Vendredi 1er Mai 2026, la ville du DĂ©troit a vibrĂ© au rythme d'une marche qui n'Ă©tait pas seulement une commĂ©moration, mais un cri, une revendication, presque une thĂ©rapie de vĂ©ritĂ© collective. La FĂ©dĂ©ration dĂ©mocratique du travail y a organisĂ© sa cĂ©lĂ©bration de la FĂȘte internationale du travail, rĂ©unissant sous un mĂȘme souffle militants, travailleurs et dirigeants, dans une atmosphĂšre chargĂ©e Ă la fois de mĂ©moire militante et d'une urgence sociale palpable.
Deux voix se sont élevées ce jour-là au-dessus de la foule. Deux voix qui, ensemble, ont dessiné le portrait d'un Maroc qui souffre, d'un gouvernement qui déçoit, et d'une gauche qui refuse de capituler.
La sanction viendra des urnes
Driss Lachguar, Premier secrétaire de l'Union socialiste des forces populaires, n'est pas homme à ménager ses mots lorsque la situation l'exige. Et la situation, ce 1er Mai à Tanger, l'exigeait pleinement.
DĂšs son entrĂ©e en matiĂšre, il a posĂ© le dĂ©cor avec une luciditĂ© dĂ©sarmante : se tenir sur cette place, Ă cette heure prĂ©cise, est en soi un acte de rĂ©sistance. «DerriĂšre cette tribune et dans chacun de ses recoins, simplement se tenir debout sur cette place Ă cette heure et en pleine chaleur, c'est dĂ©jĂ un grand combat», a-t-il lancĂ©, rappelant d'emblĂ©e que la prĂ©sence militante n'est jamais anodine dans un pays oĂč l'espace politique se rĂ©trĂ©cit.
Mais c'est lorsqu'il a Ă©voquĂ© la question des symboles que son discours a pris une dimension particuliĂšrement saisissante. Car l'un des larcins les moins visibles, et pourtant les plus graves, que dĂ©nonce Lachguar, c'est le vol de la mĂ©moire militante. Ces chants nĂ©s dans les geĂŽles de Derb Moulay Cherif, ces slogans forgĂ©s Ă Ghbila et Ain Barja dans les annĂ©es sombres du Maroc des annĂ©es soixante et soixante-dix, rĂ©sonnaient ce matin-lĂ dans les rangs de la marche. Et le Premier secrĂ©taire de l'USFP de s'indigner avec une Ă©lĂ©gance maĂźtrisĂ©e : ces hymnes ne sont pas nĂ©s dans des rĂ©unions confortables ni dans des bureaux climatisĂ©s. Ils ont Ă©tĂ© arrachĂ©s Ă la douleur, enfantĂ©s par les fouets du bourreau, avant d'ĂȘtre mĂ©ticuleusement documentĂ©s et transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration comme un hĂ©ritage sacrĂ©.
Or aujourd'hui, des formations politiques aux références historiques douteuses se les sont appropriés, les recyclant comme si de rien n'était, sans vergogne et sans mémoire. «AprÚs avoir tout volé dans ce pays bien-aimé, voilà qu'ils volent jusqu'à vos slogans», a-t-il dit, avec cette franchise qui fait la marque du militant endurci.
Cette observation n'est pas anecdotique. Elle rĂ©vĂšle une stratĂ©gie de brouillage idĂ©ologique systĂ©matique : en s'emparant du vocabulaire, des symboles et des chants de la gauche historique, certains acteurs politiques cherchent Ă occuper une lĂ©gitimitĂ© populaire qu'ils n'ont pas construite, Ă s'inventer une profondeur militante qu'ils n'ont pas vĂ©cue. Pour Lachguar, c'est lĂ une imposture qui mĂ©rite d'ĂȘtre nommĂ©e et combattue.
Du symbolique, il est passé au concret, avec la rigueur d'un procureur armé de chiffres. Le bilan du gouvernement en place? Accablant. Impitoyable. Documenté.
Sur le front de l'emploi, la promesse d'un million de postes de travail s'est Ă©vaporĂ©e dans les statistiques officielles elles-mĂȘmes : 850.000 emplois annoncĂ©s, dont 600.000 engloutis par la sĂ©cheresse dans le monde rural, pour un solde rĂ©el de 350.000, soit Ă peine le tiers de l'objectif. Mais ce qui rĂ©volte davantage le leader socialiste, c'est la manipulation arithmĂ©tique qui entoure ces chiffres, cette façon de prĂ©senter le dĂ©sastre comme une performance, de maquiller l'Ă©chec en rĂ©sultat partiel acceptable.
