Omar Aanan : Jerada a toujours Ă©tĂ© une citadelle du combat ouvrier et social, mais elle a payĂ© le prix fort de lâinjustice et de la marginalisationLa salle du complexe municipal dâAĂŻn Beni Mathar a vibrĂ©, jeudi 4 septembre, dâune intensitĂ© particuliĂšre. Câest lĂ , dans cette ville chargĂ©e dâhistoire et de mĂ©moire, que lâUnion socialiste des forces populaires a tenu son troisiĂšme CongrĂšs provincial de Jerada, sous le slogan explicite et audacieux : «Pour Jerada et sa province, faisons face Ă la prĂ©varication et Ă la marginalisation, et fondons un dĂ©veloppement Ă©quitable sur les plans territorial et social». LâĂ©vĂ©nement a rĂ©uni un grand nombre de militants et militantes, venus renouer le fil entre passĂ© et prĂ©sent, portant haut les idĂ©aux de fraternitĂ© et de sacrifice qui ont façonnĂ© lâidentitĂ© du parti dans la rĂ©gion.
Saïd Baaziz : Les contradictions internes de la majorité ont entraßné une perte de confiance généralisée envers les institutions
Le choix du lieu nâest pas anodin. AĂŻn Beni Mathar nâest pas seulement une ville de lâEst marocain, elle est aussi le berceau du martyr Omar Benjelloun, figure emblĂ©matique de la gauche marocaine et symbole universel de la lutte pour la libertĂ© et la dignitĂ©. Tenir ce congrĂšs ici, câest raviver la flamme dâun engagement qui nâa jamais faibli et rappeler que les combats dâhier nourrissent ceux dâaujourdâhui.
DĂšs lâouverture, Omar Anan, membre du Bureau politique, a donnĂ© le ton. Avec des mots fermes et clairs, il a rappelĂ© que ce rendez-vous nâĂ©tait pas une formalitĂ© mais un acte de fidĂ©litĂ© et de rĂ©sistance. Pour lui, le slogan choisi ne constitue pas un simple affichage de bonnes intentions mais bien un contrat politique avec la population de Jerada. Un contrat forgĂ© dans la douleur et lâinjustice, dans une province qui a payĂ© un prix exorbitant en vies, en santĂ© et en richesses, sans jamais recevoir en retour lâattention mĂ©ritĂ©e de lâĂtat et des institutions.
Le message est limpide : pas de dĂ©veloppement sans justice territoriale, pas de dignitĂ© sans emploi, sans Ă©ducation et sans santĂ©, pas de stabilitĂ© sans participation rĂ©elle du citoyen Ă la dĂ©cision. Dans un contexte national oĂč sâeffritent la confiance envers les institutions et lâespĂ©rance des jeunes, lâUSFP choisit de ne pas fuir ses responsabilitĂ©s. «Nous ne sommes pas un parti de tribunes, ni une formation qui dĂ©tourne le regard de la rĂ©alitĂ©. Nous sommes les enfants du terrain, du Maroc profond. Nous savons que le changement ne sâoffre pas, il se conquiert», a-t-il martelĂ©.
Le dĂ©putĂ© ittihadi de la circonscription dâOujda-Angad a poursuivi en rappelant que Jerada, avec ses mineurs, ses ouvriers, ses femmes et sa jeunesse, a toujours Ă©tĂ© une citadelle du combat social et ouvrier. Mais cette citadelle a Ă©tĂ© abandonnĂ©e, au fil des annĂ©es, Ă la dĂ©sindustrialisation, au chĂŽmage et Ă lâexclusion, pendant que dâautres rĂ©gions profitaient de rentes et de privilĂšges. Câest pourquoi, a-t-il insistĂ©, il ne sâagit plus de tolĂ©rer les projets virtuels et les promesses sans lendemain. LâUSFP, dans lâopposition, continue de porter ce combat jusque dans lâhĂ©micycle du Parlement, en interpellant le gouvernement sur la santĂ© environnementale, sur la situation dramatique de lâemploi aprĂšs la fermeture des mines, sur lâĂ©tat dĂ©plorable des infrastructures, sur le manque de justice territoriale et sur la souffrance des petits paysans et Ă©leveurs livrĂ©es Ă eux-mĂȘmes.
Dans son intervention, SaĂŻd Baaziz, Ă©galement membre du Bureau politique de lâUSFP, a Ă©largi la focale au niveau national. Rappelant lâimportance de la diplomatie partisane menĂ©e par le parti, notamment Ă travers la visite rĂ©cente du Premier secrĂ©taire Driss Lachgar en Irak, il a insistĂ© sur le fait que la question de lâintĂ©gritĂ© territoriale demeure au cĆur des prioritĂ©s du parti. Mais il a aussi dĂ©noncĂ© lâĂ©chec flagrant du gouvernement dans les secteurs vitaux, un Ă©chec si criant que le discours du TrĂŽne a dĂ» rappeler la nĂ©cessitĂ© dâĂ©viter un Maroc Ă deux vitesses. Les contradictions internes des partis de la majoritĂ© ont fragilisĂ© lâensemble des institutions, du sommet jusquâaux collectivitĂ©s locales, alimentant une crise de confiance sans prĂ©cĂ©dent.
