« Une petite vie Ă Sidi Youssef Ben Ali » est le titre du dernier recueil de nouvelles de l'Ă©crivain marocain d'expression française My Seddik Rabbaj, publiĂ© aux Ă©ditions Le Fennec. Dans cet ouvrage, l'auteur examine l'espace urbain et les transformations sociales qui lui sont liĂ©es. Il y aborde Ă©galement des thĂ©matiques existentielles telles que la quĂȘte identitaire, la peur, les remords et la relation Ă soi-mĂȘme. Selon My Seddik Rabbaj, il sâagit de chercher Ă donner une vision plus fidĂšle et nuancĂ©e du quartier Sidi Youssef Ben Ali, Ă travers son caractĂšre vivant et profondĂ©ment humain.
LibĂ© : « Une petite vie Ă Sidi Youssef Ben Ali », quâest-ce qui a motivĂ© le choix d'un tel titre pour votre nouveau recueil de nouvelles ?
My Seddik Rabbaj : Je suis originaire du quartier Sidi Youssef Ben Ali, que lâon appelle souvent, non sans ironie, âSYBAâ. Ce sigle, auquel certains attribuent une signification en arabe Ă©voquant lâanarchie, a contribuĂ© Ă forger une image rĂ©ductrice et injuste du quartier. A travers ce recueil, jâai voulu lui rendre hommage et, surtout, dĂ©construire cette perception nĂ©gative. Sidi Youssef Ben Ali a Ă©tĂ©, Ă un moment de lâhistoire, mis en lumiĂšre â notamment dans le discours de Feu SM Hassan II Ă la suite des Ă©vĂ©nements de 1984 â ce qui a durablement marquĂ© les imaginaires. Mais rĂ©duire ce quartier Ă cela serait passer Ă cĂŽtĂ© de son essence.
En rĂ©alitĂ©, câest un quartier populaire comme tant dâautres, un lieu de vie, de solidaritĂ© et de mĂ©moire. Câest aussi un espace oĂč des enfants grandissent, dĂ©couvrent le monde et vivent des instants de libertĂ©, faits de petites aventures, de jeux et de rĂȘves. Ce recueil est donc une tentative de restituer cette rĂ©alitĂ© plus nuancĂ©e, plus humaine : celle dâun quartier vibrant, loin des clichĂ©s, et profondĂ©ment ancrĂ© dans lâexpĂ©rience intime de celles et ceux qui y ont grandi.
Votre recueil aborde plusieurs thĂšmes dont l'image que l'on se fait de l'espace urbain et les mutations sociales qui lâaccompagnent...Mais aussi des questions existentielles notamment la quĂȘte identitaire, la peur, les remords, le rapport avec soi-mĂȘme....
Effectivement, ce recueil sâinscrit dans une dĂ©marche de mĂ©moire. A travers un personnage principal qui, par moments, se confond avec moi, jâexplore le souvenir dâun temps rĂ©volu : une Ă©poque oĂč certaines valeurs structuraient profondĂ©ment la sociĂ©tĂ© marocaine, et dont plusieurs semblent aujourdâhui sâeffacer, tandis que de nouvelles pratiques Ă©mergent et transforment nos comportements. Je pense notamment Ă la solidaritĂ© qui rĂ©gnait autrefois dans le quartier, et qui tend aujourdâhui Ă cĂ©der la place Ă une forme dâindividualisme, oĂč chacun paraĂźt davantage prĂ©occupĂ© par ses propres intĂ©rĂȘts. De mĂȘme, lâapparition du tĂ©lĂ©phone portable et des Ă©crans a profondĂ©ment modifiĂ© les relations humaines, y compris au sein des familles, en introduisant une distance paradoxale dans la proximitĂ©.
LibĂ© : « Une petite vie Ă Sidi Youssef Ben Ali », quâest-ce qui a motivĂ© le choix d'un tel titre pour votre nouveau recueil de nouvelles ?