Le taux de chÎmage, lui, ne ment pas : pour la premiÚre fois, il a franchi le seuil des 13% (2024), chiffre symptomatique d'une crise structurelle que le gouvernement s'obstine à relativiser. Quant à l'emploi féminin, la promesse de porter le taux d'activité des femmes de 19% à 30% s'est soldée par une régression : on est resté à 19%, voire en deçà , dans l'indifférence générale.
Sur la couverture médicale, Lachguar démonte avec méthode ce qu'il qualifie de «grande illusion» : l'essentiel des crédits alloués à la protection sociale transite non pas vers les hÎpitaux publics en déshérence, mais vers les cliniques et cabinets privés. Résultat : 90% du soutien bénéficie au secteur privé, et 10% seulement au service public. Ce n'est pas une réforme sociale, c'est une privatisation masquée des soins, financée par le contribuable.
Et lorsqu'il évoque le taux d'inflation, il pointe du doigt la mystification statistique avec une précision chirurgicale : présenter un taux de 0,8% comme une victoire gouvernementale, alors qu'il s'agit d'un effet conjoncturel des pluies abondantes sur les prix alimentaires, relÚve non pas de la communication politique mais du mensonge. L'inflation alimentaire avait atteint 20% il y a à peine deux ans, une réalité que chaque ménage marocain a vécue dans sa chair, au marché, à la caisse du supermarché, au moment de payer la note du mois.
La conclusion de Lachguar est à la fois un verdict et un appel : sur les dix engagements du gouvernement, sept sont restés lettre morte, trois ont été partiellement réalisés, et aucun n'a été tenu dans sa totalité. La sanction, dit-il, passera par les urnes. «Non à la politique falsifiée. Non à l'intox et au mensonge. Non au gouvernement de la prédation».
L'Etat social : engagement ou alibi?
Si le discours de Lachguar était celui d'un procureur implacable, celui de Youssef Aidi, secrétaire général de la FDT, était celui d'un architecte social qui dessine avec conviction les contours d'un Maroc possible, désirable, juste.
Dans un texte d'une densitĂ© idĂ©ologique remarquable, Aidi a d'abord replacĂ© cette Ă©dition du 1er Mai dans sa dimension la plus haute : celle d'un engagement renouvelĂ©, d'un pacte rĂ©affirmĂ© entre la gauche syndicale et les travailleurs de ce pays. Car la FDT, fidĂšle Ă sa tradition progressiste, n'entend pas rĂ©duire la FĂȘte du travail Ă un rituel annuel, Ă un dĂ©filĂ© folklorique. Pour elle, c'est un acte politique Ă part entiĂšre.
Le thĂšme choisi cette annĂ©e â «La justice sociale, levier du Maroc en marche» â a donnĂ© lieu Ă une dĂ©claration de foi syndicale et philosophique : la justice sociale n'est pas la cerise sur le gĂąteau d'une croissance rĂ©ussie. Elle en est le fondement. Sans elle, le Maroc n'avance pas, il titube. Sans elle, les chiffres du PIB ne signifient rien pour l'ouvriĂšre qui rentre chez elle aprĂšs 12 heures de travail et ne peut plus nourrir ses enfants convenablement.
Aidi n'a pas évité les questions géopolitiques qui traversent la conscience collective marocaine. Sa solidarité avec le peuple palestinien a été exprimée avec une sobriété qui en décuplait la force, rejetant toute instrumentalisation politique : la cause palestinienne, pour la FDT, est une cause de principe, ancrée dans le fond moral de la classe ouvriÚre marocaine, indépendamment des conjonctures électorales ou diplomatiques. Elle a été énoncée clairement, et c'est à sa place.
Sur la question du Sahara marocain, le secrétaire général a tenu à rappeler l'attachement profond et constant de la FDT à l'intégrité territoriale du Maroc, saluant les succÚs diplomatiques accumulés sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui ont considérablement renforcé la position internationale du Royaume sur la question du Sahara marocain.
Mais c'est sur le terrain social qu'Aidi a porté ses coups les plus précis. Il a réclamé avec clarté une augmentation générale des salaires et des retraites, indexée sur la réalité du coût de la vie. Car c'est là l'une des grandes hypocrisies de la période : on annonce des hausses de rémunérations, mais l'inflation, elle, dépasse toujours ces augmentations. L'argent que le travailleur gagne avec peine est immédiatement rattrapé, dévoré, annulé par la hausse des prix des légumes, de la viande, du poulet, du loyer. La progression nominale masque une régression réelle.
