Visiblement, Essaouira ne cesse de collectionner les crimes Ă©cologiques. Dâabord, on avait massacrĂ© la forĂȘt, dĂ©stabilisĂ© lâĂ©cosystĂšme de Mogador et causĂ© lâensablement dâune grande partie de la ville. Puis, on a commencĂ© Ă raser les dunes phĂ©nomĂ©nales qui recĂšlent une biodiversitĂ© singuliĂšre pour cĂ©der la place au ciment et au bĂ©ton, et ainsi sacrifier plusieurs dizaines dâannĂ©es dâefforts fournis par les ingĂ©nieurs et les agents du service des eaux et forĂȘts qui ont procĂ©dĂ© Ă la fixation de dunes grĂące Ă la technique de branchage qui a permis la stabilisation dâune zone dunaire constituant une ceinture de sĂ©curitĂ© assurant la pĂ©rennitĂ© dâune civilisation menacĂ©e par la dĂ©sertification. Aujourdâhui encore, nous assistons Ă un nouveau scandale, une horreur mĂȘme : lâembouchure dâOued Lâksob, patrimoine Ă©cologique rĂ©pertoriĂ© Ramsar, sâest transformĂ©e en Ă©gout Ă ciel ouvert et dĂ©charge des gravats.
« Câest scandaleux, les eaux polluĂ©es provenant dâEl Ghazoua se dĂ©versent sur lâembouchure dâOued Lâksob, alors quâil y a des jeunes et des enfants qui y passent plusieurs heures, et des familles qui en dĂ©pendent encore !», sâindigne un rĂ©sidant français.
Les images parlent dâelles-mĂȘmes, un nouveau crime Ă©cologique est en train de se produire sur un site censĂ© jouir dâun intĂ©rĂȘt spĂ©cial de la part des dĂ©cideurs et des acteurs locaux.
Mais dâoĂč proviennent les eaux usĂ©es ?
Au niveau des services municipaux, on soupçonne le projet immobilier Essaouira-El Jadida dâen ĂȘtre le responsable vu quâil nâest pas encore branchĂ© au rĂ©seau public dâassainissement liquide. DâaprĂšs la version de ces derniers, une fois les fosses septiques saturĂ©es, on commence Ă dĂ©gager les eaux polluĂ©es vers lâembouchure dâOued Lâksob.
« Câest un problĂšme qui remonte Ă deux ans maintenant, on avait Ă©laborĂ© un rapport dĂ©taillĂ© dĂ©finissant les responsabilitĂ©s. Chaabi Lil Iskane sâĂ©tait engagĂ©e Ă stopper le dĂ©versement des eaux usĂ©es vers lâOued tout en entamant les travaux de rĂ©alisation dâune station dâĂ©puration au niveau dâEssaouira-El Jadida. Malheureusement, cela reprend encore une fois ! », nous a affirmĂ© une source concordante.
ContactĂ©e par « LibĂ© », Chaabi Lil Iskane a dĂ©menti ces propos quâelle considĂšre infondĂ©s. Selon la version de lâopĂ©rateur immobilier, lâassainissement liquide au niveau dâEssaouira-El Jadida fonctionne normalement par le biais de deux fosses septiques qui ne souffrent dâaucune fuite, et sont sous le contrĂŽle de lâOffice national de lâeau potable. Ce problĂšme, prĂ©cise un responsable reprĂ©sentant lâopĂ©rateur, devait ĂȘtre dĂ©battu lors de deux rĂ©unions organisĂ©es par le caid dâEl Ghazoua, auxquelles Chaabi Lil Iskane avait rĂ©pondu prĂ©sente, tandis que dâautres intervenants avaient brillĂ© par leur absence. Dâautre part, lâopĂ©rateur assure que les travaux de rĂ©alisation de la station dâĂ©puration ont Ă©tĂ© dĂ©jĂ entamĂ©s pour rĂ©soudre dĂ©finitivement ce problĂšme. Une information confirmĂ©e par les autoritĂ©s locales qui assurent que les travaux ont dĂ©jĂ atteint un kilomĂštre de forage, tout en assurant quâune commission multipartite effectuera une visite sur les lieux, la semaine prochaine, pour dĂ©finir lâorigine du problĂšme. Outre ce problĂšme, nous avons soulevĂ© une autre pratique aussi scandaleuse : des centaines de tonnes de gravats dĂ©chargĂ©s sur les bordures de lâOued dĂ©molissant ainsi toute une biodiversitĂ©, et portant atteinte Ă un paysage naturel extraordinaire. ContactĂ©es par « LibĂ© », les autoritĂ©s locales ont affirmĂ© quâil sâagit dâune pratique perpĂ©trĂ©e la nuit par les chauffeurs des camions qui choisissent cette zone pour des raisons de proximitĂ©, alors quâil y a une dĂ©charge de gravats autorisĂ©e et gĂ©rĂ©e dans les normes au niveau du Douar Laareb. Elles affirment que leurs efforts nâont pas encore permis lâĂ©radication de cette pratique illĂ©gale qui nĂ©cessite la mobilisation de moyens humains et logistiques jour et nuit. Sur la route reliant Essaouira Ă Ghazoua, on peut lire des panneaux incitant les citoyens Ă sâabstenir Ă dĂ©charger leurs gravats sur la forĂȘt ou lâembouchure de lâOued, un moyen de sensibilisation qui est loin dâapporter ses fruits puisque cette image de dĂ©solation est concrĂ©tisĂ©e au quotidien par des camionneurs cupides et sans scrupule. Que deviendra Essaouira aprĂšs vingt ans si on continue Ă traiter son patrimoine de cette maniĂšre ? Aucun aspect de son hĂ©ritage nâest actuellement Ă©pargnĂ©, y compris le patrimoine architectural massacrĂ© au quotidien par les siens !
Actualités 21 May 2012 4 min de lecture
Lâembouchure dâOued Lâksob transformĂ©e en Ă©gout Ă ciel ouvert

