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Festival 13 May 2016 4 min read

Un vibrant hommage posthume Ă  Mahmoud Guinea et Doudou N'diaye Rose

Un vibrant hommage posthume Ă  Mahmoud Guinea et Doudou N'diaye Rose

ColorĂ©e, Ă©mouvante et inoubliable, l'ouverture du Festival Gnaoua d'Essaouira, musiques du monde, fĂȘtĂ©e le 12 mai, Ă©tait tout simplement exceptionnelle. AprĂšs la parade habituelle oĂč les musiciens et les troupes de gnaouas du Maroc se sont mĂȘlĂ©s Ă  une foule Ă©merveillĂ©e par ce carnaval gĂ©ant, le public a dansĂ© sur les rythmes des anciens : Mahmoud Guinea et Doudou N'diaye Rose.

En ouverture de la 19e Ă©dition du Festival Gnaouas d’Essaouira, musiques du monde, un vibrant hommage posthume a Ă©tĂ© rendu au maĂźtre incontestĂ© du guembri, Mahmoud GuinĂ©a, et au magicien du tambour sĂ©nĂ©galais, Doudou N’diaye Rose. Leurs Ăąmes ont planĂ© sur la place Moulay Hassan Ă  Essaouira grĂące Ă  une rĂ©sidence de leurs enfants et leur famille en communion. Le public n’a pas pu rĂ©sister aux sons des tambours sĂ©nĂ©galais mĂȘlĂ©s aux notes des instruments gnaouis. DotĂ©s d’une grande prĂ©cision et d’un talent rarissime, les hĂ©ritiers des deux artistes ont transportĂ© les spectateurs souiris, marocains et Ă©trangers dans un univers musical purement africain. Selon NeĂŻla Tazi, fondatrice et productrice du festival, «le Festival Gnaoua d’Essaouira, musiques du monde veut marquer l’ancrage africain du Maroc Ă  travers l’hĂ©ritage africain subsaharien. Les musiciens viennent de tous les pays Ă  ce festival pour se prĂȘter Ă  la fusion, Ă  un nouveau langage de la musique». Cette ouverture Ă©tait sublimĂ©e par une fusion Ă  mi-chemin entre le rythme gnaoua, la transe hassanie et la folie africaine. La voix profonde de Rachida Talal s’est mĂȘlĂ©e aux sonoritĂ©s gnaouies pour transporter le public du Maroc et la magie de son Sahara au SĂ©nĂ©gal. «Il est trĂšs difficile d’assister Ă  ce festival sans le maitre du guembri, mais cet hommage Ă  feu maĂąlem Mahmoud Guinea nous a consolĂ©s», nous confie un adepte du Festival Gnaoua d’Essaouira et musiques du monde.

Aujourd’hui, le rendez-vous musical pour les gnaouas et par les gnaouas est orphelin. Dans les coulisses, une phrase revenait souvent. «Comment une Ă©dition du festival peut-elle avoir lieu sans maĂąlem Guinea ?» MĂȘme aprĂšs sa mort, celui qui Ă©tait la figure emblĂ©matique du festival demeure dans les cƓurs et sa musique se transmet Ă  travers ses Ă©lĂšves et ses enfants. MaĂąlem respectĂ© et redoutĂ©, Mahmoud Guinea a lui-mĂȘme donnĂ© implicitement ses directives pour passer le flambeau Ă  une nouvelle gĂ©nĂ©ration tout aussi talentueuse. Lors de la derniĂšre Ă©dition du Festival Gnaoua, il a remis son guembri Ă  son fils Hamza comme pour crier au monde entier que Mahmoud est mort, certes, mais que GuinĂ©a demeure Ă©ternel
 De gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, maĂźtre Guinea avait la musique dans le sang, dans les gĂšnes, portĂ© par une passion et un hĂ©ritage familial.

Mahmoud GuinĂ©a a un grand-pĂšre malien arrivĂ© Ă  Essaouira en 1927. Samba GuinĂ©a, dont le patronyme combine Ă  lui seul la musique, la danse et la magie de l’Afrique, Ă©tait mĂ©decin caporal Ă  l’époque, qui soignait Ă©galement les troubles psychiques avec des sĂ©ances de transe une fois par semaine. Une coutume dans laquelle a trempĂ© Mahmoud Guinea grĂące Ă  son grand-pĂšre et Ă  son pĂšre : Boubker. D’ailleurs, Mahmoud assistait trĂšs jeune aux «lilates» avant de tenir dans ses mains son premier guembri qu’il ne lĂąchera plus. Un guembri spĂ©cialement fabriquĂ© pour lui des mains de son pĂšre, et qu’il fabriquera Ă  son tour pour son fils Houssam et qu’il lui remettra il y a moins d’un an lors de cette fameuse soirĂ©e de clĂŽture de la 18e Ă©dition du festival
 Il a su faire fructifier son hĂ©ritage et le faire voyager, l’essayer Ă  autre chose. Avant-gardiste, il ne se contentait pas d’animer les lilates, il allait plus loin.

Dans les annĂ©es 1970, il fait partie du groupe folk marocain «Lamchaheb» et dĂ©fend un mouvement «Nayda» oĂč la musique est engagĂ©e. Il est un des prĂ©curseurs en termes de fusions avec des jazzmen, il enregistre un album avec le saxophoniste Pharoah Sanders en 1991 intitulĂ© «The Trance of Seven Colors». DĂšs lors, et grĂące au Festival Gnaoua, le grand Guinea s’internationalise et fait voyager sa musique au Japon, aux États-Unis, au Moyen-Orient et en Europe. Il partage la scĂšne avec les plus grands sans jamais trembler, sans jamais ĂȘtre impressionnĂ©.

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