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Über die Safi

Safi ist eine bedeutende Hafenstadt an der marokkanischen AtlantikkĂŒste. Als Hauptstadt der gleichnamigen Provinz verbindet sie...

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Nachrichten 11 Jan 2025 11 Min. Lesezeit

Safi, cité océane : entre sinistre et gaucherie!

Safi, cité océane : entre sinistre et gaucherie!

Les Safiots, toutes origines et confessions confondues, se targuent souvent, se plaisent toujours Ă  rappeler, Ă  l’adresse de leurs interlocuteurs urbi et orbi, le surnom marin attribuĂ© Ă  leur citĂ© par l’auteur des « ProlĂ©gomĂšnes », Ibn Khaldoun, comme Ă©tant la « CitĂ© de la mer ocĂ©ane », une mĂ©dina mĂ©diĂ©vale dotĂ©e, d’aprĂšs le canevas de l’époque, de solides remparts, d’une mosquĂ©e oĂč le prĂȘche du vendredi est cĂ©lĂ©brĂ©, d’un « Maristane (hĂŽpital) et d’une « Qissaria » (Mall d’antan).

Son havre de mouillage recevait, d’Europe, les caravelles qui commerçaient avec le chef-lieu des plaines cĂ©rĂ©aliĂšres des Abda, tellement fertiles que les premiers colons leur trouvĂšrent une forte ressemblance avec la Beauce française).

Et, chez ces gens-lĂ , ce rĂ©fĂ©rentiel historique n’est ni fortuit, ni incongru, car Safi, intra et extra muros, est un concentrĂ© civilisationnel d’une grande partie de notre Maroc pluriel : c’est ce que j’appelle un « Little Morocco ».

Safi, little Morocco

Safi, little Morocco, est une rĂ©fĂ©rence Ă  ces quartiers d’émigrĂ©s en AmĂ©rique oĂč se concentrent parfois toutes les sensibilitĂ©s culturelles d’une mĂȘme nation, comme little Italy, Chinatown ou little Odessa


Malheureusement, d’aucuns croient que la CitĂ© ocĂ©ane ne compte pas parmi les mĂ©tropoles culturelles de notre pays. Certes, les media l’évoquent rarement en termes positifs : les contraintes d’un prĂ©sent imprĂ©cis mettent souvent sous boisseau une fascinante histoire d’un melting-pot bien de chez nous qui est non seulement mĂ©sestimĂ© mais aussi grandement dĂ©gradĂ©, au lieu de servir Ă  tirer le territoire de sa sinistrose actuelle et, hĂ©las, aussi en devenir.
Safi et son hinterland constituent, à mon sens et pour les initiés, une résultante de plusieurs affluents culturels hic et nunc, qui sont :

Le substrat amazigh

Rien que selon l’angle linguistique, la composante amazighe demeure forte. Certes, l’arabe dialectal safiot est, en gĂ©nĂ©ral, celui du littoral atlantique marocain arabophone. Cependant, c’est dans la matrice linguistique que la prĂ©sence amazighe est la plus « audible ». Ainsi, d’aprĂšs une Ă©tude de l’universitaire safiot M. A. Lataoui (le plus russophone des Safiots), portant comme titre « Ichtionymie », il ressort que les noms de plusieurs poissons de Safi sont d’origine amazighe, comme « Taznagt », sorte de sar, poisson avec une lueur de rougeur dont le dialectal (Tzeneg), rougir


Toutefois Ă  environ 30 kms plus au nord, une ligne verte linguistique se dresse et les noms de poissons deviennent arabes : « el haddad , el farkh, bouchouk »…

La composante sépharade

Une communautĂ© juive, assez rĂ©duite de nos jours, Ă©tait autrefois fort nombreuse. L’importance de la prĂ©sence juive, antĂ©rieure Ă  l’avĂšnement de l’Islam, selon certains historiens, demeure palpable dans le mausolĂ©e Ouled ben Zmirou avec son moussem annuel et avec les recettes succulentes d’une cuisine fort apprĂ©ciĂ©e. Cette prĂ©sence commence Ă  ĂȘtre revisitĂ©e : travaux de l’historien Brahim Kredya, ou l’Ɠuvre de fiction du romancier safiot Hassan Riad, intitulĂ©e « Parchemins HĂ©braĂŻques »( Prix de l’UEM). ( voir « les Gens d’ici » suivi de « Parchemins hĂ©braĂŻques », l’Harmattan – Paris 2006).

