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Notizia 04 Feb 2026 5 min di lettura

L’évacuation de la population de Ksar El KĂ©bir en dit long

L’évacuation de la population de Ksar El KĂ©bir en dit long
L’évacuation de la population de Ksar El KĂ©bir en dit long
Depuis plusieurs jours, Ksar El KĂ©bir est devenue l’épicentre d’une crise hydromĂ©tĂ©orologique inĂ©dite. Face Ă  des prĂ©cipitations exceptionnelles et Ă  la montĂ©e rapide des eaux de l’oued Loukkos, consĂ©cutive au remplissage critique du barrage Oued El Makhazine (qui a dĂ©passĂ© 140% de sa capacitĂ©), les autoritĂ©s ont dĂ©clenchĂ© une sĂ©rie de mesures d’urgence culminant dans la dĂ©cision d’évacuer la quasi‑totalitĂ© de la ville.

Cette situation, exceptionnelle par son ampleur, met simultanément en lumiÚre la vulnérabilité structurelle de certains territoires marocains face aux aléas climatiques et les limites de la gestion anticipative des risques.
 
Evacuation généralisée

Les autoritĂ©s locales ont confirmĂ© l’option d’une Ă©vacuation gĂ©nĂ©ralisĂ©e, justifiĂ©e par la conjonction de plusieurs facteurs de risque : coupures d’eau et d’électricitĂ©, saturation du barrage, et prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques annonçant de nouvelles pluies diluviennes. Dans un premier temps, les opĂ©rations avaient ciblĂ© les personnes sinistrĂ©es ou directement menacĂ©es, reprĂ©sentant environ 70% de la population, avant d’ĂȘtre Ă©tendues Ă  l’ensemble de la ville. Cette escalade dĂ©cisionnelle illustre une gestion de crise en mouvement, contrainte de s’adapter Ă  la dĂ©gradation rapide des indicateurs hydriques.
 
Forte mobilisation

Sur le terrain, l’appareil Ă©tatique a Ă©tĂ© fortement mobilisĂ©. Les autoritĂ©s locales, la SĂ»retĂ© nationale et les Forces auxiliaires ont coordonnĂ© l’évacuation des quartiers les plus exposĂ©s – notamment Al‑Diwan, Al‑Marina, la route de Larache et Al‑Andalous – considĂ©rĂ©s comme particuliĂšrement vulnĂ©rables en cas de montĂ©e brutale des eaux du Loukkos.

Des bus et autres moyens de transport ont Ă©tĂ© rĂ©quisitionnĂ©s pour transfĂ©rer les habitants vers des centres d’accueil temporaires Ă  Ksar El KĂ©bir, Larache et Tanger, avant un redĂ©ploiement vers d’autres villes jugĂ©es plus sĂ»res dans la rĂ©gion de Tanger–TĂ©touan–Al Hoceima.

 Dans le mĂȘme temps, l’usage de haut‑parleurs, de vĂ©hicules de police et d’unitĂ©s mobiles de soutien logistique (notamment pour l’approvisionnement en pain) tĂ©moigne d’un effort pour maintenir un minimum de continuitĂ© sociale dans un contexte de dĂ©placement massif et prĂ©cipitĂ©.
 
Cumul pluviométrique hors norme

Sur le plan hydrologique, la crise actuelle est le produit d’un cumul pluviomĂ©trique hors norme. Le barrage Oued El Makhazine a reçu, entre le 1er septembre et le 1er fĂ©vrier, prĂšs de 845 millions de mĂštres cubes d’eau, dont plus de 500 millions en une seule semaine. MalgrĂ© des lĂąchers prĂ©ventifs enclenchĂ©s dĂšs le 24 janvier, le niveau de la retenue a continuĂ© de grimper, jusqu’à rendre quasi inĂ©vitable l’augmentation des dĂ©bits vers l’oued Loukkos et le risque d’inondations majeures, estimĂ©es Ă  plus de cinq mĂštres dans certains secteurs urbains. Cette sĂ©quence met en Ă©vidence un dilemme classique de la gestion des barrages en pĂ©riode de dĂ©rĂšglement climatique : garantir la sĂ©curitĂ© hydrique du pays en maximisant le stockage, tout en prĂ©servant des marges de manƓuvre suffisantes pour absorber les Ă©pisodes extrĂȘmes.
 
FragilitĂ©s d’un modĂšle d’amĂ©nagement

L’épisode de Ksar El KĂ©bir ne peut cependant ĂȘtre lu comme un simple accident mĂ©tĂ©orologique. Il s’inscrit dans un continuum de phĂ©nomĂšnes extrĂȘmes observĂ©s depuis plusieurs mois (pluies intenses, chutes de neige importantes en dĂ©cembre 2025) et rĂ©vĂšle les fragilitĂ©s d’un modĂšle d’amĂ©nagement qui a parfois sous‑estimĂ© l’urbanisation de zones inondables, la dĂ©pendance Ă  quelques grands ouvrages hydrauliques et l’insuffisante prĂ©paration des populations aux scĂ©narios de crue majeure. La suspension des cours dĂ©cidĂ©e par le ministĂšre de l’Education nationale dans plusieurs provinces, la mobilisation de l’armĂ©e et la montĂ©e rapide des volumes stockĂ©s dans les barrages rappellent que le pays entre dans une phase oĂč s’alternent sĂ©cheresses prolongĂ©es et Ă©pisodes pluvieux violents, rendant obsolĂštes les rĂ©fĂ©rentiels climatiques passĂ©s.
 
Enjeux et défis

D’un point de vue analytique, la gestion de cette crise pose au moins trois enjeux. D’abord, l’enjeu de la planification du risque : la dĂ©cision d’évacuer une ville de plus de 100.000 habitants, mĂȘme de maniĂšre progressive, montre que les scĂ©narios de crue extrĂȘme n’étaient pas suffisamment intĂ©grĂ©s dans l’urbanisme et la prĂ©paration civile. Ensuite, l’enjeu de la justice territoriale: ce sont souvent les quartiers les plus vulnĂ©rables socialement qui se trouvent en zone d’expansion de crue, ce qui interroge la maniĂšre dont les choix d’implantation et d’infrastructure ont Ă©tĂ© opĂ©rĂ©s. Enfin, l’enjeu de la gouvernance climatique : la sĂ©quence actuelle pourrait constituer un Ă©lectrochoc politique, incitant Ă  repenser la gestion des barrages, des oueds et des plaines inondables dans un cadre de transition climatique oĂč l’exception tend Ă  devenir la norme.
 
Gestion essentiellement réactive

En dĂ©finitive, la situation de Ksar El KĂ©bir fonctionne comme un rĂ©vĂ©lateur. Elle montre la capacitĂ© de l’Etat Ă  mobiliser rapidement des moyens humains et logistiques importants, mais aussi les limites d’un modĂšle de gestion essentiellement rĂ©actif, dĂ©clenchĂ© en aval de la crise plutĂŽt qu’en amont. Pour les annĂ©es Ă  venir, la question centrale ne sera pas seulement de rĂ©pondre Ă  l’urgence, mais de transformer cette expĂ©rience en levier de refonte des politiques d’amĂ©nagement, de prĂ©vention des risques et de sensibilisation des populations, afin que l’évacuation totale d’une ville ne soit plus l’ultime outil de gestion du climat, mais l’exception absolue.

Hassan Bentaleb

L’évacuation de la population de Ksar El KĂ©bir en dit long

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