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Notizia 29 May 2025 8 min di lettura

Interview avec Hassan Aourid : « Les identitĂ©s posent problĂšme quand elles s’opposent Ă  la citoyennetĂ© »

Interview avec Hassan Aourid : « Les identitĂ©s posent problĂšme quand elles s’opposent Ă  la citoyennetĂ© »
​Auteur prolifique, Hassan Aourid dissĂšque dans son dernier livre « Le piĂšge des identitĂ©s » le populisme et les tentations de repli identitaire qui surgissent partout, mĂȘme au Maroc. Il met en garde contre un traquenard qui peut facilement “dĂ©raper”. D’oĂč la vertu de la citoyennetĂ©. Entretien.
Interview avec Hassan Aourid : « Les identitĂ©s posent problĂšme quand elles s’opposent Ă  la citoyennetĂ© »
  • AprĂšs la chute du Mur de Berlin, tout le monde a cru Ă  la fin de l’Histoire oĂč la dĂ©mocratie et les valeurs occidentales allaient se propager dans le monde et permettre le vivre-ensemble. On assiste aujourd’hui au contraire avec la montĂ©e de la xĂ©nophobie et du populisme en Occident et le retour des passions identitaires. Peut-on dire que la mondialisation heureuse est une chimĂšre ?
 
-       Je pense que nous vivons actuellement un basculement du monde qui remet en cause quelques rĂ©fĂ©rences. Il est vrai qu’à la chute du Mur de Berlin, nous sommes passĂ©s d'un paradigme Ă  un autre. La lutte des classes a laissĂ© place au conflit des identitĂ©s et au choc des cultures. Ce basculement dont je parle a visiblement remis en cause les identitĂ©s. On avait longtemps cru que celles-ci Ă©taient la panacĂ©e des minoritĂ©s marginalisĂ©es partout dans le monde, notamment en Occident. Mais, aujourd’hui, il y a une dĂ©rive sans prĂ©cĂ©dent. Le modĂšle multiculturaliste anglo-saxon est en train de s'essouffler et dĂ©gĂ©nĂšre en identitarisme avec la question raciale qui refait surface. On le voit aux Etats Unis oĂč on parle de privilĂšge blanc
 Il est clair qu’il n’y a pas d’autre alternative Ă  la citoyennetĂ© pour vivre ensemble. LĂ , je parle de l’Occident parce que le problĂšme se pose en des termes beaucoup plus complexes dans les autres sociĂ©tĂ©s, y compris dans le monde arabe.
 
  • En lisant votre livre, on s’aperçoit que vous expliquez la crise identitaire qui secoue l’Occident Ă  l’aune de ce qui passe en France oĂč parle d’archipĂ©lisation de la sociĂ©tĂ©. Pourquoi ce zoom sur le modĂšle français ?
 
-       En fait, j’ai parlĂ© aussi du modĂšle anglo-saxon tel qu'appliquĂ© au Canada et aux Etats-Unis. Mais, en effet, j’ai consacrĂ© un chapitre au rapport Ă  l’autre en France. C’est un cas emblĂ©matique puisqu’il s’agit du modĂšle qui intĂšgre le moins les minoritĂ©s et les populations issues de l’immigration. Aussi, c’est le cas qui m’est le plus proche intellectuellement. C’est le seul pays en Europe qui s’est efforcĂ© de faire de l’islam politique une affaire d’Etat aprĂšs la sortie du rĂ©cent rapport sur les FrĂšres musulmans. Effectivement, le cas français mĂ©rite une place importante dans l’analyse que j’ai faite de ce qui se passe en Occident. J’ai abordĂ© des problĂšmes connexes Ă  la crise de l'identitĂ© en France comme la question de l’islamophobie, et la reconfiguration de la sociĂ©tĂ© française qui se transforme en archipel.
 
  • Vous Ă©voquez aussi le Maroc qui n’échappe pas Ă  la problĂ©matique de l’identitĂ© avec le mouvement amazighe et d’autres discours identitaires qui apparaissent de temps Ă  autre. Est-ce une menace sur la cohĂ©sion ou une richesse ?
 
