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Naima, ville du Maroc située dans la région de l'Oriental, offre un aperçu de la vie locale dans la province d'Oujda-Angad....

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Actualités 16 Mar 2025 5 min de lecture

MAGAZINE : NaĂŻma Samih, la voix dans la plaie

MAGAZINE : NaĂŻma Samih, la voix dans la plaie
L’immense artiste s’éteint le 8 mars à 72 ans. Une voix, un charisme et une force tranquille rejoignent ainsi les cieux. Sa carrière, en dents de scie, lui confère le statut d’une chanteuse « imprévisible ». Pourtant, à chacune de ses sorties, elle fait chavirer le cœur d’un public qui en demande toujours plus. Une diva au parcours haletant.
MAGAZINE : NaĂŻma Samih, la voix dans la plaie
Donnez-lui un texte Ă  chanter et elle vous le subtilise. Il n’est plus le vĂ´tre, par la magie d’une fine appropriation. Elle y met toutes ses Ă©motions, tout son cĹ“ur, toute son âme. Donnez-lui Ă  caresser une surface en cuivre et elle la convertit en or. En somme, elle est ce qu’on appelle une interprète. Et quelle interprète, quelle artiste charismatique ! NaĂŻma Samih aura Ă©crit l’un des plus beaux contes de l’histoire de la chanson marocaine. Avec talent et humilitĂ©. Sa douceur de caractère cache une profondeur vocale redoutable. Charge Ă©motionnelle, force indĂ©finissable et tristesse rĂ©gĂ©nĂ©ratrice caractĂ©risent une voix Ă©chappĂ©e de l’ordinaire, sortie de nulle part.

Chez elle, chaque projet est pris Ă  bras-le-corps. Pour preuve, la diversitĂ© des textes et des compositions qui constituent son large rĂ©pertoire. Entre authenticitĂ© et innovation, Samih jongle avec dextĂ©ritĂ© : « El Behara Â», « Allah Aâliha Kssara Â», « Amri Lillah Â», « Jrit Ou Jarit Â», « Jari Ya Jari Â», « Tfetteh El Ward Â», « Ahla Soura Â», « Cheft El Khatem Â», « Aâla Ghafla Â», « Ghab Aâliya Lahlal Â»â€¦ Reconnue pour une technicitĂ© inĂ©galĂ©e, elle marque professionnels et grand public. Pourtant, son chemin ne connaĂ®t aucune bifurcation acadĂ©mique. L’enfant rĂŞve de donner de la voix, ayant contractĂ© le virus du chant Ă  9 ans. L’écolière quitte son Ă©tablissement au milieu des annĂ©es 1960 pour une formation professionnelle. Ce qui ne l’éloigne pas de son amour premier, la musique. PlutĂ´t l’inverse. DiplĂ´me de coiffure en poche, elle ouvre un Salon au quartier casablancais Derb Soltane oĂą elle pousse son premier cri en 1953. En prenant de l’âge, elle souffre d'anĂ©mie, ce qui l’oblige Ă  se rendre frĂ©quemment Ă  l’étranger pour des soins pointus. Sa carrière est entrecoupĂ©e avec l’ombre menaçant de la retraite. Mais elle s’en remet et retrouve sporadiquement son public.  

 
Père conservateur

 
Comme c’est souvent le cas Ă  l’époque au Maroc, les cheveux des parents se dressent lorsque leurs filles Ă©mettent le souhait d’intĂ©grer le milieu artistique. NaĂŻma Samih n’y Ă©chappe pas, contrairement Ă  la doyenne Bahija Idriss. Après deux essais concluants Ă  la RTM, chez Mohamed Bouanani (« Khamiss Al Hadh Â») et chez Abdenbi Jirari (« Mawahib Â»), NaĂŻma se retrouve bloquĂ©e par son père. Elle doit son salut dans la dĂ©marche de quelques noms de la sphère artistico-mĂ©diatique, dont le grand compositeur Mohamed Ben Abdesslam, qui rĂ©ussissent Ă  convaincre le gĂ©niteur rĂ©calcitrant mais posant quelques conditions dont l’élĂ©gance dans le choix des thèmes et de la musique. Et le voilĂ  servi.