LâĂ©cho de la mĂ©moire dâOmar Benjelloun a rĂ©sonnĂ© une nouvelle fois dans la voix du militant ittihadi, Abdessalam Moussaoui. Originaire lui aussi dâAĂŻn Beni Mathar, il a rappelĂ© que le martyr a liĂ© sa vie au combat pour lâunitĂ© nationale, en particulier aprĂšs la Marche Verte.
Jerada, a-t-il dit, nâest pas seulement une terre de souffrances mais aussi une terre dâintellectuels et de rĂ©sistants, comme le dĂ©funt BenyounĂšs Marzouki, juriste constitutionnaliste Ă©mĂ©rite. Il a Ă©galement rĂ©affirmĂ© lâattachement indĂ©fectible du peuple marocain Ă la cause palestinienne, tout en soulignant le soutien croissant que reçoit lâinitiative dâautonomie pour le Sahara de la part de nombreux pays Ă travers le monde.
LâexposĂ© de Mokhtar Rachidi, quant Ă lui, a plongĂ© lâassemblĂ©e dans la rĂ©alitĂ© crue du territoire. Il a dĂ©crit une province qui dĂ©tient le triste record du taux de chĂŽmage le plus Ă©levĂ© du pays. AprĂšs la fermeture des mines de Jerada, Touissit, Sidi Boubker ou Oued Himer, aucune alternative Ă©conomique sĂ©rieuse nâa Ă©tĂ© proposĂ©e. Dans le sud du territoire, les Ă©leveurs voient leurs pĂąturages sâamenuiser sous la pression du surpĂąturage et de lâaccaparement des terres collectives, sans recevoir de soutien digne de ce nom du ministĂšre de lâAgriculture. Le rĂ©sultat est une pauvretĂ© qui sâaggrave, une jeunesse qui migre et une population qui se sent abandonnĂ©e. En face, lâUSFP, dans lâopposition, entend assumer son rĂŽle de vigie, de contre-pouvoir et de force de proposition pour exiger des alternatives viables.
Au nom du comitĂ© prĂ©paratoire, Ibrahim Hamidi a pris la parole pour replacer Jerada dans lâhistoire du Maroc. Plus quâun simple point sur la carte, a-t-il dit, Jerada est un symbole, une terre marquĂ©e par le sacrifice de ses ouvriers et le sang de ses martyrs. Aujourdâhui, lâhĂ©ritage de ce passĂ© se conjugue Ă un prĂ©sent lourd dâinĂ©galitĂ©s sociales, de fragilitĂ© Ă©conomique et dâurgences environnementales. Mais Jerada peut renaĂźtre, si lâEtat et ses institutions assument leurs responsabilitĂ©s dans une dĂ©marche de dĂ©veloppement territorial Ă©quitable et durable. Câest dans cet esprit que le congrĂšs a tracĂ© des pistes claires : lancer de vĂ©ritables projets Ă©conomiques de substitution, amĂ©liorer la santĂ© et lâĂ©ducation, renforcer la participation citoyenne, protĂ©ger lâenvironnement et lutter sans relĂąche contre la corruption qui gangrĂšne le dĂ©veloppement.
Ce congrĂšs nâa donc pas Ă©tĂ© une simple formalitĂ© organisationnelle. Il sâest voulu un acte de loyautĂ© envers lâhistoire de Jerada et ses sacrifices, mais aussi un acte fondateur pour lâavenir. En rĂ©affirmant que lâUSFP est un parti de proximitĂ©, au service des citoyens et engagĂ© dans les institutions comme sur le terrain, les congressistes ont voulu envoyer un signal fort : Jerada ne doit plus ĂȘtre relĂ©guĂ©e dans les marges de la carte. Elle doit redevenir un pĂŽle de dignitĂ©, de justice et de dĂ©veloppement.
La voix de lâUSFP sâest Ă©levĂ©e Ă AĂŻn Beni Mathar comme un cri dâalerte et un chant dâespĂ©rance. Alerte contre la marginalisation, lâexclusion et les promesses creuses. EspĂ©rance dâun avenir oĂč la justice territoriale ne sera pas un slogan, mais une rĂ©alitĂ©. En renouant avec la mĂ©moire des martyrs et en regardant vers lâavenir avec luciditĂ©, le parti a fait de ce troisiĂšme congrĂšs provincial de Jerada une Ă©tape dĂ©cisive. Une Ă©tape oĂč lâon nâa pas seulement parlĂ© dâorganisation interne, mais oĂč lâon a, surtout, proclamĂ© une volontĂ© inĂ©branlable : redonner sens Ă la politique, replacer lâhumain au cĆur des prioritĂ©s, et faire de Jerada un exemple de rĂ©sistance transformĂ©e en renaissance.
Mehdi Ouassat