My Seddik Rabbaj : Je suis originaire du quartier Sidi Youssef Ben Ali, que lâon appelle souvent, non sans ironie, âSYBAâ. Ce sigle, auquel certains attribuent une signification en arabe Ă©voquant lâanarchie, a contribuĂ© Ă forger une image rĂ©ductrice et injuste du quartier. A travers ce recueil, jâai voulu lui rendre hommage et, surtout, dĂ©construire cette perception nĂ©gative. Sidi Youssef Ben Ali a Ă©tĂ©, Ă un moment de lâhistoire, mis en lumiĂšre â notamment dans le discours de Feu SM Hassan II Ă la suite des Ă©vĂ©nements de 1984 â ce qui a durablement marquĂ© les imaginaires. Mais rĂ©duire ce quartier Ă cela serait passer Ă cĂŽtĂ© de son essence.
En rĂ©alitĂ©, câest un quartier populaire comme tant dâautres, un lieu de vie, de solidaritĂ© et de mĂ©moire. Câest aussi un espace oĂč des enfants grandissent, dĂ©couvrent le monde et vivent des instants de libertĂ©, faits de petites aventures, de jeux et de rĂȘves. Ce recueil est donc une tentative de restituer cette rĂ©alitĂ© plus nuancĂ©e, plus humaine : celle dâun quartier vibrant, loin des clichĂ©s, et profondĂ©ment ancrĂ© dans lâexpĂ©rience intime de celles et ceux qui y ont grandi.
Votre recueil aborde plusieurs thĂšmes dont l'image que l'on se fait de l'espace urbain et les mutations sociales qui lâaccompagnent...Mais aussi des questions existentielles notamment la quĂȘte identitaire, la peur, les remords, le rapport avec soi-mĂȘme....
Effectivement, ce recueil sâinscrit dans une dĂ©marche de mĂ©moire. A travers un personnage principal qui, par moments, se confond avec moi, jâexplore le souvenir dâun temps rĂ©volu : une Ă©poque oĂč certaines valeurs structuraient profondĂ©ment la sociĂ©tĂ© marocaine, et dont plusieurs semblent aujourdâhui sâeffacer, tandis que de nouvelles pratiques Ă©mergent et transforment nos comportements. Je pense notamment Ă la solidaritĂ© qui rĂ©gnait autrefois dans le quartier, et qui tend aujourdâhui Ă cĂ©der la place Ă une forme dâindividualisme, oĂč chacun paraĂźt davantage prĂ©occupĂ© par ses propres intĂ©rĂȘts. De mĂȘme, lâapparition du tĂ©lĂ©phone portable et des Ă©crans a profondĂ©ment modifiĂ© les relations humaines, y compris au sein des familles, en introduisant une distance paradoxale dans la proximitĂ©.
On a l'impression que le quartier Sidi Youssef Ben Ali est le personnage principal de votre recueil. Pourquoi ce choix?
Oui, en effet, Sidi Youssef Ben Ali ne se rĂ©duit pas, dans ce recueil, Ă un simple dĂ©cor oĂč se dĂ©roulent les actions. Il dĂ©passe largement cette fonction pour devenir, par moments, un vĂ©ritable personnage Ă part entiĂšre, dotĂ© dâune prĂ©sence, dâune mĂ©moire et presque dâune voix. Ce quartier est dâabord un espace dâaccueil. Il a vu affluer, au fil des annĂ©es, des familles venues de la campagne, fuyant la sĂ©cheresse et la prĂ©caritĂ©, en quĂȘte dâune vie meilleure. Il leur offre, malgrĂ© sa modestie, une forme de refuge et la possibilitĂ© de se reconstruire, de recommencer. En ce sens, il agit comme un personnage bienveillant, capable dâabsorber les blessures et de redonner espoir.
Au fil des nouvelles, le quartier se transforme Ă©galement en espace de rĂ©flexion et de projection. Il porte en lui les transformations sociales, les tensions, les Ă©volutions des modes de vie. Il observe, en quelque sorte, le passage du temps et les changements des ĂȘtres qui lâhabitent.
