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Nachrichten 18 Jun 2025 4 Min. Lesezeit

18 photographes marocains en Off des Rencontres d’Arles

18 photographes marocains en Off des Rencontres d’Arles

En marge des Rencontres d’Arles, l’exposition « InterfĂ©rences » rĂ©unit 18 photographes marocains pour offrir un aperçu, forcĂ©ment partiel, de la crĂ©ation contemporaine au Maroc. Une initiative portĂ©e par l’AMAP, le ministĂšre de la Culture, le CCME et la galerie NegPos.

Circonscrire la pratique photographique marocaine relĂšve de la gageure. L’exposition « InterfĂ©rences », rĂ©unissant 18 photographes en Off des Rencontres d’Arles, prend ses prĂ©cautions en y attachant la mention “un certain regard sur la photographie marocaine”. Si la dĂ©marche entend montrer la diversitĂ© des thĂšmes qui traversent la photographie contemporaine au Maroc, certaines grandes tendances se dessinent : « la pluralitĂ© des fronts sur lesquels elle s’engage, une conscience et une distance critiques vis-Ă -vis de l’hĂ©ritage visuel colonial et une volontĂ© affirmĂ©e d’explorer les voies d’une logique d’expĂ©rimentation », Ă©numĂšre le commissaire JafaĂąr Akil, par ailleurs photographe et directeur artistique des Rencontres photographiques de Rabat. Ainsi le mĂ©dium photographique permet d’invoquer la mĂ©moire intime et familiale comme dans la sĂ©rie Ce que le silence emporte de Karima Najji oĂč par effets de surimpressions de portraits de famille avec des paysages elle matĂ©rialise la fragilitĂ© des souvenirs. Une mĂ©moire fragmentĂ©e symbolisĂ©e par un effet de voilement que l’on retrouve aussi chez Jafaar Akil qui exhume ses albums de famille. La mĂ©moire est un thĂšme rĂ©current, qui plus est lorsqu’on s’est Ă©loignĂ© du pays natal : Driss Aroussi propose des instantanĂ©s Ă  la saveur surannĂ©e par l’utilisation de l’argentique, lĂ  oĂč Badr el Hammami, Ă  travers son projet Entre Nos Mains, met en scĂšne la nostalgie d’inconnus issus de la communautĂ© diasporique amazighe qui excavent les bribes de leurs souvenirs Ă  l’aide d’« objets-affect » avec lesquels ils posent devant l’objectif du photographe. Chez Mouna Karimi, les murs deviennent les tĂ©moins d’une histoire intime : elle photographie sa maison familiale peu avant sa dĂ©molition. Murs lĂ©zardĂ©s, portes scellĂ©es, lumiĂšre tamisĂ©e par la poussiĂšre
 Chaque dĂ©tail Ă©voque un passĂ© suspendu, comme enfermĂ© dans ce lieu de mĂ©moire oĂč se sont tissĂ©s, puis dĂ©faits, les fils du quotidien.

Mouna Karimi, série We used to belong there, Rabat, 2023-2025. © Mouna Karimi

Ambiguïté du noir et blanc

Il est encore question de mĂ©moire chez Mehdy Mariouch, qui rĂ©active les studios photographiques, autrefois lieux populaires de mise en scĂšne de soi, et opĂšre un lien entre passĂ© et prĂ©sent. Dans le mĂȘme esprit, des photographes comme Abderrazzak BenchaĂąbane, Youssef Bensaoud ou Jamal Mehssani semblent jouer de l’atemporalitĂ© du noir et blanc pour Ă©voquer un Maroc contemporain urbain. C’est Ă©galement sur l’ambiguĂŻtĂ© propre au noir et blanc qu’Ahmed Benismael fonde son approche : en saisissant des scĂšnes de fĂȘte sur la place JamaĂą El Fna, il brouille dĂ©libĂ©rĂ©ment les repĂšres temporels, produisant des images qui pourraient tout aussi bien appartenir aux archives nationales. Les « interfĂ©rences » suggĂ©rĂ©es par le titre de l’exposition prennent alors tout leur sens, notamment dans le dialogue visuel qui s’instaure avec l’univers des saltimbanques mis en scĂšne par Hicham Benohoud dans sa sĂ©rie Acrobatie. La pratique photographique se rĂ©vĂšle ici dans toute sa diversitĂ© : entre la quĂȘte de l’instant dĂ©cisif et une approche plus plastique, fondĂ©e sur la mise en scĂšne ou une esthĂ©tisation minutieuse – Ă  l’image des nus de Yasmine Alaoui. Le corps demeure un topos incontournable pour nombre de photographes. Safaa Mazigh en explore les contours Ă  travers un graphisme inspirĂ© des signes amazighs, tandis que Fatima Mazmouz, dans une approche plus ouvertement politique, s’appuie sur des photographies d’archives de femmes, sur lesquelles elle appose, tels des pixels, l’appareil gĂ©niteur fĂ©minin – rappelant ainsi que le corps de la femme reste un territoire de domination. Une exposition Ă  dĂ©couvrir Ă  Arles du 9 au 18 juillet 2025.   

Emmanuelle Outtier

« Interférences. Un certain regard sur la photographie marocaine », Parade, Arles (France), du 8 au 19 juillet 2025.

Driss Aroussi, Moustapha sur vélo et biche, Fezna, 2005. © Driss Aroussi
Karima Hajji, Tendre histoire, série Ce que le silence retient, 2017-2025.
Miloud Stira, PĂ©nurie d’eau, Icht, province de Tata, sĂ©rie La terre en quĂȘte de vie, 2019. © Miloud Stira

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