Pour le volet paroles, NaĂŻma Samih se frotte Ă  la finesse d’auteurs comme Ali Haddani, Ahmed TaĂŻeb El Alj, Mehdi Zeriouh, Mustapha Baghdad, Tahar Sabbata, Fathallah Mghari, Badr Ben Fayçal… Quant aux compositeurs, c’est au volet qu’ils sont triĂ©s : Brahim El Alami, Mohamed Ben Abdesslam, My Ahmed Alaoui, Abdelkader Wahbi, Abdelkader Rachidi, Abdallah Issami, Abdelwahab Doukkali, SaĂŻd ChraĂŻbi, Abderrahim Sekkat… Une Ă©quipe de rĂŞve pour une voix d’exception ! NaĂŻma Samih dit plus tard : « Le jour de la diffusion de l'Ă©mission Mawahib, une guerre interne s'est dĂ©clenchĂ©e en moi Ă  la maison, mais mon père a rapidement Ă©tĂ© convaincu de ma valeur d'artiste, d'autant plus que la chanson que j'ai chantĂ©e n'a pas Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme irrespectueuse. Â» Dans la foulĂ©e de cette joie qui lui ouvre les portes du monde de la chanson, NaĂŻma se lie d’amitiĂ© avec une autre protĂ©gĂ©e de Abdenbi Jirari, Samira BensaĂŻd qui lui rend hommage au lendemain de sa disparition Ă  travers des propos rapportĂ©s par Bladi.net : « Aujourd’hui, j’ai perdu une amie d’enfance, une grande partie de mes souvenirs, et un visage qui a toujours rayonnĂ© de vie et de spontanĂ©itĂ©. NaĂŻma n’était pas seulement une voix exceptionnelle, elle Ă©tait aussi une personne chaleureuse, gĂ©nĂ©reuse dans ses sentiments, remplissant le monde de son rire et de son âme bienveillante. Depuis notre enfance, j’étais l’enfant turbulente et elle, la naturelle, agissant avec une rare spontanĂ©itĂ©. Elle Ă©tait très proche de moi et de ma famille et faisait partie de ma vie. Son amour restera gravĂ© dans mon cĹ“ur. Tu es partie, mais ta prĂ©sence ne disparaĂ®tra jamais. » Les hommages se dĂ©versent telles des coulĂ©es de larmes sur les joues de millions d’admirateurs au Maroc et Ă  travers le monde arabe.

Quelques-uns sont plus corsĂ©s que d’autres, Ă  l’image d’un Ă©crit de l’essayiste et ancien directeur de l’Institut supĂ©rieur d’art dramatique et d’animation culturelle, Ahmed Messaia : « Elles s'Ă©grènent et disparaissent l'une après l'autre, les âmes mortes derrière la porte et aussitĂ´t s'oublient, laissant derrière elles une multitude de posts, histoire de se dĂ©douaner de l'oubli. Sous d'autres cieux, lĂ  oĂą le moindre citoyen a la valeur d'un joyau rare, on arrĂŞte le temps et l'on cĂ©lèbre les morts, on leur consacre tout de suite des Ă©missions radiophoniques, tĂ©lĂ©visuelles, on dĂ©terre leur passĂ© et on met en valeur leur Ĺ“uvre car la transmission est le vĂ©ritable ferment du progrès et de la reconnaissance. Pour qu'on n'oublie jamais. Adieu NaĂŻma. J'avais eu l'immense plaisir de te cĂ´toyer assez longtemps quand j'Ă©tais directeur du Festival de Rabat. Je n'oublierais jamais ta franchise et ton acharnement Ă  dĂ©fendre l'authenticitĂ©, la marocanitĂ©, quand tu t'es prise avec LaĂŻla Ghofrane lors d'un dĂ®ner. Â» NaĂŻma Samih est partie. Ainsi va la vie, ainsi la mort gagne.
                                                                                          



Anis HAJJAM

 
          
 
 
 



 

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