NĂ© dans lâespace virtuel, le collectif GenZ212 â rĂ©fĂ©rence directe Ă lâindicatif tĂ©lĂ©phonique du Maroc â sâest rapidement imposĂ© comme le symbole dâune jeunesse connectĂ©e en quĂȘte de dignitĂ©. ConstituĂ©e de jeunes nĂ©s entre 1995 et 2010, cette gĂ©nĂ©ration a grandi dans un contexte de promesses Ă©conomiques souvent déçues, avec un chĂŽmage qui frĂŽle les 35% au deuxiĂšme trimestre 2025 et des services publics en crise.
La mobilisation sâest organisĂ©e principalement sur Discord, oĂč plus de 10.000 membres Ă©changeaient dĂ©jĂ avant la premiĂšre manifestation. Des groupes parallĂšles sur Telegram et X (ex-Twitter) relayaient les appels aux rassemblements pacifiques, avec une stratĂ©gie numĂ©rique assumĂ©e : une cartographie interactive des lieux de rendez-vous, un mot dâordre commun â âLibertĂ©, DignitĂ©, Justiceâ â et une communication virale qui a surpris les observateurs.
La mobilisation sâest organisĂ©e principalement sur Discord, oĂč plus de 10.000 membres Ă©changeaient dĂ©jĂ avant la premiĂšre manifestation. Des groupes parallĂšles sur Telegram et X (ex-Twitter) relayaient les appels aux rassemblements pacifiques, avec une stratĂ©gie numĂ©rique assumĂ©e : une cartographie interactive des lieux de rendez-vous, un mot dâordre commun â âLibertĂ©, DignitĂ©, Justiceâ â et une communication virale qui a surpris les observateurs.
Le dĂ©clencheur : le drame dâAgadir
Si le malaise social couvait depuis plusieurs mois, câest le drame du 14 septembre 2025 qui a agi comme catalyseur. Ce jour-lĂ , huit femmes enceintes sont dĂ©cĂ©dĂ©es dans des conditions controversĂ©es Ă lâhĂŽpital Hassan II dâAgadir. Le manque dâĂ©quipements, lâĂ©puisement du personnel et les soupçons de corruption ont mis en lumiĂšre les dĂ©faillances criantes du systĂšme de santĂ© publique.
Cette tragĂ©die a cristallisĂ© la colĂšre dâune jeunesse qui reproche Ă lâĂtat dâinvestir des milliards dans les infrastructures sportives pour la CAN 2025 et la Coupe du Monde 2030, alors que les hĂŽpitaux et les Ă©coles peinent Ă rĂ©pondre aux besoins Ă©lĂ©mentaires de la population. Pour les manifestants, mĂȘme si les investissements sportifs relĂšvent dâun cadre particulier, distinct des budgets sectoriels de lâĂtat, le contraste entre des stades flambant neufs et des maternitĂ©s dĂ©labrĂ©es illustre lâinjustice dâun modĂšle de dĂ©veloppement perçu comme dĂ©sĂ©quilibrĂ©.
27 septembre : la premiÚre étincelle
Le samedi 27 septembre, la premiĂšre mobilisation nationale a lieu simultanĂ©ment dans une dizaine de villes : Rabat, Casablanca, Marrakech, FĂšs, MeknĂšs, Tanger, El Jadida et Agadir. Ă Rabat, plusieurs centaines de jeunes se rassemblent devant le Parlement. Les slogans fusent contre la corruption et pour une rĂ©forme en profondeur des secteurs de la santĂ© et de lâĂ©ducation. La manifestation se dĂ©roule pacifiquement mais se solde par plus de 70 arrestations. Si les interpellĂ©s sont relĂąchĂ©s aprĂšs vĂ©rification dâidentitĂ©, des tĂ©moignages dĂ©noncent des violences policiĂšres et des humiliations.
Le lendemain, les rassemblements reprennent avec une affluence comparable. Ă Casablanca et Marrakech, des sit-in sont organisĂ©s. Ă Agadir, les manifestants rendent hommage aux victimes de lâhĂŽpital Hassan II.
La tension monte dâun cran avec de nouvelles arrestations : plus de 100 au total sur le week-end. Deux figures fĂ©minines de la mobilisation sont interpellĂ©es Ă Casablanca, ce qui suscite une vague dâindignation sur les rĂ©seaux sociaux. Le hashtag #GenZ212 grimpe en tĂȘte des tendances nationales sur X.