Sa dĂ©nonciation de la justice fiscale mĂ©rite d'ĂȘtre saluĂ©e pour son courage et sa clartĂ© : le poids de l'impĂŽt pĂšse de maniĂšre disproportionnĂ©e sur les salaires et les revenus modestes, tandis que les grandes fortunes, les rentes et les niches fiscales opĂšrent Ă l'abri d'une complaisance institutionnelle difficile Ă justifier moralement. Aidi rĂ©clame une rĂ©forme fiscale qui inverse cette logique, qui fasse de l'impĂŽt un instrument de redistribution et non un outil d'appauvrissement supplĂ©mentaire pour ceux qui ont dĂ©jĂ le moins.
Sur la retraite, le ton est ferme : ce chantier national ne peut ĂȘtre rĂ©duit Ă une Ă©quation comptable. Il engage la parole de l'Etat envers des gĂ©nĂ©rations de travailleurs qui ont construit ce pays. Toute rĂ©forme qui sacrifie les droits acquis sur l'autel de l'Ă©quilibre actuariel sera combattue.
Deux voix se sont élevées ce jour-là au-dessus de la foule. Deux voix qui, ensemble, ont dessiné le portrait d'un Maroc qui souffre, d'un gouvernement qui déçoit, et d'une gauche qui refuse de capituler.
La sanction viendra des urnes
Driss Lachguar, Premier secrétaire de l'Union socialiste des forces populaires, n'est pas homme à ménager ses mots lorsque la situation l'exige. Et la situation, ce 1er Mai à Tanger, l'exigeait pleinement.
DĂšs son entrĂ©e en matiĂšre, il a posĂ© le dĂ©cor avec une luciditĂ© dĂ©sarmante : se tenir sur cette place, Ă cette heure prĂ©cise, est en soi un acte de rĂ©sistance. «DerriĂšre cette tribune et dans chacun de ses recoins, simplement se tenir debout sur cette place Ă cette heure et en pleine chaleur, c'est dĂ©jĂ un grand combat», a-t-il lancĂ©, rappelant d'emblĂ©e que la prĂ©sence militante n'est jamais anodine dans un pays oĂč l'espace politique se rĂ©trĂ©cit.
Mais c'est lorsqu'il a Ă©voquĂ© la question des symboles que son discours a pris une dimension particuliĂšrement saisissante. Car l'un des larcins les moins visibles, et pourtant les plus graves, que dĂ©nonce Lachguar, c'est le vol de la mĂ©moire militante. Ces chants nĂ©s dans les geĂŽles de Derb Moulay Cherif, ces slogans forgĂ©s Ă Ghbila et Ain Barja dans les annĂ©es sombres du Maroc des annĂ©es soixante et soixante-dix, rĂ©sonnaient ce matin-lĂ dans les rangs de la marche. Et le Premier secrĂ©taire de l'USFP de s'indigner avec une Ă©lĂ©gance maĂźtrisĂ©e : ces hymnes ne sont pas nĂ©s dans des rĂ©unions confortables ni dans des bureaux climatisĂ©s. Ils ont Ă©tĂ© arrachĂ©s Ă la douleur, enfantĂ©s par les fouets du bourreau, avant d'ĂȘtre mĂ©ticuleusement documentĂ©s et transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration comme un hĂ©ritage sacrĂ©.
Or aujourd'hui, des formations politiques aux références historiques douteuses se les sont appropriés, les recyclant comme si de rien n'était, sans vergogne et sans mémoire. «AprÚs avoir tout volé dans ce pays bien-aimé, voilà qu'ils volent jusqu'à vos slogans», a-t-il dit, avec cette franchise qui fait la marque du militant endurci.
Cette observation n'est pas anecdotique. Elle rĂ©vĂšle une stratĂ©gie de brouillage idĂ©ologique systĂ©matique : en s'emparant du vocabulaire, des symboles et des chants de la gauche historique, certains acteurs politiques cherchent Ă occuper une lĂ©gitimitĂ© populaire qu'ils n'ont pas construite, Ă s'inventer une profondeur militante qu'ils n'ont pas vĂ©cue. Pour Lachguar, c'est lĂ une imposture qui mĂ©rite d'ĂȘtre nommĂ©e et combattue.
Du symbolique, il est passé au concret, avec la rigueur d'un procureur armé de chiffres. Le bilan du gouvernement en place? Accablant. Impitoyable. Documenté.