Tailleurs, bouchers, artisans, bijoutiers, musiciens
 femmes pĂątissiĂšres
 , les Juifs de Safi faisaient partie intĂ©grante du paysage socio-Ă©conomique et culturel de la MĂ©dina, voire au-delĂ , dans l’arriĂšre-pays oĂč les marchands juifs avec leur mulet sillonnaient les campagnes, en toute sĂ©curitĂ©, avec ses chalands, ses poudres, ses Ă©corces de noyer (souak) pour les belles du douar
 le fameux « El Attar ».

En outre, Safi est, Ă  ma connaissance, l’unique citĂ© avec une population israĂ©lite Ă  ne pas avoir Ă©rigĂ© un ghetto alias « mellah ». D’ailleurs feu E. A. El Maleh, fils de Mogador et grand pourfendeur du sionisme, est nĂ© dans la MĂ©dina de Safi en mars 1917, aprĂšs certainement un parcours itinĂ©rant de ses parents.

L’élĂ©ment andalou

Plusieurs familles originaires d’Andalousie sont venues s’installer, le plus souvent via FĂšs, Ă  Safi. De nos jours, en sus d’une gastronomie et pĂątisserie rĂ©putĂ©e (par exemple les massepains), nous sommes redevables Ă  ces familles du legs d’une musique raffinĂ©e. Rares sont les Marocains qui n’ont pas Ă©tĂ© envoĂ»tĂ©s par les « Mawal » d’un des meilleurs vocalistes, en l’occurrence Haj M. Bajeddoub. En outre, les familles andalouses ont largement contribuĂ© Ă  l’essor de la poterie et de la cĂ©ramique de Safi.

L’influence africaine subsaharienne

Les liens de Safi avec les pays du « SOUDAN » (Territoire des Noirs, actuel Mali) sont avĂ©rĂ©s depuis que la ville fut le port de Marrakech, capitale de plusieurs dynasties rĂ©gnantes au Maroc. Aussi la prĂ©sence d’une culture gnaoua avec ses « lilas » et ses rites de dĂ©senvoĂ»tement, fait partie intĂ©grante de la culture safiote, et, aspect culturel longtemps snobĂ©, par rapport Ă  un passĂ© liĂ© Ă  l’esclavage, commence Ă  ĂȘtre rĂ©inventĂ©, grĂące au Festival d’Essaouira, et aussi par des travaux documentaires ou de fiction. ( Voir notre roman « Gnaoua », l’Harmattan – Paris 2016).

Cette composante africaine de la Culture marocaine offre un syncrĂ©tisme Ă©poustouflant de couleurs, d’encens (gammes de benjoin), de sonoritĂ©s, mais surtout de rĂ©fĂ©rentiels qui naviguent allĂšgrement entre le Zeus de Djinns locaux, Chamharouch, vers un chevalier arabe, en passant par les territoires des « Bambaras » et les Mlouks ( rois / esprits / elfes) de la jungle.

L’empreinte europĂ©enne

Au port de Safi, qui peut, Ă  lui seul, raconter l’histoire de la ville, le visiteur sera Ă©tonnĂ© de constater, en les entendant, la terminologie et le pidgin en vigueur chez les marins pĂȘcheurs (bechkadri = pescador) : une suite de mots espagnols et portugais, sertis d’expressions cosmopolites. Le vieux parler safiot est toujours riche en termes d’origine ibĂ©rique, voire italienne, comme « genoui » : couteau originaire des fabriques de la CitĂ© italienne de GĂȘnes. Le mĂȘme visiteur ne manquera pas de s’émerveiller Ă  la vue du majestueux ChĂąteau de Mer, chef-d’Ɠuvre de l’architecture militaire lusitanienne du XVĂšme siĂšcle. Un monument hĂ©las fort mal mis en valeur actuellement.