-       Tout dĂ©pend de la façon dont on voit les choses. Pour moi, les identitĂ©s sont plurielles. J’espĂšre que mon travail soit utile dans ce sens. Dans mon livre, autant je dĂ©fends  le droit Ă  l'identitĂ©, autant je reste intimement convaincu que les identitĂ©s doivent se couler dans un cadre commun qu’est la citoyennetĂ©. Les identitĂ©s deviennent un problĂšme quand elles s’opposent Ă  la citoyennetĂ©. Donc, je privilĂ©gie la citoyennetĂ©.
 
  • En France, on voit que l’islam devient un sujet politique omniprĂ©sent dans le dĂ©bat, voire mĂȘme un sujet majeur des campagnes Ă©lectorales. Est-ce que le rejet de l’islam est le rĂ©vĂ©lateur d’une crise existentielle des  Français dits de « souche Â» ?
 
-       Incontestablement puisqu’il on revient Ă  la notion de l’ennemi indispensable. Mais, il y a d’autres facteurs. Je cite les consĂ©quences de la mondialisation qui a fait des gagnants dans les grandes mĂ©tropoles et des perdants qui se sentent laissĂ©s-pour-compte. Il y en a parmi eux des Français de souche qui avaient l’habitude de voter jadis pour le Parti communiste. Aujourd’hui, ils votent pour les partis d’extrĂȘme droite ayant un discours nationaliste et hostile Ă  l’immigration. N’oublions pas aussi le legs de l’Histoire qui pĂšse dans le subconscient collectif.
 
  • En principe, la laĂŻcitĂ© est censĂ©e permettre Ă  tout le monde quelle que soit sa religion de vivre ensemble. Pourtant, l’islam est en permanence au coeur des polĂ©miques dĂšs qu’il s’exprime dans l’espace public. La laĂŻcitĂ© devient de facto une idĂ©ologie plus qu’un systĂšme censĂ© garantir la neutralitĂ© de l’Etat ?
 
-       LaĂŻcitĂ© et sĂ©cularisme sont diffĂ©rents. La laĂŻcitĂ© est la neutralitĂ© de l’Etat par rapport aux religions et, par consĂ©quent, s’oppose aux identitĂ©s. Or, on assiste aujourd’hui Ă  une dĂ©rive qui fait que la laĂŻcitĂ© Ă  la française devient un support identitaire Ă  la fois pour la droite et la gauche aussi. On assiste, en dĂ©finitive, Ă  un basculement oĂč la laĂŻcitĂ© n’est plus une neutralitĂ© mais une revendication identitaire. Cette notion est truffĂ©e d’épithĂštes. On parle maintenant de laĂŻcitĂ© engagĂ©e
 Il y a une volontĂ© Ă  forcer des communautĂ©s  Ă  prĂȘter allĂ©geance Ă  une certaine conception de la laĂŻcitĂ©.
 
  • Au milieu de cette effervescence identitaire, on remarque dans le discours des partis nationalistes en Europe et aux Etats-Unis cette revendication des racines chrĂ©tiennes. Comment  voyez-vous cela ?
 
-       Ce n’est pas seulement la droite qui en parle, mais Ă©galement la gauche. Il y a une sorte de rĂ©conciliation intellectuelle qui s’est faite sur ce point. Je cite dans mon livre l’ouvrage d’Olivier Roy qui se demande si l’Europe est chrĂ©tienne. La droite s’approprie la laĂŻcitĂ© aprĂšs l’avoir rejetĂ©e auparavant tandis que certains courants intellectuels de gauche tentent Ă©galement de se rĂ©concilier avec le passĂ© chrĂ©tien de l’Europe. Tout cela s’est fait par opposition Ă  un ennemi fictif.
 