Sur le front de l'emploi, la promesse d'un million de postes de travail s'est Ă©vaporĂ©e dans les statistiques officielles elles-mĂȘmes : 850.000 emplois annoncĂ©s, dont 600.000 engloutis par la sĂ©cheresse dans le monde rural, pour un solde rĂ©el de 350.000, soit Ă peine le tiers de l'objectif. Mais ce qui rĂ©volte davantage le leader socialiste, c'est la manipulation arithmĂ©tique qui entoure ces chiffres, cette façon de prĂ©senter le dĂ©sastre comme une performance, de maquiller l'Ă©chec en rĂ©sultat partiel acceptable.
Le taux de chÎmage, lui, ne ment pas : pour la premiÚre fois, il a franchi le seuil des 13% (2024), chiffre symptomatique d'une crise structurelle que le gouvernement s'obstine à relativiser. Quant à l'emploi féminin, la promesse de porter le taux d'activité des femmes de 19% à 30% s'est soldée par une régression : on est resté à 19%, voire en deçà , dans l'indifférence générale.
Sur la couverture médicale, Lachguar démonte avec méthode ce qu'il qualifie de «grande illusion» : l'essentiel des crédits alloués à la protection sociale transite non pas vers les hÎpitaux publics en déshérence, mais vers les cliniques et cabinets privés. Résultat : 90% du soutien bénéficie au secteur privé, et 10% seulement au service public. Ce n'est pas une réforme sociale, c'est une privatisation masquée des soins, financée par le contribuable.
Et lorsqu'il évoque le taux d'inflation, il pointe du doigt la mystification statistique avec une précision chirurgicale : présenter un taux de 0,8% comme une victoire gouvernementale, alors qu'il s'agit d'un effet conjoncturel des pluies abondantes sur les prix alimentaires, relÚve non pas de la communication politique mais du mensonge. L'inflation alimentaire avait atteint 20% il y a à peine deux ans, une réalité que chaque ménage marocain a vécue dans sa chair, au marché, à la caisse du supermarché, au moment de payer la note du mois.
La conclusion de Lachguar est à la fois un verdict et un appel : sur les dix engagements du gouvernement, sept sont restés lettre morte, trois ont été partiellement réalisés, et aucun n'a été tenu dans sa totalité. La sanction, dit-il, passera par les urnes. «Non à la politique falsifiée. Non à l'intox et au mensonge. Non au gouvernement de la prédation».
L'Etat social : engagement ou alibi?
Si le discours de Lachguar était celui d'un procureur implacable, celui de Youssef Aidi, secrétaire général de la FDT, était celui d'un architecte social qui dessine avec conviction les contours d'un Maroc possible, désirable, juste.
Dans un texte d'une densitĂ© idĂ©ologique remarquable, Aidi a d'abord replacĂ© cette Ă©dition du 1er Mai dans sa dimension la plus haute : celle d'un engagement renouvelĂ©, d'un pacte rĂ©affirmĂ© entre la gauche syndicale et les travailleurs de ce pays. Car la FDT, fidĂšle Ă sa tradition progressiste, n'entend pas rĂ©duire la FĂȘte du travail Ă un rituel annuel, Ă un dĂ©filĂ© folklorique. Pour elle, c'est un acte politique Ă part entiĂšre.
Le thĂšme choisi cette annĂ©e â «La justice sociale, levier du Maroc en marche» â a donnĂ© lieu Ă une dĂ©claration de foi syndicale et philosophique : la justice sociale n'est pas la cerise sur le gĂąteau d'une croissance rĂ©ussie. Elle en est le fondement. Sans elle, le Maroc n'avance pas, il titube. Sans elle, les chiffres du PIB ne signifient rien pour l'ouvriĂšre qui rentre chez elle aprĂšs 12 heures de travail et ne peut plus nourrir ses enfants convenablement.
Aidi n'a pas évité les questions géopolitiques qui traversent la conscience collective marocaine. Sa solidarité avec le peuple palestinien a été exprimée avec une sobriété qui en décuplait la force, rejetant toute instrumentalisation politique : la cause palestinienne, pour la FDT, est une cause de principe, ancrée dans le fond moral de la classe ouvriÚre marocaine, indépendamment des conjonctures électorales ou diplomatiques. Elle a été énoncée clairement, et c'est à sa place.
Sur la question du Sahara marocain, le secrétaire général a tenu à rappeler l'attachement profond et constant de la FDT à l'intégrité territoriale du Maroc, saluant les succÚs diplomatiques accumulés sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui ont considérablement renforcé la position internationale du Royaume sur la question du Sahara marocain.