Les jeunes du quartier ont été les premiers à organiser des manifestations de protestation de la "Gen Z". Selon vous, qu'est-ce qui explique cet engagement?
Il est vrai que les jeunes du quartier ont souvent Ă©tĂ© Ă lâavant-garde des mouvements de protestation, y compris dans ce que lâon pourrait associer aujourdâhui Ă une forme dâexpression gĂ©nĂ©rationnelle proche de celle de la âGen Zâ. Mais, Ă mon sens, cet engagement ne relĂšve pas dâun simple effet de gĂ©nĂ©ration: il sâinscrit dans une continuitĂ©, presque dans un hĂ©ritage de caractĂšre propre Ă Sidi Youssef Ben Ali. Depuis longtemps, les habitants de ce quartier sont perçus comme des rebelles, des individus qui refusent la âhograâ, cette forme de mĂ©pris ou dâinjustice ressentie, et qui Ă©prouvent le besoin de sây opposer. Cette posture ne naĂźt pas dâun rejet gratuit de lâordre, mais plutĂŽt dâun sentiment profond de dĂ©calage entre la maniĂšre dont ils sont perçus et la valeur quâils sâattribuent eux-mĂȘmes. Il y a lĂ une tension identitaire qui nourrit une forme de dignitĂ© revendiquĂ©e.
Propos recueillis par Ayoub Akil
Oui, en effet, Sidi Youssef Ben Ali ne se rĂ©duit pas, dans ce recueil, Ă un simple dĂ©cor oĂč se dĂ©roulent les actions. Il dĂ©passe largement cette fonction pour devenir, par moments, un vĂ©ritable personnage Ă part entiĂšre, dotĂ© dâune prĂ©sence, dâune mĂ©moire et presque dâune voix. Ce quartier est dâabord un espace dâaccueil. Il a vu affluer, au fil des annĂ©es, des familles venues de la campagne, fuyant la sĂ©cheresse et la prĂ©caritĂ©, en quĂȘte dâune vie meilleure. Il leur offre, malgrĂ© sa modestie, une forme de refuge et la possibilitĂ© de se reconstruire, de recommencer. En ce sens, il agit comme un personnage bienveillant, capable dâabsorber les blessures et de redonner espoir.
Au fil des nouvelles, le quartier se transforme Ă©galement en espace de rĂ©flexion et de projection. Il porte en lui les transformations sociales, les tensions, les Ă©volutions des modes de vie. Il observe, en quelque sorte, le passage du temps et les changements des ĂȘtres qui lâhabitent.
Les jeunes du quartier ont été les premiers à organiser des manifestations de protestation de la "Gen Z". Selon vous, qu'est-ce qui explique cet engagement?
Il est vrai que les jeunes du quartier ont souvent Ă©tĂ© Ă lâavant-garde des mouvements de protestation, y compris dans ce que lâon pourrait associer aujourdâhui Ă une forme dâexpression gĂ©nĂ©rationnelle proche de celle de la âGen Zâ. Mais, Ă mon sens, cet engagement ne relĂšve pas dâun simple effet de gĂ©nĂ©ration: il sâinscrit dans une continuitĂ©, presque dans un hĂ©ritage de caractĂšre propre Ă Sidi Youssef Ben Ali. Depuis longtemps, les habitants de ce quartier sont perçus comme des rebelles, des individus qui refusent la âhograâ, cette forme de mĂ©pris ou dâinjustice ressentie, et qui Ă©prouvent le besoin de sây opposer. Cette posture ne naĂźt pas dâun rejet gratuit de lâordre, mais plutĂŽt dâun sentiment profond de dĂ©calage entre la maniĂšre dont ils sont perçus et la valeur quâils sâattribuent eux-mĂȘmes. Il y a lĂ une tension identitaire qui nourrit une forme de dignitĂ© revendiquĂ©e.
Propos recueillis par Ayoub Akil