Le lundi 29 septembre, le mouvement sâĂ©tend Ă des villes moyennes comme Oujda, Beni Mellal, Inezgane et TĂ©touan. Mais la prĂ©sence policiĂšre pousse les manifestants Ă innover. Ă Casablanca, de jeunes protestataires se rĂ©fugient dans des cimetiĂšres pour Ă©chapper aux forces de lâordre et reprendre les chants contestataires Ă la nuit tombĂ©e.
La mobilisation devient plus fluide, plus imprĂ©visible. Les organisateurs privilĂ©gient dĂ©sormais les annonces de derniĂšre minute sur Discord, afin dâĂ©viter les points fixes trop faciles Ă encadrer.
30 septembre : un tournant dramatique.
à Oujda, des vidéos relayées en ligne montrent un véhicule de police percutant un jeune manifestant. Selon la MAP, ce dernier est griÚvement blessé mais hors de danger vital. Cet incident enflamme les réseaux sociaux et alimente les accusations de brutalité policiÚre.
à Inezgane, la situation dégénÚre en fin de soirée. Ce qui avait commencé comme une manifestation pacifique se transforme en scÚnes de chaos urbain. Des groupes encagoulés surgissent, arrachent du mobilier urbain, incendient des véhicules, pillent une pharmacie et attaquent une agence bancaire. Les flammes embrasent une partie de la place centrale, donnant à voir des images rappelant des émeutes.
Les violences gagnent dâautres localitĂ©s, notamment AĂŻt Amira prĂšs dâAgadir, BĂ©ni Mellal et Oujda, oĂč des rumeurs alarmistes circulent pour amplifier la panique. Des vĂ©hicules de la Gendarmerie royale sont endommagĂ©s. La nuit se conclut sur un bilan matĂ©riel lourd : 263 membres des forces de lâordre et 23 civils â dont un cas grave Ă Oujda â ont Ă©tĂ© blessĂ©s. Les affrontements ont Ă©galement causĂ© dâimportants dĂ©gĂąts matĂ©riels avec 142 vĂ©hicules des forces de lâordre et 20 voitures particuliĂšres endommagĂ©s, ainsi que le saccage de 3 agences bancaires, 1 agence dâassurance, 1 pharmacie et plusieurs commerces. Des incendies et des destructions ont Ă©tĂ© signalĂ©s dans plusieurs villes, tandis quâune ambulance a Ă©tĂ© bloquĂ©e Ă Oujda. Au total, 409 personnes ont Ă©tĂ© placĂ©es en garde Ă vue. Les villes les plus touchĂ©es sont Inzegane-AĂŻt Melloul, Oujda, Skhirat-TĂ©mara, Beni Mellal, Chtouka-AĂŻt Baha, Agadir et Tiznit. Et ill ne s'agit lĂ que d'un bilan d'Ă©tape de l'IntĂ©rieur.
La réaction des autorités
Face Ă cette escalade, le gouvernement convoque une rĂ©union exceptionnelle de la majoritĂ© le 30 septembre en fin dâaprĂšs-midi. Dans son communiquĂ©, lâExĂ©cutif insiste sur son âĂ©coute attentiveâ et sa dĂ©termination Ă privilĂ©gier le dialogue institutionnel et public.
Le gouvernement met en avant les rĂ©formes en cours dans le secteur de la santĂ© â modernisation des hĂŽpitaux, crĂ©ation de pĂŽles territoriaux, recrutement de personnel mĂ©dical â tout en reconnaissant que leurs effets ne seront visibles quâĂ moyen terme. Il appelle Ă la responsabilitĂ© et Ă la retenue, saluant le professionnalisme des forces de lâordre. Mais ce discours trouve peu dâĂ©cho auprĂšs des jeunes manifestants, qui dĂ©noncent le fossĂ© entre les annonces officielles et leur rĂ©alitĂ© quotidienne, et appellent sur les rĂ©seaux Ă poursuivre les mobilisations.
Une jeunesse en quĂȘte de reconnaissance
DerriĂšre GenZ212, câest toute une gĂ©nĂ©ration qui sâaffirme. Les moins de 25 ans reprĂ©sentent 41 % de la population marocaine. Souvent qualifiĂ©s de âdĂ©sengagĂ©sâ, ils dĂ©montrent dĂ©sormais leur capacitĂ© Ă sâorganiser et Ă occuper lâespace public.
Lâusage massif des rĂ©seaux sociaux, lâabsence de figures traditionnelles et le caractĂšre dĂ©centralisĂ© du mouvement brouillent les repĂšres. Les leaders sont invisibles, remplacĂ©s par des votes en ligne : dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, presque 20.000 participants sur Discord se prononcent pour la poursuite de la mobilisation.