Le terreau arabo-musulman

ElĂ©ment essentiel, depuis Ouqba Ibnou Nafie qui, d’aprĂšs une lĂ©gende consacrĂ©e, foula les plages de cette mer, regrettant qu’elle soit un obstacle l’empĂȘchant de porter le message de l’Islam plus loin. Le second personnage est sans doute le Cheikh Abou Mohamed Saleh qui organisa un systĂšme d’hostellerie de Safi jusqu’aux lieux saints de l’Islam, sous l’égide de sa ConfrĂ©rie des PĂšlerins. L’exode, prĂ©mĂ©ditĂ© par les Fatimides d’Ifriqia (Tunisie), des tribus arabes (taghriba des Beni H’lal
 qui demeure synonyme, en arabe, d’éloignement ) a scellĂ© dĂ©finitivement l’arabisation de la rĂ©gion et de son chef-lieu Safi.

Les plaines de Abda, les- quelles Ă©taient une partie de la confĂ©dĂ©ration des Doukkala (les portes de Marrakech et d’Essaouira allant vers Safi ont le mĂȘme nom « bab Doukkala ») offrent le parler de ses habitants, matiĂšre Ă  des Ă©tudes linguistiques diverses : Ă  titre d’exemple, la bĂątisse oĂč habite quelqu’un de la plaine sera en pisĂ© ou en bĂ©ton armĂ©, et portera le vocable khaĂŻma (tente) et s’intĂšgrera dans un douar (cercle) autour d’un feu protecteur symbolique : seraient–ce les traces d’un nomadisme atavique ?

Enfin, le cĂŽtĂ© musical de cet Ă©lĂ©ment demeure vivace avec cette musique qualifiĂ©e d’extra-muros, la aĂŻta (appel) que la saga du CaĂŻd AĂŻssa Ben Omar a rendue cĂ©lĂšbre avec le personnage de Chikha Kharboucha, un laideron au verbe puissant haranguaient les Ouled Zid contre le despotisme du fameux CaĂŻd jusqu’à leur extermination, Ă  la Zapata, au dĂ©but des annĂ©es 20 du siĂšcle prĂ©cĂ©dent : « Aam Errafasa » (l’AnnĂ©e de la Bousculade) sous les remparts de la ville. Pour la aĂŻta, il est nĂ©cessaire de rendre ici hommage Ă  un homme qui a consacrĂ© sa vie Ă  la recherche dans ce domaine et pour tout ce qui concerne cette culture populaire, feu Med Bouhmid. ( Voir « Il Ă©tait une fois 
 Safi » Diwane Edition – Safi 2008).

Avec un potentiel pareil, Safi se devait de briller de mille et un feux sur le plan national, voire international. HĂ©las, au grand dam de tous, ces trĂ©sors demeurent enfouis sous d’épaisses strates, de poussiĂšre qu’on nommera ignorance, ineptie ou tout simplement mĂ©diocritĂ© des diffĂ©rentes hypostases d’AutoritĂ©, collĂšges Ă©lus


Ainsi, le rĂ©quisitoire est scellĂ©, la litanie des chefs d’accusation et mĂȘme des sous-fifres Ă  donner en pĂąture Ă  une foule avide de boucs Ă©missaires serait Ă©vidente, ne souffrant d’aucune contestation, voire ne rĂ©clamant point de dĂ©monstration.

Personnellement, j’estime qu’une partie de la morbiditĂ© de la ville de Safi rĂ©side dans une part de sa population. En effet, cette sinistrose se manifeste par une cascade de fermetures dans le secteur tertiaire (hĂŽtels, restaurants, franchises de petites marques
). cela advient aprĂšs l’arrĂȘt de plusieurs unitĂ©s de conserves de poissons. Mais cela peut tenir Ă  des explications plus rationnelles.

Ce phĂ©nomĂšne s’est accĂ©lĂ©rĂ© aprĂšs le choix des villes-hĂŽtes de la Coupe du Monde 2030, oĂč Safi ne figure nullement ! Ceci a contribuĂ© Ă  mettre en berne le peu de moral qui restait chez les investisseurs locaux dĂ©jĂ  en butte Ă  un environnement peu propice, peu attractif et sans rĂ©elles perspectives pour l’avenir, malgrĂ© des annonces de projets concernant l’OCP et une future zone industrielle


Cependant, les petites et les trĂšs petites entreprises, vĂ©ritables moteurs de l’économie locale, dĂ©crochent au regard d’un climat dĂ©lĂ©tĂšre nourri par une partie de la population : une infime minoritĂ© mais vĂ©ritablement trĂšs agissante via les rĂ©seaux sociaux, avec, comme points cardinaux, l’envie de dĂ©nigrer, saborder, repousser et se lamenter, en fin de compte.