Interview avec Hassan Aourid : « Les identitĂ©s posent problĂšme quand elles s’opposent Ă  la citoyennetĂ© »
  • En parlant de la gauche, on voit que sa frange la plus extrĂȘme tente d’amadouer les communautĂ©s musulmanes partout en Europe, surtout en France oĂč LFI se fait le dĂ©fenseur des musulmans. Est-ce une stratĂ©gie politique pour gagner des voix ou un combat idĂ©ologique ?
 
 
C’est lĂ  qu’on peut comprendre l’attitude de la France Insoumise qui essaye de se rapprocher des Français qui ne seraient pas de souche en parlant de “crĂ©olisation”. C’est-Ă -dire qu'il n'y aurait pas de souche française et que la sociĂ©tĂ© française est elle-mĂȘme le fruit de l’immigration. Cette crĂ©olisation serait mĂȘme bĂ©nĂ©fique. C’est ça le cƓur du discours de l’extrĂȘme gauche. 

-       L'extrĂȘme gauche se positionne sur l’échiquier politique. LĂ , il y a eu un basculement. Je prĂ©fĂšre ce terme Ă  l’instrumentalisation. Nous sommes face Ă  un phĂ©nomĂšne qui n’est pas assez Ă©tudiĂ© : la dĂ©colonialitĂ© avec l'Ă©mergence du discours dĂ©colonial qui demeure consĂ©quent Ă  la crise du nĂ©olibĂ©ralisme.
 

 
  •  Il y a beaucoup de penseurs et de personnalitĂ©s politiques en Europe, et mĂȘme chez nous au Maroc, qui pensent que l'hostilitĂ© croissante Ă  l’immigration en Occident n’est qu’une façon de faire de l’immigrĂ© un bouc-Ă©missaire des crises Ă©conomiques et sociales ?
 
-       C’est incontestable. En rĂ©alitĂ©, cette hostilitĂ© Ă  l’immigration n’est pas due seulement Ă  des raisons Ă©conomiques, mais elle a des racines culturelles. Raison pour laquelle je parle dans mon livre de la “fabrication de l’ennemi”. J’y consacre tout un chapitre. Il va sans dire que les sociĂ©tĂ©s en crise ont besoin d’un ennemi pour en faire l’exutoire de leurs contradictions internes. En France, l’ennemi a changĂ© de nom au fil de l’Histoire. Il fut un temps oĂč c’était le protestant puis le juif
 Pour moi, c’est manifestement le reflet d’une crise existentielle.
 
 
  •  Dans votre livre, vous Ă©voquez les questions qui fĂąchent, y compris celle du grand remplacement qui s’impose de plus en plus dans les dĂ©bats en Occident aprĂšs avoir Ă©tĂ© un tabou. Quelle conclusion en tirez-vous ?
 
-       Sur ce point, un sociologue français avait parlĂ© de psychose. C’est le terme qui me paraĂźt le plus convenable pour dĂ©signer les rĂ©actions que suscite ce concept. Il  y a effectivement des gens qui pensent que l’immigration n’est pas un phĂ©nomĂšne fortuit mais qu’il y a un complot contre les sociĂ©tĂ©s occidentales. Je pense personnellement que le rapport rĂ©cemment publiĂ© en France sur l’islam politique abonde dans ce sens en parlant de “l’entrisme des frĂšres musulmans”.
 
  • Face Ă  cette frĂ©nĂ©sie identitaire, est-ce que les communautĂ©s musulmanes en Europe sont condamnĂ©es Ă  faire le choix entre leur identitĂ© et l’assimilation forcĂ©e ?
 
-       Je ne suis pas bien placĂ© pour rĂ©pondre Ă  cela. A cet Ă©gard, la seule conclusion que je tire c’est que la France a failli intĂ©grer  les Musulmans.
 
  • Comment expliquez-vous le succĂšs du discours populiste en Occident ?
 
-       La montĂ©e du populisme est due certes, en partie, Ă  la crise nĂ©olibĂ©rale, mais n’empĂȘche que la xĂ©nophobie demeure l’un de ses Ă©lĂ©ments constitutifs.
 

Questo articolo Ăš riportato come estratto. La versione integrale Ăš pubblicata dalla testata di origine.

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