estratto. La versione integrale Ăš pubblicata dalla testata di origine.

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