D’aprĂšs ma modeste analyse, c’est un esprit hargneux, faussement syndicaliste, qui a pris naissance, Ă  Safi, durant la fin des annĂ©es 20 et au dĂ©but des annĂ©es 30 du siĂšcle dernier, avec la rĂ©alisation du port moderne et le dĂ©but des usines de transformation de la sardine.
En effet, les premiers syndicalistes safiots de souche ont été formés à bonne école contestataire par les envoyés de la CGT française !

L’on a appris Ă  tout, sauf Ă  nĂ©gocier. Ainsi on discute pour s’affronter, en dĂ©coudre et non argumenter, de bonne foi, pour convaincre.

Une anecdote rĂ©sume cet esprit : sur les docks du port sĂ©vissait un « syndicaliste » hyper-influent nommĂ© « El Baraka ». On rapporte ainsi : lorsque « el Baraka ordonne, le port s’arrĂȘte », « Ila dwa el Barak tew9ef el 7araka ».

C’est malheureusement de cet esprit maladroitement pĂ©trifiĂ©, revanchard Ă  souhait et pleurnichard, par Ă©pisodes, jouant ou faire donc la victime quand il ne peut ĂȘtre autrement que braillard et anti-innovation.

Cette minorité a pu user et abuser de tous les canaux de communication et principalement ruer, sur les réseaux sociaux, eu égard à maints avantages, pour créer une chape de plomb enveloppant tout le territoire et rendant suspects , que dis-je, quasi immoraux toute avancée, et tout investissement, surtout dans le tertiaire.

Ce 5Ăšme tabor incarne une fausse Ă©lite qui a fait sienne cette devise sophiste : « ce n’est pas parce qu’on n’a rien Ă  dire qu’on va se taire ».Ce serait plutĂŽt une meute. Et, Ă  l’évidence, ils ne proposent rien de raisonnable pour le marketing territorial, la rĂ©silience, la visibilitĂ© positive

Ainsi, la joie de vivre d’antan, telle une peau de chagrin, se rĂ©duit jusqu’Ă  disparaĂźtre, dans une citĂ© qui, pourtant, possĂšde plusieurs cordes Ă  son violon d’Ingres.

Que faire ?

A mon sens, il devrait exister quelques recettes techniques pour dĂ©velopper un territoire : les bureaux d’études peu ou prou sĂ©rieux (surtout avec l’IA) sont capables de prĂ©senter des plans d’action flamboyants avec des graphiques et des visuels Ă  couper le souffle
 mais cela ne dĂ©passe que rarement le stade de l’amusement, pour une galerie souvent « hypocrite ».

Pour amorcer une dynamique heureuse dans un territoire, il me semble que la condition sine qua non est de faire adhérer la population autochtone, ou du moins sa majorité silencieuse souvent en stand-by.

Cela ne peut avoir lieu sans faire appel Ă  la composante psychologique, Ă  la motivation du for intĂ©rieur (excusez l’oxymore) pour que chaque membre de telle ou telle communautĂ© se sente investi d’un vrai sacerdoce et non acculĂ© Ă  l’accomplissement d’un job « Ă  la malgrĂ©-nous ».

l est vrai qu’il n’y a pas de remĂšde miracle, mais il existe, tout de mĂȘme des propositions assez sĂ©rieuses et des sentiers, probablement praticables.

Ainsi, en ce qui concerne le territoire de Safi, il me semble souhaitable de mettre en valeur et d’honorer tout son patrimoine immatĂ©riel, que j’ai tentĂ© de synthĂ©tiser dans « Safi : little Morocco». Car, une population se sentant en confiance, ayant des racines, une histoire glorieuse, un savoir, un savoir-faire et un savoir-ĂȘtre, Ă  offrir Ă  l’Autre, en partage.

En somme, Safi ne doit pas ĂȘtre sinistrĂ©, mais il souffre d’une caste assez gauche, du moins verbalement. Investir dans le moral des hommes pourrait ĂȘtre la panacĂ©e.

* FPD Safi Université Cadi AYAD

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