Mais c'est sur le terrain social qu'Aidi a porté ses coups les plus précis. Il a réclamé avec clarté une augmentation générale des salaires et des retraites, indexée sur la réalité du coût de la vie. Car c'est là l'une des grandes hypocrisies de la période : on annonce des hausses de rémunérations, mais l'inflation, elle, dépasse toujours ces augmentations. L'argent que le travailleur gagne avec peine est immédiatement rattrapé, dévoré, annulé par la hausse des prix des légumes, de la viande, du poulet, du loyer. La progression nominale masque une régression réelle.
Sa dĂ©nonciation de la justice fiscale mĂ©rite d'ĂȘtre saluĂ©e pour son courage et sa clartĂ© : le poids de l'impĂŽt pĂšse de maniĂšre disproportionnĂ©e sur les salaires et les revenus modestes, tandis que les grandes fortunes, les rentes et les niches fiscales opĂšrent Ă l'abri d'une complaisance institutionnelle difficile Ă justifier moralement. Aidi rĂ©clame une rĂ©forme fiscale qui inverse cette logique, qui fasse de l'impĂŽt un instrument de redistribution et non un outil d'appauvrissement supplĂ©mentaire pour ceux qui ont dĂ©jĂ le moins.
Sur la retraite, le ton est ferme : ce chantier national ne peut ĂȘtre rĂ©duit Ă une Ă©quation comptable. Il engage la parole de l'Etat envers des gĂ©nĂ©rations de travailleurs qui ont construit ce pays. Toute rĂ©forme qui sacrifie les droits acquis sur l'autel de l'Ă©quilibre actuariel sera combattue.
Youssef AidiEt sur la couverture sociale, Aidi rejoint Lachguar dans un mĂȘme diagnostic : l'Ă©largissement quantitatif de l'accĂšs aux soins ne vaut rien sans qualitĂ© de service, sans financement pĂ©renne du public, sans rĂ©elle volontĂ© politique de mettre fin Ă la logique marchande qui gangrĂšne le systĂšme de santĂ©.
Pendant que le petit salarié saigne à l'impÎt, les grandes fortunes prospÚrent dans l'ombre d'une fiscalité taillée sur mesure pour les puissants
Tanger, carrefour de mémoires et de luttes
Il y a quelque chose de particuliĂšrement symbolique dans le fait que Tanger, ville-frontiĂšre, ville de tous les passages et de toutes les rencontres, ait Ă©tĂ© choisie pour accueillir cette mobilisation. Tanger incarne Ă elle seule les contradictions du Maroc contemporain : ville de dĂ©veloppement spectaculaire en façade, mais aussi ville de prĂ©caritĂ©s persistantes, de jeunesses qui rĂȘvent d'ailleurs, de travailleurs qui cherchent leur place dans une Ă©conomie qui ne leur fait pas toujours de la place.
C'est dans ces villes-lĂ que les discours politiques trouvent leur test de rĂ©alitĂ© le plus rigoureux. Ici, les promesses non tenues ont un visage. Ici, les statistiques officielles heurtent le quotidien des gens qui font la queue dans les dispensaires publics, qui cherchent en vain un emploi stable, qui voient leur pouvoir d'achat fondre Ă vue d'Ćil malgrĂ© les discours triomphalistes.
La gauche, debout
Ce 1er Mai tangĂ©rois restera sans doute gravĂ© dans les mĂ©moires militantes comme l'une de ces journĂ©es oĂč la gauche marocaine a dĂ©montrĂ© qu'elle conserve une capacitĂ© irremplaçable : nommer les choses, dire la vĂ©ritĂ©, tenir la mĂ©moire, et articuler une vision alternative de la sociĂ©tĂ©.
Face à ceux qui ont fait de la récupération symbolique une stratégie politique, face à ceux qui habillent une politique libérale de slogans empruntés à l'histoire militante, la FDT et l'USFP ont répondu ce jour-là avec le seul outil qui vaille sur la durée : la cohérence entre les mots et les actes, entre l'histoire revendiquée et les choix présents.
Les urnes parleront. Les travailleurs jugeront. Mais ce 1er Mai à Tanger, quelque chose s'est dit clairement, sans détour, sans maquillage : le Maroc ne peut continuer à promettre l'ascension tout en laissant ses classes laborieuses sur le bord du chemin.
La justice sociale n'est pas une option. C'est une exigence. C'est une condition. C'est, pour reprendre le mot de Aidi, la seule vĂ©ritable rampe de lancement pour un Maroc qui monte â et qui monte pour tout le monde.
Mehdi Ouassat
